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Full text of "La Valachie, essai de monographie géographique"


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LA 



VALACHIE 



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LA 



VALACHIE 



ESSAI 



MONOGRAPHIE GEOGRAPHIQUE 



Emmanuel de MARTONNE 



Chargé de cours de Géographie a l'Université de Rennes 



Avec 5 Cartes, 13 T*laiaclxes hors texte 
et 48 Figures dans le texte. 



<^.§^Vg^HN> 




PARIS 
LIBRAIRIE ARMAND COLIN 

5, RUE DE MÉZIÈRES, 5 



1902 

Tous droits réservés 



A Paul VIDAL DE LA BLACHE 



Hommage de reconnaissance 
et d'affectueux respect. 



PREFACE 



Ce livre esl le fruit du travail de plusieurs années consacrées 
à l'exploration de la Valachie et à une étude aussi complète qu'il 
nous a été possible des sources d'information roumaines et étran- 
gères. 

Il est permis de penser que l'instant était particulièrement favo- 
rable à un essai de synthèse géographique de nos connaissances 
sur ce pays. Depuis son union définitive à la Moldavie et la for- 
mation du royaume de Roumanie, les progrès de la Valachie ont 
dépassé en rapidité tout ce qu'on pouvait attendre d'un pays 
ravagé pendant longtemps par les armées ennemies, soumis à un 
pillage réglé sous l'administration phanariote et resté jusqu'au 
milieu du siècle une province à demi asiatique plutôt qu'euro- 
péenne. Avec son réseau de voies ferrées, ses ports organisés 
pour l'exportation en grand des céréales, ses villes d'aspect 
presque occidental, sa capitale, foyer intellectuel dont l'attraction 
se fait sentir jusqu'en Macédoine, la Valachie apparaît comme à 
un tournant de son histoire économique et offre un curieux mé- 
lange de civilisation moderne et de formes primitives. 

Sous des apparences brillantes et des dehors factices, le géo- 
graphe est heureux de pouvoir retrouver le jeu naturel des phéno- 
mènes physiques réglant la vie des populations rurales, de même 
que l'ethnologue ou le folkloriste se félicite de pouvoir encore 
observer tant de coutumes antiques conservées avec un soin jaloux 
par le Roumain. Dans quelques années, les derniers bordel du 
Bârâgan, ces habitations de troglodytes creusées clans le limon, 



— vin — 

dont parlaient déjà Strabon et Ptolémée, auront sans doute dis- 
paru, de même que les costumes originaux se perdent au voisi- 
nage des villes et que les traditions se brouillent ou s'évanouissent. 

Limité à peu près aux villes, le mouvement de rénovation de la 
Valachie a cependant été très actif, ici comme dans toute la 
Roumanie. L'organisation de grands services publics, la fondation 
de sociétés scientifiques, le développement de plus en plus grand 
de la vie économique et intellectuelle, ont mis entre les mains du 
géographe, du naturaliste, du statisticien, une foule de sources 
de renseignement. Une sorte de fièvre d'enquête et d'étude a 
accumulé dans les dernières années un ensemble imposant de 
publications, de valeur inégale, mais toutes intéressantes. 

La carte topographique levée et publiée d'abord en Dobrodgea, 
puis en Moldavie, est maintenant en cours d'exécution pour la 
Valachie. Les feuilles publiées jusqu'à présent permettent d'ap- 
précier plus justement un certain nombre de phénomènes que la 
carte autrichienne au 57,000 e . Les sciences physiques et naturelles 
nécessaires à l'interprétation des faits géographiques ont pris un 
rapide essor. L'Institut météorologique de Bucarest peut rivaliser 
pour son organisation et l'importance de ses publications avec les 
services analogues des plus grands états européens. La géologie 
a été de bonne heure cultivée dans un pays qu'on disait, — peut- 
être un peu à la légère, — riche en minéraux de toute sorte. Après 
l'organisation, un peu hâtive, d'un bureau géologique qui a com- 
mencé la publication d'une carte détaillée, des géologues étran- 
gers ont été appelés à plusieurs reprises, soit par le gouver- 
nement, soit par des particuliers en vue d'expertises et une jeune 
génération de géologues roumains, formée auprès des maîtres de 
la science, à Paris et à Vienne, a donné depuis une dizaine d'années 
un ensemble de travaux d'une haute valeur. La botanique, moins 
cultivée, a cependant fait des progrès sensibles de Kanitz à 
Brândza et Grecescu. 

L'enquête économique, due aux services officiels, a été, dans 
les dernières années, poussée activement. En 1899, a été fait un 
recensement dans des conditions de précision très supérieures à 
tout ce que l'on avait pu obtenir jusque-là. Les différents services 



LX 

de statistique nous donnent des publications fort utiles et l'expo- 
sition de 1900 a été l'occasion d'enquêtes étendues sur les forêts, 
l'agriculture, l'industrie minérale, les carrières, etc. 

Les sociétés scientifiques ont contribué pour une bonne part à 
ce mouvement d'études. Nous devons à l'Académie roumaine 
presque toutes les publications se rapportant au folklore et à la 
vie rurale, à la Société des sciences de Bucarest bon nombre 
d'études de géologie, à la Société de géographie roumaine des 
dictionnaires départementaux et un dictionnaire général, fort utiles 
pour les renseignements économiques, historiques et archéolo- 
giques qu'ils contiennent. Les progrès des études historiques ne 
peuvent rester indifférents au géographe et nous nous garderons 
d'oublier les secours que fournissent de grandes œuvres de syn- 
thèse comme YHistoire des Roumains de Xénopol, ou des re- 
cherches critiques comme celles de Hasdeu et Onciu sur l'origine 
des principautés roumaines. 

On peut donc se proposer en ce moment d'étudier une région 
quelconque du royaume de Roumanie, sans avoir l'impression 
d'être un travailleur isolé. Il n'est pas besoin d'insister sur l'iné- 
galité de valeur des matériaux dont on dispose et sur les trans- 
formations qu'ils doivent subir pour être rendus directement uti- 
lisables dans une œuvre géographique. On s'apercevra que nous 
avons soumis un grand nombre de données statistiques à des 
calculs nouveaux et cherché des modes de représentation d'une 
interprétation facile. 

Nous avons employé près de huit mois d'excursions sur le 
terrain pour essayer d'acquérir une connaissance suffisante du 
pays et d'élucider, autant que possible, les principales questions 
de géographie physique. La petite carte ci-jointe donne le réseau 
de nos principaux itinéraires et montre que la région montueuse 
et spécialement la haute montagne ont été particulièrement étu- 
diées. Les plaines monotones de la basse Valachie sont loin de 
solliciter l'attention du géographe par la même variété d'aspects 
et la même multiplicité de problèmes que la zone montagneuse; 
elles sont aussi mieux connues, faciles à parcourir, et la carte 
topographique en est déjà on grande partie levée et publiée. 




Explorations détaillées 
tf/fy et Levés topographiques 

Itinéraires 



Figure 1. — Itinéraires de V auteur en Valachie et Transylvanie. 

H. Herinanstadt — F. Fogarash — K. Kronstadt — B. A. Baïa de Arama — T. Târgu Jiu — 
R. V. Râmnicu Vâlcea — Cl. Càmpullung — Pi. Pitesti — Pl. Ploiesti — B. Buzcu — R. S. 
Râmnicu Sàïat — CI. Galati — Bu. Brâila — Ca. Calarasi — Bue. Bucarest. — S. Slatina — 
T. Aï. Turnu Mâgurelé — Cb. Craïova — T. S. Turnu Severinu. 



Nous n'avons, au contraire, aucune bonne carte de la partie 
roumaine des Karpates valaques, et d'ailleurs, on sait que la 
meilleure carte peut tout au plus rappeler, mais non faire deviner 
ce qu'est la haute montagne. Les excursions dans cette partie de 
la Valachie prennent le caractère de véritables explorations. Ce 
sont des expéditions qu'il faut organiser avec des provisions pour 
huit ou quinze jours, plusieurs hommes et plusieurs chevaux pour 
porter les bagages, les instruments et la tente, indispensable si 
l'on ne veut coucher à la belle étoile ou dans les Stîne. Pour donner 
une idée de l'imprévu de pareilles explorations, il nous suffira de 
citer le fait suivant : le levé topographique au 1/10, 000 e des cirques 
de Gâuri et Gâlcescu nous a permis de figurer près d'une ving- 
taine de lacs complètement inconnus, dont un de quatre hectares 
de superficie. 



XI 



On remarquera que nos excursions se sont étendues en dehors 
de la Valachie, particulièrement en Transylvanie. Nous y avons 
été conduit par le désir d'élucider les problèmes des percées flu- 
viales qui sont un des traits caractéristiques des Karpates 
valaques. 

Le travail de synthèse des données acquises, soit par des 
études personnelles, soit par l'interprétation de documents origi- 
naux, n'est pas la partie la moins intéressante, ni surtout la moins 
délicate d'un essai de monographie géographique. On nous per- 
mettra de dire comment nous l'avons compris. 

Il est impossible de songer à l'exécution d'un travail de géo- 
graphie régionale, sans se trouver en présence d'une difficulté de 
plan, qui fait comme hésiter et trembler la main. Vaut-il mieux 
suivre une marche analytique dans l'exposé des différents phéno- 
mènes géographiques, en les prenant l'un après l'autre et les 
étudiant séparément pour tout l'ensemble du pays considéré ? 
Vaut-il mieux adopter au contraire une méthode synthétique, qui 
consiste à toujours grouper les phénomènes connexes, de façon 
à faire ressortir leurs relations de cause à effet clans les différentes 
divisions naturelles du pays ? 

La première méthode, souvent employée en Allemagne, a l'avan- 
tage d'être plus favorable à la discussion des problèmes physiques 
ou économiques, plus claire et plus didactique en quelque sorte, 
mais on peut se demander si elle n'est pas contraire à l'esprit 
même de la géographie régionale et si un pays est une machine 
qu'on puisse ainsi démonter pièce par pièce ; il serait aisé de citer 
des cas où son emploi abusif a donné des œuvres d'une lecture 
ingrate, plus rapprochées d'un dictionnaire encyclopédique, que 
d'une œuvre géographique. 

La seconde méthode a le grand avantage, lorsqu'elle est habi- 
lement maniée, de rendre plus exactement la physionomie de 
chaque région, d'en faire saisir l'originalité. Plus près de la réalité, 
elle nous présente un tableau vivant, complexe, par suite plus 
difficile à comprendre ; moins analytique, elle est moins claire, 
moins didactique ; elle ne se prête pas à l'approfondissement des 



XII 



problèmes non résolus, il semble qu'elle conviendrait à un pays 
suffisamment étudié à tous les points de vue par des spécialistes. 
Existe-t-il pareil pays ? 

Certains auteurs sentant l'avantage de chacune des deux mé- 
thodes les ont employées successivement, partageant leur ouvrage 
en une partie générale conçue sur le plan analytique et une partie 
chorographique conçue sur le plan synthétique. On arrive ainsi 
à refaire deux fois le même tableau. Ce n'est pas résoudre la 
question. 

La difficulté est d'autant plus grande que la région envisagée 
est plus complexe et que son étude soulève plus de problèmes 
différents. Il est plus aisé de faire rentrer dans un cadre, quel qu'il 
soit, un nombre cle faits limité, qu'un grand nombre de questions 
touchant les unes aux sciences physiques et naturelles, les autres 
aux sciences politiques et historiques. Certaines régions de plaine 
s'accommoderont aussi bien d'une méthode que de l'autre, si 
l'auteur sait choisir celle qui convient le mieux à sa nature d'esprit 
et en faire un emploi judicieux. 

En prenant comme sujet d'étude la Valachie, nous avons eu 
conscience de nous attaquer, au contraire, à un des pays pour 
lesquels se pose le plus nettement le problème de la méthode 
d'exposition géographique. La présence de hautes montagnes y 
soulève tout un monde de questions physiques spéciales ; avec le 
bas Danube et ses solitudes marécageuses, avec la plaine et les 
collines, se présentent d'autres problèmes physiques et écono- 
miques. Pays neuf, en train d'entrer dans la civilisation euro- 
péenne, la Valachie est statistiquement assez bien connue pour 
qu'on puisse essayer d'y appliquer les méthodes de l'anthropo- 
géographie scientifique aux questions de la répartition de la 
population, à l'étude de la vie agricole intense et cle l'industrie 
naissante ; mais d'autre part elle a encore assez gardé l'empreinte 
d'un passé primitif pour qu'il soit nécessaire d'en analyser l'eth- 
nographie et de fixer les traits originaux de la vie du peuple, en 
s'aidant du matériel rassemblé par les folkloristes... 

En présence de problèmes d'ordre aussi divers, on peut se 
demander si tous sont réellement des problèmes géographiques. 



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Nous touchons ici à une question aussi délicate que la première 
et intimement liée à elle. De la manière d'y répondre découle toute 
la conception de la géographie. Des maîtres éminents ont plus 
d'une fois senti le besoin de s'expliquer là-dessus. S'il est un prin- 
cipe qui semble se dégager de leurs doctrines, c'est bien qu'on ne 
saurait poser de bornes au domaine des investigations géogra- 
phiques. Dire tel fait est géographique, tel autre ne l'est pas, nous 
paraît toujours difficile, souvent dangereux. Croire encore que 
les sciences peuvent être considérées comme ayant chacune un 
objet distinct, est une conception qui n'est plus en harmonie avec 
les progrès de la pensée moderne. C'est par leur méthode que les 
sciences se différencient. C'est par sa méthode que le géographe 
doit se signaler en étudiant des faits qui peuvent intéresser aussi 
le géologue, le botaniste, le zoologue, l'économiste, le statisticien, 
l'ethnographe. 

Si cette méthode n'est peut-être pas encore suffisamment définie, 
deux de ses points les plus importants semblent déjà assez nette- 
ment dégagés : aucun fait n'est étudié pour lui-même, comme le 
fait un géologue ou un statisticien, mais comme partie d'un tout, 
rouage d'une grande machine, anneau dans la chaîne des causes 
et des effets qui règlent la vie d'une région; aucun fait n'est étudié 
comme phénomène physique, économique ou politique, mais 
comme type d'une série de formes de vie physique, économique 
ou politique, dont on cherche à préciser l'extension géographique 
en tâchant d'en démêler les causes. 

L'application de ce double principe permet de donner une forme 
géographique à l'exposé des problèmes les plus divers. Il ne résout 
pas encore la question du plan général à adopter. 

Selon nous, la question est de celles qui ne comportent pas de 
solution précise. La même méthode ne peut être appliquée à tous 
les pays. Un ne trouve pas partout les mêmes problèmes ni les 
mêmes difficultés. Une région de haute montagne ne saurait évi- 
demment être étudiée de la même façon qu'une région de plaine, 

une contrée de vieille civilisation comme un pays habité par des 

2* 



XIV 



peuples primitifs. La seule règle générale qu'on puisse admettre, 
c'est la proscription du cadre stéréotypé dans lequel on veut par- 
fois faire rentrer les pays les plus différents. 

Il s'agit de découvrir pour chaque région le plan le plus propre 
à mettre en lumière ses caractères distinctifs, à appeler l'atten- 
tion sur les problèmes principaux que soulève son étude. Ce plan 
sera généralement une combinaison des méthodes synthétique et 
analytique, qui pourra présenter les variétés les plus grandes, à 
condition de rester fidèle à l'esprit de la géographie régionale, 
dont le but est de rendre la vie d'un pays et dont le programme, 
on ne doit pas l'oublier, doit être décrire et expliquer. 

11 serait aussi dangereux de proscrire l'élément pittoresque, 
que de méconnaître le parti qu'on peut tirer des principes scien- 
tifiques pour éclairer les rapports des phénomènes entre eux. La 
description géographique se distinguera toujours de la description 
purement littéraire, en ce qu'elle tend à appeler l'attention sur les 
traits caractéristiques de la physionomie d'un pays, en montrant 
les contrastes avec les pays voisins, de façon à faire naître natu- 
rellement le désir de saisir la cause de ces contrastes et au besoin 
de la faire soupçonner. 

On a plus d'une fois insisté sur l'intérêt que présente le rappro- 
chement de la géographie générale et de la géographie régionale 
et sur les avantages de la pénétration de l'une par l'autre ; on 
n'a peut-être pas assez marqué la différence radicale de leur 
méthode, et il y aurait danger à l'oublier. Si toutes les branches 
de la géographie générale peuvent et doivent être envisagées 
comme de pures sciences, on n'en saurait dire autant de la géo- 
graphie régionale. Par la complexité des faits qu'elle envisage, 
par son objet, qui est de rendre la vie elle-même, par les difficultés 
à peu près insolubles qu'elle offre dans l'exposition, elle exige de 
celui qui veut s'y essayer plus que l'esprit scientifique, un peu de 
cet esprit de finesse dont parlait Pascal. Elle veut dans l'exécution 
un certain sentiment d'art. 

Combien l'œuvre que nous présentons est inférieure à cette con- 
ception, nul n'en a conscience plus que nous. La variété et la 



XV — 

multiplicité clés questions soulevées par l'étude de la Valachie nous 
feront peut-être pardonner quelques omissions et quelques oublis ; 
la difficulté de coordonner clans un sens géographique tant de 
données diverses, fera peut-être excuser les défaillances de l'exé- 
cution. 

Si loin que l'on se tienne cle son idéal, il est toujours bon d'en 
avoir un, et nous avons cru qu'il peut être utile de l'indiquer. 



REMERCIEMENTS 



La liste de tous ceux qui nous ont aidé de la manière la plus obli- 
geante, soit dans nos excursions, soit dans nos recherches, serait trop 
longue. C'est pour nous un agréable devoir que d'adresser ici à tous 
nos plus chaleureux remerciements. 

Nous ne saurions oublier combien nos explorations ont été faci- 
litées à tous les points de vue par le bienveillant accueil et l'appui 
que nous avons trouvé auprès du gouvernement roumain. 

Nous ne pouvons non plus manquer de mentionner combien nous 
sommes particulièrement redevables à MM. Alimanesteanu, Antipa, 
Davidescu, P. Eliade, Haret, Hepites, Gr. Jannescu, Mrazec, Popo- 
vici-Hatzeg et Take-Ionescu. 

Pour leur obligeance à répondre à mes demandes de renseigne- 
ments et pour la communication de documents inédits, j'adresse tout 
spécialement à MM. Hepites et Mrazec l'expression de ma plus vive 
gratitude. 



AVIS AU LECTEUR 



Nous avons gardé à tous les noms roumains l' orthographe offi- 
cielle, à l'exception de Bucarest (Bucuresci). 

Voici les règles principales de la prononciation : 

Toutes les lettres se prononcent, sauf i final, u dans les terminai- 
sons escu. 

La voyelle a a le son de e dans que. 

La voyelle â représente un son qu'on peut obtenir en prononçant u 
la bouche presque fermée. Le même son est quelquefois représenté 
par î. 

La cédille donne à Y s la valeur d'un ch, au t la valeur d'un tz. 

Les consonnes c et g, généralement dures, se prononcent à l'ita- 
lienne devant e et i. 



CHAPITRE I 

L'Individualité de la Valachie. 
Relief du sol. 



I. Caractères généraux du relief de la Valachie. Affinités avec la Moldavie et 
la Bulgarie. — II. Le réseau hydrographique, ses différences avec les pays 
voisins. — III. Hypsométrie de la Valachie, son caractère original. 



Depuis quarante ans seulement, c'est-à-dire depuis l'union des 
deux principautés danubiennes, qui, avec la Dobrodgea, forment le 
royaume actuel de Roumanie, la Yalachie a cessé d'être une unité 
politique. Elle reste une région naturelle qui paraît si bien marquée 
qu'elle est reconnue par les statisticiens eux-mêmes à côté des divi- 
sions administratives. 

Ses limites semblent faciles à tracer : d'un côté l'arc karpatique 
la sépare de la Transylvanie et du Banat par un bourrelet monta- 
gneux continu, où les altitudes supérieures à 2,000 mètres ne sont 
pas rares, où les cols sont élevés et les percées fluviales étroites ; de 
l'autre un des fleuves les plus puissants de l'Europe, le Danube, 
déroule en arc de cercle d'Orsova à Tulcea son cours lent, encombré 
de bras latéraux, d'îles boisées et de marécages, l^solant des plateaux 
bulgares et de la montueuse Dobrodgea, 

Entre ces deux lignes, s'étend une sorte de glacis incliné en 
général du N. au S., sillonné de nombreuses rivières et présentant, 
suivant l'altitude, des zones d'aspect très différent. Il suffit de jeter 
les yeux sur une carte hypsométrique et d'examiner quelques profils 
menés du N. au S. (fig. 2) pour se rendre compte que la descente 
vers le Danube ne se fait pas partout de même. A l'O., on voit suc- 
céder au bourrelet montagneux des Karpates, terminé par un abrupt 

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très marqué, une région de collines assez élevées qui s'inclinent 
doucement, ne laissant place entre elles et le Danube qu'à une 
zone de plaines peu étendue (profils passant par le Retiezat et le 
Paringu). A l'E., au contraire, l'abrupt des hautes Karpates vers 
le S. est moins frappant, mais le sol s'abaisse ensuite plus vite, et 
la zone basse des plaines voisines du Danube semble s'étaler déme- 
surément aux dépens de la région des collines (profils passant par 
le Negoiu, le Bucegiu et le Csukas). Mais, en somme, malgré des 
différences locales, c'est toujours le même schéma qu'on retrouve, 
la même succession de hautes montagnes, collines, plaines et vallée 
danubienne. Les caractères du relief de la Valachie paraissent donc 
assez constants et ses limites assez bien marquées. 

Cependant, si l'on cherche à préciser davantage la nature et 
l'extension de cette province naturelle, on s'apercevra vite de cer- 
taines difficultés. Les traits généraux du relief que nous venons de 
noter en Yalachie ne sont pas très sensiblement différents de ceux 
qu'on peut observer en Moldavie, et, si l'on veut trouver une limite 
nette entre ces deux régions, il semble qu'on la cherchera vainement 
dans les plaines monotones qui s'étendent entre le rebord des Kar- 
pates, à Buzeu et Focsani, et la tête du delta danubien, à Galati. 
Le Milcov, longtemps considéré comme la limite politique, n'est 
qu'un ruisseau sans importance, affluent de la Putna. 

La frontière, entre les deux principautés jadis rivales et main- 
tenant unies, a d'ailleurs constamment changé pendant la période 
historique, témoignant par son instabilité de l'absence de limites 
naturelles bien marquées entre les deux régions. Au XV e siècle, 
la Yalachie s'étendait jusqu'à la mer Noire et englobait toute la 
Moldavie méridionale jusqu'à Bârlad *. Plus tard, Brâila devait 
tomber aux mains des Moldaves. Actuellement, le nom de Tara 
Românesca (le Pays Roumain) désigne, pour la plupart des écri- 
vains qui l'emploient, non seulement la Yalachie à l'E. de l'Oltu, 
mais une partie de la Moldavie, tout au moins le département de 
Putna. _ 

Du côté de la Bulgarie, si la large et marécageuse vallée du 
Danube forme une limite naturelle, on ne saurait se dissimuler 
qu'elle peut être aussi considérée comme une sorte d'axe de sy- 
métrie ou comme l'artère centrale d'une région. A l'arc karpatique 

1. P. Haçdeu. — Histoire critique des Roumains, trad. Damé, I. Extension terri- 
toriale, p. 12. 



— 4 — 

correspond celui des Balkans, qui le continue d'une façon si parfaite 
que la coupure du Danube aux Portes de Fer apparaît comme un 
accident. Le bassin inférieur du Danube n'est pas loin de former 
une unité géographique, qu'on serait tenté de rapprocher de la 
plaine du Pô ; un géologue éminent n'a-t-il pas marqué l'analogie 
de l'arc formé par les Karpates et les Balkans avec celui de l'Atlas 
et de la Cordillière bétique 1 ? 

Les destinées de la Yalachie et de la Bulgarie ont d'ailleurs été 
longtemps communes. L'empire des Àssans, au XIIP siècle, était, 
pn le sait, un empire bulgaro-roumain. Les traces d'influences 
bulgares sont encore partout manifestes dans la langue et les tradi- 
tions roumaines. Actuellement même, l'ethnographie des bords du 
Danube offre, des deux côtés, un mélange d'éléments roumains et 
bulgares. 

Loin de dissimuler ces difficultés, il importe d'appeler l'attention 
sur elles. C'est, en effet, montrer avec quelles régions la Yalachie 
a le plus d'affinités et de relations naturelles. Les examiner de plus 
près et voir jusqu'à quel point l'individualité de la Yalachie est par- 
la compromise, est le meilleur moyen pour pénétrer plus avant la 
nature et le caractère de cette région. 

II 

Sans entrer dans une analyse détaillée du relief de la Yalachie 
et des régions voisines, il est facile, en étudiant une carte d'échelle 
moyenne, de découvrir certains traits qui différencient la Yalachie 
de la Moldavie, aussi bien que de la Bulgarie prébalkanique. S'il 
est vrai que la disposition du réseau hydrographique reflète, dans 
l'ensemble, l'allure générale du relief, on peut constater qu'elle offre 
assez de contrastes, de part et d'autre du bas Danube, pour justifier 
une distinction fondamentale de ces deux régions (fig. 3). 

Le drainage de la Yalachie s'effectue par un ensemble d'artères 
fluviales toutes plus ou moins parallèles qui portent leurs eaux 
au Danube, et dont la disposition donne l'impression d'un réseau 
hydrographique encore très jeune. Les rivières principales suivent 
la pente générale du sol ; leurs affluents se greffent plus ou moins 
obliquement, en coulant toujours dans le même sens ; on n'en trouve 
aucun qui coule dans le sens contraire à l'inclinaison générale du 

1. Suess. La lace de la terre, trad. E. de Mar^erie, I, p. 646. 



terrain, répondant à la définition des cours d'eau obséquents. Il est 
difficile d'y soupçonner des phénomènes de capture. 

Telle n'est pas la disposition des cours d'eau bulgares. Si le drai- 
nage se fait là aussi vers le Danube, en suivant l'inclinaison géné- 
rale du pays prébalkanique vers le N., l'aspect du réseau hydrogra- 
phique semble témoigner d'une évolution plus avancée. A côté de 
cours d'eau conséquents, suivant la pente générale du sol, on en voit 
de subséquents, dirigés normalement aux précédents (tels la Rusija, 
affluent de la Iantra, et la Iantra moyenne) ; on trouve même des 
cours d'eau obséquents, greffés sur les cours d'eau subséquents, et 
coulant en sens inverse de la pente générale (tel le Kadikiôj, affluent 
de la Iantra). 




Figure 3. — Réseau hydrographique de la Valachie et de la Bulgarie. 



Ces contrastes ne sont pas accidentels ; ils correspondent à un 
passé géologique différent. Le pays prébalkanique est un plateau 
secondaire émergé depuis longtemps déjà, tandis qu'un lac sau- 
mâtre s'étalait encore sur la basse Valachie, à la fin du tertiaire. 

Il est encore d'autres différences qui méritent d'être notées, entre 
le réseau fluvial en Bulgarie et en Valachie. Le caractère le plus 
curieux du système de drainage dans cette dernière région est une 
tendance à la déviation vers la gauche de toutes les artères princi- 



— 6 — 

pales, tendance d'autant plus marquée qu'on va de l'O. à l'E. 1 . Le 
Jiu et l'Oltu coulent sensiblement du N.-N.-O. au S.-S.-E. L'Arges 
dévie vers le S.-E., après Pitesci, et coule même parallèlement au 
Danube dans son cours inférieur. La Jalomij;a, sortie de la mon- 
tagne avec la direction N.-S., dévie constamment vers la gauche, 
passant à la direction O.-E. et même O.-S.-O. ■ — E.-N.-E. Enfin, 
le Buzeu qui, à son débouché des Karpates, coule vers le S.-E., 
remonte vers le N.-E., si bien qu'il ne peut atteindre directement 
le Danube et se jette dans le Siret. Il semble que tous ces fleuves 
soient saisis, dès qu'ils sortent de la montagne, par une pente qui 
les attire invinciblement vers l'E. et tend à les faire converger vers 
un point voisin de l'origine du delta danubien. 

Rien de pareil chez les rivières du pays prébalkanique ; leur cours 
est, en général, à peu près normal à celui du Danube, et, loin de 
dévier toutes vers l'E., elles semblent plutôt manifester une tendance 
à converger vers un point voisin de l'embouchure de la Iantra. 

Des différences aussi profondes dans la disposition du réseau 
hydrographique doivent évidemment correspondre à une structure 
complètement différente du relief. Pour les rendre sensibles, il suffit 
de mener quelques profils de l'E. à l'O., à travers la Bulgarie pré- 
balkanique et la Yalachie (fig. 4). On s'apercevra aussitôt que dans 
celle-ci la tendance des rivières à dévier vers l'E. est en rapport avec 
un abaissement général du sol dans cette direction, tandis que le 
pays prébalkanique apparaît comme un plateau sans pente sensible. 

L'étude du passé géologique révélerait qu'on touche ici à un des 
faits capitaux de l'histoire du sol de la Yalachie ; le lent mouvement 
d'affaissement qui affecte, depuis la fin de l'ère tertiaire, la Yalachie 
orientale, en atteignant son maximum le long de la ligne Râmnic- 
Braila, est, en effet, la raison profonde de la disposition curieuse du 
réseau hydrographique valaque. 

Le système de drainage de la Moldavie ne diffère pas moins que 
celui de la Bulgarie du réseau fluvial de la Yalachie. Tandis qu'ici 
toutes les eaux qui tombent sur le sol s'écoulent par le chemin le 

1. Le fait a frappé tous ceux qui se sont occupés de la géographie physique de la 
Valachie : Cobalcescu. Sludii geologice si paleontologice asupra unor târmuri 
tertiare din unele parti României Bue, 1883. — Jannescu. Studii de creografie 
militarâ. Oltenia si Banatul Bue, 1894, p. 40. — Alimanesteanu. Sondagiul din 
Barâgnn, Bul. Soc. Géogr. Rom., 1806. — Draghiceanu. Coup d'œil sommaire sur 
Fhydroiogie de la plaine roumaine, Bue, 1895. — L. Mrazec. Quelques remarques 
sur le cours des rivières en Valachie, Ann. Mus. Géol. de Bue. (1896), 1898, etc. 



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— 8 — 

plus direct vers le Danube, deux artères maîtresses, le Prut et le 
Siret, rassemblent celles qui arrosent la Moldavie ; et ce seul fait 
révèle une différence fondamentale dans le relief de ces deux 
régions. Rien de comparable, en Yalachie, à la longue dépression, 
parallèle au pied des Karpates, que forme la vallée du Siret. Ce 
n'est que dans l'Oltenie (Yalachie occidentale) qu'on trouve une 
suite de petites dépressions indépendantes les unes des autres et non 
reliées par une grande vallée fluviale. La vallée du Siret est une 
grande voie de communication naturelle qui facilite la circulation 
en Moldavie, parallèlement à la cliaîne des Karpates, tandis qu'en 
Yalachie les communications sont des plus difficiles dans toute la 
région des collines, dans le sens de l'axe montagneux, et tendent, 
au contraire, à se faire du N. au S. Le réseau seul des voies ferrées 
rend évident ce contraste : la Moldavie a deux lignes parallèles aux 
Karpates, tandis que la Yalachie n'en possède qu'une, formée elle- 
même de tronçons de voies transversales raccordées sans souci du 
chemin le plus direct. 

L'hydrographie moldave n'a pas la simplicité de l'hydrographie 
valaque. L'évolution du réseau fluvial semble plus avancée et les 
directions les plus diverses s'y rencontrent, témoignant d'un accom- 
modement plus parfait au double système de pente, qui sollicite les 
eaux vers le S. et vers l'E. Le réseau primitif, formé par le Prut et 
le Siret avec ses grands affluents (Bârlad, Moldova, Bistrij;a) est 
orienté N.-N.-O. — S.-S.-E. Un réseau secondaire vient se greffer 
dessus, formé de rivières coulant de l'O. à l'E. (Bahluiu, Jigea, 
Bârlad supérieur, etc.). Comme le relief d'une région de collines 
dépend de la direction des vallées, on comprend que les orientations 
des lignes de relief soient par suite toutes différentes en Yalachie 
et en Moldavie. 

L'histoire géologique expliquerait là aussi les contrastes. D'après 
ce que l'on sait de la répartition des dépôts tertiaires l , la Moldavie 
apparaît comme émergée et soumise à l'érosion subaérienne depuis 
bien plus longtemps que la Yalachie. Le pontien manque dans tout 
le N. de la Moldavie, tandis qu'il est largement développé en Ya- 
lachie, et le lac plaisancien s'étendait encore d'Orsova à Bucarest, 
alors que toute la Moldavie était complètement exondée dès le début 
du pliocène. 

1. Sabba Stefanescu. Etude sur les terrains tertiaires de Roumanie. Lille, 1897, 
carte 1/1,000,000'. 



— 9 — 

On le voit, l'examen du réseau hydrographique révèle déjà plus 
d'un caractère qui différencie la Yalachie aussi bien de la Moldavie 
que de la Bulgarie. Si l'on envisage de plus près l'allure du relief, 
on pourra aisément mettre en lumière de nouveaux contrastes. 



III 

Ce qui paraît être le trait le plus important du relief en Yalachie, 
c'est la grande extension des plaines, particulièrement dans la région 
orientale. On a pu déjà le constater à l'aide des profils menés du N. 
au S. (flg. 2) et de l'E. à l'O. (fig. 4). 

Des mesures effectuées sur une carte hypsométrique montrent que 
05 % de la surface de la Yalachie se trouve au-dessous de 200 mètres, 
et 44 % au-dessous de 100 mètres. Malgré les sommets neigeux des 
Karpates, qui dépassent 2,500 mètres (Paringu, 2,529 m ; Negoiu, 
2,541 m ), l'altitude moyenne de cette province n'atteint pas 
"JOf #§0 mètres ("^^).(lS 7 m i > 

Yoici d'ailleurs l'étendue occupée par les surfaces comprises entre 
les principales courbes hypsométriques jusqu'à 2,000 mètres x : 

Au-dessous de 50 mètres 20010,1 kmq. 25,5 % 

De 50 à 100 mètres 14097,4 — 18,2 % 

100 à 200 — 17009,8 — 21,7 % 

200 à 300 — 8072,5 — 10,3 % 

300 à 500 — 6069,6 — 7,8 % 

500 à 700 — 4605,4 — 5,9 % 

700 à 1,000 — 4935,9 — 6,3 % 

1,000 à 1,500 — 1823,2 — 2,2 % 

1,500 à 2,000 — 807,0 — 1,2 % 

Au-dessus de 2,000 mètres 135,9 — 0,2 % 

Ces chiffres peuvent servir à établir la courbe hypsographique de 
la Yalachie, suivant la formule de Penck 2 . La grande extension des 
faibles altitudes ressort au premier coup d'œil de l'examen de cette 
figure (flg. 5). 



1. Disons une fois pour toutes que pour tous les calculs planimétriques, nous 
avons uniformément considéré la Valachie comme formée par l'ensemble des 
départements roumains de : Mehedinfi, Gorj, Vâlcea, Arges, Muscel, Dâmbovita, 
Prahova, Buzeu, Râmnicu-Sârat, Bràila, Jalonna, Ilfov, Vlasca, Teleorman, Oltu, 
Romanati et Dolj. 

2. Penck. Morphologie der Erdoberflâche, I, p. 43-45. 



10 




km 500 1000 iOOO 3000 £000 5000 6000 7000 7500 

Figure 5. — Courbe hypsographique de la Valachie. 

Les conditions ne sont pas les mêmes dans la région prébalka- 
nique. Là nous avons affaire à un plateau incliné assez également 
vers le N., tendant plutôt à se relever aux abords du Danube, qu'il 
domine par un abrupt dépassant souvent 100 mètres. La surface 
comprise au-dessous de 200 mètres n'atteint pas 10 %, celle comprise 
au-dessous de 100 mètres est insignifiante. Les falaises crayeuses 
qui dominent presque constamment le Danube sur la rive bulgare 
ont 235 mètres à Hahova, tandis que sur la rive valaque, il faut 
aller jusqu'au delà de Craïova pour retrouver pareille altitude. Au- 
dessus de Sistovo, on atteint, en une beure de marche, un plateau 
de 200 mètres, hauteur qu'il faudrait aller chercher, sur la rive rou- 
maine, à plus de 100 kilomètres au N. 

L'impression qu'on ne peut manquer d'avoir en naviguant sur 
le bas Danube, est qu'on longe une faille dont la lèvre abaissée 
forme la plaine roumaine. Elle est conforme à la réalité, et c'est 
cet accident, qu'on peut faire remonter à l'époque sarmatique 1 , qui 
a définitivement séparé les deux pays valaque et bulgare. L'un est 
devenu la région de riches collines, inclinées vers le S.-E., et de 
plaines monotones ; l'autre est resté le plateau raviné, pauvre en 
eau, en arbres, en habitations, qui étend ses solitudes herbeuses 
jusqu'à la zone des vallées riantes qui longent le pied des Balkans. 

La Moldavie aussi a eu une histoire différente de celle de la 
Yalachie et lui doit une physionomie à part. La grande région de 
plaines, qui comprend presque toute la Yalachie orientale, manque 
nu delà du Milcov. Les collines couvrent presque toute la surface 
de la Moldavie, où les altitudes inférieures à 200 mètres ne repré- 

1. Alimanesteanu. Sondagiul din Bârâgan, loc. cit. — L. Mrazec. Quelques 
remarques sur le cours des rivières en Valachie. 



— 11 — 

sentent pas plus de 15 %, et où les surfaces au-dessous de 100 mètres 
sont à peu près limitées aux vallées du Prut et du Siret. Ces collines 
ont, d'ailleurs, un aspect différent de celui des collines valaques; 
elles forment un plateau recouvert de loess, profondément raviné, 
et qui rappelle, suivant qu'on en suit les vallées ou qu'on circule 
sur les clos de terrain qui les séparent, tantôt les collines d'Oltenie, 
tantôt les plaines steppiques du Buzeu ou du Bârâgan. 

Emergée depuis plus longtemps que la Valachie, soustraite, 
semble-t-il, au mouvement d'affaissement qui a affecté la partie 
orientale de cette province, la Moldavie doit porter les traces d'une 
activité plus prolongée des forces d'érosion; voisine de la Russie, 
dont elle partage encore en partie le climat, rien d'étonnant à ce 
qu'elle ait été soumise, pendant la période steppique interglaciaire, 
aux mêmes conditions, et recouverte d'un manteau épais de loess 
qui manque à la plus grande partie de la Valachie. 

On peut résumer la différence fondamentale de structure de la 
Moldavie et de la Valachie en disant que l'une est une région de 
hautes montagnes, de collines et de plaines, tandis que l'autre ne 
comprend qne des montagnes et des collines en forme de plateau 
raviné. La limite est même assez bien marquée entre ces deux types 
de relief, là où le plateau moldave s'abaisse, au-dessus de la plaine 
valaque, par un abrupt qui suit le cours du Siret depuis l'embou- 
chure du Bârlad jusqu'à Grala^i 1 . 

C'est toujours au voisinage de cette ligne que s'est tenue la fron- 
tière entre Moldavie et Valachie, et l'importance qu'on y attache 
encore, au point de vue stratégique, est bien marquée par le fait 
que là s'échelonnent les enceintes fortifiées de Focsani, Namaloasa 
et Galati, formant la barrière défensive la plus forte que la Rou- 
manie puisse opposer aux ennemis venus du N. ou de l'E. 



Adossée aux plus hauts sommets des Karpates méridionales, la 
Valachie forme une sorte d'amphithéâtre qui descend jusqu'aux 
rives du Danube par une succession de montagnes, de collines et 
de vastes plaines. Région dont les affinités naturelles sont avec la 
Moldavie et la Bulgarie prébalkanique, elle se différencie cependant 

1. Jannescu. Studii de geografie militarâ, p. 40. 



— 12 — 

de l'une et de l'autre par la jeunesse de son réseau hydrographique, 
dont l'agencement trahit l'influence d'un lent affaissement vers l'E., 
et par la grande extension des plaines, conséquence de cet affaisse- 
ment. Le seul point où ses limites semblent réellement indécises 
révèle pourtant à un œil attentif une ligne de démarcation assez 
nette entre le plateau moldave et la plaine du Buzeu. 

Au point de vue du relief, la Valachie semble donc bien justifier 
l'opinion qui la fait généralement considérer comme une indivi- 
dualité géographique. Il importe de voir si le climat et les mani- 
festations de la vie qui en sont l'expression offrent aussi dans cette 
province des caractères originaux. 



CHAPITRE II 

L'Individualité de la Valachie. 
Climat et Biogéographie. 



I. La température. — II. Les précipitations. — III. Les vents et les types de 
temps Crivet et Austru. — IV. La vie végétale. — V. La vie animale. 



La Roumanie possède, depuis près de vingt ans, un service météo- 
rologique régulièrement organisé l . On peut donc penser que le 
climat de la Valachie est assez bien connu pour qu'une comparaison 
en soit possible avec celui des régions voisines, et pour qu'on puisse 
essayer de résoudre cette question essentielle : à quel type de climat 
appartient le climat valaque ? 

Par sa position à l'Orient de l'Europe, la Valachie semble prédis- 
posée à jouir d'un climat continental, mais son voisinage du monde 
méditerranéen peut la rendre encore sensible aux influences qui 
prévalent dans la péninsule balkanique. En fait, ce qui frappe le 
plus l'étranger venu de l'Occident, c'est la rigueur des hivers et les 
étés brûlants de la plaine roumaine. Il n'est pas rare de voir le 
thermomètre dépasser 35° pendant les mois de juillet et août, tandis 
qu'en janvier il descend fréquemment au-dessous de — 25°. Le 
maximum le plus élevé observé jusqu'à présent a été de 42°,8 
(Giurgiu, 19 août 1896) ; le minimum le plus bas a été — 35°,6 
(janvier 1893), soit un écart maximum absolu de 77°,8. A Bucarest, 
la courbe des maximas moyens mensuels atteint 30° en juillet et 
août, tandis que celle des minimas descend à — 8° en janvier 2 ; 
l'écart des extrêmes moyens mensuels atteint donc près de 40°. 

1. Voir la Bibliographie pour les publications de ce service dirigé par M. Hepites. 
Sur les 386 stations existant actuellement, 201 sont en Valachie, parmi lesquelles 
172 sont seulement des stations pluviométriques. Les plus anciennes sont Bucarest 
(observations thermométriques depuis 1857, pluviométriques depuis 1864) et Brâila 
(depuis 1879). 

2. Hepites. Album climatologique de la Boumanie. C'est à cette publication que 
sont empruntées toutes les données relatives à la Roumanie. 



— 14 — 

Si l'on considère les moyennes mensuelles, on est frappé par la 
brusque apparition des basses températures avec le commencement 
de l'automne ; il v a une différence de 6° entre septembre et octobre, 
de 7° entre octobre et novembre l . C'est un fait bien connu du 
roumain : en moins d'un mois, avec les jours plus courts, les 
feuilles qui tombent en masse, les nuits sereines et glacées, on 
voit l'aspect de la campagne changer comme par enchantement. 
La ville aussi se transforme, se replie sur elle-même, vide ses bou- 
levards, où les cafés et les étalages cessent d'envahir les trottoirs, 
et le grand poêle de faïence, qui brûlera pendant quatre à cinq mois, 
s'allume dans chaque famille. Pendant 65 jours le sol va rester 
couvert de neige et le nombre des jours de gel dépasse 116. 

Avec une moyenne annuelle de 10°,6, presque égale à celle de 
Paris, Bucarest est, par ses extrêmes, une ville de climat nettement 
continental. Ces caractères sont sensiblement les mêmes dans toute 
la Valachie ; ils ne diffèrent pas beaucoup de ceux de la Bulgarie 
prébalkanique ; ce n'est qu'au S. du Balkan qu'on trouve des hivers 
plus doux. A Sofia, les moyennes des mois froids sont constamment 
supérieures de 1° à celles de Bucarest, et les moyennes d'extrêmes 
mensuels ont presque exactement le même écart 2 . 

La Transylvanie est encore un pays de forts contrastes ther- 
miques; à Hermanstadt, l'écart des moyennes d'extrêmes mensuels 
est à peu près le même qu'à Bucarest ; si les hivers sont plus froids, 
les étés sont moins chauds 3 . La Moldavie et la Bessarabie ne sont 



1. Voici pour Bucarest les moyennes mensuelles (A) et les extrêmes moyens 
maximas (B), minima (C). 

A:J.-3,5 -1,0 4,9 11,3 17,0 20,5 22,9 22,3 17,5 11,7 4,1 D. 0,7. Année 10,6. 
B: —0,3 2,4 10,0 16,3 22,8 26,2 29,7 29,7 25,1 18,4 9,3 2,2. 16,0. 

C : —8,1 —5,7 —0,3 4,8 10,0 13,4 15,9 15,0 10,6 6,4 0,2 —4,6. 4,8. 

2. Moyennes mensuelles à Sofia (1880-92) : J. —2,6; F. —1,3; M. 5,0; Av. 10,3; 
M. 16,2; J. 19,1; Jt. 22,2; At. 21,6; S. 16,7; O. 11,7; N. 4,3; D. —1,1; année 10,2. Meteor. 
Zeitschr., 1893, p. 188. Les moyennes d'extrêmes mensuels (moyenne des extrêmes 
absolus mensuels d'un nombre d'années donné) ne seraient pas comparables aux 
extrêmes moyens mensuels (moyenne des moyennes d'exLrêmes diurnes d'un mois 
donné dans un nombre d'années donné) que nous donne l'Album climatologique 
de la Roumanie pour Bucarest. Mann a heureusement calculé les moyennes d'ex- 
trêmes mensuels pour Bucarest. On a pour Sofia : minim. —16,0, max. 34,6 ; pour 
Bucarest : minim. —16,1, max. 34,7. 

3. Hann. Ueber die monatlichen und jâhrlichen Temperaturschwankungen in 
ŒsteiVeich-Ungarn, Sitzber. K. Ak. d. Wiss. Wien Math. Naturwiss. Kl. Abth. 2, 
LXXXIV, 1881, p. 965 sq. Même remarque que précédemment pour la comparaison 
avec Bucarest. On a : Hermanstadt, min. —19,5, max. +31,1 ; Bucarest, —16,1 
et +34,7. 



— 15 — 

pas plus extrêmes que la Yalachie. Dorohoi offre une oscillation des 
extrêmes moyens mensuels inférieure à Bucarest (31° au lieu de 
38°). Les étés y sont sensiblement moins chauds sans que les hivers 
soient beaucoup plus froids 1 . 

A Odessa et Nicolajèw, qui représentent les conditions moyennes 
de la Russie méridionale, on retrouve à peu près le même écart des 
moyennes mensuelles (27°), si celui des extrêmes moyens mensuels 
est déjà plus considérable 2 . 

Au point de vue thermique, la Yalachie paraît donc faire partie 
de la région de climat continental extrême, qui comprend à peu près 
toute l'Europe orientale. 

Les fortes chaleurs de l'été ne vont pas sans une limpidité du ciel 
qui rapproche la Yalachie des régions méditerranéennes. A Buca- 
rest, la moyenne de l'éclairement est de 165 jours, soit près de la 
moitié de l'éclairement possible; elle dépasse 1300 heures dans le 
mois d'août, où le nombre des jours sereins atteint 20, tandis qu'en 
décembre, où il y a 15 jours couverts, elle descend à 64 heures. La 
nébulosité est donc très faible en été (4) et a son maximum en 
hiver (6,5). La marche de l'humidité relative est la même ; dépas- 
sant 80 % en hiver (décembre 86,6), elle tombe en été à moins de 
60 % (août 57,3) 3 . 

Tout cet ensemble de faits nous rapproche des conditions qui pré- 
valent dans la région méditerranéenne. En Moldavie, la nébulosité, 
tout en suivant la même marche, est beaucoup plus grande (Dorohoi, 
moyenne 6,2, hiver 7,6). Le nombre des jours sereins n'est dans 
aucun mois supérieur à 15, celui des jours couverts atteint presque 
20 en décembre (Dorohoi, 18,6). Nous sommes plus près du régime 



1. Moyennes mensuelles à Dorohoi (Moldavie septentrionale) : J. — 4,5; F. —2,6; 
M. 2,5; A. 8,1; M. 14,6; J. 17,3; Jt, 20,3; At. 19,6; S. 14,8; O. 9,7; N. 1,6; D. -2,3; 
année 8,3. 

2. Moyennes mensuelles à Odessa : J. —3,7; Av. 8,8; Jt. 22,6; Oct. 11,2. Nikolaïew : 
J. —4,3; Av. 9,3; Jt. 23,0; Oct. 10,6 ; minim. moy. Janv. —18,1, max. moy. Juillet 
34,3. — Wild. Temperaturwerhàitnisse des Russischen Reichs, Supplément Bd. z. 
Repert. /. Meteor. SI Petersburg, 1881. 

3. Voici les principales données (A, éclairement en heures; B, jours sereins; 
C, jours couverts ; D, jours nuageux ; E, nébulosité ; F, humidité relative %) : 

Année A 2197.2 B 130,4 G 111,5 D 132,2 E 5,3 F 71,1 

Hiver 229,5 22,1 45,2 22,9 6,5 84,0 

Printemps 568,2 27,1 27,7 37,2 5,5 68,1 

Eté 900,6 46,0 12,3 33,7 4,0 60,7 

Automne 498,9 35,2 26,6 29,4 5,0 71,8 



— 16 — 

qu'on observe clans le S. même de la péninsule balkanique, où la 
nébulosité moyenne n'est que de 4 à peine et où les jours clairs sont 
au nombre de 44 en été l . 

II 

L'impression change si nous examinons le régime des pluies. 
Yoici, en effet, quelles sont les sommes mensuelles de précipitations 
recueillies à Bucarest (I), la moyenne des jours de pluie (II) et 
de neige (III) : 

I : J. 30,8 27,3 42,2 51,0 62,G 84,5 71,6 48,2 30,7 38,2 46,5 D. 44,1 Année 583,3 

II : 8,1 7,4 10,0 9,7 11,5 12,0 8,9 5,3 6,8 6,2 7,7 10.1 106,2 

III : 5,1 4,9 4,4 0.8 0,4 2,1 5,1 22,8 

Ici on ne peut manquer de reconnaître un type bien marqué de 
régime continental, avec pluies d'été et sécheresse hivernale, tel 
qu'on l'observe en Russie. 

Comment donc expliquer la pureté du ciel en été et la dépression 
de l'humidité de l'air, qui va de pair avec celle du sol, pour le plus 
grand dommage de l'agriculture ? La raison en est facile à saisir 
si l'on songe aux températures extrêmes atteintes pendant les mois 
d'été et à l'évaporation active qui doit en résulter. Si les précipita- 
tions tombées en été représentent 35 % de la somme annuelle, la 
couche d'eau qui s'évapore pendant le même temps représente 43 % 
de l'évaporation annuelle. Les plaintes de l'agriculture ne sont donc 
pas vaines, et il est juste de parler d'une sécheresse d'été, bien que 
la quantité de pluie y soit plus abondante qu'en hiver. 

Il faut ajouter que ces précipitations se produisent le plus souvent 
à la suite de violents orages qui déversent, en un court espace de 
temps, une énorme quantité d'eau. La moyenne du maximum de 
précipitations recueilli en 24 heures atteint 93 m / m , au mois de 
juillet, à Bucarest. Le 10 juin 188G, on a recueilli 65 m / m en une 
heure ; à Curtea de Arges, le 7 juillet 1889, une pluie d'orage préci- 
pitait, en 20 minutes, 204 m / m 2 ! 

Le nombre des jours de pluie n'est pas sensiblement plus élevé 
en été qu'en hiver (26,2 contre 25,7) ; c'est au printemps qu'il est 
le plus fort (31,2). L'automne, plus que l'hiver lui-même, est la 

1. Athènes : nébulosité moyenne, 3,8 ; hiver, 5,5 ; été, 1,5. Jours clairs : hiver, 6 ; 
été, 44. — Eginitis. Climat d'Athènes, Ann. de V Observatoire nat. d'Athènes, t. I, 
1896. 

2. Hepites. Régime pluviométrique de Roumanie, p. 65. Toutes les données rela- 
tives aux précipitations sont empruntées à ce travail. 



— 17 — 

véritable saison sèche (23 jours de pluie), et, dans les années mau- 
vaises, la période sans pluie peut commencer dès le mois de juillet. 
C'est ainsi qu'en 1895 la sécheresse dura 96 jours, du 8 juillet au 
11 octobre, à Dabuleni (Dép. de Romanati) ; en 1896, elle atteignit 
98 jours, du 16 juin au 21 septembre, à Yitomiresci (Dép. d'Arges). 
Les mois les plus pluvieux ne sont d'ailleurs pas tous des mois d'été. 
La période humide comprend surtout les mois de mai, juin et juillet, 
qui, à eux seuls, donnent 37 % du total annuel. 

En somme, le régime pluviométrique de la Yalachie offre les plus 
grandes affinités avec le régime de pluies continental, qui prévaut 
dans la Russie méridionale ; la sécheresse y est seulement plus pré- 
coce et plus marquée en automne qu'en hiver, comme le montre le 
tableau suivant, qui donne le pourcentage des précipitations men- 
suelles en Yalachie (I) et en Russie (II) l . 

I : J. 5 5 7 9 10 15 12 8 5 7 8 D. 8 
II : 4 5 6 7 11 14 13 10 8 7 8 7 

Si la sécheresse commençait un mois plus tôt, et si la période de 
pluie comprenait un mois de printemps de plus, on passerait au 
régime méditerranéen tel qu'on le trouve dans la Bulgarie transbal- 
kanique. Il est certaines années où ces conditions sont réalisées et 
où la Yalachie est, en quelque sorte, annexée à la région méditer- 
ranéenne. 

Quelles sont les causes de ce curieux régime de pluies, qui place 
la Yalachie à la limite du cercle des influences prépondérantes dans 
l'Europe continentale ? — ■ Pour répondre, il est nécessaire d'envi- 
sager les vents dominants en A r alachie et la répartition des pressions 
barométriques aux époques caractéristiques de l'année. 



III 

Les deux vents les plus fréquents en Yalachie sont nettement 
marqués sur la rose des vents de Bucarest (fig. 6), où l'on observe 
l'énorme prépondérance des directions comprises entre N.-E. et E., 
entre 0. et S.-O. Ces vents sont connus du peuple sous les noms 
de Crivep et Austru 2 . 

1. Hann. Handbuch (1er Klimatologie, III, p. 191. 

2. Hepites. Le vent à Bucarest et la cause du Crivet, Ann. Inst. Météor. de Rou- 
manie, 1807, t. XIII. C'est à ce mémoire que (sauf avis contraire) sont empruntées 
toutes les données sur les vents. 

2 



— 18 — 




Figure 6. — Rose des vents de Bucarest, 



Ils soufflent à peu près 
toute l'année sans qu'on 
puisse noter dans les 
moyennes mensuelles une 
prépondérance marquée de 
l'une sur l'autre en aucune 
saison K Leurs caractères 
sont pourtant complète- 
ment différents. 




Le Crivep est, de tous les vents, le plus violent; sa vitesse moyenne 

annuelle est de 4 m 8 ; 
elle atteint et dépasse 
fréquemment 20 mè- 
tres. C'est lui qui fait 
en été monter le ther- 
momètre au-dessus de 
35°; c'est lui qui en 
hiver amène les des- 
centes les plus brus- 
ques de la tempéra- 
ture. Enfin, c'est le 
vent pluvieux par 

excellence. Le total 

Figure 7. — Rose pluviomé trique de Bucarest. -, , . . , , . 

des précipitations an- 
nuelles à Bucarest se décompose de la façon suivante : 

28 % arrive par vents du N. 
48 % — — de l'E. 
14 % — — du S. 

29 % — — de rO. 
1 % — par calme. 

En faisant le calcul pour les 16 directions, on peut construire une 
rose pluviométrique qui rend encore plus sensible l'influence du 
Crivet sur la pluie 2 (iig. 7). 

JJAustru est, au contraire, un vent plutôt sec. Lorsqu'il souffle 
depuis un ou deux jours, il n'est pas rare de voir l'humidité relative 



1. N.-E. et E. : J. 36 25 31 44 39 30 33 41 39 42 35 D. 33 
S.-O. et 0. : 40 38 37 22 25 31 27 22 23 30 37 38 

2. Chiffres inédits obligeamment communiqués par M. Hepites. 



19 



tomber au-dessous de 40 %. La limpidité qu'il donne à l'air favorise 
le rayonnement et amène en hiver des températures très basses qui 
dépassent même celles causées par le Crive^ ; mais, en été, il apporte 
un air plus frais que le vent du ]N~.-E. 

Le Crivet et l'Austru sont déterminés par la position des centres 
de haute et de basse pression barométrique, et l'on peut dire qu'ils 
correspondent chacun à un type de temps vraiment caractéristique 
pour la Valachie. 

Il arrive fréquemment que l'aire de hautes pressions, connue sous 
le nom d'anticyclone de Sibérie, se déplace vers l'O. et envahit 
l'Europe septentrionale. Le baromètre s'élève, à Moscou, au-dessus 
de 785 m / m , et des températures très basses régnent dans toute la 
Hussie. Le monde méditerranéen, plus favorisé, offre, avec ces plaines 
glacées, un contraste thermique violent, dont le résultat est la forma- 
tion d'une aire de basses pressions qui s'étale le plus souvent sur la 
mer Ionienne. L'anticyclone russe et le cyclone méditerranéen, voilà 
les deux pôles météorologiques pour la Yalachie, voilà les deux 
grands centres d'action de l'atmosphère d'où dépend toute la vie 
climatologique du pays. Suivant qu'ils prennent plus ou moins 
d'importance, qu'ils se rapprochent ou s'éloignent, les vents, la tem- 
pérature, l'humidité de l'air, tout va changer. 

Lorsque la dépression de la mer Ionienne se creuse en même temps 
que la pression s'élève à Moscou, l'air se met en mouvement du N.-E. 
vers le S.-O. C'est le Crive|, qui balaye toute la Yalachie ; la tempé- 
rature baisse brusquement de plusieurs degrés ; dans la plaine, les 
arbres plient, sur le Danube, 
des vagues s'élèvent, capables 
de faire chavirer les petites 
embarcations. 

Ce type de temps a été mer- 
veilleusement réalisé pendant 
la première semaine de janvier 
1893 (v. fig. 8). Le 4, au matin, 
les températures allaient crois- 
sant et la pression décroissait 
du N. au S. dans l'Europe orien- 
tale. A Moscou, le thermomètre Figure 8. — Type de temps caractéris- 

atteignait —30° et le baromètre n tiqu £ ? u Criv ^ 'f J^*erl893), d'après 
. v ^„ , le Telegraphischer Wetterbencht de 

se tenait a /90 m / m . A Bucarest, Vienne. 




— 20 — 

on comptait 1° au-dessus de 0. A Malte, on avait 11° de chaleur, et, 
sur la nier Ionienne, le baromètre tombait au-dessous de 755 m / m . 
Dans la journée, le vent du N.-E. commence à se lever, à Bucarest, 
avec une vitesse de 14 mètres ; le lendemain matin, il soufflait en 
tempête (25 mètres par seconde). Le thermomètre était déjà des- 
cendu de 7° au-dessous de 0; le surlendemain, il atteignait — 12°. 
La neige, balayée par le vent, s'amoncelait sur les routes et sur les 
voies ferrées. Pendant trois jours, toute communication fut inter- 
rompue entre Bucarest et Chitila. 

En été, le type de temps qui amène le Crive^ n'est pas rare. La 
direction du vent varie suivant la position du cyclone méditerra- 
néen, qui se déplace vers l'E. Quand la dépression se forme autour 
de Malte, on a des vents d'E.-N.-E., qui arrivent de la mer Noire 
chargés d'humidité et, se heurtant aux Karpates, amènent souvent 
des pluies abondantes. La grande majorité des pluies de printemps 
et quelques-unes des pluies d'été, qui amènent en juillet et même en 
août des inondations, sont dues à ces circonstances. 

L'Austru résulte d'une distribution des pressions barométriques 
complètement différente. Les cyclones qui se forment sur le bassin 
occidental de la Méditerranée ont deux routes à prendre : ou bien 
ils se déplacent vers le S.-E. et viennent relayer la dépression de la 
mer Ionienne et de la mer Egée ; ou bien ils remontent par l'Italie 
centrale, l'Adriatique, la Hongrie, pour venir se perdre au-dessus de 
la mer Noire. Cette dernière trajectoire n'est possible que dans le 
cas où les hautes pressions ont abandonné l'Europe orientale; elle 
est particulièrement fréquente lorsque l'anticyclone océanique s'étale 
sur les Iles Britanniques et l'Europe N.-O. Le type de temps qui est 
alors réalisé est bien connu, et l'on a su depuis longtemps déjà en 
dégager les conséquences pour l'Europe occidentale 1 , mais ce n'est 
que tout récemment qu'on a pu montrer son importance pour la 
Valachie et le N. de la péninsule balkanique. C'est le régime qui 
détermine l'Austru. 

Jamais ce vent n'est plus violent que quand les dépressions 
séjournent au-dessus de la mer Noire, après avoir traversé la Hongrie 
et la Moldavie. On en a eu un bel exemple le 19 mars 1893 (v. fig. 9). 

1. Teisserenc de Bort. Etude sur l'hiver de 1879-80, Ann. Bur. Centr. Météor. de 
France (1881), 1883, IV, pp. 47-62, et Sur la position des grands centres d'action de 
l'atmosphère, ibid. (1883), 1885, IV, B, pp. 31-56. — Van Bebber. Die Wettervor- 
hersage, 1891. 



21 — 




Figure 9. — Type de temps caractéris- 
tique de YAustru (19 mars 1893), d'après 
le Telegraphischer Wetterbericht de 
Vienne. 



Sur toute l'Europe N.-O. ré- 
gnaient des pressions élevées. 
L'isobare 770 passait par Shielcls 
et Saint-Gothard. A Bucarest, le 
baromètre descendait à 755 m / m ; 
sur la mer Noire et la Russie 
méridionale, il était au-dessous 
de 750 m / m . Le vent soufflait de 
l'O., sur toute la Hongrie et la 
Valachie. 

L'Austru le plus violent a été 
observé en décembre 1897. Une 
dépression qui traversait la veille 
la Transylvanie (Hermannstadt, 
744 m / ln ) s'avance, le 29, sur la 
Pologne et détermine un vent 
du 8.-0. dont la vitesse atteint 26 mètres. En août 1897, une dépres- 
sion qui traversait la Hongrie le 18, se porte sur le IST. de la Moldavie, 
le vent fait tomber l'humidité relative à 30 %. 

On le voit, analyser les causes du Crivet et de YAustru, c'est toucher 
aux principes mêmes qui règlent le climat de la Yalachie. Sans le 
Crivet, la Yalachie ne serait pas le pays extrême que nous avons 
décrit ; sans lui elle n'aurait pas les pluies de printemps et d'été ; 
sans YAustru, elle n'aurait pas cette apparence à demi-méditerra- 
néenne, ces étés secs et brûlants. Le vent le plus chaud n'est pas 
cependant l'Austru, c'est le vent d'E.-S.-E., qui souffle surtout d'avril 
à octobre (9 %). C'est le compagnon de l'Austru; il le précède ou le 
suit. Plus fréquent, il donnerait aux plaines valaques une teinte plus 
méridionale. 

Tel qu'il est, le climat de la Yalachie place cette région sous l'in- 
fluence des conditions qui prévalent dans l'Europe continentale, en 
dehors du monde méditerranéen, mais en somme assez près de sa 
limite pour en subir un peu l'influence. Yoyons comment la flore et 
la faune reflètent ces caractères. 



IV 



Pour le voyageur qui parcourt les collines de la Yalachie, l'aspect 
de la végétation n'a rien qui rappelle le monde méditerranéen. De 
grands bois de chênes couvrent les dos de terrain, séparant les vallées 



— 22 — 

où les cultures ont fait disparaître l'ancienne forêt. La prédominance 
des chênes dans les espèces arborescentes et leur grand nombre de 
variétés x sont le seul indice d'une flore un peu méridionale. Les 
arbres qui s'y associent appartiennent tous au domaine forestier de 
l'Europe centrale ; ce sont les ormes, les érables faux-platanes, les 
érables champêtres, les charmes. La rareté du noyer et du châtai- 
gnier, cantonnés dans la Yalachie occidentale 2 , montre bien que les 
conditions climatériques se rapprochent surtout de celles de l'Europe 
continentale. 

Les forêts humides le long des cours d'eau ; les prairies inondées 
où les renoncules, ]es althées, les menthes, les valérianes, se mêlent 
aux petits joncs glauques; les fourrés de pruniers sauvages, d'églan- 
tiers, de noisetiers et de cornouillers à la lisière des bois, sont autant 
d'aspects familiers de l'Atlantique à la mer Noire. La richesse de 
teintes et l'éclat des fleurs au printemps sont le seul spectacle nou- 
veau pour l'œil accoutumé à la flore des contrées plus septentrio- 
nales, le seul témoignage d'un climat plus chaud et plus lumineux. 

Mais, si les formations végétales n'ont rien qui sente le monde 
méditerranéen, le botaniste saura découvrir dans le catalogue des 
espèces qui y prennent part, plus d'une figure étrangère à l'Europe 
centrale et continentale. L'apparition du lilas à l'état spontané, à 
Yârciorava et Tismana 3 est bien faite pour surprendre celui qui 
croirait la Yalachie complètement en dehors des influences méridio- 
nales. Le frêne (Fraxinus Ornus) qui, pas plus aue le noyer et le 
châtaignier, ne dépasse à l'E. l'Oltu, est encore un arbre intéressant 
à ce point de vue. Parmi les plantes herbacées de la zone du chêne 
en Yalachie, on a trouvé 85 espèces méditerranéennes. Les unes sont 
répandues d'un bout à l'autre du domaine méditerranéen, depuis le 
Portugal jusqu'en Orient ; les autres (et ce sont les plus nombreuses), 
sont confinées sur le littoral des mers Egée et Adriatique, com- 
munes à l'Istrie, l'Illyrie, la Croatie, la Dalmatie, la Macédoine, la 
Thessalie. 22 sont propres à la région des Balkans et au littoral 

1. Espèces principales : Q. pedunculata, sessiliiLora, conlerta, cerris, pubescens. 

2. Grecescu. Conspectul Florei Romane, p. 710, cite le noyer à Valea Bahnei, 
Closani, Bumbesci, Tismana, Cozia ; le châtaignier à Tismana, Horezu. Nous avons 
observé le châtaignier à Dealu Pâcruiei, très exactement limité aux affleurements 
de granit. 

3. Grecescu. Conspectul Florei Romane, p. 734. — Pax. Grundzuge der Pflan- 
zenverbreitung in den Karpaten, p. 117, cite aussi Syringa vulgaris à Mediash et 
S. josikea à Maramures. 



— 23 — 

caucasique de la mer Noire, s'étendant à la fois en Bosnie, Serbie, 
Bulgarie, Dobrodgea, Crimée et Abkasie 1 . 

Descendons plus près du Danube ; le tapis végétal prend une teinte 
plus méridionale. Une vaste plaine au sol limoneux s'étend à perte 
de vue, à peu près complètement dépourvue d'arbres. Dans la Va- 
lacliie orientale surtout, c'est la véritable steppe. Le Crivet balaye 
d'un bout à l'autre cette immense étendue, y soulevant, en hiver, des 
tempêtes de neige ; en été, des tourbillons de poussière. La sécheresse 
et le froid en ont proscrit dès longtemps les arbres les plus résistants, 
bien avant que l'homme ait détruit les derniers vestiges de forêt. 
La végétation ligneuse n'y est représentée que par quelques fourrés 
épineux ou des taillis de chênes bas spéciaux (Q. cerris, Q. peduncu- 
lata) dans les endroits les moins secs. Rien qui ressemble au véritable 
maquis. 

L'abondance des graminées pérennes et stolonif ères 2 végétant jus- 
qu'en automne, rapproche ces steppes de la steppe russe où la période 
végétative est plus tardive et plus prolongée que dans la steppe médi- 
terranéenne. Les grands fourrés de chardons, hauts de 2 mètres, qu'on 
rencontre dans le Baragan et sur la terrasse du Buzeu (v. pi. Gr XIY), 
font penser à la steppe de Kasan. D'ailleurs, bon nombre des espèces 
steppiques s'étendent jusqu'en Russie. Cependant, les influences mé- 
ridionales sont encore assez sensibles. A la faveur des fortes chaleurs 
d'été, 45 plantes communes aux Balkans et au Caucase ont pu s'éta- 
blir dans les steppes de Yalachie 3 . Dans les dépressions où se con- 
serve un peu d'humidité, on trouve une dizaine d'espèces proprement 
méditerranéennes 4 

D'après des recherches récentes sur la flore des pays les plus sep- 
tentrionaux de la péninsule balkanique 5 , il semble que la limite du 
domaine méditerranéen englobe la Serbie et la Bulgarie méridio- 
nale, en suivant à peu près l'arête des Balkans. La Valachie se trouve 
ainsi presque aux portes de ce monde méridional, et peut être sou- 
mise à des invasions d'espèces étrangères profitant des variations de 
son climat, qui prend parfois, certaines années, une teinte méditer- 

1. Grecescu, op. cil., pp. 753-754. 

2. Grecescu, op. cit., p. 758. 

3. Grecescu, op. cit., p. 758. 

4. Grecescu, op. cit., p. 762. 

"). Lujo Adamovic. Die Méditerranéen Elemente der Serbischen Flora, Englefs 
Bot. Jahrb.. XXVII, 1800. pp. 351-380. 



— 24 — 

ranéenne. Cependant l'aspect général de la flore valaque est bien 
l'expression d'un climat continental et la rattache davantage an N. 
qu'au S. 

D'après M. Grrecescu, la Roumanie tout entière pourrait être consi- 
dérée comme formant, avec le Banat et la Transylvanie, une région 
florale qu'il appelle Région Dacique, et pour laquelle le bas Danube 
est une limite bien marquée. Ainsi se justifie la distinction entre la 
Yalachie et la Bulgarie, fondée sur l'examen du relief du sol. Mais 
la Région Dacique elle-même offre assez de contrastes pour qu'on 
y puisse reconnaître une certaine individualité à la Valachie. Séparée 
de la Transylvanie par la région alpine des Karpates, elle possède en 
propre tout un lot d'espèces méditerranéennes qui manquent au delà 
des monts. La continuité des plaines et des collines, de part et d'autre 
du Milcov, n'empêche pas la Moldavie septentrionale d'avoir des 
étés bien moins chauds, avec des hivers aussi froids que la Yalachie. 
La moyenne annuelle s'abaisse de près de 3° de Severinu à Dorohoi. 

Aussi les influences méridionales sensibles en Valachie ne se font 
guère plus sentir. C'est à peine si l'on compte douze espèces méditer- 
ranéennes qui pénètrent en Moldavie ; encore appartiennent-elles 
plutôt au domaine balkano-caucasique 1 . Les changements de la flore 
au N. du Milcov se marquent par un appauvrissement. Brândza avait 
déjà signalé un certain nombre d'espèces némorales spéciales à la 
Yalachie 2 . C'est par centaines qu'il faut les compter maintenant. 



La flore et le climat de la Yalachie sont d'accord pour en faire 
une région de caractère continental légèrement imprégnée d'in- 
fluences méditerranéennes. On aimerait à savoir si, par sa faune, 
elle a droit à la même situation. 

Malheureusement, l'enquête zoologique est loin d'être encore assez 
avancée pour pouvoir prêter à de pareilles conclusions. Rien de com- 
parable à des œuvres comme celle de Bielz pour la Transylvanie 3 , 
de Mojsisovics von Mojsvar pour la plaine hongroise 4 . 

1. Grecescu, op. cil., p. 754. 

2. Brândza. Despre vegetatiunea României, Ac. Rom., av. 1880. 

3. Bielz. Siebenbûrgen, 1899 et Fauna der Land und Sûsswasser Mollusken Sie- 
benbiirgens, 1867. 

4. Mojsisovics von Mojsvar. Das Tierleben des Oesterreischich Ungarischen Tie- 
febeuen, Wien, 1897. 



— 25 — 

Le monde des invertébrés a seul, jusqu'à présent, été l'objet d'un 
certain nombre d'études de détail. Les recherches centralisées et 
publiées par M. Jacquet 1 ont amené la découverte de plusieurs 
espèces nouvelles d'Arachnides, de Curculionides, d'Orthoptères, etc. 
On signale, parmi les régions les mieux connues au point de vue des 
Macrolépidoptères, le versant valaque des Karpates et les environs 
de Bucarest 2 . La Roumanie serait sensiblement plus riche en espèces 
de cette famille que la Transylvanie et la Bukovine 3 . 

D'après Licherdopol, ]a faune malacologique de la Yalachie la 
rattache à la région pontique de Fischer. Elle est remarquable par 
le grand développement de la famille des tlnionidae (plus de 
40 espèces, alors que l'Europe occidentale n'en compte que 16). Plu- 
sieurs espèces à'Unio, Sphœrium, Vivipara, Hélix, Bulimulus la 
rattacheraient aux pays d'au delà du Danube et la sépareraient de 
la Transylvanie 4 . 

On manque encore d'études systématiques sur les reptiles, les 
oiseaux, les mammifères. La présence d'une vipère commune dans 
la région méditerranéenne (Viper a ammodytes), près de Turnu Seve- 
rinu, et la découverte d'une espèce nouvelle de Triton (Triton Mon- 
tandoni), montrent cependant que des recherches dirigées dans ce 
sens pourraient donner des résultats intéressants. Il est peu de 
régions en Europe où le monde des oiseaux présente autant de 
richesse et de variétés que les marais du bas Danube ; et l'étude des 
mammifères rongeurs dans les steppes du Baragan révélerait peut- 
être de curieuses affinités avec la Eussie méridionale. 

Les données dont nous disposons sont insuffisantes pour apprécier 
le caractère d'ensemble de la faune valaque ; mais il est peu probable 
que les recherches à venir puissent modifier le tableau que nous avons 
esquissé de la physionomie physique de la Yalachie, en étudiant son 
relief, son climat et sa végétation. 

Il n'est pas de région naturelle, si bien limitée qu'elle soit, où l'on 
ne puisse saisir des affinités avec les contrées voisines, et qui ne soit, 
à certains égards, une région de transition. La Yalachie, malgré des 

1. La faune de la Roumanie, Bull. Soc. Se. Bue, 1898, sq. passim. 

2. Ed. Fleck. Die Makrolepidopteren Rumâniens, Bull. Soc. Se. Bue, VIII, 
pp. 682-773. 

3. Ed. Fleck, id., ibid., IX, pp. 37-142. 

4. P. Licherdopol. Fauna raalacologica a Biu-urestilor si imprejurilor sale, Bull. 
Soc. Se. Bue, VI, p. 373 ; cf. Bucuresti, pp. 51-5(3. 



— 26 — 

frontières d'une netteté parfaite, sauf peut-être vers le N.-E., a plus 
d'un trait commun avec la Bulgarie, le Banat, la Transylvanie et 
la Moldavie. Montrer quelle est la nature de ces liens, avec quelle 
région elle a le plus d'affinités, soit qu'on envisage le relief du sol, 
le climat ou la biogéographie, c'est, en même temps, faire ressortir 
les différences qui la mettent à part, préciser les traits originaux de 
sa physionomie, définir en un mot son individualité. 

Région de transition entre le climat continental et le climat médi- 
terranéen, entre le domaine des forêts de l'Europe centrale, des 
steppes russes et le monde végétal de la Méditerranée orientale, la 
Valachie doit à cette position même son caractère spécial, autant qu'à 
son relief , où se mêlent la haute montagne, les collines boisées et les 
plaines dénudées. 



CHAPITRE III 

Les Divisions de la Valachie. 



I. Premier essai de division naturelle : montagnes, collines, plaines. — IT. Dif- 
ficultés pour préciser l'extension de ces zones. — III. Division populaire en 
Olténie et Munténie, ses rapports avec l'histoire, la géographie physique, 
le climat, la biogéographie. — IV. Conclusion. 



Le voyageur qui pénètre en Roumanie par la voie de Predeal peut, 
en quelques heures, avoir un aperçu des aspects les plus divers de la 
Valachie. 

Après la longue et monotone traversée de la plaine hongroise et 
des plateaux transylvains, on éprouve une impression de soulagement 
lorsqu'à la sortie de Kronstadt, le train s'engage dans la verdoyante 
vallée qui mène au col de Predeal. De superbes forêts de sapins 
couvrent les croupes aux pentes raides, aux formes régulièrement 
symétriques, que constituent les conglomérats cénomaniens visibles 
à chaque instant en tranchée, et que séparent de larges vallons où se 
presse, le long des ruisseaux, une végétation touffue de grandes om- 
bellifères, de campanules, de gentianes et de tournesols. Au-dessus, 
une échappée découvre de temps en temps une haute cime calcaire. 

Le col franchi, la descente se fait au galop, et c'est comme un coup 
de théâtre lorsque, soudain, apparaît la masse imposante du Bucegiu, 
muraille presque verticale, dominant de plus de 1,500 mètres la 
profonde vallée de la Prahova. Les crêtes aux formes rectilignes, les 
escarpements de conglomérats déchiquetés et découpés en un chaos 
de pyramides entassées les unes sur les autres, les pentes inférieures 
aux formes plus douces, couvertes d'un sombre manteau de sapins, 
et la vallée, où s'étalent des terrasses herbeuses peuplées d'élégants 



— 28 — 

villages tels que Sinaïa, forment un tableau riche en contrastes, qui 
a fait la réputation de cette vallée, devenue le séjour d'été préféré 
des Bucarestois. 

Après Sinaïa, la rivière s'étrangle entre des parois rocheuses où 
l'on voit les couches plissées, broj'ées, empilées les unes sur les autres, 
témoigner des forces gigantesques mises en jeu pour soulever ce 
puissant bourrelet montagneux. Les pentes déboisées sont sillonnées 
de chemins d'éboulis, et d'énormes cônes de déjections, aux cailloux 
anguleux à peine roulés, encombrent la vallée déjà trop étroite. Ce 
n'est qu'en arrivant à Comarnic qu'on voit les parois rocheuses 
s'écarter; on respire, la vallée s'élargit, bordée de hauteurs encore 
élevées, mais étagées avec des pentes plus douces. On sent qu'on est 
sorti de la montagne et qu'on entre dans une région de collines. 

L'érosion, encore très intense, fouille avec une vigueur effrayante 
les pentes déboisées des coteaux, mettant à nu les marnes rouges et 
vertes qui leur donnent un aspect singulier. La Prahova se perd au 
milieu de bancs de sable et de cailloux, dans un lit démesurément 
large. Dans les vallons latéraux se cachent partout des villages aux 
maisons dispersées au milieu d'un fouillis d'arbres fruitiers et de 
champs de maïs. Sur les routes apparaît la silhouette du paysan rou- 
main coiffé du bonnet à poil {caciu(a), portant la ceinture rouge sur 
la chemisette de toile et le pantalon de flanelle, conduisant le char 
lentement traîné par deux bœufs aux longues cornes recourbées. 

Un œil attentif peut, en scrutant les tranchées, reconnaître encore 
la nature du terrain, voir les couches gréseuses qui supportent les 
marnes rouges plonger tantôt vers le N., tantôt vers le S. Nous 
sommes encore dans une région plissée, mais les reliefs tendent à 
prendre des formes tabulaires, la vallée semble de plus en plus 
creusée dans une sorte de plateau. A Câmpina apparaît une terrasse 
élevée sur laquelle s'élèvent, noires et fumeuses, les cheminées des 
puits de pétrole. Les couches se rapprochent de l'horizontale ; bientôt 
la voie entame des lits de cailloux roulés et débouche sur une terrasse 
qui s'étend à perte de vue vers le S. Les derniers reliefs s'éloignent ; 
c'est la plaine roumaine, déroulant ses champs de maïs, qui ondulent 
sous le vent, cachant ses villages dans les replis de quelques vallons 
un peu plus humides. Jusqu'à Bucarest, le même aspect monotone 
accompagne le voyageur dont l'œil n'est arrêté, dans cette étendue 
démesurément uniforme, que par quelque énorme meule, ou par un 
bouquet d'arbres isolé autour d'une mare à demi desséchée... 



— 29 — 

Après une pareille traversée, on peut admettre qu'on a vu la 
Valachie sous ses trois aspects caractéristiques : la haute montagne, 
la région des collines et la plaine ou terrasse diluviale. Cependant 
il faut dire qu'on n'a peut-être pas l'idée la plus exacte de ce que 
sont généralement les Karpates. La vallée de la Prahova est une 
exception,, La présence du château royal à Sinaïa, la voie ferrée 
internationale qui passe par Prédeal, la beauté du site, y attirent 
chaque été une foule élégante; l'alttention a été appelée sur ses 
richesses naturelles et, avec les fabriques d'Azuga, les exploitations 
de pétrole de Câmpina, c'est une des rares régions industrielles de 
la Yalachie. 

Pour mieux connaître les Karpates dans toute leur sauvage beauté, 
il faudrait les traverser par une route moins fréquentée, par exemple 
par la vallée du Jiu. Pétroseny est le centre du bassin tertiaire où se 
forme le Jiu avant de traverser de part en part la chaîne karpatique. 
Le chemin de fer qui en part mène jusqu'à l'entrée du défilé, mais 
ne s'aventure pas plus loin. Depuis la douane hongroise jusqu'à 
Bumbesci, le voyageur qui suit les eaux bondissantes du Jiu ne ren- 
contre d'autre trace d'habitations que les maisonnettes des canton- 
niers qui gardent la route établie à grands frais, et le monastère de 
Lainici, qui dresse sa vieille église omée de naïves et curieuses 
peintures, sur une terrasse alluviale formée dans un élargissement 
de la vallée. Des forêts de hêtres et de sapins couvrent les pentes 
qui s'élèvent régulièrement jusqu'à des hauteurs parfois couronnées 
d'escarpements calcaires. Dans le lit de la rivière apparaît partout 
la roche cristalline, d'une dureté défiant le marteau : amphibolites 
veinées où les eaux sculptent de superbes marmites d'érosion, quart- 
zites, phyllites, toutes les variétés de schistes cristallins. De longs 
chemins de pierres, par où descendent au printemps les avalanches 
ravagent la forêt, menaçant d'engloutir la route, précipitant dans la 
rivière des blocs énormes au milieu desquels elle bondit, réduite 
parfois à 10 mètres de largeur. 

En arrivant à Bumbesci, on voit progressivement les pentes de la 
vallée devenir moins raides, la forêt s'éclaircir, les hêtres céder, près 
de la route, la place aux chênes et aux noyers ; mais la sortie de la 
montagne n'en est pas moins brusque, et l'on ne peut s'empêcher 
d'être étonné, lorsqu'on se trouve soudain sur une terrasse élevée, qui 
s'appuye sur la montagne et descend vers le S., couverte de bouquets 
de chênes et de champs de maïs. Le Jiu circule désormais dans une 



— 30 — 

très large vallée, entaillée dans cette terrasse. Ce n'est qu'au S. de 
Târgu Jiu qu'on peut voir le sol se relever, ou plutôt, les vallées 
l'entamer plus profondément, et le relief reprendre l'allure mouve- 
mentée d'une région de collines. 

Si l'on prend le chemin de fer pour Craïova, on pourra, de Carbu- 
nesci à Filiasi, retrouver les aspects familiers de la route, déjà faite, 
de Comarnic à Bucarest : plateaux ondulés et profondément ravinés, 
là où le déboisement les a gagnés, villages cachés dans les replis de 
terrain au milieu des vergers et des champs de maïs, larges vallées 
bordées de terrasses alluviales qui, peu à peu, se confondent et 
forment une vaste plaine. Toutefois on découvrirait un nouvel aspect 
de lai région plate si l'on voulait regagner Bucarest, en traversant la 
vallée de l'Oltu, fossé large de 10 kilomètres qui montre bien qu'on 
a affaire à une terrasse et non à une véritable plaine... 

Zone montagneuse, zone des collines, plaine ou terrasse diluviale, 
voilà donc la division naturelle qui s'impose à tout esprit observateur 
parcourant la Yalachie. Elle correspond à tant de différences faciles 
à constater, que tout le monde l'a adoptée et qu'on la rencontre sous 
la plume de tous ceux, quel que soit leur point de vue, qui ont écrit 
sur la Yalachie. 

Le géographe 1 est heureux de trouver une distinction nette entre 
trois régions de relief varié, offrant à l'homme des conditions com- 
plètement différentes d'habitabilité. Le géologue 2 doit classer forcé- 
ment à part les hautes Karpates, formées de schistes cristallins, de 
sédiments secondaires et de flysch, la zone des collines constituée par 
le tertiaire récent légèrement plissé, et la terrasse diluviale formée 
de cailloutis horizontaux recouverts de limon. Le climatologue 3 doit 
aussi distinguer la région très pluvieuse et couverte de neiges pen- 
dant six mois, les collines assez bien arrosées, la plaine brûlante et 
desséchée pendant l'été. Le botaniste 4 le suit et est heureux de 



1. Lehmann. Das Kônigreich Rumanien. Kirchoffs Lânderkunde. — G. Jannescu. 
Studii de geografie militarâ, Bue, 1894. — C. Calmuschi. Geografia României si a 
târilor vecine locuite de Romani Ploiesci, 1897. — G. Romenholler. La Roumanie, 
Rotterdam, 1898, etc., etc. 

2. Cobalce^cu. Studii geologice si paleontologice asupra unor târmuri ter^iare 
Bue, 1883. — G. Stefanescu. Curs elementar de géologie Bue, 1887. — Draghi- 
ceanû. Ei'lauterungen zur geologische Karte. Jahrb. K. Geol. R. Anstalt, 1890, etc. 

3. Hepites. Régime pluviométrique de la Roumanie. 

4. Brândza. Despre vegetaliunea României, Ac. Rom., Avr. 1880. — Grecescu. 
Conspectul Florei României. 



— 31 — 

pouvoir distinguer une région de flore alpine et subalpine couverte 
de superbes forêts, une zone montueuse encore assez boisée, caracté- 
risée par le chêne, et une plaine steppique. Le zoologue x peut, de 
même, faire des distinctions importantes entre ces trois régions. Il 
n'est pas jusqu'au statisticien et à l'économiste 2 qui ne trouvent 
utilité à se servir de cette division commode. Elle paraît même si 
commode qu'on la voit couramment appliquée à toute la Roumanie, 
sans tenir compte de la Dobrodgea, qui ne peut rentrer dans ce cadre, 
et de la Moldavie, où, comme nous l'avons vu, la région des plaines 
n'existe pas en réalité. 

Les géologues sont d'ailleurs les seuls qui paraissent s'être préoc- 
cupés de préciser le sens, l'extension et les limites de ces provinces, 
et qui aient reconnu la nécessité évidente d'en distinguer une qua- 
trième : la vallée danubienne 3 . 

Si l'on essaye de serrer de plus près la définition d'une région 
naturelle, on doit reconnaître la nécessité d'en fixer les limites ; ces 
limites ne sauraient avoir la précision de limites politiques, mais 
il importe cependant de les fixer approximativement, sous peine de 
ne pas savoir de quoi l'on parle. Quand on cherche à faire ce travail, 
pour les régions que nous venons de distinguer, on s'aperçoit qu'il 
présente plus d'une difficulté ; on est même amené à reconnaître 
qu'on pourrait concevoir un autre mode de divisions naturelles de 
la Yalachie. 

II 

Lorsqu'on s'éloigne de la montagne pour descendre vers le Danube, 
il est bien rare qu'on puisse se rendre compte du moment précis où 
l'on sort de la zone des collines pour déboucher sur la terrasse dilu- 
viale. Lentement, les vallées s'élargissent de plus en plus, envahies 
par des terrasses de cailloutis, qui s'étalent au fur et à mesure que 

1. Licherdopol. Fauna malacologica, loc. cit., et Bucuresti. Fauria, p. 41. 

2. Notice sur les forêts du royaume de Roumanie, publ. Min. Agric. Service des 
Forêts, Bue, 1900. — N. Filip. Les animaux domestiques de la Roumanie, Bue., 
in-4°, 1000. — Chiru. Canalisarea rîurilor si irrigatiuni, Bull. Soc. Géogr. Rom., 
1893, etc. 

3. Cobalcescu, op. cit. — Sabba Stefanescu. Mémoire relatif à la géologie du 
Judet de Doljiu, Ann Riurului Geol. (1883), 1889. Les divisions proposées par 
S. Stefânescu ne s'appliquent, comme il le reconnaît lui-même, qu'à l'Olténie. — 
Chiru, op. cit., est le seul à notre connaissance qui ait essayé de donner une repré- 
sentation de l'extension des régions naturelles. Les limites marquées sur sa carte 
par des teintes sont quelquefois exactes ; aucune explication n'en est donnée dans 
le texte. 



— 32 — 

les hauteurs boisées s'abaissent et s'écartent. La rivière, de plus en 
plus appauvrie, a peine à se retrouver dans un lit immense semé de 
bancs de sable. Les villages deviennent plus rares; le manteau de 
forêts s'émiette. Bientôt tout le pays prend l'aspect d'une immense 
terrasse, entaillée par un petit nombre de très larges vallées, sur les 
berges desquelles affleurent encore les couches tertiaires, tandis que 
les cailloux et limons quaternaires couvrent le plateau dénudé et sec. 

Nulle part cette zone de transition n'est plus développée que dans 
la Yalachie occidentale, où la région des collines atteint sa plus 
grande extension, et le tableau que nous venons d'esquisser est celui 
qui se déroule aux yeux du voyageur descendant les vallées du Jiu, 
du Gilortu ou de l'Oltetu. Au S. d'une ligne passant par Strehaïa et 
Slatina, bien habile qui dirait où finissent les collines, où com- 
mencent les plaines ! 

Dans la, Yalachie orientale, une autre difficulté se présente. Déme- 
surément étalée à l'O. de l'Oltu, la zone des collines, à l'E. de ce 
fleuve, diminue de plus en plus d'extension au profit de la terrasse 
diluviale ; à partir de Ploiesti et Buzeu, on peut se demander s'il en 
subsiste quelque chose. Que l'on gagne Buzeu, en venant de Cerna- 
voda ou de Brâila, on traverse presque toute la Yalachie sans voir une 
élévation rompre la monotonie de l'immense plaine, qui étale à perte 
de vue ses champs de blé ou ses fourrés de grandes composées, crois- 
sant en forêt. Au loin, la fumée d'une batteuse ou d'un feu isolé, le 
profil singulier d'une de ces énormes meules qui ressemblent à un 
monstre accroupi, ou les pustules formées par les tumuli alignés 
à travers la plaine, voilà tout ce qui peut arrêter le regard. De loin, 
les Karpates paraissent peu de chose, et les escarpements des hau- 
teurs de la Dobrodgea, dominant le Danube de 400 mètres, gardent 
encore longtemps l'air du relief le plus important. Ce n'est qu'en 
arrivant à Buzeu qu'on a l'impression d'être au pied d'une chaîne 
de montagnes. Si l'on suit la voie ferrée qui mène à Ploiesci, cette 
impression s'accentue. De hauts sommets, beaucoup plus élevés que 
la région des collines n'en présente nulle part, dominent presque 
immédiatement la plaine ; leurs flancs, entaillés par une foule de 
vallées verdoyantes, couverts de bouquets de bois alternant avec les 
champs de maïs, les vignes et les vergers, où se cachent de nombreux 
villages, font un contraste frappant avec la monotonie et la nudité 
de la terrasse qui s'étale à gauche. Il semble qu'ici la montagne et 
la plaine se touchent immédiatement. 



— 33 — 

Pourtant, si l'on s'engageait dans la vallée du Buzeu ou de la 
Teleajna, on verrait bientôt que l'aspect montagneux de ces hauteurs 
est plutôt dû à leur brusque affaissement au-dessus de la terrasse 
diluviale qu'à leur élévation réelle. Les formes de sommet qui do- 
minent Yaleni de Munte ou Mâgura, ne sont nullement celles de la 
haute montagne ; ce sont des croupes arrondies et boisées ne dépas- 
sant pas 1,000 mètres et qui sont formées de couches tertiaires. La 
vallée du Buzeu jusqu'à Pâtârlage, comme celle de la Teleajna (ou 
Teleajen) jusqu'à Homoriciu, sont de larges dépressions à fond plat 
où s'étalent des terrasses horizontales de cailloutis et de limon, et 
qui semblent comme des golfes de la plaine, pénétrant dans la mon- 
tagne. Les villages s'y pressent à la file le long des routes. Nous 
sommes encore dans la zone des collines. 

Mais, que l'on continue à remonter la vallée ; peu à peu les flancs 
en deviennent plus escarpés, les collines prennent l'allure de mon- 
tagne, les bois s'épaississent, les hameaux se font plus rares. Le 
moment où l'on entre dans la haute montagne est difficile à saisir. 

D'un sommet tel que le Sireu ou le Penteleu, on verrait que le 
profil de la chaîne montre effectivement une sorte de glacis en pente 
douce, par lequel on passe, sans brusque dénivellation des crêtes 
dépassant 1,500 mètres, aux hauteurs inférieures à 1,000 mètres. 

Il est juste de dire que les Karpates ne sont pas toujours aussi 
difficiles à séparer de la zone des collines. Dans presque toute 
l'Olténie (Yalachie occidentale), la ligne de démarcation est, au 
contraire, très nette. Là, en effet, s'étend, de Baïa de Arama jusqu'à 
l'Oltu, une série de dépressions, dominées au N. par les pentes exté- 
rieures de la chaîne cristalline, inclinées doucement vers le S. jusqu'à 
un brusque relèvement du sol, qui fait se dresser un bourrelet de 
collines tertiaires, dans lesquelles les vallées s'encaissent brusque- 
ment. Ce sont les dépressions subkarpatiques, dont nous aurons à 
étudier plus loin l'origine, liée aux faits les plus intéressants de 
l'histoire des Karpates 1 . 

Ces dépressions, qu'on peut suivre même au delà de l'Oltu, jusqu'à 
Câmpullung, séparent nettement la région montagneuse de celle des 
collines ; mais elles présentent une nouvelle difficulté pour celui qui 
veut se conformer à la division classique de la Valachie. Lorsqu'on 
débouche, à la sortie des Karpates, dans la dépression de Târgu-Jiu, 

1. L. Mrazec. Quelques remarques sur le cours des rivières en Valachie, loc. cit. 
— E. de Martonne. Sur l'histoire de la vallée du Jiu. CR. AC. Se, 4 déc. 1899. 



— 34 — 

la plus large de toutes, on se croirait presque déjà dans la région des 
plaines. Il est difficile de rattacher les dépressions subkarpatiques 
à la zone des collines ; faut-il en faire une région à part ? 

L'embarras serait le même, si nous envisagions la partie monta- 
gneuse du département de Mehedinti. Là, le bord des Karpates est 
très nettement marqué par une traînée de massifs calcaires, reposant 
sur un socle cristallin et allant de Piatra Closanilor à la Suli^a. Cet 
abrupt domine une sorte de plateau, d'une altitude moyenne de 400 
à 500 mètres, profondément raviné par les vallées de la Topolnita, 
du Cosustea et de leurs affluents, et qui, par sa constitution géolo- 
gique, apparaît comme un fragment affaissé de la zone cristalline 
des Karpates. C'est ce qu'on a appelé le Haut plateau de Mehedinti 1 . 
Si l'on ne peut rattacher cette région à la haute montagne, il paraît 
aussi délicat de l'incorporer à la région des collines, dont elle diffère 
par sa constitution géologique, par son relief, par son climat, comme 
aussi par le groupement de sa population. 



III 

En présence de toutes ces difficultés, on se demande si la division 
classique de la Yalachie en trois (ou quatre) zones, est vraiment la 
plus rationnelle. De fait, il suffit d'interroger l'histoire, ou encore 
de causer avec un paysan intelligent, pour comprendre que cette 
division est une division de géographe, et que le peuple juge autre- 
ment des affinités naturelles entre les diverses provinces de son pays. 
Il semble qu'il soit moins frappé des différences qu'on saisit aisément 
entre le N. et le S. de la Yalachie, que des contrastes, auxquels on 
doit s'attendre, entre les extrémités orientale et occidentale d'une 
région qui s'étend de l'E. à l'O., sur une distance de 400 kilomètres. 

La division fondamentale que l'histoire nous révèle, et dont le 
peuple garde le souvenir, est celle en Olténie et Munténie, ou Petite 
et Grande Valackie, c'est-à-dire entre la Yalachie orientale et occi- 
dentale. L'Oltu est la ligne de démarcation et a servi longtemps de 
frontière politique, barrière naturelle, moins importante par ses eaux 
troubles et peu profondes, que par son large lit d'inondation, en- 
combré d'aulnaies, de bancs de sable, et constamment remanié par 

1. L. Mrazec. Sur la géologie de la partie S. du haut plateau de Mehedinp, Bull. 
Soc. Se. Bue, 1896. 



— 35 — 

des crues qui ont rendu impossible, jusqu'aux dernières années, réta- 
blissement d'un pont fixe l . 

Malgré le rempart des Karpates, c'est avec le Banat que l'Olténie 
a peut-être le plus de liens naturels et historiques. C'est dans ces 
deux provinces que la colonisation romaine fut le plus active, que 
les ruines de camps, les traces de routes sont les plus nombreuses. 
C'est l'Olténie qui fut le berceau du premier état roumain organisé 
par les Bassaraba, et resté libre quelque temps, alors que les duchés 
roumains de Transylvanie étaient soumis aux Hongrois et les pays 
à l'E. de l'Oltu aux mains des Petchénègues 2 . La chronique qui 
attribue la fondation de la Principauté de Valachie au légendaire 
ltadu Negru représente le ban de Craïova allant lui faire sponta- 
nément sa soumission. Les destinées de l'Olténie et de la Munténie 
n'en sont pas moins longtemps séparées. Disputée entre les Bulgares 
et les Hongrois, la Yalachie voit l'influence hongroise s'implanter 
d'abord en Olténie, où Bêla IY confère aux chevaliers de Saint- Jean 
le Banat de Severin « totam terram de Zewrino, » 3 tandis que l'inva- 
sion tatare se déchaîne en Munténie. Le Bassaraba Yoivode qui, 
vers 1320, assure l'indépendance de la Yalachie par une victoire sur 
Charles Robert, n'en perd pas moins le Banat de Severin, qui reste 
définitivement sous la suzeraineté hongroise, après le traité conclu 
entre Yladislas et le roi Louis de Hongrie (vers 1370) 4 . 

Quand l'Olténie est réunie définitivement à la Munténie, elle 
garde une sorte d'indépendance : le Ban de Craïova jouissait, au 
XYII e siècle, d'un certain nombre de privilèges ; il avait son sceau, 
tenait divan à Craïova, et, lorsqu'il était de passage à Bucarest, 
rendait même la justice dans sa maison 5 . 

Actuellement, l'habitant de l'Olténie se considère, à juste titre, 
comme différent de celui d'au delà de l'Oltu. Son dialecte n'est pas 

1 . Le premier pont construit sur l'Oltu à Slatina en 1846-48 fut détruit presque 
aussitôt. Deux ponts de fer construits quelques années plus tard par une com- 
pagnie étrangère eurent le même sort. Ce n'est que depuis 1876 qu'on a un pont 
monumental à Râmnic et un pont métallique de 146 mètres à Slatina, construit 
en 1888. — Chtru. Canalisarea rîurilor, loc. cit., pp. 84-86). 

2. D. Onciu. Originele principatelor romane Bue, 1899. 

3. Diplôme du 2 juin 1247. Urkendenbuch z. Gesch. Siebenburgens (Fontes Rerum 
Austriacarum 2 Abth., t. XV). Regesten n° 147, p. XXXVIII. 

4. A qui voudrait se mettre rapidement au courant des derniers travaux sur 
l'histoire de la Valachie, on peut recommander l'exposé succinct de Teodoru. La 
Roumanie, Histoire, Gr. Encyclopédie. 

5. Dict. Départ. Dolju, p. 267. 



— 36 — 

le même, son costume offre aussi des particularités qui le font recon- 
naître ; il observe encore fidèlement des coutumes antiques qu'on ne 
retrouve pas ailleurs. Jadis rivale de Bucarest, dont la fortune rapide 
date de la formation de l'unité roumaine, la capitale de l'Olténie, 
Craïova, semble, avec ses rues tortueuses, son dédale de maisons et 
de jardins, vouloir garder jalousement sa physionomie de vieille cité 
roumaine. Le Craïovain n'oublie jamais sa ville natale, soit qu'il y 
revienne s'établir, après avoir été chercher fortune en Munténie, soit 
qu'il y retourne de temps en temps retrouver parents et amis. 

Tous ces souvenirs, tous ces contrastes historiques, doivent être en 
rapport avec des faits naturels ; et l'on peut aisément reconnaître 
des différences physiques assez grandes entre l'Olténie et la Mun- 
ténie. 

Nous avons déjà noté l'amincissement progressif vers l'E. de la 
région des collines. En Olténie, on a remarqué qu'elle représentait 
presque les deux tiers de la surface totale, tandis qu'en Munténie 
elle est réduite à un tiers 1 . Ici, la zone des collines semble manger 
la terrasse diluviale, dont il est même difficile de la distinguer ; là, 
au contraire, c'est la terrasse diluviale qui s'étend aux dépens de la 
région des collines, dont elle est parfois séparée par un abrupt si net 
qu'on croit voir les hautes Karpates heurter la plaine valaque. C'est 
en Munténie que la limite entre la montagne et les collines est le 
plus nettement marquée, grâce à la grande extension que prennent 
les dépressions subkarpatiques. A l'E. de l'Oltu, ces dépressions 
perdent en importance et en continuité, l'affaissement, qui était 
localisé à la limite du bassin cristallin, envahissant toute la bordure 
karpatique 2 ; et, lorsqu'on arrive dans la région du Buzeu, il est 
presque impossible de trouver une ligne de démarcation entre la 
montagne et les collines. 

Le réseau hydrographique de l'Olténie doit une certaine origina- 
lité à ce que la tendance des rivières à dévier vers la gauche n'y est 
point encore nettement accusée. C'est en Munténie, avec l'Arges, 
la Jalomita et le Buzeu, qu'on a les plus beaux exemples de ces 
fleuves entraînés, comme par une force irrésistible, dans une direc- 
tion presque opposée à celle qu'ils suivaient en sortant de la mon- 

1. G. Jannescu. Studii de geografie militarâ, p. 41. 

2. E. de Martonne. Sur les mouvements du sol et la formation des vallées en 
Valachie, CR. Ac. Se, 1901. 



— 37 — 

tagne ; et cette force n'est autre chose que l'affaissement qui cause 
la grande extension de la terrasse diluviale. 

Le climat même de l'Olténie diffère sensiblement de celui de la 
Mimténie. Il suffit de jeter les yeux sur notre carte des pluies, pour 
reconnaître qu'il est plus pluvieux. La moyenne des précipitations 
y est supérieure de près de 150 m / m à celle qu'on trouve pour la Mun- 
ténie ; de 200 m / m à celle qu'on calcule pour la Moldavie 1 . Le régime 
annuel offre d'ailleurs quelques différences. Si l'on calcule, pour des 
stations échelonnées de l'E. à l'O., les coefficients pluviométriques 
mensuels, suivant le procédé indiqué par M. Angot 2 , on trouve que, 
pour l'Olténie, c'est au printemps qu'ils sont le plus élevés, et en été 
qu'ils sont le plus bas ; tandis qu'en Munténie, c'est l'hiver qui est 
le plus sec et l'été le plus pluvieux. 

Brâila J.0,87 0,71 0,73 0,99 1,29 1,95 1,24 0,85 0,88 0,79 0,85 D. 0,85 

Bucarest 0,66 0,66 0,96 1,21 1,11 2,18 1,16 0,73 0,78 0,73 0,87 0,95 

Craïova 0,86 0,77 0,79 1,09 1,58 1,62 0,87 0,66 0,73 1,16 0,88 0,98 

Turnu Severinu. 0,89 0,77 0,91 1,15 1,35 1,28 1,01 0,76 0,71 1,20 1,12 1,01 

En faisant la moyenne des quantités réelles de pluie tombées à 
Brâila et Bucarest d'un côté, à Craïova et Turnu Severinu de l'autre, 
on voit que l'Olténie reçoit 29 % de la quantité annuelle de pluie 
pendant le printemps, 26 en automne, et que la véritable saison sèche 
s'étend plutôt sur les mois d'été (19 %). Au contraire, la Munténie 
garde un régime nettement continental avec sécheresse d'hiver et 
d'automne (19 et 20 %), pluies de printemps (25 %) et surtout d'été 
(35 %). 

Cette sécheresse d'été, qui tend à donner au climat de l'Olténie 
une apparence plus méditerranéenne, est encore rendue plus sensible 
par la concordance avec de très fortes chaleurs, débutant plus tôt 
et atteignant des extrêmes encore plus élevés qu'en Munténie. La 
courbe des maximas moyens mensuels dépasse en juillet 30° à Turnu 
Severinu, 31° à Craïova. Dans ces deux localités, pendant les mois de 
juillet et août, c'est à peine s'il s'écoule un jour ou deux où le ther- 



1. Olténie, 752 mm.; Munténie (România Mare), 616 mm. ; Moldavie, 554 mm. — 
Hepites, Régime pluviométrique, p. 27. 

2. Angot. Régime des pluies de l'Europe occidentale, Ann. But. Centr. Mètéor., 
1895 et Ann. de Géogr., 1896. Le coefficient pluviométrique est le rapport de la 
quantité de pluie tombée en un mois à celle qu'on trouverait en divisant par 365 
la somme annuelle et en multipliant le résultat par le nombre de jours du mois. 
On tient ainsi compte de l'inégalité des mois. 



momètre ne dépasse pas 25° 1 . "Un ciel implacablement bien rend 
encore pins brûlants ces étés. A Craïova, le nombre des jonrs sereins 
est de 18 en juillet et septembre, de 21 en août, tandis qn'à Bucarest, 
il ne dépasse gnère 15. Aussi ne saurait-on s'étonner que, malgré une 
somme annuelle de pluie plus abondante, l'Olténie, plus encore que 
la Munténie, se plaigne de la sécheresse. 

D'autre part, si elle souffre de chaleurs excessives, elle n'a pas les 
hivers glacés de la plaine orientale de Valachie. Les minimas moyens 
mensuels atteignent à peine — 6° à Severinu, — 4° à Craïova, tandis 
qu'à Bucarest, on les voit dépasser — 8°. Les moyennes mensuelles 
sont encore plus significatives. A Severinu, seul janvier tombe au- 
dessous de 0° (1°,7) ; à Craïova, janvier et février le dépassent à peine 
(janvier — 0°,9, février — 0°,1) ; tandis qu'à Bucarest et Brâila on 
note — 3°,5 et — 4°,3 2 . Les moyennes annuelles sont d'ailleurs sensi- 
blement supérieures, en Olténie, à celles que donne la Yalachie orien- 
tale. D'une manière générale, les températures croissent, en Valachie, 
de l'E. à l'O. On en peut juger par le tableau suivant. 





Brâila 


Bucarest 


Turnu Magurele 


Craïova 


ïuruu Severinu 


Longitude Gr 


27,58 


26,6 


24,53 


23,48 


22,33 


Altitude en mètres... 


25 


SO 


40 


110 


70 


Moyenne annuelle... 


10,5 


10,6 


11,4 


11,4 


11,6 


Id. réduit à mètre.. 


10,5 


11,1 


11,7 


12,0 


12,1 



Ainsi, il y a une différence de près de 2° dans la moyenne annuelle 
des deux points extrêmes de la Yalachie. C'en est assez pour fermer 
l'accès des plaines de Munténie à certaines plantes que l'Olténie peut 
encore nourrir, mais qu'arrêtent, à l'E., les basses températures de 
l'hiver, la neige et les gelées, qui, à Brâila, se répètent pendant 
106 jours, tandis qu'à Severinu, on en compte seulement 90. 

Sur les 85 espèces méditerranéennes qu'on a signalées en Yalachie, 
60 sont spéciales à l'Olténie 3 . Le beau feuillage du frêne orne 

1. Jours d'été à Craïova : juillet 20, août 29,8 ; à Severinu : juillet et août, 28. 

2. Brâila J. -4,3 -1,4 4,2 10,8 16,8 20,8 23,4 22,6 17,4 12,3 4,4 D. —1,4 

Bucarest —3,5 —1,0 4,9 11,3 17,0 20,5 22,9 22,3 17,5 11,7 4,1 —0,7 

Craïova —0,9 —0,1 6,2 11,4 16,5 20,3 23,8 22,8 18,4 13,4 4,7 —0,1 

Turnu Severinu —1,7 1,2 6,6 11,7 16,5 20,3 23,8 22,8 18,6 13,3 5,4 0,9 

Ces stations sont choisies toutes en plaine (Brâila 25, Bucarest 80, Craïova 110, 
Severinu 70 m. d'altitude). Aucun travail n'a été fait jusqu'à présent, permettant de 
ramener les températures à m. pour la Valachie. C'est ce qui nous a fait 
renoncer à établir des cartes d'isothermes. On trouvera plus loin les raisons qui 
nous font adopter la correction de 0°6 pour la moyenne annuelle. 

3. Grecescu. Conspectul Florei Bomâne, pp. 753-754. 



— 39 — 

(Fraxinus or-nus), qui fait la parure des forêts des collines d'Olténie, 
ne dépasse pas l'Oltu. C'est au monastère de Cozia qu'on l'observe 
pour la dernière fois l . Il en est de même de l'érable faux-platane 
(Acer pseudoylatanus) . Le lilas n'apparaît à l'état spontané que dans 
le district de Mehedinti ; le noyer, qui s'observe souvent au pied de 
l'abrupt des hauts Karpates, en Olténie, est inconnu en Munténie; 
le châtaignier, qui occupe la même position, ne dépasse pas, à l'E., 
Horezu, et le soin qu'il met à fuir les terrains calcaires prouve qu'il 
est bien près de sa limite climatique. 

Il semble que les différences de flore entre l'Olténie et la Munténie 
soient surtout à l'avantage de la première. La Munténie est sensi- 
blement plus pauvre. Elle ne possède que 38 espèces manquant à 
l'Olténie, qui, par contre, en a 88 inconnues à l'E. de l'Oltu 2 . 

L'étude de la flore des Karpates a révélé que la coupure de l'Oltu 
est une ligne de végétation de premier ordre, et marque la limite 
d'un grand nombre d'espèces 3 . On pourrait prolonger cette ligne, 
en l'infléchissant légèrement vers l'O. ; elle marquerait l'orientation 
de presque toutes les limites qui traversent la Valachie. 

Au point de vue des formations végétales, l'Olténie et la Munténie 
ne sont pas moins différentes. La véritable steppe, analogue à la 
steppe russe, avec ses petits lacs amers, ses dépressions sans eau, 
n'existe qu'à l'E. de l'Oltu. Les plaines dénudées de l'Olténie ont été 
jadis en partie boisées, et, par leur flore, elles se rapprochent davan- 
tage de la steppe méditerranéenne. 

La faune prêterait sans doute à des remarques analogues, si l'on 
en avait une connaissance plus parfaite. On sait déjà que certaines 
espèces de reptiles sont spéciales à l'Olténie occidentale. — Enfin, 
il n'est pas jusqu'à l'économie rurale qui ne reflète ces différences 
de nature physique. Plus sec et plus chaud, le sol de l'Olténie est, 
dans les départements de plaine, la terre à céréales la plus fertile 
de toute la Yalachie. Les départements de Romana^i et Dolju ont 
plus de la moitié de leur surface en blé et en maïs 4 . 

Les contrastes climatiques, dont on voit le retentissement sur tous 
les faits géographiques, doivent avoir une raison qu'il y aurait intérêt 
à découvrir. Autant qu'il est permis d'en juger, en l'absence de 

1. Grecescu, ibid., p. 734. 

2. Grecescu, ibid., pp. 748-751. 

3. Pax. Grundzïige cler Pflanzenverbreitung in den Karpaten. 

4. Carte statistique agricole de la Roumanie Bue, 1900. 



— 40 — 

recherches à ce sujet, il semble qu'on doive la chercher clans la 
différence du régime des vents et la position des deux extrémités 
de la Yalachie par rapport aux grands centres d'action de l'atmos- 
phère. 

Les deux vents principaux qui régnent à Bucarest, le Crivet et 
YAustru, se retrouvent dans toute la Yalachie, mais leur direction 
change. A Brâila, c'est la composante N.-E. qui reste encore la prin- 
cipale, mais les vents d'O. et S.-O. perdent leur importance au profit 
de ceux du N., du S.-E. et du S. A l'autre extrémité de la Yalachie, 
à Craïova et Severinu, nous constatons qu'au contraire les vents du 
S. sont extrêmement rares, et que les directions qui l'emportent sont 
celles du N.-O. et de l'O., concurremment avec le N.-E. 1 . Ainsi, 
l'axe principal des grands vents tend à tourner de 90° lorsqu'on va 
vers l'E., passant de l'E.-O. au N.-S. 

Les deux extrémités de la Yalachie ne sont pas, en effet, dans la 
même situation par rapport aux grands centres d'action de l'atmos- 
phère, qui règlent le climat de l'Europe sud-orientale. Ces centres 
sont, comme nous l'avons vu, en premier lieu le maximum baromé- 
trique, qui s'étale en Russie, plus fréquemment en hiver, et le mi- 
nimum, qui se forme en toute saison sur la Méditerranée orientale, 
tantôt sur la mer Ionienne, tantôt sur la mer Egée. Dans ce dernier 
cas, le Crivet tourne naturellement au vent du N., dans la Munténie, 
tandis qu'en Olténie, il tourne au N.-O. et même à l'O. 

Les dépressions qui cheminent de l'O. à l'E., en partant du golfe 
de Lion ou du N. de la mer Adriatique et en traversant la Hongrie 
pour aller se perdre en Pologne, ont une action encore plus décisive, 
parce qu'elles passent plus près. Ce sont elles, on le sait, qui déter- 
minent l'Austru lorsqu'elles séjournent, comme il leur arrive fré- 
quemment, sur la Transylvanie et le N*. de la Hongrie. Dans cette 
position, elles amènent des vents qui passeront au S. et au S.-E., en 
Munténie orientale, à l'O. et même au N.-O., dans l'Olténie et le 
Banat. 

Soumise aux vents d'E., qui heurtent de front le bourrelet karpa- 
tique, rien d'étonnant à ce que l'Olténie soit plus pluvieuse que la 
Munténie, où les vents dominants sont plutôt tangents aux lignes 



1. Vents du N. 


N.-E. 


E. 


S.-E. 


S. 


S.-O. 


0. 


N.-O. 


Calme. 


Brâila.... 13 


15 


8 


15 


12 


11 


5 


9 


12 


Bucarest. 5 


19 


18 


5 


5 


15 


15 


G 


12 


Craïova.. 9 


16 


8 


3 


1 


5 


15 


21 


22 



— 41 — 

de relief. Moins sujette aux vents du "N., elle a aes hivers moins 
rigoureux. Plus rapprochée des voies suivies par les cyclones d'ori- 
gine méditerranéenne, elle est plus à même de céder aux influences 
méridionales, et échappe, en partie, au régime continental qui règne 
sur le pourtour du grand anticyclone russo- sibérien. 

IV 

Ainsi, une foule de contrastes physiques viennent expliquer et 
justifier la distinction populaire en Munténie et Olténie. Cependant, 
on doit reconnaître que c'est là une division plus historique que géo- 
graphique, si l'on veut l'appliquer à toute la Yalachie. On peut 
trouver, pour la justifier, plus d'un fait intéressant, dont l'analyse 
mène à des résultats instructifs. Il n'en est pas moins vrai qu'elle 
méconnaît trop manifestement l'influence écrasante du relief du sol 
sur tous les phénomènes géographiques et brise des unités physiques 
indissolubles. 

Il y a certainement, à tous égards, moins de ressemblance entre 
les Karpates d'Olténie et la région des collines, à l'O. de l'Oltu, 
qu'entre les Karpates, de part et d'autre de ce fleuve. L'arc karpa- 
tique est trop profondément différent de tout le reste de la Valachie 
pour qu'on ne juge pas nécessaire de le mettre à part. Rien ne jus- 
tifie sa division en deux tronçons par la percée de l'Oltu ; si l'on 
devait établir une coupure dans les Karpates valaques, c'est la Dâm- 
bovita qui devrait être choisie, car, à l'O. de ce fleuve, la chaîne est 
presque exclusivement formée par l'axe cristallin, qui disparaît à 
l'E., pour laisser la place à des sommets de forme et d'aspect com- 
plètement différents, constitués par le flysch et les sédiments juras- 
siques. 

Même au point de vue économique, il semblera singulier de ne 
pas considérer comme une unité une région qui s'élève au-dessus de 
la limite des cultures, des arbres même, où l'exploitation des forêts 
et des pâturages retient seule, pendant 4 à 5 mois, une rare popu- 
lation, concentrée dans quelques vallées privilégiées; et d'en faire 
une annexe d'une contrée agricole, assez riche pour nourrir une popu- 
lation qui oscille entre 40 et 50 habitants par kilomètre carré. 

La division en Olténie et Munténie est parfaitement conforme à la 
réalité, à condition de n'envisager que la région non montagneuse 
de la Yalachie; elle tient compte de tous les contrastes que peut 



— 42 — 

offrir un pays relativement peu accidenté, où F allure générale du 
relief dépend, en grande partie, de la disposition d'un réseau hydro- 
graphique très développé, où les différences climatiques sont dues 
à des faits très généraux plutôt qu'à des différences locales de relief ; 
contrée habitée par une population assez dense, et qui tend à aug- 
menter sans cesse, riche de souvenirs historiques et consciente de ses 
affinités naturelles. 

On ne saurait cependant considérer comme extérieur à la Yalachie 
le rempart montagneux qui la sépare de la Transylvanie et du Banat. 
Physiquement, la Yalachie est une dépendance des Karpates, comme 
la Bulgarie des Balkans. C'est au noyau cristallin qui constitue 
encore maintenant presque toute la chaîne, qu'ont été arrachés les 
matériaux dont le lent dépôt dans les mers et les lacs saumâtres 
de la fin du tertiaire, a formé le sol de la Yalachie. Ce sont les 
alluvions des torrents qui ruisselaient à l'époque diluviale, descen- 
dant de la chaîne karpatique, qui, en s' étalant dans les parties en 
voie d'affaissement, ont nivelé la grande plaine valaque l . Actuel- 
lement, c'est au bourrelet montagneux des Karpates, contre lequel 
se heurtent les vents d'E., que la Yalachie doit les pluies relative- 
ment abondantes qui l'arrosent, surtout dans sa partie occidentale, 
et permettent à de nombreuses rivières de traverser, malgré des étés 
brûlants, une plaine desséchée, pour aller rejoindre le Danube. Sans 
ces rivières, dont les vallées abritent une population qui atteint et 
dépasse 100 habitants par kilomètre carré, toute la région des plaines 
serait à peu près déserte. En mettant à part les vallées de Mostistea 
et de Jalomita, on trouve, pour la terrasse du Baragan, une densité 
de population qui n'atteint pas 10 habitants par kilomètre carré 2 . 

Historiquement même, les Karpates ont été, en quelque sorte, la 
source de vie de la Yalachie roumaine. Ils étaient déjà la citadelle 
des Daces « Daci montibus inhaerent. » Ils furent, pendant les inva- 
sions barbares, le refuge de la population romanisée qui n'émigra 
pas au S. du Danube avec les légions d'Aurélien. Au moment où la 
domination hongroise tendait à s'implanter en Yalachie, en fondant 
le Banat de Severin, elle respectait encore les privilèges des Yalaques 

1. L'étude des cailloutis du Bârâgan a montré qu'on avait affaire non à des 
alluvions danubiens mais au cône de déjection d'un grand fleuve descendant des 
Karpates (cf. chap. XII). 

2. Densités de la population de la vallée de Ialomila, 118 h. p. kmq.; Mostistea, 
128 ; Bàrâgan à l'E. de Mostistea, 7, à l'O. 6,8. 



établis dans les districts montagneux. Bêla leur réserve la terre de 
Lyortioy, qu'ils occupaient de temps immémorial « terra Knezatus 
Lyortioy woiwode quam Olahis relinquimus prout iidem hactenus 
tenuerunt l . » La légende de la fondation des principautés, qui fait 
venir Radu Negru des Alpes de Fogarash, symbolise un fait réel, la 
lente conquête de la Valachie par l'élément roumain descendant des 
montagnes vers la plaine. Les plus anciennes capitales valaques, les 
sièges des anciens évêchés, Râmnic, Câmpullung, Târgoviste, sont 
toutes au pied de la montagne. 

Il faut donc accorder une place importante aux Karpates dans une 
description de la Valachie, mais cette place doit être une place à 
part. 

Il semble qu'on doive agir de même avec la vallée danubienne. 
Il est difficile, en effet, de la rattacher à la région des plaines 
valaques. Ses marécages, son dédale de canaux, d'îles boisées, de 
bras morts à demi cachés sous les roseaux, solitudes qu'animent 
seules des troupes d'oiseaux innombrables, sa population, exclusi- 
vement groupée sur les hautes berges limoneuses qui dominent sou- 
vent directement le neuve, tout contribue à en faire un monde à part. 
Une division en deux parties, séparées par l'embouchure de l'Oltu, 
l'une rattachée à l'Olténie, l'autre à la Munténie, serait contraire 
à la réalité. Les contrastes que peut présenter la vallée danubienne 
exigeraient plutôt une division en trois sections : section supérieure, 
jusqu'à Calafat environ ; section moyenne, où commencent à se mon- 
trer les lacs latéraux, jusqu'à Calarasi ; section inférieure, où s'étale 
la Balta, le grand dédale de marécages que le ppnt de Cernavoda 
traverse en ligne droite sur une largeur de 15 kilomètres. 

La vallée danubienne n'est cependant, pas plus que les Karpates, 
quelque chose d'extérieur à la Valachie. Elle lui appartient naturel- 
lement, beaucoup plus qu'à la Bulgarie prébalkanique et à la Do- 
brodgea. Physiquement, l'histoire du grand fleuve est liée à celle de 
la Valachie ; sa vallée suit la grande faille qui a déterminé la forma- 
tion de lu plaine valaque ; son thalweg forme le niveau de base qui 
règle l'érosion des fleuves descendant des Karpates et cisèlent les 
collines tertiaires. La masse puissante de ses eaux soutient ces 
rivières, indigentes en été, refluant même clans leur lit au moment 
des grandes crues. Aboutir à la mer est une nécessité pour un réseau 

1. Diplôme de Bêla, 2 juin 1247, Urkundenbuch z. Gesch. Siebenbui<gens, 
p. XXXVIII. 



— 44 — 

hydrographique qui veut se conserver et se développer. Supprimez 
le Danube, toute la basse Yalachie ne serait qu'une steppe où la 
plupart des rivières viendraient se perdre, comme le font, sur la 
terrasse diluviale du Buzeu, les ruisseaux descendus de la montagne, 
qui n'ont pas assez de vigueur pour atteindre le Buzeu ou la Jalo- 
mifa. 

Au point de vue économique, comme au point de vue physique, le 
Danube est, pour la Yalachie, comme une voie de drainage. Aucune 
route n'a pour elle une pareille importance ; la circulation des pro- 
duits étrangers et indigènes y dépasse celle des voies ferrées les plus 
actives. C'est sur les ports danubiens que s'embarquent les céréales 
exportées en masse par la Roumanie aux années de bonnes récoltes ; 
et la présence de cette grande voie naturelle longitudinale n'est pas, 
sans doute, pour peu de chose dans le développement des communi- 
cations en Yalachie dans un sens transversal. Le peuplement des 
plaines steppiques du Baragan et du Buzeu et leur essor agricole 
sont des faits tout récents et provoqués en grande partie par le redou- 
blement d'activité commerciale sur le Danube, l'aménagement de 
ports tels que Galati, Brâila, Calarasi. L'influence du Danube est 
donc assez sensible dans tous les faits de la vie physique et écono- 
mique de la Yalachie, pour qu'on ne puisse l'en séparer. 

En faisant de sa vallée une région spéciale, en donnant également 
une place à part aux hautes Karpates, enfin en adoptant, pour le 
reste, la division historique en Olténie et Munténie, il semble qu'on 
tienne suffisamment compte des phénomènes géographiques les plus 
importants et des affinités naturelles, que présentent entre elles, les 
différentes parties de la Yalachie. 



CHAPITRE IV 

L'Arc Karpatique. — Le Relief et la Tectonique. 



I. Caractéristique du relief des Karpates valaques. — II. Les orientations 
principales, leur rapport avec la tectonique. — III. Histoire de la chaîne, 
date des dislocations et périodes de soulèvement. — Conclusion. Importance 
des dislocations récentes. Les tremblements de terre. 



Le bourrelet montagneux qui sépare la Valachie de la Transyl- 
vanie fait partie d'un ensemble de chaînes élevées décrivant autour 
du bassin pannonique un arc de cercle ouvert vers l'O., et auquel 
on donne depuis longtemps le nom de Karpates. Leur caractère de 
chaîne de plissement récent, leurs rapports avec les Alpes d'une 
part, avec les Balkans de l'autre, sont des faits devenus en quelque 
sorte classiques. La continuité des Karpates et des Balkans est une 
des plus parfaites qu'on puisse imaginer. L'Apennin n'est pas mieux 
soudé aux Alpes, le Rif ne prolonge pas mieux la Cordillière bétique 
au delà du fossé étroit de Gibraltar. Tout le long du défilé des 
Portes de Fer, on retrouve, de part et d'autre du Danube, les mêmes 
formations ; on peut suivre les mêmes bancs calcaires, les mêmes 
nappes porphyriques, traversant le fleuve et y semant des écueils 1 m 

Pourtant, le raccordement des deux chaînes est loin d'être aussi 
facile à expliquer qu'il est aisé à constater. On peut même dire que 
c'est là, pour les Karpates valaques, le problème capital, d'où dépend, 
semble-t-il, toute l'explication de leur structure, et sur lequel les 
géologues les plus pénétrants paraissent avoir concentré tous leurs 
efforts. Comment, de la direction N.-S. (Moldavie), la chaîne karpa- 
tique arrive à passer à la direction E.-0. (Yalachie), puis de nouveau 
au N.-S. (Banat), pour aller enfin se raccorder avec les Balkans, 

1. Peters. Die Donau, pp. 318 et sqq. — Toula. Durchbruch der Donau, Ver. /. 
Verbr. Naturwiss. Kentnisse. Wien, 1895. 



— 46 — 

orientés E.-O. ? il y a là de quoi faire surgir toute une série d'hypo- 
thèses, qui, si elles ne sont pas toutes exactes, peuvent contenir 
chacune une part de vérité, et rendre compte tout au moins de 
quelques-uns des traits de la structure des Karpates. 

Suess, en des pages, qui, malgré les critiques qu'on a pu leur faire, 
restent encore un modèle d'interprétation d'un nombre de faits res- 
treint, a le premier envisagé en face le problème l . Il croit pouvoir 
prouver que « le raccordement des Karpates aux Balkans s'opère 
par une torsion générale dans la direction des chaînes » et montre 
comment successivement, les différents anticlinaux viennent plonger 
sous la plaine valaque, relayés par de nouveaux anticlinaux de direc- 
tion un peu oblique, de façon à amener graduellement un change- 
ment complet d'orientation. 

Inkey, dans une étude très condensée 2 et dont les recherches pos- 
térieures des géologues roumains et hongrois, semblent prouver 
l'exactitude de détail, s'efforce au contraire de montrer la continuité 
des éléments tectoniques dans le grand massif cristallin des Alpes 
transylvaines, et voit dans le Retiezat, la clef du système, le point 
où se raccordent trois directions différentes. 

Avant d'essayer de prendre parti entre ces deux théories, qui nous 
font toucher dans ce qu'il a de plus profond le problème de l'origine 
des Karpates méridionales, il n'est pas inutile de préciser un peu 
les idées sur la nature et les traits généraux de la structure de cette 
chaîne. 



Les sommets supérieurs à 2,000 mètres ne sont pas rares dans les 
Karpates valaques. Plusieurs atteignent et dépassent 2,500 mètres. 
Le Negoiu dresse sur la crête dentelée des Alpes de Fogarash sa 
double pyramide, culminant à 2,540 mètres. La masse énorme de 
conglomérats qui forme le Bucegiu compte, parmi les mamelons aux 
flancs couverts de blocs bizarres, semés sur le haut plateau qui s'étend 
en fer à cheval de Strunga à Furnica, un sommet de 2,510 mètres, 
décoré du nom de Omul (l'homme). Le massif cristallin du Paringu, 
dont les formes lourdes s'aperçoivent de Petroseny comme de Târgu 
Jiu, s'élève jusqu'à 2,529 mètres, à Mândra (la hère). Ces altitudes 

1. Suess. La face de la terre, tr. fr., I, pp. 633-650. 

2. Inkey Die Transsylvanischen Alpen vom Rotenturmpass bis zum Eisernen 
Tor. Math und Naturwissenschaftliche Ber. aus Ungarn, IX, 1892, pp. 220-253. 



— 47 — 

excluent la présence de glaciers, mais elles suffisent pour faire 
attendre une chaîne alpine. 

Pourtant le touriste qui tente l'ascension de quelques-uns de ces 
pics encore peu fréquentés, pourrait avoir quelques déceptions s'il y 
cherchait les fortes impressions que donnent dès l'abord les Alpes 
ou les Pyrénées. Qu'on monte au Paringu en partant de Novaci ou 
de Bumbesci, qu'on gagne le Kegoiu en prenant pour point de 
départ Corbeni ou Sâlatrucu, le spectacle est d'abord le même. Après 
une rude montée par des pentes nues, déboisées, sauvagement af- 
fouillées par l'érosion, et baignées d'une soleil brûlant qui rend plus 
pénible la marche dans les sentiers caillouteux, on débouche sur des 
hauteurs atteignant déjà 1,000 à 1,200 mètres. A partir de là, c'est 
une longue et monotone promenade à travers une épaisse forêt de 
hêtres ou de sapins, par des sentiers suivant les crêtes, tantôt mon- 
tant, tantôt descendant, et sans pentes bien sensibles. Parfois une 
clairière ouvre la vue sur un panorama de crêtes arrondies, aux 
pentes couvertes de forêt, aux sommets gazonnés et nus. Lorsqu'on 
arrive définitivement au-dessus de la limite des arbres, ce sont tou- 
jours les mêmes formes qu'on retrouve ; rien de plus austère et de 
plus triste que ces sommets nus, auxquels manque à la fois la parure 
des neiges éternelles et celle des eaux bondissantes. Souvent un 
guide habile peut vous conduire jusqu'au point culminant sans 
presque aucune escalade. Le saisissement est d'autant plus grand, 
lorsque, en descendant de quelque vingt ou trente mètres, on se 
trouve soudain au bord d'un précipice, et qu'on voit s'étaler sous 
ses pieds des vallées profondes ou de larges cirques entourés d'es- 
carpements grandioses, au fond semé de lacs étincelants et encombré 
d'énormes éboulis. Si, dans la montée, on a pu apercevoir le sommet 
de ce côté, on aura cru voir une véritable crête alpine ou pyrénéenne. 

L'impression qu'on remportera de deux ou trois semblables ascen- 
sions, est que les Karpates sont une chaîne, où dominent les formes 
de moyenne montagne, et où les sommets les plus élevés dépassant 
2,000 mètres offrent seuls les abrupts et les contrastes violents qui 
caractérisent la haute montagne. Cette impression correspond si 
bien à la réalité qu'elle a été notée par tous ceux qui connaissent les 
Karpates; qu'elle s'impose même rien qu'à l'examen de bonnes cartes 
topographiques l . 

1. Voir par exemple ce qu'en dit Penk (Morphologie des Erdoberflâche), rien 
que d'après la carte du Retiezat. 



— 48 — 

Les surfaces supérieures à 2,000 mètres occupent dans les Kar- 
pates valaques une place assez restreinte. Inférieures en hauteur 
absolue aux Karpates septentrionales qui, avec la ïatra, atteignent 
presque 2,700 mètres (Gerlsdorferspitze 2,663 m ), elles représentent 
cependant une masse plus compacte, où les altitudes élevées sont 
plus développées, et dont la hauteur moyenne est plus considérable 1 . 

Cette différence est en relation avec une différence de constitution 
géologique. Le massif de schistes cristallins qui forme les cimes les 
plus élevées des Karpates septentrionales, est morcelé et recouvert 
encore d'un placage sédimentaire assez puissant, tandis que les Kar- 
pates méridionales offrent un bloc cristallin, s'étendant sur plus de 
200 kilomètres de long, de la Dâmbovita aux Portes de Fer. 

C'est justement dans la région cristalline que sont réalisées les 
plus hautes altitudes, à part le massif conglomératique du Bucegiu, 
et l'étroite crête calcaire de Piatra Craïului. Un brusque abaissement 
du relief général, qui supprime définitivement tous les sommets 
supérieurs à 2,000 mètres se produit à l'E. de la Prahova. C'est, et 
ce sera jusqu'en Moldavie, la région où le flysch forme toute la 
haute montagne. D'autre part la ligne de faîte qui suivait pendant 
longtemps la frontière roumaine s'en écarte à l'O. du Jiu ; ce n'est 
plus en effet que dans les massifs du Retiezat et du Sarco>, qu'on 
retrouvera des sommets comparables au Paringu ou aux Alpes de 
Eogarash. 

II 

Si l'on jette un coup d'oeil rapide sur la carte pour reconnaître les 
orientations dominantes, on aura d'abord l'impression que les Kar- 
pates valaques ressemblent plutôt à une série de massifs juxtaposés, 
qu'à une chaîne de plissement régulière formée de chaînons paral- 
lèles. Cette impression n'est pas loin d'être conforme à la réalité. 

La région cristalline entre la Dâmbovita et le Jiu est encore 
l'endroit où l'on sent le mieux un certain parallélisme des crêtes, 
orientées à peu près E.-O. Les monts de Eogarash sont formés de 
deux chaînes séparées par une zone déprimée, dont l'une porte les 
pics les plus élevés de toutes les Karpates valaques alignés sensible- 
ment de l'E. à l'O. (Negoiu, Moldovean, etc.), tandis que l'autre légè- 
rement inclinée du N.-E. au S.-O., n'atteint 2,000 mètres qu'au 

1. Voir Tillo. Carie hypsomélrique de la Russie d'Europe, Feuille des Kar- 
pates, 1 : 1,680,000 e , publiée in Ann. d. Geogr., 1896. 



— 49 — 

massif de Jeseru par lequel elle vient se raccorder avec la première. 
Les monts du Lotru offrent encore deux chaînes E.-O. séparées par 
une dépression qui, cette fois, est suivie par une vallée fluviale im- 
portante. 

Mais bientôt les deux chaînes s'écartent, la chaîne méridionale 
qui atteignait à peine 2,000 mètres au Balota (2,131 m ) se relève 
soudain pour former le bourrelet massif du Paringu, où la ligne de 
faîte dessine une sorte de S , de Papusa à Vîrfu Paringu en passant 
par Mohoru, Piatra Tâiata et Mândra ; puis elle s'étale en une sorte 
de plateau élevé, culminant vers son bord septentrional par une 
série de sommets (Yulcan, Straja, Sigleu), qui dessinent une crête 
déjà un peu infléchie vers le S.-O. Au contraire, la chaîne septen- 
trionale, qui continuait la chaîne du Xegoiu, après avoir gardé 
quelque temps la direction E.-O., tend à s'infléchir vers le N.-O. en 
formant les massifs du Cândrelu et du Surian. 

On n'a pas manqué de remarquer cette disposition et on a voulu 
en voir la raison dans la tectonique du massif cristallin. A la con- 
ception simpliste de Lehmann qui voyait dans les monts de Fogarash 
un anticlinal simple déjeté vers le N. 1 , Primics, auquel nous devons 
une sérieuse étude géologique de ce massif 2 , substitua la notion d'un 
système de plis E.-O. dont les deux principaux formaient les deux 
chaînes désignées depuis par Suess sous le nom de chaîne des Foga- 
rash et chaîne du Cozia 3 . Une bande de gneiss orientés du N.-E. au 
S.-O., allant du Cozia au Jeseru, marque le cœur de l'anticlinal 
méridional, tandis qu'une traînée de schistes amphiboliques associés 
à des cipolins suit à peu près la crête de la chaîne du Negoiu, dessi- 
nant à ]'E. une inflexion vers le N.-E. dans le sens des monts de 
Persiany, inflexion à laquelle Suess accorde, avec raison, une grande 
importance 4 (v. fig. 10). 

Inkey reconnaît à l'O. de l'Oltu quatre plis, continuant ceux des 
monts de Fogarash et s'écartant progressivement les uns des autres 
sans qu'aucun forme constamment une ligne de crête 5 . La vallée 

1. P Lehmann. Beobachtungen ùber Tektonik und Glelscherspuren im Foga- 
rnscher Hochgebirg., Zeitschr. d. Geolog. Ces., Berlin, 1881, pp. 115 et sert- 

2. Primics. Die GeologHclien Verhàltn ; s~e rler Fognrascher Alpen und des 
benachbarten rumënischen Gebirges, Mitt. a. d. Jahrb. d. K. Ung. Geol. Anstalt, 
Budapest, 1884, pp. 283-315. Carte géologique sans échelle et coupes. 

H. Suess. La face de la terre, tr. fr., I, p. 639. 

4. M., ibid., p. 637. 

5. B. von Inkey. Geotektonische Skizze des Westlichen Hâlfte des Ungarisch- 
Rumànischen Grenzgebirges, Fôldttani Kôzlôni. Suppl. XIV, 1884, pp. 116-121. 

4 



— 50 — 

du Lotru est un synclinal, entre le troisième pli qui va former le 
massif du Paringu, et le quatrième qui, après avoir formé les cimes 
les plus hautes de la chaîne méridionale des monts du Lotru, perd 
toute importance orographique en passant sur le flanc S. du Paringu. 
La forme de S qu'on ne peut manquer d'observer dans la crête du 
Paringu se retrouve dans l'inflexion de l'axe du troisième anticlinal ! 
qui passe par le mont Turcinu, par Mândra, et qui, continuant à 
l'O. du Jiu, va constituer la crête des monts du Vulcan en s'inflé- 
chissant comme elle vers le S.-O. Le Hetiezat est comme intercalé 
entre ces deux plis méridionaux qui s'infléchissent vers le S. et les 
deux plis septentrionaux qui s'en écartent en s'infléchissant vers le 
N"., pour former les massifs du Cândrelu et du Surian (v. fig. 10). 

Si à l'O. du Jiu, la direction des chaînes commence à changer, on 
la voit tourner brusquement, lorsqu'on arrive aux sources de la 
Cerna. Dans l'orientation de la vallée, comme dans celle de la chaîne 
cristalline élevée qui la borde à l'O., de Oslia au Dobrivir, en passant 
par le Godeanu, et des plateaux recouverts de lambeaux calcaires, 
qui, à l'E., la dominent par un abrupt de 4 à 500 mètres, on retrouve 
la direction N.-S. 

Là encore, on a reconnu que cette nouvelle direction est en rapport 
avec des dislocations tectoniques, mais ces dislocations sont de nature 
complètement différente des plis à grand rayon de courbure qui 
affectent le massif cristallin. Il s'agit ici de failles et d'effondrements 
par paquets. Schafarzik et Koloman Àdda ont montré que la vallée 
inférieure de la Cerna suit un fossé tectonique où l'on trouve inter- 
calée une zone sédimentaire secondaire et tertiaire 2 . C'est la grande 
ligne de fracture N.-S. qui, selon Inkey, va de Karan Sebes à Orsova, 
marquée par des roches éruptives, et qui vient couper à angle aigu 
les deux systèmes de plis divergents vers le N.-O. et le S.-O. 3 . 
D'après les données de Koloman Adda, il semble que Inkey ait eu 
raison de signaler dans le Banat la persistance de l'orientation N.-E. — 
S.-O. des plis du cristallin, alors que les failles qui déterminent le 

1. Cette inflexion que M. Munteanu Murgogi considérait lors de ses premières 
recherches comme hypothétique (Les Serpentines de Muntinu et Gâuri), est main- 
tenant reconnue par lui comme certaine (Grupul superior al cristalinului in 
masivul Paringu. Bue, 1899). 

2. F. Schafarzik. Zur Géologie des Czernathales, Jahresber. d. K. Ung. Geol. 
Anstalt (1889), Budapest, 1891, pp. 142-155. — Koloman Adda. Geologische Ver- 
hâltnisse von Kornia, Mehadika, und Pervova in Krasso-Szôrenyer Komitale, 
ibid. (1894), pp. 104-128. 

3. Inkey. Die Transsylvanischen Alpen, loc. cit. 



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relief sont N. — S. 1 . Ce n'est pas le dernier exemple que nous verrons 
d'une discordance entre les anciennes directions tectoniques et 
l'allure actuelle du relief. 

En dehors du massif cristallin que nous venons de suivre de la 
Dâmboviia aux Portes de Fer, on trouve difficilement des orienta- 
tions nettes se poursuivant sur une assez grande étendue. En face 
l'extrémité de la chaîne des Eogarash, se dresse la longue crête cal- 
caire de Piatra Craiului sensiblement orientée N.-N.-E. — S.-S.-O. ; 
une dépression profonde (col de Bran), la sépare du Bucegiu, massif 
en forme de fer à cheval ouvert vers le S., où l'orientation N.-S. 
prévaut dans la vallée de Jalomita comme dans l'abrupt formidable 
qui domine la vallée de Prahova. C'est encore la même orientation 
qu'on retrouve plus à l'E., dans les massifs du Grohotisu, du Csukas 
et du Sireu, avec une légère tendance à dévier vers le N.-N.-E. 

A quoi correspondent ces changements de direction ? Xous n'avons 
malheureusement pas un travail d'ensemble sur cette région, qui 
puisse nous servir de guide. Des recherches de M. Popovici-Hatzeg 
sur les environs de Sinaïa et Câmpullung 2 , il résulte que la dépres- 
sion du col de Bran correspond à un synclinal faille N.-S. entre 
Piatra Craiului et le Bucegiu. La vallée de Jalomita suit également 
un synclinal N.-S. faille, qui fait apparaître par endroits le soubas- 
sement cristallin, sous les calcaires jurassiques et les conglomérats 
cénomaniens. La vallée de Prahova, semble de même suivre une 
faille, le long de laquelle les grès marneux barrémiens sont écrasés, 
broyés, tordus, dans tous les sens. Cependant tout ce que l'on sait sur 
l'allure des couches sénoniennes et tertiaires qui forment la bordure 
des Karpates, nous les montre plissées en nombreux anticlinaux sur- 
baissés orientés E. — 0. ou O.-S.-O. — E.-K-E. 3 . 

Dans les monts du Buzeu, nos observations nous ont révélé la 
prédominance de la direction N.-E. — S.-O. 4 , qui est en rapport 
avec celle des vallées, mais non avec celle des crêtes les plus élevées. 

1. Koloman Adda, loc. cit., voir figure : Tektonische Verhâltnisse der Kristalli- 
nischen Schiefer in der Nahe von Pervova. 

2. Popovici-Hatzeg. Etude géologique des environs de Câmpullung et de Sinaïa 
(Roumanie), Paris, 1898, carte 1/200,000°. 

3. Coupes fig. 13, 14, 16, 17 in Popovici-Hatzeg, op. cit. 

4. Vaieni de Munte schistes ménilitiques pendant S.-O., Sâcuianca grès pen- 
dant 60° S. Gura Plaiului schistes pendant 50° N.-N.-O. De là au monastère de 
Susanna une série de petits plis dans des grès quart ziteux et marneux alternants 
(flysch). Au Clâbucetu grès du flysch pendant N.-N.-O. De Susanna à Cheia dans 
la vallée de Teleajna, grès et conglomérats pendant N.-O. Sur la crête du Csukas 
à Tigaile conglomérats pendant N.-O. A Bratos pente S.-E. 



— 53 — 

Des études les plus récentes sur la partie de la zone des collines qui 
touche ici à la haute montagne 1 , il résulte que le tertiaire est affecté 
de nombreux plis orientés N.-E. — S.-O. et tournant au N.-S. au N. 
du Buzeu. Au contact du flysch et du salifère une grande ligne de 
dislocation se suivrait de la Praliova à la Putna, marquée par un 
chevauchement constant des plis du flysch par dessus la formation 
salifère et passant graduellement de la direction E.-N.-E. — O.-S.-O. 
au X. — S. Une autre ligne de dislocation non moins importante 
marquerait le contact du salifère avec le surmatique et le pontien. Ce 
régime de plis serrés et de plis failles s'arrêterait vers l'O. à la vallée 
de la Dâmbovita qui coïncide avec un affaissement transversal comme 
la Praliova et la Jalomita. 

Que peut-on conclure de cette enquête sur les orientations mon- 
tagneuses des Karpates méridionales et leurs relations avec les 
directions tectoniques ? Tantôt la concordance est parfaite, non seu- 
lement dans l'orientation, mais dans la position des anticlinaux et 
des crêtes comme dans la chaîne des Fogarash. Tantôt les plis 
semblent exagérer la tendance des lignes de relief à s'écarter les 
unes des autres, comme dans la zone qui s'étend de l'Oltu au Jiu 
supérieur. Tantôt le relief apparaît déterminé par des failles obliques 
aux anciens plissements du massif cristallin comme dans les monts 
de la Cerna ; tantôt il est en relation avec des synclinaux failles per- 
pendiculaires ou obliques à l'axe général de la chaîne, comme dans 
toute la région avoisinant le Bucegiu. 

Si l'on veut tirer quelque lumière de ce chaos, il faut se résoudre 
à aborder l'histoire géologique de la chaîne karpatique. Des couches 
d'âge très différent la constituent; déposées à des époques lointaines, 
elles ont été soumises à des bouleversements d'âge différent qui, 
suivant leur importance, suivant leur éloignement dans le temps, 
ont laissé des traces plus ou moins évidentes. Essayons d'en retrouver 
les vicissitudes. 

III 

Ce qu'on peut dire sur la géographie de la région karpatique à 
l'époque primaire se réduit à bien peu de chose. Le massif cristallin 
qui forme presque toute la chaîne à l'O. de la Dâmbovita, a son 
pendant dans le massif qui s'étend dans la Moldavie septentrionale 

1. Mfuzfc et Tfts<=fyre. Apervu £éoloinrme sur les formations salifères en Rou- 
Monit. ries intér. pétrolif. roum., 1902 et Mrazec, communication inédite 



— 54 — 

et la Bucovine (Rodna). Tous les deux paraissent formés en grande 
partie de sédiments paléozoïques métamorphisés. Les géologues 
hongrois l y distinguent trois groupes, les géologues roumains 2 
mettant à part le granit et le granit-gneiss qu'ils considèrent 
comme éruptifs, distinguent deux groupes : le groupe inférieur pro- 
bablement archéen qui comprend des roches fortement cristallines 
plus ou moins voisines des micaschistes, et le groupe supérieur pro- 
bablement primaire, formé par un complexe de roches appartenant 
à la série des chloritoschiste*. 

Ces couches ont été fortement redressées à la fin du primaire, for- 
mant des synclinaux et anticlinaux qui suivaient à peu près l'orien- 
tation actuelle de l'axe de la chaîne karpatique. C'est dans ces 
synclinaux que se serait déposée la formation de Schéla comprenant 
des schistes et grès très durs qui, à Schéla, offrent des veines d'an- 
thracite et des traces de plantes, mais qui presque partout ailleurs 
se trouvent transformés par dynamométamorphisme en schistes gra- 
phiteux, schistes à chloritoïde et quartzites. Cette formation, proba- 
blement carbonifère 3 , se rencontre sur le flanc N. du Paringu, asso- 
ciée à des calcaires cristallins, jalonnant une faille très importante 
qui fait buter le groupe supérieur contre le groupe inférieur 4 . On la 
retrouve encore sur les bords du bassin de Petroseny 5 , ce qui peut 
faire considérer cette dépression comme l'un des traits les plus an- 
ciens de la structure des Karpates. 

Son axe, en effet, semble continuer la grande faille sinueuse du 
Jietu, qui, d'après M. Munteanu Murgoci 6 coupe le Lotru à Stefanu, 
remonte vers le N. le long du ruisseau de Yidra, suit la vallée de 
Mâileasa et vient ainsi rejoindre le synclinal très ancien du Lotru. 
Si l'on se rappelle que la vallée de la Cerna est, d'après Schafarzik, 
formée par un fossé tectonique où le groupe supérieur du cristallin 

1. B. von Inkey. Geotektonische Skizze der W. Hâlfle des Ungar. Rumân. Grenz- 
gebirges, loc. cit. 

2. T,. Mrazec. Essai d'une classification des roches cristallines de la zone cen- 
1 raie des Karpates roumains, Arch. de Se. phys. et nat. (4), III, 1897. 

3. L. Mrazec. Ueber die Anthracitbildungen des S. Abhanges der Sùdkarpaten. 
Communication à l'Ac. des Se. de Vienne, Akadem. Anzeiger, 1895, n° XXVII. 

4. G. Munteanu Murgoci. Les Serpentines cl'Urde, Muntinu et Gâuri, Ann. Mus. 
Geol. Bucarest (1896). — Grupul superior al cristalinului in Masivul Paringu, 
Bull. Soc. Ingen. Bue, III, 1, 1899. 

5. Inkey. Die Transsylvanischen Alpen, loc. cit. 

G. G. Munteanu Murgoci. Grupul superior al cristalinului, loc. cit. 



— bb — 

se montre affaissé entre deux bandes du groupe inférieur, on arrivera 
à la conclusion que, à la un des temps primaires, une série de dis- 
locations marquaient déjà les lignes directrices du relief actuel des 
Karpates 1 . Certains détails même paraissent avoir été déjà esquissés. 
C'est ainsi que l'abaissement de l'axe des plis, si sensible à Lainici, 
présageait déjà la formation de la vallée du Jiu 2 . 

Les mouvements tectoniques qui dessinaient ainsi déjà quelques- 
uns des traits fondamentaux de la structure des Karpates amenèrent 
la montée de granités qui forment çà et là des bandes E.-O. plus 
ou moins transformées en granit-gneiss par dinamométamorphisme 
et de nombreux filons de diabases, diorites et porphyres. 

Au commencement du secondaire, toute la Yalachie devait faire 
partie d'un continent émergé déjà depuis quelque temps, et qui, à 
la fin du Trias se trouvait réduit à l'état de pénéplaine. C'est, en effet, 
sur une surface de planation bien caractérisée que reposent les 
schistes et calcaires liasiques et jurassiques (?) 3 de la Cerna, de 
Polovraci, de la Latori^a, restes d'une couverture continue et nette- 
ment discordante sur les schistes cristallins. Lorsque, d'un sommet 
élevé tel que Mândra, point culminant du Paringu, on regarde vers 
l'O. dans la direction des monts du Yulcan, on ne peut manquer 
d'être frappé par l'aspect de plateau que présentent ces montagnes, 
formées par une série de crêtes qui s'abaissent lentement vers le S. 
Les lambeaux calcaires qui forment presque tous les sommets élevés 
se reconnaissent à leur air de pustules parasites. Quand par un beau 
soir d'été, dans la brume d'or du couchant qui accentue les profils 
et rend plus sensible le parallélisme des lignes, on contemple ce 
spectacle, on ne peut s'empêcher de se demander si ce plateau, dou- 



1. E. de Martonne. La, Roumanie, cxtr. Grande Encyclopédie, p. 21. 

2. L. Mrazec. Contributions à l'histoire de la vallée du Jiu, Bid. Soc. Se. Bue., 
VIII, 1899. — E. de Martonne. Sur l'histoire de la vallée du Jiu, CR. Ac. d. Se., 
1899. 

3. D'après Drachiceanu (Mehedinfi Studii geologice Bue., 1885 et Erlâuterungen 
zur Geol. Karte des Kônigreichs Rumànien, Jahrb. K. K. Geol. Reichsanstalt, 1890), 
quelques-uns de ces calcaires seraient crétacés. — Toula (Eine geologische Reise 
in die Transsylvanischen Alpen Rumâniens, Neues Jahrb., 1897, pp. 142 et sqq.). 
- Redlich (Geologische Studien in Rumànien, Verh. d. K. K. Geol. R. A., 1896J. — 
Mrazec (Partea de E. a munt-ilor Vulcan Bue, 1898). — Murgoci (Masivul Paringu 
Bue, 1898, Grupul superior al cristalinului), etc., les considèrent dubitativement 
comme jurassiques. 



— 56 — 

cernent incliné vers le S., ne représente pas la pénéplaine triasique 
elle-même, et ne rend pas l'aspect que devait présenter presque toute 
la Valachie vers le milieu de l'ère secondaire ! . 

Un fait digne d'être noté est que, si les dépôts triasiques manquent 
complètement dans les Alpes transylvaines, ils existent sur les bords 
du massif cristallin de la Moldavie septentrionale et dans la Do- 
brodgea 2 . On a même remarqué entre ces deux régions des parentés 
de faciès et de faune qui peuvent faire supposer la continuité des 
deux massifs cristallins et du bras de mer qui les longeait 3 . 

En tout cas, ce n'est qu'au jurassique moyen, qu'an constate une 
avancée de la mer sur le bord oriental du massif cristallin valaque. 
A partir de ce moment la séparation est définitive entre ce massif 
et celui qui occupe le N. de la Moldavie. Le détroit qui les sépare 
est le théâtre d'une série d'incursions, de reculs et de retours offen- 
sifs de la mer, qui nulle part ne s'observent mieux que dans la région 
de Câmpullung et Sinaïa, si bien étudiée par M. Popovici-Hatzeg '. 
Une série sédimentaire riche en fossiles, commençant par un conglo- 
mérat et des grès ferrugineux, continuant par des grès calcaires, des 
marnes et des calcaires, semblables à notre tithonique s'y développe 
du bajocien supérieur au néoeomien, avec une lacune qui témoigne 
d'une émersion pendant le séquanien et le kimmeridgien. Une se- 
conde période d'émersion est constatée pendant l'albien et l'aptien, 
mais le cénomanien est, comme dans toute l'Europe septentrionale 
une époque de grande transgression; la mer vient déposer jusque sur 
les schistes cristallins des masses énormes de conglomérats, grès et 
sables, plus ou moins consistants, qui forment encore tous les sommets 
élevés de la région sédimentaire à l'E. de la Pâmbovita : Bucegiu, 
Csukas, Sireu. L'extension de ces dépôts paraît avoir été considé- 
rable. Dans la région du Buzeu on peut constater qu'ils forment la 
base du flysch. 



1. Cet aspect et l'hypothèse qu'il suggère ont été bien notés par L. Mrazec. 
Contributions à l'histoire de la vallée du Jiu, loc. cit. 

2. Sava Atanasio. Studii geologice in Districtul Suceava, Bul. Soc. Se. Bue, 
1898, pp. 61-113. — K. Peters. Gmndlinien zur Géographie und Géologie der 
Dobrudscha, Denkschr. A. Ak. Wiss. Wien, XXVII, 18G7. — Anastasiu. Contribu- 
tion à l'étude Géol. de la Dobrogea (Roumanie), Paris, 1898, carte 1/800,000*. 

3. Haug. Revue annuelle de Géologie, Rev. gén. des Se, 1899, p. G36. 

4. Popovici-Hatzeg. Elude géol. des environs de Câmpullung et Sinaïa, carte 
géol. 1/200,000% 



— 57 — 

C'est après le cénomanien que paraît avoir commencé le soulè- 
vement qui devait édifier définitivement la chaîne karpatiqne. En 
effet, le turonien marque une nouvelle émersion dans la région de 
Sinaïa, et le sénonien, dont les marnes rouges, si curieusement ravi- 
nées dans la vallée de la Praliova, représentent les derniers dépôts 
secondaires est tellement en retrait, qu'on peut supposer l'arc kar- 
patique déjà à peu près dessiné. Il semble cependant qu'il n'ait pas 
tout à fait présenté la même orientation générale qu'à l'heure ac- 
tuelle. La courbure en était sans doute moins accusée, le massif cris- 
tallin, plus ou moins recouvert de sédiments secondaires occupant 
alors presque toute la Transylvanie et l'Olténie, en continuité avec le 
plateau prébalkanique. C'est ce qui expliquerait les dislocations 
N.-S. de la région du Bucegiu se moulant sur le rebord du massif 
cristallin, où l'on voit les axes des plis s'infléchir vers le ~N. dans 
la partie orientale des Fogarash. Cependant on constate que déjà 
d'anciennes dislocations E.-O. reprenaient de l'importance. Le syn- 
clinal du Lotru était envahi par la mer sénonienne qui y déposait, 
après les conglomérats à ciment cristallinisé de Brezoiu 1 , une série 
de grès marneux mêlés de gros blocs calcaires 2 . 

C'est au tertiaire que l'arc karpatique, de même que la chaîne 
alpine, s'est définitivement formé tel que nous le voyons. La mer 
peu profonde et agitée du flysch continue pendant tout l'éocène et 
l'oligocène à amonceler sur le bord du continent émergé qu'elle 
démantèle, et qui tend toujours à regagner le terrain perdu en se 
soulevant, des dépôts élastiques : grès, marnes calcaires, argiles 
schisteuses, qui forment presque toutes les hautes Karpates entre 
les deux massifs cristallins moldave et valaque. 

Il est probable, que pendant toute cette période, un lent mou- 
vement d'exhaussement se produisait déjà suivant l'axe des Alpes 
de Transylvanie, compensé par un affaissement de la Yalachie ; 
car plus les recherches géologiques avancent, plus on trouve vers 
l'O. des lambeaux de flysch cachés sous les sédiments plus récents. 
D'après M. Mrazec on les suivrait à l'O. de l'Oltu jusqu'en Olténie 3 . 
Cependant c'est à la fin de l'éogène que semblent s'être produits les 
événements décisifs. 

1. L. Mrazec. et G. Munteanu Murgoci. Muntii Lotrului Bue, 1898. 

2. Redlich. Geologische Studien im Gebiet des Oit und Oltetzthales in Rumànien 
Jahrb. K. K. Geol. R artisans tait, 1809, pp. 4 et sqq. 

3 L. Mrazec et W. Tetsseyre. Aperçu géologique sur les formations salifères 
en Roumanie, Mon, d. intérêts pétrolières roum., III, 1902. 



— 58 — 

Le mouvement de soulèvement s'accélère, surtout en Moldavie et 
en Munténie, produisant un nouveau ridement des couches secon- 
daires et tertiaires qui accentue la courbure de l'arc karpatique. C'est 
le long- d'un axe perpendiculaire à la courbure maximum des Kar- 
pates et passant par Gala£, que le plissement semble avoir atteint 
son maximum d'intensité. En effet, tandis que, dans le district 
d'Arges, le flyscli ne plonge que de quelques degrés vers le S., dans la 
Prahova il forme des synclinaux et anticlinaux E.-O. très sur- 
baissés \ et dans la région Buzeu-Putna-Trotus, on trouve des plis 
aigus N.-E. — S.-O. ou IN". • — S., souvent déjetés vers l'extérieur, 
étirés et failles, portant les grès inférieurs à des altitudes de 
1,200 mètres 2 . Au contraire, le massif d'Olténie s'affaissait plutôt 
vers le N.-O., et des lagunes, en relation avec la mer pannonique 
occupaient les fonds de vallées, suivant les anciennes lignes de dis- 
location (Bassins de Hatzeg, Petroseny, Topile, Eontânele, etc. 3 ). 

Désormais la chaîne karpatique va continuer à s'édifier par une 
série de poussées, qui impriment au sol de la Yalachie des mouve- 
ments de bascule, amenant tantôt des reculs, tantôt des avancées 
de la mer. A chaque épisode, on voit la configuration se rapprocher 
de celle qu'on observe actuellement. Avec l'helvétien la mer revient 
de l'E., en transgression sur le flysch et même parfois sur les schistes 
cristallins, formant même dans la région du Buzeu un golfe à l'in- 
térieur du flysch (bassin de Slanic 4 ). On sait que c'est à l'helvétien 
qu'appartiennent les plus importants massifs de sel de Eou- 
manie, mais le faciès lagunaire qui a donné lieu à ces dépôts s'était 
déjà trouvé réalisé plus d'une fois pendant l'oligocène et même l'éo- 
cène 5 . La mer peu profonde du flysch, avait déjà tendance à former 
des lacs saumâtres sur la bordure du continent karpatique. 

Au tortonien, nouveau mouvement de bascule, faisant émerger 
presque toute la Moldavie. Le sarmatien est, dans l'histoire des 
Karpates, une période aussi décisive que le cénomanien. Dans les 
deux cas on assiste à une énorme transgression de la mer, favorisée 

1. Voir Popovici-Hatzeg. Coupes citées. 

2. Teisseyre. Zur Géologie der Bacauer Karpalhen, Jahrb. d. K. K. Geol. R. .1., 
1898, XL VIII, pp. oGO et sqq. — Tetsseyre et Mrazec. Le sel de la Roumanie in : 
Les Monopoles de la Couronne, publ. Min. d. Domaines Rue., 1000 (Expos. Univ. 
Paris), et Aperçu géologique sur les formations salifères, loc. cit. 

3. Sabba Stefanbscu. Etude sur les terrains tertiaires de Roumanie. 

4. Teisseyre et Mrazec, op. cit. 

5. Teisseyre et Mrazec, op. cit. 



— 59 — 

par des dislocations tectoniques et suivie d'un mouvement d'émersion 
qui marque une victoire définitive des forces orogéniques sur les 
tendances d'affaissement. C'est au sarmatien qu'a dû se produire la 
faille du Danube à laquelle on doit la formation du grand fleuve et 
l'effondrement de la plaine valaque. C'est à ce moment aussi que se 
produisent toute une série de failles limitatrices, dessinant le rebord 
de l'arc karpatique tel qu'il existe actuellement en Valacbie. Le 
plateau de Mehedinti s'effondre le long d'une ligne encore marquée 
par un abrupt très net. Le rebord escarpé des monts du Yulcan se 
forme également (faille de Bumbesti). 

Le sondage du Bàrâgan qui a découvert la superposition directe 
du sarmatique au crétacé l , montre que tous les sédiments tertiaires 
antérieurs s'étaient déposés dans un géosynclinal situé plus au N., 
et que la forme actuelle de la Valachie, limitée par la faille danu- 
bienne et l'arc karpatique, date du sarmatien 2 . 

A partir de ce moment, les Karpates valaques sont constituées à 
peu près telles que nous les voyons. La mer, qui forme un golfe occu- 
pant la plaine actuelle, va lentement se dessécher, transformée en 
lac de plus en plus saumâtre, à la faveur d'un soulèvement lent qui 
continuera à se faire sentir jusqu'au pliocène 3 . 

Les mouvements du sol se sont poursuivis plus longtemps qu'ail- 
leurs dans la Munténie orientale, à l'E. de la Dâmbovita, et c'est 
justement là que le parallélisme est le plus frappant entre les grands 
traits du relief et ceux de la tectonique. La ligne de contact anormal 
du flysch et du tertiaire, celle du salifère et du sarmatien-pontien 
semblent tourner régulièrement suivant le changement d'orientation 
générale de la chaîne. Une faille sensible dans l'abrupt qu'on observe 
de Mizilu à Buzeu, et d'âge probablement très récent, marque la 
ligne suivant laquelle la plaine de Munténie s'est affaissée 4 . 

On le voit, si l'état actuel de nos connaissances ne nous permet pas 
de retrouver l'âge exact de toutes les dislocations auxquelles les 
Karpates doivent leur formation, on peut cependant fixer avec 
quelque vraisemblance la date de celles qui ont eu l'influence la 
plus décisive. 

1. C. Alimanesteanu. Sondagiul dm Bârâgan, Bul. Soc. Geogr. Rom., 1896. 

2. E. de Martonne. La Roumanie, Exlr. Grande Encyclopédie, p. 25. 

H. S. Stefaxescc. Etude sur les terrains tertiaires de Roumanie. 

4. Draghicexu. Les tremblements de terre de la Roumanie. Mrazec et Teisse^ re, 
op. cit. 



— 60 — 

On s'explique ainsi bien des faits qui paraissent d'abord ■ obscurs, 
et notamment la discordance fréquente entre les lignes directrices 
d'une tectonique ancienne et les grands traits du relief actuel. C'est 
dans cette discordance qu'il faut peut-être chercher la cause des 
divergences d'opinion plus apparentes que réelles entre des géologues 
éminents, préoccupés par le grave problème du raccordement des 
Karpates aux Balkans. Il semble bien vrai, comme le dit Inkey, que 
les plissements des schistes cristallins présentent une continuité 
remarquable ; mais ces dislocations très anciennes sont loin d'être 
toujours les facteurs du relief, et c'est précisément dans la région 
banatique, que leur importance est annulée par l'influence de cas- 
sures plus récentes, obliques à la direction des plis. La recherche de 
l'âge est toujours capitale en géographie physique, et plus que 
partout ailleurs dans les questions de tectonique. S'il est un fait 
qui semble bien résulter de tout ce que nous savons actuellement 
sur l'origine des Karpates, c'est que leur relief est dû, moins aux 
plissements anciens des schistes cristallins, qu'à des mouvements de 
soulèvement en masse, et à des affaissements le Ions? de plans de faille. 

Ces mouvements du sol ne paraissent pas d'ailleurs être complè- 
tement terminés à l'époque actuelle. Le sondage du Bàràgan qui a 
révélé la présence de graviers diluviaux jusqu'à 30 mètres au-dessous 
du niveau de la mer Noire, prouve que l'affaissement de la plaine 
de Munténie a continué, vraisemblablement, pendant la période qua- 
ternaire. Actuellement la Valachie est encore agitée fréquemment 
par des tremblements de terre, qui montrent que les forces orogé- 
niques ne sont point endormies. 

D'après les recherches de M. Draghiceanu l , les deux principaux 
foyers séismiques se trouveraient d'une part en Olténie et Banat, de 
l'autre, dans la Munténie orientale, à la limite de la Moldavie 

Le premier de ces foyers semble concorder avec les lignes de dis- 
location assez complexes, par lesquelles s'opère le raccordement des 
Karpates ei des Balkans ; le second coïncide avec l'axe de courbure 
maximum de l'arc karpatique, avec la région où les couches ter- 
tiaires récentes se montrent le plus disloquées. C'est là que les mani- 
festations séismiques ont le plus attiré l'attention, à cause des dé- 
sastres qu'elles ont parfois causés. 



1. M. Draghiceanu. Les tremblements de terre de la Roumanie et des pays 
environnants, Bue, 1898, in-8°, 84 p., 2 cartes. 



61 — 




Figure 11. 



Principaux foyers séismiques en Valachie, d'après M. Draghiceanu. 



Les chroniques du XVI e et du XVII e siècles parlent souvent de 
tremblements de terre. Au XIX e siècle, on note avant 1840, quatre 
séismes, dont un détruisit une partie de Bucarest (1814), et dont 
l'autre (janvier 1838), bouleversa le sol entre Foesani et Râmnicu 
S a rat, d'une manière extraordinaire 1 . Des fentes s'ouvrirent sur une 
longueur de 700 à 1,000 mètres avec dénivellation de 1 à 2 mètres. 
De tous côtés on observait des crevasses, des fentes, des trous d'où 
sortaient de l'eau et du sable jaillissant jusqu'à une hauteur d'une 
toise. A Corbu, un lac de 200 mètres de long se forma ainsi ; sur le 
Siret, la glace soulevée à la hauteur de demi-toise fut jetée sur le 
rivage. 

On n'a pas depuis enregistré de tremblement de terre de cette 
violence, mais les secousses séismiques sont fréquentes en Valachie. 
On en enregistre tous les ans un certain nombre 2 . Il est donc permis 
de penser que les mouvements en masse, auxquels l'arc karpatique 
doit en grande partie son relief, ne sont point complètement apaisés. 



1. Ce séisme nous est très bien connu par le rapport de Schùller publié dans le 
Bul. Soc. Geogr. Rom., 1883, et reproduit en partie par Draghiceanu, op. cit., 
avec figures. 

2. Les Annales de V Institut Météorologique de Roumanie en donnent tous les 
ans le catalogue. Le Buletin lunar les signale chaque mois. 



62 



CHAPITRE V 

L'Arc Karpatique. — Le Relief et l'Érosion. 



I. Les vallées longitudinales. — II. Les vallées transversales, le Jiu. — III. Les 
vallées transversales : Oltu, Buzeu. — IV. Action des anciens glaciers sur le 
relief des massifs élevés. 



Les forces orogéniques ne sont pas les seules qui contribuent à 
la formation d'une chaîne de montagne. Comme les Alpes, les 
Karpates sont loin d'être ce que les poussées intérieures les avaient 
faites. Ravagées par l'érosion, elles doivent bien encore leurs 
directions et les traits principaux de leur histoire, aux dislocations 
tectoniques, mais le détail de leur aspect est le résultat de deux 
grands faits : le creusement des vallées et le développement des 
glaciers de la période quaternaire, aujourd'hui disparus. 



Ce qui différencie peut-être le plus les Karpates méridionales 
des Alpes, c'est la prédominance des vallées transversales sur les 
vallées longitudinales. Celles-ci sont réduites à des tronçons, dont 
la longueur n'atteint nulle part 50 kilomètres. On n'y trouve pas 
de grands fleuves, tels que l'Inn, la Salzach, l'Isère, la Durance; 
mais seulement des torrents comme le Lotru et son affluent la 
Latori^a, le Jiul românesc ou la Cerna. Ces vallées sont d'ailleurs 
loin de présenter la largeur des vallées alpines ; on les voit à 
chaque instant s'encaisser en des cluses profondes comme le Lotru 
de Yidra à Yoineasa, le Jietu à Baraken, le Jiul românesc à Uri- 
kany, la Cerna en amont du Plaiu Bulzului. Seul le Lotru infé- 
rieur, de Malaia à Brezoiu, élargissant sa vallée au contact des 
schistes cristallins et des grès sénoniens, présente une image qui 
peut rappeler certains coins des Alpes. 



— 63 — 

En outre, au lieu de former des tronçons qui semblent se rac- 
corder naturellement, et que séparent des seuils peu élevés, comme 
les vallées supérieures de l'Inn, de la Salzach et de l'Enns par 
exemple, les vallées longitudinales karpatiques paraissent com- 
plètement indépendantes l'une de l'autre. Un col de près de 
1,300 mètres, sépare la Cerna du Jiul românesc ; le Jietu et le 
Lotru, descendent parallèlement vers le N. des cimes les plus 
élevées du Paringu, avant de couler en sens contraire, séparés par 
une crête constamment voisine de 2,000 mètres 

Cet état de choses a-t-il toujours existé? Il est permis d'en 
douter. Certains détails géologiques ont fait supposer qu'à une 
époque très reculée, les tronçons de vallée que nous observons ac- 
tuellement faisaient partie d'un même sillon tectonique, où Ton 
retrouve les mêmes dépôts élastiques, d'origine à demi continen- 
tale 1 . Ces dépôts sont ceux de la formation de Schéla dont nous 
avons déjà montré l'extension le long de la grande faille du Jietu 
jusqu'à la Latorita, et sur le flanc S. de la vallée du Jiu românesc. 

Si cette hypothèse était exacte, l'évolution des vallées dans les 
Karpates aurait été complètement différente de ce qu'elle est en 
général dans les chaînes de plissement, et de ce qu'elle a été en 
particulier dans les Alpes. Les vallées longitudinales ne se déve- 
loppent, en effet, qu'à la suite des vallées transversales, et ont 
coutume d'élargir graduellement leur aire de drainage au lieu de 
se tronçonner 2 . 

En tout cas, il paraît certain que la disposition en arc de cercle 
des vallées de la Cerna, des deux Jiu et du Lotru, ne peut être 
considérée comme un effet du hasard. Cet arc de cercle représente 
l'axe même de la chaîne karpatique, telle qu'elle existe actuel- 
lement, et telle qu'elle commençait à s'esquisser déjà à la fin de 
la période primaire. Cette ligne a toujours été une ligne de moindre 
résistance, l'effondrement du bassin de Petroseny à l'époque ter- 
tiaire, en est la preuve. Déjà, à la fin du crétacé, le synclinal du 
Lotru était envahi par les eaux de la mer qui ne devaient l'aban- 
donner qu'après Téocène 3 . C'est au contact des couches gréso-mar- 
neuses analogues au flysch, déposées dans ce golfe intérieur, et des 

1. L. Mrazec. Contributions à l'histoire de la vallée du Jiu, Bul. Soc. Se. Bue, 
\IH, 1899. — G. Munteanu Murgoci. Communication inédite. 

2. E. de Martonne. Problèmes de l'histoire des vallées, Ann. d. Géoyr., 1898. 

3. Redlich. Geologische Studien im Gebiete des Oit und Oltetzhales, loc. cit., 



— 64 — 

schistes cristallins inférieurs, que le Lotru a pu creuser sa large 
vallée où s'étalent les terrasses et les cônes de déjection. La Cerna 
elle-même, avec son affluent la Mehadia, se sont établies dans un 
fossé tectonique qui avait formé un golfe des mers secondaires et 
tertiaires. 

Ainsi, malgré leur peu d'importance à l'heure actuelle, les vallées 
longitudinales sont cependant des traits fondamentaux de la struc- 
ture des Karpates, tout au moins dans la partie cristalline de la 
chaîne ; leur genèse est nettement en rapport avec des faits tecto- 
niques, et leur histoire offre des épisodes lointains qu'on peut 
encore reconstituer. Il n'en est pas moins vrai que là comme par- 
tout, cette histoire est liée à celle des vallées transversales, et mal- 
heureusement, on est loin de reconnaître aussi facilement les 
rapports de celles-ci avec la tectonique et le relief. 

II 

L'existence de neuves tels que le Jiu, l'Oltu, le Buzeu, qui 
percent de part en part des massifs montagneux de plus de 
2,000 mètres d'élévation, est un des problèmes les plus irritants qui 
puisse fixer l'attention du géographe. 

Le Jiu, formé par la réunion de quatre torrents, collecteurs des 
eaux qui dévalent des cirques du Paringu, du Surian et du He- 
tiezat, en convergeant vers la dépression de Petroseny, est déjà une 
rivière au large lit, entaillé dans les couches tertiaires recouvertes 
de terrasses limoneuses, lorsque brusquement il s'engage dans une 
véritable gorge. C'est le Surduk ou défilé de Lainici, dont nous 
avons déjà dépeint la sauvage beauté. Les flancs de la vallée, au 
fond de laquelle la rivière se précipite en une suite presque ininter- 
rompue de cataractes, s'élèvent couverts de forêts, avec une incli- 
naison constante de 30° environ, jusqu'à des hauteurs de plus de 
1,500 mètres. Quand l'horizon s'élargit et que l'on débouche à 
Bumhesci dans la dépression de Târgu Jiu, le fleuve a descendu 
depuis l'entrée du défilé 215 mètres sur une longueur de 25 kilo- 
mètres, avec une pente moyenne de 8 m 50 par kilomètre, qui s'élève 
à plus de 10 mètres entre la frontière et Lainici 1 . 

1. E. de Martonne. Elude sur la crue du Jiu du mois d'août 1900, Ann. Institut 
Météorol. de Roumanie, 1001. Calcul d'après nos mesures barométriques à Bum- 
besci et Lainici et des mesures de distances sur le 75.000 e . 



E. de Martonne. — La Valachie 



Planche A- 



r **m 






m é 



I. - Cirques de Galcescu et Gauri vus de Coasta Benghei 
(Massif du Paringu). 




II. - Lacul Paseri. Lac glaciaire entouré de roches moutonnées, sur le bord 
du Caldarea Dracului, cirque latéral de Galcescu 
>if du Paringu). 



— 66 — 

Cette curieuse percée fluviale a intrigué géographes et géologues. 
L'hypothèse d'une faille ou tout au moins d'une cassure qui aurait 
marqué leur chemin aux eaux, se présenta d'abord aux esprits. 
Elle dut être abandonnée, quand l'étude géologique de la vallée 
eût montré la ressemblance parfaite des deux rives, et l'on attribua 
le principal rôle à l'érosion remontante dans la formation de la 
vallée 1 . 

Le point difficile à expliquer était : pourquoi le Jiu s'engage-t-il 
dans la gorge du Surduc au lieu de suivre le chemin facile que lui 
offre la vallée de Merisor ? Lorsque, du haut du pic de Mândra, on 
contemple le panorama merveilleux du bassin de Petroseny, dominé 
par les cimes déchiquetées du Retiezat, il est difficile de s'imaginer 
que le Jiu, dont on voit la vallée s'abaisser régulièrement vers 
le N., puisse prendre un autre chemin que le couloir bien dessiné 
qui mène au bassin de Hatzeg (fig. 12). 

S. K 




Figure 12. — Panorama pris clu haut de Mândra (Paringu), dessin d'après nature. 

y Pàrete, v \ Dimitrianu, v v v seuil de Merisor 

v v v v vallée du Jiu românesc, v v v v v Polatistea, v v v v v \ Sadu. 

En s'engageant dans cette vallée, on peut constater qu'un seuil 
insignifiant sépare seul la Bani^a, affluent du Jiu, de la rivière de 
Hatzeg, le Strell. Ce seuil, formé comme tous les environs par les 
calcaires jurassiques et crétacés, est recouvert d'une terrasse de 
cailloutis de schistes cristallins qui ne peut venir que de l'E. 2 . Il 
faut donc admettre, qu'à une époque relativement récente, le Jiu 
s'écoulait vers le N. au lieu de traverser les Karpates. 

Cette époque doit se placer vers la fin des temps tertiaires, au 
moment où des effondrements tectoniques formaient les bassins de 
Petroseny et Hatzeg, occupés par des lagunes saumâtres sans 
communication possible avec le versant S. des Karpates (burdi- 

1. Inkey. Die Transsylvanischen Alpen, loc. cit. — L. Mrazec. Contributions à 
l'histoire de la vallée du Jiu, loc. cit. 

2. E. de Martonne. Sur l'histoire de la vallée du Jiu, CR. Ac. d. Se, 4 déc. 1899. 

5 



— 66 — 

galien ou aquitaiiien) l . L'état de choses actuel, daterait de la fin 
du pliocène ou du quaternaire, et c'est la formation des dépressions 
subkarpatiques du côté de la Yalachie, qui aurait été la cause prin- 
cipale du changement. Plus profonde que toutes les autres, la dé- 
pression de Târgu Jiu dut, en s'afïaissant, décupler la force érosive 
des rivières karpatiques qui y débouchaient. L'une d'elles, qui 
devait former le Jiu, fut assez vigoureuse pour capter le Strell 
supérieur, à qui le niveau relativement élevé du lac de Petroseny 
n'avait jamais permis de pousser activement vers le S. sa tête de 
source. Toutes les eaux confluant vers le bassin de Petroseny de- 
vinrent ainsi tributaires du Jiu (fig. 13). 




Figure 13. — Schéma de l'évolution du réseau hydrographique du Jiu et du Streil 

du miocène (A) à l'époque actuelle (G). 

Les surfaces supérieures à 1,000 m. sont marquées en grisé. — H. Hatzeg, 

M. Merisor, P. Petroseny, E. Lainici, B. Bumbesci 

Il est permis de penser que cette capture ne fit que rétablir un 
état de choses antérieur à la formation des bassins de Petroseny et 
Hatzeg. C'est même ce qui la rendit possible. En effet, une capture 
de rivière dans un couloir déjà encaissé, comme devait certainement 
l'être déjà le défilé de Lainici, ne peut paraître vraisemblable, que 
si on admet une ligne de partage des eaux assez basse entre les 
deux bassins, formant un col, et comme une selle au fond d'une 
vallée ébauchée. Or, on a constaté effectivement dans le défilé du 
Jiu, des terrasses reconstituant comme un fond d'ancienne vallée, 
et atteignant leur point le plus élevé près de Lainici. C'est là sans 
doute, qu'était le partage des eaux antépliocénique. 



1. Lehmann a donné une bonne description du bassin de Petroseny. Das Thaï 
von Petroseny, Verh. Ges. /. Erdk. Berlin, 1884. — Stefanescu. Etude sur les 
terrains tertiaires de Roumanie, rattache les couches de Petroseny au Burdigalien. 
Récemment encore on les a attribuées à l'oligocène (Hofmann). 



- 67 - 

Avant le miocène, il est probable qu'une rivière semblable au 
Jiu actuel coulait déjà dans une vallée encaissée dans les schistes 
cristallins, héritage d'une temps lointain où le drainage avait 
commencé à s'organiser en donnant naissance à des cours d'eau 
qui suivaient la pente générale du sol de la pénéplaine cristalline, 
recouverte par les calcaires jurassiques. Creusée en canon dans ces 
calcaires qui formaient jadis une couverture continue, la vallée 
continua à s'approfondir dans le soubassement cristallin lors de la 
surrection de la chaîne 1 . 

Cette histoire compliquée, et sans doute susceptible encore de 
bien des retouches, est celle qui rend le mieux compte de toutes 
les particularités topographiques et géologiques connues jusqu'à 
présent. Elle montre que la vallée transversale du Jiu est un des 
traits les plus anciens de la structure des Karpates, puisque les 
mouvements récents d'affaissement qui ont affecté la bordure S. 
de la chaîne n'ont fait que rétablir un ancien état de choses. Les 
éboulis qui encombrent le lit du fleuve de blocs énormes, les mar- 
mites d'érosion qui se rencontrent jusqu'à 30 mètres au-dessus des 
eaux, attestent d'autre part la jeunesse de la vallée actuelle, la 
plus sauvage qu'offrent les Karpates valaques. 

III 

Moins sauvage, moins étranglée, la vallée de l'Oltu n'est pas 
moins curieuse que celle du Jiu. Ce fleuve capricieux a déjà deux 
fois jeté, en quelque sorte un défi à la nature en perçant des 
chaînes de montagne, lorsqu'il arrive dans la plaine de Fogarash 
et Hermannstadt, et s'engage au cœur des Karpates, coupant per- 
pendiculairement les deux chaînes des Fogarash et les quatre anti- 
clinaux anciens qui les forment. Sa vallée s'étrangle à la Tour 
Rouge, en traversant la première chaîne, s'élargit dans la région 
sénonienne et éocène de Brezoiu-Titesti, mais redevient une véri- 
table gorge lorsqu'elle scie les contreforts du Cozia pour aller 
déboucher à Calimanesci, dans la zone du flysch éocène subkar- 
patique. La route, entaillée dans le roc, s'élève jusqu'à 20 et 

1. On peut supposer que ces calcaires épousaient d'ailleurs les inflexions de la 
surface sur laquelle ils reposaient, L'abaissement de l'axe des plis à Lainici, marqué 
par la formation de Schéla, aurait ainsi contribué à déterminer l'emplacement 
de la vallée (voir Mrazec, loc. cit. et E. de Martonne, CR. Ac. Se, loc. cit.). 



— 68 — 

30 mètres au-dessus des eaux, et le chemin de fer actuellement 
en construction perce les escarpements de l'Arma saru en trois 
tunnels, dont l'un atteint presque un kilomètre. 

L'hypothèse d'une faille doit être écartée pour expliquer la 
percée de l'Oltu, comme pour celle du Jiu. Tout au plus pourrait- 
on admettre une cassure superficielle dont il ne reste plus trace l . 
Inkey admet qu'à une époque peu éloignée, dont il ne cherche pas 
à fixer la date, l'Oltu, au lieu de traverser les Karpates, s'écoulait 
par Hermannstadt vers le Maros, et attribue à l'érosion remontante 
d'une rivière valaque la capture du fleuve transylvain 2 . L'hietoire 
de l'Oltu serait ainsi assez semblable à celle du Jiu dans sa 
dernière phase. 

La voie la plus vraisemblable par laquelle on peut supposer que 
l'Oltu ait jadis coulé vers le N., est celle que forment les larges 
vallées du Krummbach et du Weissbach, les flancs et le fond en 
sont malheureusement ensevelis sous un manteau de loess qui rend 
impossible leur étude détaillée. D'Hermannstadt à Salzburg (Yi- 
zakna), où se trouve le partage des eaux, on voit la terrasse de 
cailloutis recouvrant les formations salifères exploitées à Salzburg, 
s'incliner lentement vers le N". (Hermannstadt 427, terrasse du 
Krummbach 419, Yizakna 400 mètres). Cette puissante terrasse 
est sans rapport avec les ruisseaux qui la sillonnent actuellement. 

Il n'est pas impossible que le point où la capture s'est effectuée 
soit le bassin sénonien et tertiaire de Brezoiu, qui se continue à 
l'E. de l'Oltu jusqu'à Tisesti. L'Oltu miocène, affluent du Maros, 
devait recevoir des Karpates un affluent important, peut-être le 
Lotru lui-même, qui rassemblait les eaux de la région Brezoiu- 
Tisesti actuellement encore très arrosée. Le défilé de la Tour Rouge 
est en effet beaucoup moins étroit que celui du Cozia. Lorsque, 
d'un point dominant la plaine d'Hermannstadt, on regarde vers le 
S. le panorama de la chaîne karpatique, la percée de l'Oltu n'étonne 
nullement, car on voit la crête s'abaisser lentement vers la vallée; 
seulement on a l'impression qu'un fleuve débouche là, et non qu'il 
va s'engouffrer dans la montagne (fig. 14). 

1. Inkey. Die Transsylvanischen Alpen, loc. cit. — Lehmann. Die Siidkarpaten, 
Zeitschr. d. Ges. f. Erdkunde, Berlin, 1883. C'est pourtant à la théorie tectonique 
que se tiendrait encore Rkhmann (Géographie de l'ancien domaine polonais, I. 
Les Karpates, Lemberg, 1895 (polonais), d'après l'analyse de Eugène Rômer (Mitl. 
K. K. Geogr. Ges. Wien., 1896, pp. 151 et sqq.). 

2". Inkey. Die Transsylvanischen Alpen. loc. cit. 



— 69 — 

Toute autre est l'impression lorsqu'on contemple des environs 
de Calimanesci, la chaîne du Cozia, rempart qui semble exclure 
toute percée fluviale. Les vallées qui traversent la chaîne du Cozia 
en descendant de la crête principale des Fogarash offrent d'ailleurs 
généralement des gorges d'une sauvagerie extraordinaire. Telles 
les célèbres Cheile Àrgesului (gorges de l'Arges) qu'on traverse par 
un sentier de chèvre, véritablement vertigineux. 






v,. •- >■ 




Figure 14. — Vue de la chaîne karpa tique prise du Sesul Ungurilor, 

près Hermannstaclt. Dessin d'après nature. 

v La Tour Rouge, entrée du défilé de l'Oltu ; v v Negoiu. 

Il est donc vraisemblable que la percée de l'Oltu à travers la 
chaîne méridionale des Fogarash est de date récente. Si l'histoire 
de la formation du fleuve, tel qu'il existe actuellement n'est pas 
encore élucidée dans tous ses détails, il est cependant assez pro- 
bable que le bassin de Brezoiu-Titesti peut être considéré comme le 
théâtre de la capture, à laquelle la Valachie doit d'être arrosée par 
les eaux de l'Oltu transylvain. 

Plus encore que l'Oltu, le Buzeu s'écarte du type de vallée de 
traverse étranglée, que réalise le Jiu. Comme celui-ci, il se forme 
dans une plaine située en arrière de l'arc karpatique, mais c'est 
à peine s'il reste vingt kilomètres emprisonné dans une véritable 
gorge. A Gura Sireului, la vallée s'est déjà dégagée ; jusqu'à son 
débouché en plaine, elle ne cessera de s'élargir, permettant à de 
vastes cônes de déjections de se développer à côté de terrasses allu- 
viales. Le fleuve entaille à peine en deux ou trois endroits la roche 
en place. 

D'un point élevé, on a l'impression que les hauteurs bordant la 
vallée, sont comme ensevelies à moitié sous un manteau alluvial 
qui s'accumule dans une dépression en voie d'affaissement. Il est 
en effet très vraisemblable, que la percée du Buzeu a été déter- 
minée par l'affaissement qui affecte ici, non seulement la bordure 
des Karpates, mais une partie de la chaîne elle-même 1 . 

1. Voir E. de Martonne. Sur la formation des vallées et les mouvements du sol, 
CR. Ac. Se, lac. cit. 



— 70 - 

Les vallées de traverse, qui font l'originalité des Karpates va- 
laques, sont, on le voit, le plus souvent en rapport avec des mou- 
vements généraux du sol, de date récente. On peut en dire autant 
de presque toutes les rivières transversales, qui ont contribué au 
démantèlement du massif imposant porté en l'air par les poussées 
orogéniques, en y sculptant tout un fouillis de crêtes et de rigoles 
descendant vers le S. Quelques vallées, comme celles de la Jalomifa 
et de la Praliova, suivent des synclinaux failles ou des failles de date 
assez ancienne ; mais ces dislocations locales ont simplement déter- 
miné la direction et l'emplacement approximatif d'une artère du 
drainage primitif, le degré d'approfondissement et d'élargissement 
de la vallée dépend de l'œuvre plus ou moins active d'une érosion 
réglée par l'affaissement de la plaine valaque, qu'un alluvionne- 
ment intense tendait toujours à compenser. 

Dans beaucoup de ces vallées, des terrasses alluviales pénètrent 
assez loin dans l'intérieur de la montagne, et leur étude montre 
que la pente de la vallée actuelle, entaillée généralement dans ces 
terrasses jusqu'à la roche en place, est plus forte que celle de l'an- 
cienne vallée. Tout semble d'ailleurs prouver que la période ac- 
tuelle est encore, dans les Karpates, une période d'érosion active. 

La saison de la fonte des neiges est celle qui contribue le plus 
à la ruine de la montagne, celle où se déchaînent toutes les forces 
de destruction ; érosion des rivières, décomposition chimique et 
mécanique des roches sous l'action des intempéries, éboulements 
dans les escarpements instables, glissements dans les terrains argi- 
leux détrempés. On peut dire qu'en deux mois, la montagne est 
plus changée que pendant tout le reste de l'année. A l'été, on 
trouvera tel chemin où l'on pouvait circuler à l'aise dans une 
gorge, barré par un éboulis, encombré de troncs d'arbres préci- 
pités pêle-mêle avec des blocs énormes ; tel sentier en pente raide 
accessible aux chevaux, sera labouré de sillons profonds et devenu 
impraticable. De grandes routes, comme celle de la vallée du Jiu, 
sont parfois complètement ravagées, une crue d'été emporta en 
1900 tous les ponts construits à grands frais dans ce défilé. 

IY 

Les Karpates sont en ruine qui achève de s'écrouler, mais les 
forces naturelles qui ont contribué à leur destruction n'ont pas 
toujours travaillé de la même façon qu'à l'heure actuelle. Si l'éro- 



— 71 — 

sion des eaux courantes a ciselé l'ensemble de la niasse monta- 
gneuse, c'est à l'action de glaciers, aujourd'hui disparus, que ]es 
hauts sommets doivent leurs formes caractéristiques. 

Lorsqu'après une longue et monotone ascension, on arrive sur 
la crête principale du massif du Paringu, dont le point culminant 
dépasse 2,500 mètres, le spectacle qui s'offre aux yeux ne peut 
manquer d'arracher un cri de surprise et d'admiration. Au bas d'es- 
carpements terribles qui s'ouvrent brusquement sous vos pieds, s'étale 
une vallée démesurément large, dont le fond semble d'autant plus plat 
qu'on le regarde de haut, mais paraît cependant accidenté d'une 
foule de bosses irrégulières et arrondies, et de levées de blocs 
énormes au milieu desquelles brillent de petits lacs. De tous côtés, 
des murailles imposantes, striées de rigoles au pied desquelles 
s'amassent les éboulis, hérissées d'escarpements bizarres, coloriées 
de teintes rougeâtres fantastiques, dominent ce chaos sauvage, où 
les touffes sombres des rhododendrons sont la seule trace de vie 
végétale. Les murailles qui limitent la vallée s'abaissent plus rapi- 
dement que son fond, de façon à laisser comme une brèche dans la 
ceinture d'escarpements qui encercle cette sorte de chaudière ; par 
là, l'œil plonge dans les profondeurs d'une vallée encaissée, aux 
flancs couverts d'une épaisse forêt et qui semble continuer la haute 
vallée. Pour descendre, il faut suivre le rebord des escarpements, 
on chemine sur une crête étroite, sorte de contrefort de la crête 
principale, séparant la haute vallée qu'on vient de voir, d'une 
autre en tout semblable. Au fur et à mesure qu'on descend, la 
crête s'étale en une sorte de dos plat et arrondi, et en même temps 
la vue se développe; tout le flanc !N\ de la montagne semble comme 
éventré de carrières gigantesques, ne laissant debout que des crêtes 
étroites et escarpées. L'aspect est vraiment celui d'une chaîne 
alpine et quiconque est familier avec la haute montagne, n'hésitera 
pas à reconnaître dans les hautes vallées à fond plat que nous 
venons de décrire, des cirques aussi typiques que les plus beaux 
des Alpes et des Pyrénées (v. fig. 15 et 16 et planches A-B). 

Tous les massifs élevés des Karpates valaques offrent un spectacle 
semblable. De même que le Paringu, les Fogarash, le Bucegiu, le 
Retiezat, les monts de la Cerna, ont leurs crêtes entaillées aussi 
comme à l'emporte-pièce. C'est à l'action des glaciers qu'on doit 
attribuer ces formes de relief. 



72 




Figure 15. — Carte de la légion des sources du Lotru (massif du Pannguj montrant 
la disposition des cirques et Vallure des sommets. Echelle du l/50,000 e , équidis- 
tance des courbes 10 m. Les croix marquent les moraines, les flèches indiquent 
la position et la direction des stries glaciaires. Réduction photographique d'une 
partie de la minute de notre carte au 1/25, 000 e du massif du Paringu. 



73 




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— 74 — 

L'existence d'une période glaciaire dans les Karpates méridio- 
nales, signalée d'abord par Lehmann I , contestée par Primics et 
Inkey 2 , ne peut plus maintenant être mise en doute. L'examen 
le plus sévère des dépôts détritiques, qu'on trouve au débouché et 
dans le fond même des cirques, a fait reconnaître qu'à côté d'éboulis 
à apparence morainique, ils offrent de véritables moraines, comme 
celles de Carbunele et de Gluri dans le Paringu 3 , de Soarbele et 
de Stîna mare dans les monts de la Cerna 4 . Les cirques du Paringu 
sont hérissés d'un nombre infini de superbes roches moutonnées, 
sur lesquelles on a pu trouver des stries glaciaires, ainsi que dans 
les cirques de Capra (Fogarash) 5 . Si parmi les lacs innombrables 
qui sont semés dans les cirques, et font le charme de ces paysages 
d'une sauvage beauté, un grand nombre sont des lacs d'éboulis, il 
en est qui sont incontestablement des lacs d'origine glaciaire 6 
(v. planche B, et fig. 15). 

Enfin, le développement des cirques est, comme l'avait indiqué 
Lehmann, une preuve décisive de la présence d'anciens glaciers. 
Les études les plus récentes à ce sujet ont montré d'une façon qui 
paraît évidente, que l'érosion subaérienne ne peut, comme le 
croyaient Bonney et Inkey 7 , former de cirques, mais que ceux-ci 
sont le résultat de l'action combinée des glaciers rabotant le fond 
de la vallée, et des intempéries qui font constamment s'ébouler les 
parois rocheuses qui la dominent. Ainsi s'établit le profil trans- 

1. Lehmann. Beobachtungen ûber Tektonik und Gletscherspuren im Fogarascher 
Hochgebirge, Zeitschr. d. D. Geol. Ges., 1881. — Die Sûdkarpaten, Zeitschr. d. 
Ges. }. Erdkunde Berlin, 18S5. 

2. Primics. Die geologischen Verhaltnisse der Fogarascher Alpen, Mitt. a. d. 
Jahrb. d. K. Ung. Genlog. Anstalt., 1881. — B. von Inkey. Geotektonische Skizze der 
westlichen Hâlfte des Ungarisch-rumânischen Grenzgebirges, Fôldtani Kôzlôny, 
188i. — Die Transsylvanisehen Alpen, Math. u. Naturwiss. Ber. aus Ungarn, 1801. 

3. E. de Martonne. Contribution à l'étude de la période glaciaire dans les Kar- 
pates méridionales, Bull. Soc. Géol. de France. 1900. 

4. E. de Martonne. Nouvelles observations sur la période glaciaire, CR. Ac. Se. 
1901, 11 févr. 

5. E. de Martonne. Le levé topographique de Gâuri et Gàlcescu, carte au 
1/10,000\ Bul. Soc. Ingen. Bue, 1900. — Contributions à l'étude de la période 
glaciaire, loc. cit. 

6. E. de Martonne et G. Munteanu Murgoci. Sondage et analyse des boues du 
lac Gàlcescu, CR. Ac. Se. 1900. Cf. Le levé topographique de Gâuri, loc. cit., 
carte au 1/2,500°. 

7. Bonney. On the formation of cirques, Proc. Geogr. Soc. Lond., 1873, p. 387. — 
Do glaciers excavate? Geogr. Journ., 1893. I. p. 481. — Inkey. Die Transsylva- 
nisehen Alpen, loc. cit., spéc. pp. 47 et sqq. 



E. de Martonne. — La Vaïachie 



Planche B 




III. - Lacul Galcescu. Lac glaciaire typique, cirque de Galcescu 
(Massif du Paringu). 




IV. - Lacul Galcescu. Vu du haut des escarpements de Stâncile Lacului. 
On voit la ceinture de roches moutonnées. 



— 75 — 

versai en II et le profil longitudinal en escalier, caractéristiques 
du cirque, ainsi se conservent les escarpements qui l'encerclent, et 
le fond inégal, chaos de bosses et de cavités qui décèle l'action de 
l'érosion glaciaire. Le ressaut final de la pente à l'endroit où le 
profil en Y se substitue au profil en U , est dû à l'action de l'éroi- 
sion aqueuse dans la grande vallée voisine, libre de glace 1 . 

Les cirques sont le témoignage d'un régime de glaciers locaux 
du type des glaciers pyrénéens et leur extension reflète celle des 
anciens glaciers. En s'inspirant de ces principes, on a pu reconnaître 
que des glaciers ont couvert jadis tous les principaux massifs des 
Karpates méridionales, Fogarash, Bucegiu, Paringu, Surian, Re- 
tiezat, Sarco, Grodeanu, etc. 

Plusieurs faits ont permis de conclure que le changement de 
climat, qui avait fait ainsi des Karpates une chaîne ressemblant 
aux Pyrénées actuelles, s'était renouvelé deux fois, une première 
fois probablement tout à la fin du pliocène, une seconde pendant le 
quaternaire. La limite des neiges éternelles se serait abaissée à 
1,600 mètres ou 1,700 mètres, la première fois, à 1,900 mètres la 
seconde. Mais la valeur de ces chiffres varie suivant l'exposition et 
suivant la situation des massifs. Il est probable, que la limite s'a- 
baissait rapidement vers PO., comme on l'a constaté dans les 
Alpes 2 , dans les montagnes de l'Europe moyenne 3 et dans les 
Balkans 4 . Ainsi le Csukas, dont le point culminant est une pyra- 
mide de 1,952 mètres, dominant un massif d'une altitude moyenne 
de 1,700 mètres, n'a pas connu de glaciers 5 . Dans les Fogarash et 
le Paringu, il semble que la langue des glaciers les plus puissants 
soit descendue jusqu'à près de 1,500 mètres ; enfin dans les monts 
de la Cerna, on trouve à Soarbele une superbe moraine à une alti- 
tude de 1,437 mètres 6 . Ces faits tendent à prouver que le maximum 

1. E. Richter. Physikalische Untersuchungen in den Hochalpen, Peterm. Mitt. 
Ergânzungsheft n° 132, 1900. — E. de Martonne. Contributions à l'étude de la 
période glaciaire, Bull. Soc. Géol. de Fr., 1900. — Sur la formation des cirques, 
Ann. d. Géogr., 1901. 

'2. E. Richter, op. cit. 

3. Partsch. Die Gletscher der Vorzeit in den Karpalen, 1882. — Penck. Die 
geographische Wirkung der Eiszeit, Verh. d. IV. D. Geographentages zu Mûnchen, 
L884. 

4. Cuijic. L'époque glaciaire dans la péninsule des Balkans. Ann. de Géogr., 
1900. 

5. E. de Martonne. Nouvelles observations sur la période glaciaire, loc. cit. 

6. E. de Martonne. Contributions, loc. cit. et nouvelles observations, loc. cit. 



— 76 — 

de pluviosité se trouvait déjà à l'époque glaciaire dans les monts 
de la Cerna, dont l'escarpement tourné à TE. est heurté directement 
par les vents pluvieux 1 . On constate d'ailleurs partout que, toutes 
choses égales d'aileurs, les cirques sont plus beaux et les traces 
glaciaires descendent plus bas sur les pentes tournées à l'E. et sur- 
tout au S.-E. 

La forme des crêtes est dans les Karpates, en liaison intime avec 
l'extension des anciens glaciers, c'est-à-dire des cirques. Là où les 
cirques manquent ou sont peu développés, les cimes sont de vastes 
plateaux mamelonnés couverts d'herbe, souvent tourbeux, où l'on 
peut errer des heures, sans rien voir, sans arriver à reconnaître son 
chemin, jusqu'à ce que, brusquement, on se trouve au bord d'un 
précipice. Pour connaître cet aspect dans toute sa tristesse, qui va 
parfois jusqu'à l'angoisse, lorsqu'un brouillard épais limite encore 
la vue, il faut avoir parcouru les tourbières de C^rbunele dans le 
Paringu, les pâturages de Piscu Negru et de Coastele dans les Foga- 
rash, ou du Caraïman dans le Bucegiu. 

Si, pour des raisons de structure orographique et d'exposition, un 
des versants de la montagne s'est trouvé plus riche en glaciers que 
l'autre, on aura, comme dans le Paringu, un massif à profil dissy- 
métrique, et qui, suivant qu'on l'abordera par le N. ou par le S., 
aura l'aspect d'une véritable chaîne alpine, ou d'une montagne de 
type vosgien aux contours arrondis. Si, au contraire, les glaciers 
ont été également développés sur les deux versants comme dans les 
monts de Fogarash, les cirques entamant le bloc montagneux des 
deux côtés, n'auront laissé debout qu'une crête déchiquetée, éga- 
lement escarpée sur ses deux flancs et qui, de quelque côté qu'on la 
regardera, rappellera les Alpes ou les Pyrénées. 



Soulevée du sein des mers et portée à des altitudes bien supé- 
rieures à celles qu'elle atteint actuellement, par des poussées oro- 
géniques de date et de direction différentes, la chaîne karpatique 
valaque doit son individualité aux phénomènes de surrection en 

1. E. de Martonne. Remarques sur le climat de la période glaciaire dans les 
Karpates méridionales, Bull. Soc. Géol. de Ft., 1902. 



— 77 — 

masse et de tassement qui l'ont laissée dominant comme une mu- 
raille en arc de cercle, la basse Yalachie ; la sculpture délicate de 
ses vallées, de ses crêtes, de ses plateaux, de ses cols, est l'œuvre 
d'une érosion séculaire dont la principale période d'activité se place 
à la limite des temps tertiaires et quaternaires, et qui semble actuel- 
lement reprendre une nouvelle vigueur ; mais les formes caracté- 
ristiques de ses sommets, tantôt massifs et monotones comme' les 
ballons vosgiens, tantôt déchiquetés et hardis comme les pics alpins, 
sont dues aux changements de climat, qui, à une époque relati- 
vement récente, ont fait s'étaler sur ses cimes un manteau de glaces 
et de neiges éternelles. 



78 



CHAPITRE "VI 

Le Climat des Karpates. 



I. — La température. — II. Les précipitations. — III. Le vent et les types 
de temps en montagne. 



On peut dire sans apparence de paradoxe, que les caractères par- 
ticuliers du climat et de la végétation font pour le moins autant que 
le relief, l'originalité de la haute montagne. Cela est vrai plus que 
partout ailleurs dans un pays de climat extrême tel que la Valachie. 

On possède malheureusement peu de données précises sur le climat 
des Karpates. La station météorologique la plus élevée en Valachie 
est Sinaïa, à 800 mètres, située malheureusement dans une vallée 
profonde 1 . Presque tout ce que l'on peut dire sur les conditions 
climatologiques de la haute montagne est tiré d'inductions fondées 
sur l'étude de la marche des phénomènes, dans la région des plaines 
et des collines, ou d'observations faites pendant un espace de temps 
trop court. 



Pour estimer la valeur de la diminution de la température avec 
les altitudes croissantes, on est réduit à la comparaison de stations 
échelonnées de 20 à 800 mètres, encore est-il prudent de ne pas se 
servir de toutes, car la carte topographique de la Yalachie n'étant 
pas terminée, les altitudes données pour certaines stations peuvent 
être sujettes à caution. En comparant les stations Bucarest-Sinaïa, 
Turnu M;~gurele-Striharet, Striharej;-Calimanesci et Calimanesci- 
Sinaïa, on trouve que la moyenne annuelle diminue de 0°,7 par 

1. On a formé depuis plusieurs années le projet d'installer un observatoire à 
Furnica, dans le Bucegiu. La maison est construite, mais les crédits manquent 
pour y installer des observateurs. 



— 79 — 

100 mètres ; en été la diminution est beaucoup plus forte, elle atteint 
1°,1 en juillet; en hiver elle devient très faible, 0°,3 en janvier. L'in- 
version de la température s'observe même entre Strihare^ et Cali- 
manesci séparés par 120 mètres d'altitude, Calimanesci ayant une 
moyenne de janvier supérieure de 1°,2 à celle de Striharej;. 

En supposant que la loi reste la même jusqu'à une altitude élevée, 
on trouve que l'isotherme annuelle de 0° passerait sur le versant S. 
des Karpates entre 1,500 et 1,600 mètres ; l'isotherme 0° du mois de 
juillet s'élèverait à près de 3,300 mètres ; c'est-à-dire bien au-dessus 
des sommets les plus élevés. Si hypothétique que soit ce résultat, il 
est intéressant, car il montre bien pourquoi les Karpates ne peuvent 
avoir de neiges éternelles, ni à plus forte raison de glaciers. On 
voit aussi qu'il suffirait d'un abaissement de 6 à 7° de la moyenne 
de juillet, pour que la limite supérieure des neiges éternelles, qui 
est toujours légèrement supérieure à l'isotherme de juillet, se trouvât 
abaissée à près de 2,000 mètres et que des champs de névé pussent 
se former, donnant naissance à de petits glaciers. Si l'on suppose 
un accroissement de la pluviosité, tel qu'il s'est certainement produit 
à l'époque glaciaire, on trouvera que 4 à 5 degrés d'abaissement de 
la moyenne de juillet seraient largement suffisants pour obtenir ce 
résultat. 

Ces constatations nous expliquent les changements survenus dans 
le climat depuis la période glaciaire, et montrent qu'on est assez 
voisin de la vérité en évaluant la limite supérieure des neiges éter- 
nelles à plus de 3,000 mètres. Quant à la limite inférieure l , elle doit 
se trouver légèrement au-dessous des sommets les plus élevés. En 
effet, sans être aussi riches en champs de neige que des massifs voisins 
comme le Rhodope 2 , les Karpates offrent fréquemment à la fin de 
l'été de petites flaques neigeuses conservées dans les endroits abrités 
et recouvertes d'une croûte de glace avec bandes poussiéreuses 3 . 

1. Nous entendons par limite supérieure celle au-dessous de laquelle la neige 
ne subsiste pas d'une année à l'autre sur une pente découverte ; par limite infé- 
rieure, la ligne qui rejoint les flaques de neige les plus basses, conservées clans 
les endroits abrités (voir Ratzel. Hôhengrenzen uncl Hôhengûrtel, Zeitschr. d. D. 
u. O. Alpenvereins, XX, 1899. pp. 19-G7). 

2. Cuuic. Das Rilagebirge und seine ehemalige Vergletsclierung, Zeitschr. d. 
Ces. /. Erdkunde Berlin, 1898. 

3. Voir E. de Martonne. Recherches sur la période glaciaire dans les Karpates 
méridionales, Bull. Soc. d. Se. de Bue, 1900. — Lehmann (Die Siidkarpaten, loc. 
cit.) signale des ilaques de neige trouvées jusqu'à 1,060 mètres, à la fin de juillet, 
sur le versant X. Ceci est, bien entendu, tout à fait exceptionnel. 



— 80 — 

Les Fogarash qui sont le massif le plus constamment élevé des 
Karpates valaques sont presque complètement libres de neige pen- 
dant cinq mois, de mai à octobre. A la fin de septembre, les chutes 
de neige sont déjà fréquentes, mais elles sont suivies immédiatement 
de plusieurs jours d'un temps superbe; l'air d'une limpidité éton- 
nante laisse aux rayons du soleil, déjà moins ardent, assez de force 
pour dégager toutes les pentes qu'ils peuvent atteindre. Dans les 
premiers jours d'octobre, nous avons encore trouvé le versant N. du 
Paringu, à demi nettoyé d'une chute de neige récente. Le sol gelé, 
sonnant sous le pied, et les cascades solidifiées, ne se conservaient 
que sur les pentes abritées. 

Vers le milieu d'octobre, si quelque nouvel orage se déchaîne, 
l'ensevelissement est à peu près définitif. C'est en mai seulement 
qu'on verra peu à peu s'émietter le manteau immaculé qui couvre 
les cimes. Alors les avalanches se précipitent sur les flancs abrupts 
des ravins, des vallées encaissées; les torrents bondissent, subite- 
ment gonflés, roulant des flots troubles et entrechoquant dans leur 
lit des blocs énormes. 

L'époque de la fonte des neiges, si importante pour l'agriculture 
dans la plaine, ne l'est pas moins en montagne. A peine les pentes 
déboisées sont-elles nettoyées, que l'herbe, qui déjà perçait par 
endroits le tapis blanc, jaillit en touffes d'un vert dru. C'est le 
moment où les troupeaux montent par les vallées pour gagner les 
hauts pâturages ; le feu s'allume dans les stîne, la montagne s'anime 
et se peuple. 

Le court été de la montagne est relativement chaud. Un thermo- 
mètre enregistreur, installé à 2,000 mètres dans un cirque exposé 
au N. du Paringu, nous a donné pendant le mois d'août des tempé- 
ratures de plus de 20° 1 . Encore ne faut-il pas juger par la tempé- 
rature de l'air de réchauffement très intense que peut subir le sol 
On sait que la différence entre les maximas de température du sol 
et de l'air peut-être en haute montagne, considérable 2 . 

La station la plus élevée sur laquelle nous ayons des données 
précises, Sinaïa, montre que la moyenne du mois le plus chaud 
atteint encore 16 degrés à près de 900 mètres. Le mois le plus froid 

1. E. de Martonne. Sur un cas particulier de la marche de la température en 
haute montagne, Bull. Se. d. Se. de VOuest, 1900. 

2. Voir Ha\x. Handnuch der Klimatolnrrio. I. p. 234. 



E. de Martonne. — La Valachie. 



Planche C. 




V. — Escarpements des conglomérats sur le flanc E. du Bucegiu. 




VI. — Podu Dâmbovitei. 

Bassin d'effondrement dans la zone calcaire des environs de Bucâr. 

Au fond on voit la sortie du canon de la Dâmbovicioara. 



— 81 — 

(janvier) dépasse à peine — 5° l . L'écart des moyennes mensuelles 
n'est donc que de 21 degrés; on observe même que la transition de la 
saison chaude à la saison froide est moins brusque, que dans la 
plaine. La rigueur de l'hiver est due, moins à des froids excessifs 
qu'à des températures constamment basses. Pendant les mois de 
décembre et janvier, on compte à peine un ou deux jours où le ther- 
momètre ne descende pas au-dessous de 0. Le minimum absolu ob- 
servé est de — 28°. L'écart entre les extrêmes moyens mensuels est 
de 30 degrés ( + 21°,T juillet ; — 8°,8 janvier). 

La montagne est en somme moins excessive que la plaine, la 
courbe de la température annuelle y fait des sauts moins brusques, 
réchauffement de l'air y est d'autant moins rapide et moins intense 
que les variations thermiques du sol y sont plus marquées. La 
marche diurne de la température a les mêmes caractères. Le froid 
qui pénètre jusqu'aux os lorsqu'on couche par terre en montagne, 
même en été, vient de l'humidité et du refroidissement excessif du 
sol plus que de l'air. Nos observations faites avec un thermomètre 
enregistreur à 2,000 mètres pendant le mois d'août, qui sont le seul 
document qu'on ait jusqu'à présent sur les conditions thermiques 
de la haute montagne, donnent une courbe des moyennes horaires 
qui oscille seulement de 4 degrés. Nous avons même pu constater 
que, dans certaines conditions, encore mal déterminées, la courbe 
peut remonter de plusieurs degrés pendant la nuit 2 . 

II 

Si frappants que soient les contrastes thermiques entre la mon- 
tagne et la plaine, ceux que présente la répartition de l'humidité 
sont encore plus significatifs. Les brouillards pénétrants qui vous 
enveloppent pendant des jours entiers, les pluies glacées, mêlées de 
grêle, cinglant le visage, perçant la peau comme de mille coups 
d'aiguille, les orages terribles où les averses tombent avec une telle 
violence qu'on s'arrête sans pouvoir avancer ni reculer, les vents 
soufflant en tourbillon sur les crêtes, culbutant les nuages dans 
l'étranglement d'un col ; puis les nuits sereines où le ciel fourmille 

1. Moyennes mensuelles à Sinaïa : J. — 5,1; F. —4,5; M. 0,8; Av. 5,0; M. 10,7; 
J. 13,5; Jt. 16,0; A. 15,3; S. 11,5; O. 7,7; N. 1,3; D. —2,6; année 5,5. 

2. Voir E. de Martonne. Sur un cas particulier de la marche de la température, 
Bull. Soc. d. Se. de l'Ouest. 1900. 



82 



de millions d'étoiles, où le clair de lune brille d'un tel éclat qu'on 
reconnaît au loin les pics familiers; les matins où s'étale dans les 
vallées la mer des nuages, d'où sortent comme des îles les cimes les 
plus élevées, tous ces aspects sont, pour qui n'a pas fréquenté les 
sommets dénudés, autant de mystères inconnus. 

La montagne n'est pas seulement plus pluvieuse que la plaine, 
elle l'est autrement, d'une façon plus irrégulière, plus violente, plus 
capricieuse en quelque sorte. Certains signes bien connus de qui- 
conque est familier avec la montagne, peuvent faire prévoir que tel 
pic, qui se dresse au matin dans un ciel serein, sera dans quelques 
heures couvert de nuages, mais souvent le Cioban lui-même, qui 
passe sa vie sur les hauteurs, répondra avec un sourire sceptique à 
l'interrogation du voyageur : « Cine stie ? asa ie la munte ! » Qui 
sait ? c'est la montagne ! 

Nous manquons de données précises pour évaluer l'accroissement 
de la pluviosité avec l'altitude. En faisant la moyenne des stations 
situées dans la même zone altimétrique, nous avons trouvé les ré- 
sultats suivants : 

Zone infér. àlOO" 1 

Nombre de stations. 35 

Moyenne 534 "/" 

Si l'on porte en abscisses et ordonnées, les sommes de pluie et les 
altitudes, on obtient une courbe qui montre bien les relations de 
la pluviosité avec le relief dans la région des collines, mais qui nous 
abandonne au moment de passer dans la haute montagne (fig. 16). 

Le maximum semble atteint vers 
700 mètres et la courbe redescend en- 
suite ; mais ce résultat ne correspond 
certainement pas à la réalité Les 
seules stations que nous possédions 
au-dessus de 700 mètres, sont en effet, 
à part Nucsoara, des stations de vallée 
(Sinaïa, Busteni), qui reçoivent beau- 
coup moins d'eau que les pentes dé- 
gagées, situées à même altitude. Dans 
la zone de 200 à 700 mètres, nous 
avons plusieurs stations qui reçoivent plus de 1 mètre (Roesci, 220 m , 
1,143 m / m ; Baia de Arama, 3G0 m , 1,100 m / m ; Ocnele mari, 510 m , 
1,019 m / m ; Besdeadu, 380 m , 1,049 m / m ; Topesci, 670 m , l,287 m / m - 



100 à 200 


200 à 300 


300 à 500 


500 à 700 


700 à 900 


44 


8 


14 


10 


3 


571 


778 


866 


901 


876 




Figure 17. — Augmentation des 
précipitations avec l'altitude. 
Courbe réelle et son prolonge- 
ment hypothétique (en pointillé). 



— ss- 
ii n'est pas de phénomène climatologique pour lequel l'orienta- 
tion et la position topographique de la station ait autant d'impor- 
tance que pour la pluie. D'une manière générale, on constate en 
Yalachie que c'est le pied des escarpements tournés vers l'E. et le S. 
qui reçoit les plus fortes précipitations. On peut le vérifier en exa- 
minant la situation de toutes les stations que nous venons de citer. 
Si l'on veut prolonger d'une manière hypothétique la courbe ex- 
primant les relations du relief avec la pluviosité, on doit tenir compte 
de ce fait que la courbe remonte brusquement entre 100 et 
u00 mètres, soit immédiatement avant le point où la courbe hypsogra- 
phique de la Yalachie présente un ressaut correspondant au contact 
moyen des collines et de la terrasse diluviale (v. chap. I er ). La prin- 
cipale rupture de pente de la courbe hypsographique se produisant 
ensuite entre 900 et 1,400 mètres, on sera amené à faire faire une 
inflexion analogue à la courbe d'augmentation des précipitations. 
On sait que la pluviosité n'augmente pas d'une façon constante 
avec l'altitude, mais qu'après avoir atteint un maximum, dont la 
position dépend d'un certain nombre de conditions topographiques 
et climatiques, elle décroît avec l'altitude sous l'influence de la 
raréfaction de l'air et de réchauffement produit par la condensation 
dans l'air ascendant l . Cette zone de maximum, qui, dans les Alpes 
atteint 2,000 mètres paraît s'étendre sur le flanc S. des Karpates 
valaques aux environs de 1,600 mètres, la somme annuelle des pluies 
y serait voisine de 1,700 m / m . 

C'est en nous inspirant de ces principes que nous avons essayé de 
compléter pour la montagne la carte pluviomé trique, sans toutefois 
oser faire aucune distinction au-dessus de 1,200 m / m . Nous avons 
aussi tenu compte de la présence des dépressions longitudinales telles 
que la vallée du Lotru, et la dépression qui sépare les deux chaînes 
des Fogarash. Comme le fait est vérifié pour toutes les dépressions 
subkarpatiques, ces régions doivent être le siège de minimas, par 
rapport aux hauteurs qui les encadrent. 

Le régime des pluies n'est pas tout à fait le même dans la mon- 
tagne que dans la plaine. D'après ce qu'on observe à Sinaïa, il semble 
qu'il incline vers le régime continental; les pluies d'été s'y pour- 

1. Sur la théorie encore mal démêlée de la diminution de la pluviosité avec 
l'altitude croissante, voir IIann. Handbuch der Klimatologie, I, pp. 296 et sqq. 
Sur les relations entre l'augmentation des précipitations avec l'altitude et la 
topographie, voir R. Huber. Die Niederschlâge im Canton Basel, Zurich, 1894. 



— 84 — 

suivent jusqu'au mois d'août, qui reçoit encore 8 % de la somme 
annuelle. La différence est encore plus sensible si l'on envisage les 
jours de pluie qui sont au mombre de 2 G en juillet et août pour 
Sinaïa, tandis qu'à Bucarest on n'en compte que 11 l . 

En comparant les cartes pluviométriques établies poui les quatre 
saisons par M. Hepites 2 , on peut constater qu'en hiver la montagne 
n'est pas sensiblement plus pluvieuse que le reste de la Valachie. C'est 
en été qu'elle prend une supériorité écrasante. En automne et au 
printemps, les fortes précipitations ne se rencontrent plus que dans 
la région des sources du Motru, de la Cerna et du Jiu. Ce recoin, où 
buttent à la fois les vents d'E. et du S., est sans conteste le point le 
plus pluvieux de tout l'arc karpatique méridional. S'il en était ainsi 
dès le début du quaternaire, on comprend facilement l'abaissement 
de la limite des neiges éternelles et l'extension prise dans les monts 
de la Cerna par les anciens glaciers. 

Nous manquons de données pour apprécier la variation diurne de 
la pluviosité, dont la périodicité est encore plus marquée en montagne 
qu'en plaine. En général, c'est l'après-midi que les sommets se 
couvrent de nuages et que les orages éclatent. On peut compter les 
jours de l'année où les cimes restent libres du soir au matin, mais 
souvent les nuées amoncelées sur les crêtes, à partir de midi, se dis- 
sipent au coucher du soleil. Tout dépend de l'état général de l'atmo- 
sphère et de la direction du vent, qui dépend elle-même autant des 
conditions topographiques, que de la répartition des pressions baro- 
métriques. Ce que Ton sait sur Sinaïa le montre bien. Dans l'étroite 
vallée de la Prahova, tous les vents sont en quelque sorte canalisés 
et réduits à souffler du N. ou du S. Ces deux directions représentent 
à elles seules 49 % dans la rose des vents de Sinaïa. 

III 

Les hautes vallées sont souvent dans le même cas; le vent n'y 
souffle guère que dans deux sens opposés, tantôt amoncelant les 
nuages qui montent de la plaine, tantôt les balayant sur les crêtes. 
Le paysan qui connaît la montagne a là dessus des idées assez 

1. Coefficients pluviométriques et jours de pluie (entre parenthèses). 

Sinaïa : J. 58 (6) 57 (5) 59 [61 104 fil) 115 (13) 250 (15) 144 (11) 95 (7) 93 (6) 80 (5) 72 (7) 74 (5) 
Bucarest : 66 (6) 66 (5) 96 (7) 121 (8) 111 (8) 218 (10) 116 (7) 73 (4) 78 (5) 73 (6) 87 (5) 95 (8) 

2. Hepites. Régime pluviométrique de la Roumanie, pi. II à V. 



— 85 — 

simples, et qui, somme toute, ne sont pas loin de la vérité. « Quand 
le vent souffle d'en haut, alors tout va bien, quand il vient de la 
vallée, ça se gâte î » On dit encore que le vent du Danube amène la 
pluie « Baltaretul aduce ploia. » 

Il est bien vrai que les vents du S. sont les vents pluvieux pour 
le versant valaque des Karpates. Inkey avait justement remarqué l 
que souvent les nuages venus du S. s'amoncèlent pendant plusieurs 
jours sur la crête des monts du Vulcan, sans se décider à passer 
sur le versant N. C'est un curieux spectacle que de voir ces nuées 
monter au galop les pentes sur lesquelles les pousse un vent furieux, 
et tout d'un coup culbuter de l'autre côté de la crête en faisant 
comme un plongeon, pour se dissiper en fumées. Mais ce régime ne 
s'observe que pendant les périodes de pression atmosphérique relati- 
vement élevée. Un mois passé dans le massif du Paringu pendant 
lequel nous avons éprouvé les changements de temps les plus variés, 
et plusieurs séjours prolongés en divers endroits dans la haute mon- 
tagne nous ont amené à constater que les choses sont plus complexes. 
On peut distinguer plusieurs types de temps en rapport avec l'état 
du baromètre. 

I. Dans le régime des très fortes pressions, les cimes complètement 
dégagées se dressent toute la journée dans un ciel d'un bleu écla- 
tant. Ce régime qui dure rarement plus de deux ou trois jours en 
été, conduit presque aussitôt au suivant. 

II. Régime des pressions assez fortes. — Tous les matins au réveil, 
on voit les sommets libres de nuages. Aussi loin que le regard s'é- 
tende, le ciel est bleu et les crêtes baignées d'une lumière éclatante. 
Là où il y a de grands contrastes de relief, la brise de montagne 
souffle avec violence. A partir de septembre, les pentes déboisées 
sont couvertes d'un frimas si épais qu'on croirait à une chute de 
neige ; dans les vallées, la rosée a mouillé les herbes comme une 
pluie prolongée, et l'eau dégoutte des branches d'arbres. Si l'on se 
trouve à une certaine hauteur, on peut voir des fumées de brouillard 
s'élever des vallées pour se dissiper bientôt. Trois ou quatre heures 
après le lever du soleil quelques cirrus apparaissent au-dessus de 
la plaine, un ou deux cumulus se forment et commencent à marcher 
vers la montagne en grossissant de plus en plus, poussés par le vent 
qui a complètement changé. A deux heures, ils commencent à s'ac- 

1. Inkey. Die Transsylvanischen Alpen, loc. cit. 



— 86 — 

crocher aux cimes, les enveloppant d'un brouillard lêgeé; vers quatre 
ou cinq heures, ils se dissipent et il en reste juste assez pour permettre 
ces couchers de soleil aux teintes fantastiques, qui font une partie 
du charme de la montagne. On voit peu à peu les nuages s'ordonner 
en éventail de cirrus, dont les branches s'amincissent progressi- 
vement, et à minuit un ciel étoile s'étend, pur de toute brume. 

Ce temps est le meilleur qu'on puisse espérer lorsqu'on part pour 
la montagne; il peut durer toute une semaine, et l'alternance régu- 
lière de la brise de montagne et de vallée est un indice sûr de sa 
stabilité. Lorsqu'après de fortes pluies on commence à voir, de la 
plaine, les nuages se mettre en mouvement vers la montagne chaque 
matin et revenir le soir pour se dissiper, on peut être sûr que le 
beau temps finira par s'établir. Ce régime n'est durable que s'il n'y 
a pas de dépression barométrique voisine, le calme de l'atmosphère 
lui est nécessaire, un fort gradient troublerait l'alternance régu- 
lière des brises de montagne et de vallée. Dans ce cas, on passe à 
un autre régime qui est celui auquel s'appliquent le mieux les 
dictons du paysan roumain. Tout dépend ici du versant sur lequel 
on se trouve, et du sens du gradient, c'est-à-dire de la direction 
du vent. 

Sur le versant exposé au vent, les nuages se lèvent de bonne 
heure au-dessus de la plaine, formant de gros cumulus et un ou deux 
petits cumulo-nimbus qui s'étalent rapidement, et dès dix heures, 
couvrent d'ombre toute la montagne. A partir de ce moment on 
voit les sommets s'encapuchonner et le brouillard gagne jusqu'aux 
limites de la forêt. Sur le versant opposé le beau temps règne à peu 
près toute la journée, on voit les nuages s'accrocher aux cimes, 
culbuter en passant par les cols et se dissiper en fumées. Ce régime 
peut durer plusieurs jours, mais il suffit que la dépression baro- 
métrique se rapproche et se creuse pour que le gradient devienne 
plus fort et que le vent pousse les nuages sur le versant abrité; à 
moins que tout ne se résolve en un orage local qui traverse rapi- 
dement toute la chaîne en diagonale et qu'on peut suivre de loin, 
portant partout avec lui la grêle, et suivi d'un soleil éclatant. 

III. Le plus souvent on passe de ce régime à celui des pressions 
moyennes, pour lequel, comme dans le cas précédent, on doit dis- 
tinguer deux cas. Si le gradient est faible, le versant exposé au vent 
est couvert presque toute la journée de nuages, qui séjournent avec 
persistance dans les hautes vallées et les cirques, s'élevant un peu 



— 87 — 

vers midi, mais sans dégager les crêtes plus d'une heure. De l'autre 
côté, si l'on se trouve au-dessous de 1,700 mètres, on se réveille au 
milieu d'un brouillard épais. Après le lever du soleil, le brouillard 
se lève, et le ciel est nuageux, mais lumineux à partir de neuf 
heures. Vers une heure, une grosse pluie fraîche d'une demi-heure ; 
à quatre heures, nouvelle ondée ; à partir de cinq heures, le ciel se 
couvre de plus en plus et les sommets se cachent définitivement. Ce 
régime diffère essentiellement du précédent en ce que le temps y est 
plus beau le jour que la nuit; les nuits y sont moins froides, mais 
plus humides. 

Les différences sont encore plus grandes si une dépression s'ap- 
proche et si le gradient devient assez fort pour amener des vents 
violents. Cette fois, c'est le versant exposé au vent qui est le plus 
favorisé. Le matin, le temps paraît complètement gâté, le brouillard 
descend jusqu'à 1,800 mètres, souvent il tombe une petite pluie fine ; 
vers neuf ou dix heures, les nuages commencent à s'élever et on les 
voit passer sur le versant opposé, s'accrochant aux cimes qu'ils dé- 
couvrent et cachent alternativement. De l'autre côté, toutes les 
hautes vallées sont de bonne heure noyées dans un brouillard qui 
s'épaissit de plus en plus. Ce dernier type de temps ramène aussi 
bien au type II qu'il conduit au : 

Régime des basses pressions. — Dans ce cas le brouillard cache 
toutes les cimes, descendant plus bas sur le versant abrité, mais il 
pleut davantage sur le versant exposé au vent. Les nuits sont pires que 
le jour, souvent du soir au matin le vent souffle en tempête et les 
averses torrentielles tombent sans discontinuer. "Vers midi on a par- 
fois une accalmie, sur les sommets le brouillard se lève et le soleil 
paraît, mais dès quatre heures le brouillard revient plus épais. 
Souvent après quatre ou cinq jours de ce temps la neige tombe en 
abondance, alors le ciel s'éclaircit, le soleil brille et l'on passe au 
régime que nous avons décrit en premier lieu. 

Telles sont les phases les plus communes du temps en montagne. 
Ces indications suffisent pour montrer quel serait l'intérêt d'une 
étude systématique du climat de ces hautes régions. Mais les obser- 
vatoires de montagne ne sont pas assez nombreux, même dans les 
pays de vieille civilisation, pour qu'on puisse s'étonner de n'en point 
trouver dans un pays aussi neuf que la Valachie. 



ss 



CHAPITRE VII 

La vie végétale et animale dans les Karpates. 



I. La zone de la forêt. Zone du hêtre. Zone du sapin. — II. La zone de la 
limite de la forêt, sa hauteur, ses formes principales. — III. La zone alpine. 
— IV. La faune. 



Lorsqu'on quitte le dernier village qui se cache au pied de la 
montagne, dans un vallon abrité, pour gravir un des sommets des 
Karpates valaques, on ne tarde pas à entrer dans la forêt. Rien de 
plus beau que ces hautes futaies lorsque la hache imprudente du 
bûcheron ne les a pas dévastées ; les troncs des hêtres montent comme 
des colonnes jusqu'à plus de 20 mètres de haut; sous leur ombre 
épaisse, les branches et les feuilles mortes amoncelées excluent 
presque toute végétation. On est heureux de retrouver, de temps en 
temps, le tapis vert d'une clairière, semé de fleurs éclatantes, qui 
s'étale sur un col en dos d'âne, près d'une source qui jaillit entre des 
rochers. Chaque clairière a son nom : Urma Boului (le pas de l'âne), 
Fântâna Cucoanei (la fontaine de la dame), Fântâna Magàrioarei 
(la fontaine de l'ânesse) . . . 

On monte toujours, la forêt change d'aspect ; aux hêtres se mêlent 
les sapins, dont les aiguilles rendent le sol encore plus infertile ; 
bientôt les sapins seuls étendent leurs branches sombres, qui viennent 
parfois barrer le sentier, fouettant le visage du voyageur inattentif. 
Un air plus frais annonce qu'on approche des régions alpines; la 
forêt s'éclaircit, les sapins se groupent en bouquets de plus en plus 
espacés et de plus en plus petits, quelque géant se dresse encore, 
mutilé par la foudre. De petits sapins, écrasés sur le sol, y forment 
un tapis épais mêlé de genévriers nains. Enfin, la vue s'étend partout 
sans obstacle et suit, au loin, la, limite sombre de la forêt, serpentant 
le long des pentes, que dominent les crêtes chauves... On doit veiller 



— 89 — 

à ne pas perdre le sentier, car les pins couchés forment des fourrés 
impénétrables. La marche est plus facile là où ils sont remplacés 
par les genévriers nains et les rhododendrons. Ceux-ci représentent 
la dernière trace de végétation ligneuse ; on en trouve accrochés dans 
les anfractuosités du roc, jusqu'au bord des flaaues de neige qui 
s'abritent sous les escarpements des hauts sommets. Les pentes plus 
douces sont couvertes d'un gazon semé, au début de l'été, des fleurs 
alpines les plus éclatantes ; mais qui, dès la fin d'août, n'est plus 
qu'un tapis d'herbes sèches sur lesquelles le pied glisse. 

Le voyageur qui a vu se succéder ces paysages variés a pu recon- 
naître les zones de végétation naturelles qu'on retrouve partout dans 
les Karpates, comme clans les Alpes : la zone subalpine ou zone de 
la forêt, qui va de 600 à 1,700 mètres environ ; la zone alpine infé- 
rieure ou zone de la limite de la forêt, et la zone alpine proprement 
dite. 



La zone subalpine peut se diviser en deux sous-régions : une zone 
inférieure, de 600 à 1,300 mètres environ, et une zone supérieure, 
de 1,300 à 1,650 mètres \ 

Le hêtre est l'arbre caractéristique des forêts de la zone inférieure. 
Il se mêle, jusqu'à 800 mètres environ, à quelques chênes de la région 
des collines (Quercus sessiliûora, Q. pedunculata, Q. robur). Des 
bouleaux, des ormes, des charmes, s'y associent encore fréquemment 2 . 
Le bouleau (mesteacan) couvre souvent à lui seul les pentes rocail- 
leuses des terrasses de cailloutis qui s'appuient sur les hautes Kar- 
pates, en Olténie, de même que les grès du flysch plaqués sur la 
chaîne cristalline du Cozia. C'est en Munténie qu'il monte le plus 
haut, formant de véritables futaies qui prennent la place du hêtre. 
Par contre, l'Olténie garde pour elle les noyers, les châtaigniers, les 
frênes ornes, qui parent la base même de la haute montagne 3 . 

Partout on trouve, le long des ruisseaux et des torrents, des forma- 
tions de saules, d'aulnes et de tamarins, où brillent, clans un feuil- 
lage argenté, les fruits orangés de l'argousier 4 . 

1. Brandza. Despre vegetatiunea României, Acad. Rom., 11 avr. 1880. 

2. Vasilescu. Die forstwirtschaftlichen Verhàltnisse Rumâniens, Diss. Francfrurt 
a. M., 1894. 

3. Grecescu. Conspectul florei romane, pp. 733-734. 

4. Salix Reichardii, S. silesiaca, S. Tubra, S. viminalis, Alnus incana, Myricaria 
germanica, Tamarix gallica, Hyppophœe rhumnoïdes (Brândza-Grecescu). 



— 90 — 

Sous l'ombre profonde du hêtre, on cherche vainement les fleurs. 
Les mousses et les lichens parent les fûts élancés des arbres sécu- 
laires ; des fougères (Aspidium, Scolopendres), quelques liliacées 
(Allium ursinum, Scilla bifolià), des orchidées (Cephalenthera, 
Neottia), et quelques ombellifères amies de l'ombre (Sanicula), 
forment seules le tapis du sous-bois. Ce n'est qu'au printemps qu'on 
trouve une riche feuillaison de fleurs, profitant de la feuillaison tar- 
dive du hêtre. La plupart sont fanées dès qu'apparaissent les pre- 
mières feuilles. La belle anémone des Karpates, les pulmonaires, les 
touffes délicates des spirées ont disparu en juin. L'oseille sauvage, 
avec les orobus jaune et rouge, la mercuriale pérenne, la violette 
des bois, les lamium, végètent encore jusqu'à la fin de la feuillaison 
complète du hêtre. En août, le sous-bois est dépouillé et nu l . 

Les clairières sont, au contraire, d'une merveilleuse richesse, quand 
la dent du mouton n'y a pas encore passé. Là croissent en foule, au 
milieu d'une herbe drue, les renoncules, les lamium, les grandes 
scabieuses, des marguerites aux larges fleurs, toute une série de 
chardons à grosses inflorescences roses ou blanches, les fleurs déli- 
cates des polygala, des melilots, se mêlent aux clochettes bleues des 
campanules. 

La zone subalpine supérieure ou zone du sapin, commence vers 
1,200 mètres. Le hêtre disparaît et la forêt est presque entièrement 
formée par le sapin argenté (Abies pectinata, en roumain brad) et 
l'épicéa (Picea excelsa Link, en roumain moliv) ; on les trouve 
encore jusque vers 1,400 mètres, mêlés à des érables faux-platane 
(Acer pseudoplatanus), rarement à des pins sylvestres. Plus haut, 
on rencontre quelquefois des mélèzes. Mais ce bel arbre tend, ici 
comme partout, à disparaître à peu près complètement. Le mélèze 
et le pin cembro manquent complètement en Olténie 2 . On les signale 
dans le Retiezat 3 . 

Le sous-bois est encore plus pauvre, dans la forêt de conifères, 
que sous le feuillage du hêtre ; mais les moindres éclaircies sont 
envahies par une foule de fougères, de lycopodiacées, tapissés de 
renoncules des Karpates (Ranunculus carpathicus), de myosotis, de 
valérianes (Val. montaîia, V. tripteris). Au milieu des touffes d'un 

I.BrÂndza, op. cil. — Pax. Grundzûge des Pflanzenverbreitung in den Karpaten, 
I, p. 135. 

2. Grecescu, op. cit., p. 727. 

3. Pax, op. cit., p. 126. 



— 91 — 

vert éclatant de l'oseille sauvage, la campanule karpatique balance 
ses grosses fleurs bleues allongées, les belles inflorescences du 
telekia (Telekm specio&a), une des plantes les plus caractéristiques 
des Karpates valaques (v. figure 18), se groupent, ainsi que les char- 
dons, en touffes pittoresques 1 . 




Figure 18. — Plantes caractéristiques des Karpates méridionales (d'après Paxi. 

A gauche, llieracium transylvanicum , zone forestière (1/3 grandeur naturelle). — 
A droite, Saxifraga luteo-viridis, rochers calcaires (2,3). — Au milieu, inllorescences 
de Telekia spcciosa (2/3). 



1. Brandza, op. cit. et Prodromui florei romane. Pax, op. cit. — Un certain 
nombre de chardons ont des stations bien définies : Cirsium eriophorum, C. decus- 
satum, C. erisithales, Carduus alpestris, rochers et rocailles ; Cirsium pauciflorum, 
lieux humides ; Carduus personata, bord des torrents. 



— 92 — 

Vers 1,400 à 1,500 mètres, les dauphinelles (Delphinium alpinum), 
les ancolies (Aquilcgia alpina), les trolles, commencent à abonder. 
Les grandes violettes, les gentianes, annoncent le voisinage des prai- 
ries alpines. 

La limite entre la zone du hêtre et la zone du sapin est rarement 
nette. Ces deux arbres se rencontrent fréquemment mêlés, du haut 
en bas des pentes boisées. Souvent le sapin manque complètement, 
sauf dans la zone la plus élevée où la forêt commence à s'éclaircir. 
D'une façon générale, le sapin paraît prédominer sur le versant N. 
des Karpates. Notre carte botanique et forestière met nettement ce 
fait en évidence. 

Il est probable que l'extension du sapin a dû être jadis beaucoup 
plus considérable. Le hêtre est visiblement en progrès. Partout où 
il réussit à s'établir, le sapin est destiné à disparaître. L'épicéa, sur- 
tout, est atteint de maladies qui respectent davantage le hêtre. De 
gros champignons ligneux forment des saillies sur les troncs, des 
lichens blanchâtres (Usnea longissima) pendent en touffes épaisses 
des branches à demi-mortes. On peut voir, en quelque sorte, sous 
ses yeux s'opérer l'étouffement du sapin par le hêtre. Là, c'est un 
jeune hêtre qui commence à pousser entre deux sapins élevés. Plus 
loin, un autre, plus avancé, a dressé sa haute colonne au milieu d'un 
bouquet de conifères ; ses branches vigoureuses s'étalent tout autour, 
pénètrent le feuillage déjà décoloré des sapins, les dépassent, les 
enserrent, tandis que ses racines noueuses, qu'on voit saillir du sol, 
viennent s'enlacer à celles des arbres voisins et leur disputer la terre 
nourricière. 

Il n'est pas impossible qu'on ait là un phénomène naturel ; mais 
l'homme a certainement contribué pour beaucoup au recul des coni- 
fères. La hache imprudente du paysan roumain abat, de préférence, 
le moliv au tronc robuste, aux branches résineuses, qui crépitent 
toutes vertes dans les grands feux allumés à la hâte. Les montagnes 
les plus sauvages, les moins habitées en été, sont aussi presque tou- 
jours celles où la forêt de sapin est la plus belle et la plus étendue. 
Là où le sapin n'existe en abondance que dans la partie la plus élevée 
de la zone subalpine, comme, par exemple, dans la chaîne du Cozia, 
dans les monts du Buzeu, sur les pentes méridionales des monts du 
Lotru, les bergeries, qui sont toujours établies à la limite de la forêt 
et des hauts pâturages, sont un agent de destruction qui peut faire 
disparaître complètement les conifères. On trouve, sur le versant S. 



— 93 — 

du Paringu, sur le flanc E. de la chaîne du Godeanu, dans les monts 
de la Cerna, de vastes étendues où la forêt est exclusivement formée 
de hêtres, jusqu'à la limite supérieure des arbres. La haute vallée 
de Capra, dans les monts de Fogarash (sources de i'Arges), a comme 
derniers représentants de la végétation arborescente, des érables faux- 
platane et des aulnes. 

L'exposition, le caractère du relief, le voisinage plus ou moins 
grand des bergeries contribuent donc à donner à la forêt des carac- 
tères différents. Les plantes herbacées de cette zone ne sont pas 
indifférentes à la nature du sol ; les massifs de calcaire secondaire et 
les grès du flysch ont une flore beaucoup plus riche que les régions 
cristallines 1 . Les pentes de Piatra Craiului, les prés-bois du massif 
du Csukas, les vallées du Bucegiu, sont de vrais édens pour le bota- 
niste. Les stations sont là plus distinctes que partout ailleurs, plus 
riches en espèces et en individus 2 . A Piatra Craiului, dans les gorges 
des torrents, l'abondance des valérianes est étonnante. Les campa- 
nules karpatiques forment de vrais buissons le long de l'eau ; les 
caltha et les séneçons constituent un tapis épais ; à l'ombre des blocs 
rocheux, pousse une saxifrage à fleurs blanches tachées de rouge 
(Saœ. cuneifolia), que remplace une autre espèce, du côté exposé 
au soleil (Sax. cochlearis) 3 . 

II 

La hauteur à laquelle finit la forêt est très variable. Parement la 
limite est nettement tranchée, comme on le voit sur le versant S. du 
Paringu, au Molidvis, et dans certains points des montagnes de la 
Cerna. Le plus souvent, la forêt s'égrène peu à peu, en passant par 
une série de formations curieuses, qui occupent une zone d'une lar- 
geur moyenne de 200 mètres en altitude. C'est notre zone alpine 
inférieure, allant en moyenne de 1,700 à 1,900 mètres. L'étude de 
cette zone offre le plus grand intérêt, et il serait désirable qu'elle 
fût accompagnée d'observations météorologiques; nous ne connais- 
sons malheureusement aucun essai de ce genre, même pour les Alpes 
et les Pyrénées. 

1. Noté par Kotsghy. Beitroge zur Kenntniss des Alpenlandes in Siebenburgen, 
Verh. Zool. Botan. Vereins, Wien, III, 1853. 

2. Pax (Grundzûge, p. 132) remarque que sur les pentes rocheuses ensoleillées 
on retrouve des espèces de la région des collines, à l'ombre des plantes alpines. 

3. Kotsghy, loc. cit. 



— 94 — 

On a remarqué avec raison que l'expression : limite de la forêt, 
était une véritable abstraction, et Ton a proposé de distinguer la 
limite de la forêt dense, ou limite principale (Hauptwaldgrenze), et 
la limite des arbres isolés, ou limite supérieure 1 . Faute de faire 
cette distinction, on s'expose à comparer des données se rapportant 
à des faits différents. 

Pendant près de six mois de recherches actives dans les Karpates 
valaques, nous avons fait de nombreuses mesures d'altitude se rap- 
portant à la limite inférieure. La hauteur moyenne qu'elles nous 
donnent est de 1,605 mètres. Ce chiffre est inférieur de 500 mètres 
à celui qui est admis en général pour les Alpes 2 ; il n'est pas loin 
de celui que Drude trouvait pour les Karpates septentrionales (Haute 
Taîtra), mais s'écarte notamment des chiffres donnés jusqu'à présent 
pour les Karpates méridionales 3 . 

Il est juste de remarquer qu'on doit distinguer entre les forêts de 
conifères et celles exclusivement formées de hêtres. Dans ce dernier 
cas, la limite peut s'abaisser à 1,200 ou 1,300 mètres et ne monte 
guère au-dessus de 1,500 mètres. La moyenne de la limite de la 
forêt de hêtres est de 1,447 mètres, celle de la forêt de sapins est de 
1,650 mètres. C'est encore 150 mètres plus bas que le chiffre donné 
jusqu'à présent. Cette différence peut s'expliquer par le fait que la 
plupart des auteurs ont étudié la limite de la forêt sur le versant N., 
ou l'ont calculée d'après la carte autrichienne, au 75,000 e , qui ne 
figure, à la fois, la limite des arbres et les courbes hypsométriques 
de 100 en 100 mètres, que sur le versant hongrois. La plupart de nos 
mesures se rapportent, au contraire, au versant S. 

Ce serait donc sur le versant S. que la limite de la forêt serait la 
plus basse dans les Karpates valaques, contrairement à ce que l'on 
constate généralement dans les hautes montagnes de la zone tem- 
pérée. Cette anomalie est, en effet, la règle, toutes nos observations 
le prouvent, et nous avons pu la mettre facilement en évidence, en 
calculant la limite de la forêt pour les huit expositions principales 
(v. fig. 18). 

1. Drude. Die Yegetationsregionen der N. Zentralkarpaten, Pet. Mitt., 1894, 
pp. 175 et sqq. 

2. Drude. Manuel de Géographie des Plantes, tr. Poiraut. Dans l'Ortler la limite 
de la forêt serait en moyenne de 2,100 mètres (Fritsch. Hôhengrenzen in Ortler 
Alpen Dis. Leipzig). 

3. Drude. Atlas der Pflanzengeographie {Berghaus Physikalischer Allas). — 
Lehmann. Die Sûdkarpaten, loc. cit. Das Kônigreich Rumanien. — Vasilescu, 
op. cit. — Pax. Grundzûge, p. 125. 



— 95 — 



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1500 



Figure 19. — Limite de la forêt clans les 
Karpates valaques, suivant l'exposition. 



On trouve que ce sont les versants tournés vers le S. et l'E. qui 
présentent, en général, la 
limite la plus basse. Il y 
a là une preuve évidente 
que la température et l'in- 
solation sont loin d'être 
les facteurs les plus impor- 
tants de la végétation. Les 
études sur la limite po- 
laire des arbres l'ont déjà 
montré \ mais il ne semble 
pas qu'on en ait jusqu'à 
présent tenu assez compte 
dans l'interprétation des zones de végétation en montagne. 

Si l'on se rappelle que les vents pluvieux, en Yalachie, sont ceux 
venant de l'E. et du S., et que les pentes montagneuses les plus 
arrosées sont celles qui sont exposées à ces vents, on aura déjà une 
première raison qui explique l'anomalie constatée. Toutes clioses 
égales d'ailleurs, ce sont les massifs les plus pluvieux où la limite 
des arbres est le plus basse. Dans les monts de la Cerna, elle descend 
à 1,490 mètres, alors qu'elle s'élève à 1,690 dans le Paringu, 1,630 
dans les monts du Lotru, 1,620 dans les Fogarash. Il est intéressant 
de constater que cet abaissement est en relation avec celui de la 
limite des neiges éternelles pendant la période glaciaire (v. chap. V). 
On n'a peut-être jamais songé à remarquer que la limite moyenne 
de la forêt, dans les Alpes, semble coïncider avec la zone où les 
précipitations atteignent leur maximum. D'après les calculs que 
nous avons établis (v. chap. YI), il en serait de même pour les Kar- 
pates. La zone des précipitations maxima étant plus basse sur les 
versants exposés aux vents pluvieux, la limite de la forêt subirait 
le même abaissement. Des observations précises nous seraient utiles 
pour préciser ces relations. 

Il y aurait intérêt aussi à étudier la vitesse moyenne du vent. 
C'est un facteur de la limite des arbres dont toute l'importance a été 
montrée dans les contrées circumpolaires, et dont le rôle est consi- 
dérable en montagne. Les vents dominants étant, en Yalachie, des 

1. Kïhlmann. Pflanzenbiologische Studien aus Russisch-Lappland, Helsingfors, 
1890, cité et analysé par Schimper. Pflanzengeographie auf physiologischer Grund- 
lage, Iena, 1898. 



— 96 — 

vents d'E., on ne saurait s'étonner que les versants balayés par ces 
vents offrent des conditions d'existence moins favorables à la végé- 
tation arborescente, et que la limite de la forêt y descende plus bas 
qu'ailleurs. 

Bien d'autres circonstances influent sur la hauteur de la limite 
des forêts, comme on l'a déjà remarqué dans les Alpes 1 ; elle est, 
en général, plus basse dans le fond des vallées que sur leurs flancs et 
sur les arêtes qui les séparent. Le voisinage des bergeries fait aussi 
presque toujours faire un crochet à la ligne sinueuse et sombre qui, 
de loin, marque le commencement des pâturages alpins. Mais, même 
en mettant à part tous les cas particuliers où la limite de la forêt 
subit un abaissement local, on trouve une moyenne qui peut paraître 
plus basse qu'on ne serait porté à s'y attendre. Drude avait déjà 
fait pareille constatation pour les Karpates septentrionales, sans en 
trouver une explication satisfaisante 2 . 

Il semble bien qu'on doive la chercher dans la répartition de 
l'humidité et des vents. La zone des précipitations maxima est, en 
effet, nous l'avons vu dans les Karpates comme dans les Alpes, à peu 
près à la même hauteur que celle de la limite de la forêt. La zone 
du vent maximum doit avoir aussi une action notable ; or, ce sont 
les crêtes qui sont toujours souffletées par les vents, de quelque 
direction qu'ils viennent, tandis que les pentes inférieures sont 
abritées au moins d'un côté. A partir de 1,000 a 1,200 mètres, dans 
les montagnes moyennes, il n'existe à peu près aucun sommet qui 
soit couvert d'arbres. Ainsi, toutes choses égales, d'ailleurs, les plus 
hautes montagnes doivent être celles où la limite de la forêt est, en 
moyenne, la plus haute. Cette loi explique une foule d'anomalies 
dans les Karpates et se vérifie dans toute l'Europe. Les Karpates 
valaques sont bien à leur place dans la série formée par les Alpes, 
avec des altitudes dépassant fréquemment 4,000 mètres et une limite 
moyenne de la forêt de 2,000 à 2,100 mètres, le Plateau Central, avec 
des altitudes de 1,800 mètres et une limite de la forêt de 1,400 mètres 
environ, les Yosges, avec des altitudes de 1,300 mètres et une limite 
de la forêt voisine de 1,000 mètres, etc. 

Ces quelques indications suffiront peut-être à montrer quel intérêt 
présenterait une étude climatologique de la limite de la forêt. 

1. G. Bonnier. Etudes sur la végétation de la vallée de Chamounix, Rev. gén. de 
Botanique, I, 1899. 

2. Drude. Vegetationsregionen der Nôrdl. Zentral Karpaten, loc. cil. 



E. de Martonne. La Valachie 



Planche D 




vu. - Limite de la Forêt de Sapins à Balota 
(Monts du Lotru) 




i'.iolotypie A. Boryer 



Vin. - Vallée du Sireu. (Monts du Bu-ru i. Dévastation de la forêt. 
Au fond Fetele Sireului, escarpements de Flysh cénomanien. 



— 97 — 

La zone qui s'étend au-dessus de la forêt dense est, sans conteste, 
ce que la végétation des hautes montagnes offre de plus curieux. La 
transition des formations arborescentes aux formations herbacées, 
qui, seules, peuplent les sommets, s'y fait par une série d'étapes, où 
se manifeste la souplesse du végétal pour s'adapter aux conditions 
les plus défavorables. 

Quand c'est le hêtre qui forme entièrement la forêt, la limite est 
généralement très tranchée ; la zone de transition n'est formée que 
par quelques grands arbres isolés sur les pentes gazonnées, aux 
branches mutilées par le vent et la foudre, à l'aspect contourné. 
Dans ce cas, la limite de la, forêt et la limite des arbres sont très 
rapprochées et toutes les deux très basses (flanc S. du Paringu, 
Csukas, monts de la Cerna, Frumoasa, Bou, etc.). 

Earement on voit le hêtre essayer de s'adapter, en modifiant son 
port et sa stature, aux conditions climatiques, qui prévalent à partir 
de 1,400 mètres. Mais il montre alors une souplesse que le sapin et 
le pin atteignent à peine. Tantôt il forme des buissons hauts de 
1 à 2 mètres, dominés par quelques arbres élancés, tantôt il s'ac- 
croupit sur les pentes raides, cramponné, dans les éboulis, avec des 
branches couchées sur le sol, comme celles du pin de montagne, 
formant un tapis d'où surgissent des arbres rabougris, souvent déca- 
pités, d'aspect fantastique. Ce type de limite des arbres, si commun 
dans les Yosges, dans le Plateau Central (Cantal) est rare dans les 
Karpates ; nous ne le connaissons que dans les montagnes de la Cerna 
(Scârisoara, Bulzu) 1 . 

La forêt de sapins ne finit jamais brusquement, comme la forêt de 
hêtres. Le plus souvent, on voit des vides se produire qui s'élargissent 
de plus en plus. La forêt se résoud en des bouquets de sapins dissé- 
minés au milieu d'une sorte de maquis, formé par le pin de mon- 
tagne (Pinus Mughus), aux branches couchées sur le sol, ou par le 
genévrier nain (Juniperus nana). Peu à peu, les bouquets de sapins 
deviennent plus maigres, plus clairsemés, les arbres plus chétifs, 
avec les branches toutes tournées vers la montagne. Enfin, le tapis 
de pins et de genévriers subsiste seul. Cette zone peut atteindre 
200 mètres et plus de largeur (Fogarash : Piscu Negru, Jeseru; 
Bucegiu : Sfîntu Ilie ; Paringu, etc., etc.). 

1. Ce type existerait aussi dans les Karpates septentrionales (Fatra). — Pax. 
Grundzuge, p. 124. 

7 



— 98 — 

Une formation plus curieuse et plus rare est celle où le tapis de 
pins ou de genévriers manque. Là, c'est le sapin qui devient buis- 
sonnant. Avec leurs branches étalées sur le sol, leur forme régulière 
de cône aplati, ces arbres étiolés semblent avoir été taillés par le 
caprice de quelque jardinier fantasque. Tantôt mêlés au genévrier 
nain, ils forment un tapis d'où surgissent des arbres isolés, aux 
branches mutilées, toutes tournées vers la montagne (Monts du 
Lotru : Balota, v. pi. D). Tantôt ils s'avancent seuls, piquant de 
taches sombres les pentes gazonnées (monts du Lotru : Mâinileasa). 
Cette formation s'étend sur une zone généralement moins large que 
la précédente de 100 à 150 mètres. 

Un type curieux de la limite des arbres est celui où les aulnes 
buissonnants, avec leurs branches couchées sur le sol, forment des 
fourrés aussi impénétrables que ceux du Pinus mughus, et d'où 
s'élèvent quelques sapins isolés. Nous l'avons rencontré dans les 
cirques les plus sauvages (Paringu Câldarea lui Ferdinand) et dans 
les monts de la Cerna (Stâna mare). 

La végétation herbacée est rare dans la zone de la limite de la 
forêt. Les buissons couvrent souvent le sol d'un tapis continu. Le 
gazon, sur les espaces libres, est formé de graminées (Poa ovina, 
P. disticha, etc.), au milieu desquelles apparaissent déjà quelques 
plantes alpines aux fleurs éclatantes, aux tiges courtes, aux feuilles 
charnues, aux longues racines; des primevères (Primula longiflora), 
des clochettes aux fleurs violettes (Scilla bifolia), des campanules, 
des anémones... 

Au-dessus des derniers sapins, le tapis de pins couchés et de 
genévriers nains s'étale sur les pentes rocailleuses, parfois jusqu'à 
2,000 mètres et plus. Dans les Alpes, le Pinus mughus préfère les 
sommets calcaires; dans les Karpates, on n'observe rien de pareil. 
Parfois il est mêlé au genévrier, dont la teinte gris argenté tranche 
sur les touffes, d'un vert plus sombre, du pin. 

III 

La région alpine proprement dite est celle qui s'étend à partir de 
2,000 mètres au-dessus des derniers fourrés épais. Le rhododendron 
(Rh. myrtiiolium) et quelques bruyères délicates (BrucJcenthalia 
spiculif olia) y sont les seuls représentants de la végétation ligneuse. 
On les trouve presque jusqu'aux plus hauts sommets, cramponnés 
sur les pentes d'éboulis les plus raides, accrochés aux parois rocheuses 
les plus escarpées et les plus nues. 



— 99 — 

Là où le sol n'a pas été remanié depuis plusieurs années, la végé- 
tation herbacée s'installe. Ce sont des prairies formées de diverses 
graminées alpestres (Phleum alpinum, Poa alpina, P. hybrida, 
y ardus stricta), semées, à la fin du printemps, de milliers de fleurs 
éclatantes. Il faut avoir parcouru les sommets des Karpates, au mois 
de juin, pour savoir quel spectacle merveilleux offrent ces prairies, 
que le botaniste Kotschy déclarait plus riches que les plus belles 
prairies alpines l . La neige n'a pas achevé complètement de fondre, 
que déjà surgit toute une floraison, où dominent le blanc des ané- 
mones, des renoncules alpestres, le bleu et le violet rose des crocus, 
des petites primevères, des violettes alpines, des silènes et des gen- 
tianes 2 . Deux ou trois semaines plus tard, succèdent des couleurs 
plus intenses : renoncules dorées, ancolies, pavots, violettes aux larges 
fleurs jaunes ou rouges 3 . 

Les pentes rocheuses et les éboulis récents ont une végétation spé- 
ciale de saxifrages, androsace, et de petits saules nains (Salix retusa), 
auxquels se mêlent les belles fleurs pourpre du Sedum carpathicum 
et les grandes inflorescences blanches du Sedum maximum 4 . 

Les fonds de cirque marécageux et tourbeux sont la station pré- 
férée de divers petits saules, des airelles (Yaccinium Myrtillus, 
V. salix), des azalées (Azalea Bruchenthalia) et des carex, qui 
forment des prairies où le pied enfonce. 

Les sommets calcaires sont, là encore, plus riches que les régions 
cristallines. Sur les escarpements de Piatra Craiului et du Bucegiu, 
on trouve en foule les œillets rouges. UEritrichium Hocquetii couvre 
des mètres carrés de ses belles fleurs bleues. Des draba, des renon- 
cules pendent partout des crevasses des rochers. Les fentes irrégu- 
lières des lapiez, où s'amasse la terre noire, riche en acide humique, 
abritent une végétation spéciale de saxifrages, de cerastium, de 
renoncules, de gentianes, de centaurées 5 . D'après Grecescu, on 
compte 142 espèces alpines spéciales au Bucegiu 6 . 

1. Kotschy. Beitràge zur Kenntniss des Alpenlandes in Siebenbùrgen, loc. cit. 

2. Anémone alla, B Ipestris. crenatus, Crocus hanaticus 
très caractéristique. Primula minima. Viola alpina. silène acaulis. divarica, pu- 
milio, Gentiana excisa, orbicularis, œstiva, Grecescu, p. 717. 

3. Ranunculus scutatus, montanus, aureus, Aquilegia transsylianica, Papaver 

>la biflora. Grecescu, p. 717. 

4. Grecescu. p. 715. — Pax. Grundzûge, p. 131. 

5. Kotschy. loc. cit. 

G. Grecescu. pp. 722-723. 



— 100 — 

On pourrait peut-être réclamer une place à part, dans la zone 
alpine, pour la région qui s'étend au-dessus des derniers rhododen- 
drons, et où, près des flaques de neige fraîchement fondues, à l'abri 
des rocs les plus élevés, poussent et fleurissent, en juillet, les derniers 
phanérogames : œillets, gentianes, primevères, violettes, saxifrages, 
aux fleurs éclatantes, et l'edelweiss, qu'on appelle, dans le Bucegiu, 
la fleur de la reine (ûoara reginei). Les rochers nus sont préparés 
pour ces plantes par des lichens et des mousses, qui manquent rare- 
ment à l'ombre et près des flaques de neige. 

Toute cette belle végétation alpine ne pare les Karpates que pen- 
dant un ou deux mois à peine ; les fleurs sont presque toutes flétries 
à la fin de juillet ; en août, l'herbe desséchée forme un tapis glissant, 
dangereux sur les pentes raides. On ne saurait rien imaginer de plus 
triste et de plus monotone que les sommets nus et chauves de ces 
montagnes. C'est un monde vraiment à part et qui ne ressemble ni 
aux Alpes, ni aux Pyrénées, ni au Jura. Toute vie semble avoir 
disparu. Les dernières bergeries sont près de la limite de la forêt, les 
troupeaux de moutons paissent dans les cirques, rien n'anime les 
sommets, que le vol d'un vautour planant au-dessus des vallées, ou 
les bonds du chamois sautant, sur les crêtes, de rocher en rocher. 

Le botaniste, qui veut faire sur ces sommets une excursion fruc- 
tueuse, doit y monter sans craindre les orages si fréquents à la fin 
du printemps, avant la disparition des dernières flaques de neige. 
Il trouvera d'ailleurs ample matière à des observations intéressantes. 
L'étude de la flore alpine des Karpates, au point de vue systématique, 
semble promettre des résultats intéressants par la comparaison avec 
les montagnes voisines. 

D'après les recherches de Pax, les espèces endémiques seraient 
nombreuses, en général, dans les Karpates l ; les campanules, les 
draba, les pedicularis se distingueraient par des formes apparentées 
aux formes répandues dans les montagnes de la péninsule balka- 
nique. La flore des Karpates valaques a les plus grandes affinités 
avec celle des Karpates septentrionales, mais elle en diffère par un 
grand nombre d'espèces communes avec les Balkans, tandis que dans 
la Tatra et les massifs voisins, on rencontre plus d'espèces communes 
avec les Sudètes 2 . 

1. Pax. Grundzuge der Pflanzcnverbreitung in den Karpaten. — Grecescu, op. 
cit., compte sur 303 espèces alpines roumaines, 95 espèces endémiques, soit 31 %. 

2. D'après Grecescu, op. cit., p. 723, les espèces alpines suivantes sont com- 
munes avec les Balkans : nanunculus crenaius, Potentilla Haynaldiana, P. chryso- 
craspida, Hieracium petrœum, Gentiana bulgarica, Poa arsina, Sesleiia cœrulans. 



— 101 — 

Un fait curieux, mis en lumière par Pax, est que les grandes 
Coupures transversales, telles que les vallées de l'Oltu et du Jiu, 
représentent des lignes de végétation de premier ordre, car elles 
forment la limite d'un grand nombre d'espèces l . On peut peut-être 
voir là une preuve de l'ancienneté relative de vallées comme celle 
de l'Oltu, et de leur existence avant la période glaciaire, au moins 
sous la forme de dépression profonde traversant toute la chaîne. 

IV 

Il est regrettable que les recherches sur la faune ne soient pas 
poussées assez loin pour voir si certains groupes ne prêteraient pas 
à de semblables remarques. Les insectes, notamment, pourraient 
offrir des particularités intéressantes. 

Le seul fait à retenir des études parues jusqu'à présent est que les 
espèces de papillons spéciales à la montagne descendent plus bas que 
dans des pays situés plus au N. 2 . Il y a là une conséquence de la 
dépression signalée pour toutes les limites d'altitude de la végéta- 
tion. 

La faune des Karpates n'a guère, jusqu'à présent, attiré l'attention 
du zoologue. Ce que l'on en peut dire est tiré de l'expérience quoti- 
dienne du berger montagnard et des observations qu'on peut faire 
lorsqu'on séjourne assez longtemps sur les hauts sommets. 

Il n'est pas rare de rencontrer encore à la fin de l'été quelques 
paysans qui parcourent la montagne le fusil sur l'épaule et le filet 
ou la nasse dans un saie, couchant dans les bergeries abandonnées, 
chassant le chamois, et péchant les truites dans les torrents. En fait, 
les eaux de montagne sont presque partout assez poissonneuses. On 
trouve des truites même dans des lacs très élevés, sans qu'on puisse 
bien s'expliquer comment elles ont pu remonter jusque-là (Lacul 
Gâlcescu, 1,913 mètres, dans le Paringu). Le chamois devient de 
plus en plus rare, et ce n'est que dans les cirques les plus sauvages 
des monts de Fogarash et du Paringu qu'on peut encore espérer voir 
des troupes de ces gracieux animaux. « Il a vu la chèvre noire » 
(capra neagra), est un dicton populaire qui signifie qu'on a vu 
quelque chose d'extraordinaire. 

1. Ainsi Primula clusiana, Gentiana orbicularis , Onobrychus transsylvanica, etc. 
ne dépassent pas à l'O. l'Oltu, qui forme d'autre part la limite E. de Campanula 

ekii, Galium Kitaibelianum, etc. — Pax. Grundzuge, p. 193. 

2. Caradja. Zusammenstellung der bisher in Rumànien beobachteten Macrolepi- 
dopteren, Iris, 1899, cité par Ed. Fleck. Die Macrolepidopteren Rumâniens, Bul. 
Soc. Se. Bue, VIII. 1899, p. 682. 



— 102 — 

Un animal moins mystérieux, mais qu'il est cependant rare de 
rencontrer, est le porc sauvage, qui vit en troupes dans la forêt, et, 
après le départ des bergers, s'abat aux alentours des Stâne, remuant 
la terre avec tant de furie qu'on croirait voir narfois un cbamp 
labouré. C'est aussi dans la forêt qu'habitent les loups qui, l'hiver, 
descendent vers la plaine par bandes, et, l'été, viennent rôder autour 
des bergeries, jusque dans les cirques les plus élevés. On en a moins 
peur que de l'ours, hôte des cavernes, qui devient de plus en plus 
rare, mais qui, dans les massifs élevés, est encore un fléau pour les 
Stâne. Lorsqu'on campe dans un cirque, un grand feu allumé la nuit, 
des coups de pistolet, tirés avant de se coucher, sont des précau- 
tions utiles. La bête n'est pas, d'ailleurs, en général, aggressive pour 
l'homme, sauf lorsqu'elle tient une proie. 

Le monde des oiseaux est nombreux et varié en montagne. Les 
chasseurs recherchent la gelinotte, qui vit avec le coq de bruyère 
dans les bois de sapins, et le coq de montagne (Tétras urogallus), 
dont le vol lourd s'élève parfois à l'improviste d'une touffe d'arbres 
rabougris, à la limite de la forêt. Les grands carnassiers sont ici 
dans leur domaine. Nombreuses sont les espèces d'aigles et de vau- 
tours. On trouve à la fois l'aigle impérial (Aquila imperialis) et 
l'aigle penné (Aq. pennata), le vautour fauve (Vultur fulvus) et le 
vautour ermite (V. monachus) 1 . 

Ces indications et d'autres semblables, qu'il serait facile de multi- 
plier, suffisent pour donner une idée de la physionomie du monde 
animal ; elles ne peuvent satisfaire celui qui voudrait savoir quelle 
peut être son originalité dans les Karpates valaques. 

L'étude du climat, de la flore et surtout de la faune, réserve sans 
doute encore plus d'une surprise. Ce qu'on en sait permet cependant 
de présenter un tableau d'ensemble de ce monde plus sauvage, malgré 
son altitude relativement peu élevée, que la plus grande partie des 
Alpes. Malgré sa sauvagerie, il n'est pas aussi abandonné par l'homme 
qu'on pourrait le croire. Il est certaines vallées où la population est 
aussi dense que dans la plaine la plus fertile ; sur les sommets cou- 
verts d'herbe, les clochettes des moutons résonnent, et le toit des 
stîne fume pendant plusieurs mois à la limite de la forêt. 

Comment l'homme a-t-il su s'adapter aux exigences d'une nature 
farouche et capricieuse, c'est ce que nous devons maintenant exa- 
miner. 

1. Collection du Musée zoologique de Bucarest. 



E. de Martonne. — La Valachie. 



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CHAPITRE VIII 

La vie humaine dans les Karpates valaques. 



I. Les habitations permanentes. — II. La vie pastorale : l'habitation. — III. La 
vie pastorale : les bergers. — IV. La vie pastorale : la transhumance. 



Malgré leur élévation relativement peu considérable, les Karpates 
sont, parmi les hautes montagnes, les moins peuplées d'Europe. La 
densité moyenne de la population est, pour le versant valaque, de 
moins de 5 habitants par kilomètre carré. La limite supérieure des 
habitations permanentes y est sensiblement plus basse que dans les 
Alpes. Le village de Predeal, dont les coquettes villas s'étagent sur 
les pentes verdoyantes qui dominent la gare, située à 1,040 mètres, 
est un centre de formation artificielle. C'est une station d'été, la plus 
élevée de la célèbre vallée de Prahova, où se rencontrent, à la fron- 
tière, Valaques et Transylvains, où l'allemand et le hongrois sont 
aussi parlés que le roumain. Sinaïa, avec les villages, de jour en jour 
plus importants de Busteni et Azuga, sont les seuls centres qui se 
trouvent au-dessus de 800 mètres. On en compte à peine deux ou 
trois au-dessus de 700 mètres. 

Si l'on calcule la densité de la population par zones altimétriques, 
à partir de 200 mètres, on peut, en portant les chiffres de densité et 
de population en abscisses et en ordonnées, obtenir une courbe qui 
montre la progression du dépeuplement avec l'élévation du relief 
(fig. 20). 



1000 




— 104 — 

Cette figure donne une idée plus exacte de la réalité, qu'une 
évaluation, difficile à rendre précise, de la limite supérieure des 
hameaux. lia courbe, venant mourir en biseau entre 1,000 et 
1,200 mètres, indique, d'une façon suffisante, la limite moyenne 
des habitations permanentes isolées 1 . 

Pour la géographie humaine, 
comme pour la géographie phy- 
sique, la montagne est le monde 
des contrastes violents. Nulle part 
la répartition de la population 
n'est plus inégale. Dans les Kar- 
pates, elle est presque entièrement 
concentrée dans les vallées ; cer- 
tains de ces couloirs profonds sont 
de véritables fourmilières. La den- 
sité de la population s'élève à 
133 habitants par kilomètre carré, 
dans la vallée du Buzeu, à 161 
dans la vallée de Prahova. 
Si la densité moyenne des Karpates est assez faible, c'est que les 
vallées peuplées sont peu nombreuses. On ne peut douter que la 
raison en doive être cherchée dans la structure physique de ces mon- 
tagnes, où les vallées sont presque toutes transversales. Ce sont 
leurs belles vallées longitudinales qui font la richesse relative des 
Alpes ; la population s'y est portée dès longtemps et s'y est déve- 
loppée comme dans un monde à part. Dans les Karpates, rien de 
pareil : la sauvage gorge où la Cerna se précipite entre des récifs 
calcaires, la vallée un peu plus large du Lotru, où 2,000 habitants 
se groupent en 3 ou 4 hameaux, ne peuvent être comparées à des 
régions telles que le Graisivaudan, la Yalteline, les Grisons, le 
Pinzgau. Ce n'est qu'à partir des monts du Buzeu, que les plissements 
réguliers du flysch amènent la formation de vallées longitudinales 
toiles que la Bîsca, qui, jusqu'à Gura Teghi, abrite plus de 130 habi- 
tants par kilomètre carré. 



Figure 20. — Courbe représentative 
de la diminution de la population 
avec les altitudes croissantes. 



1. Voici les chiffres de densité obtenus pour les diverses zones : au-dessous de 
200 mètres, 55 ; 200 à 300, 55,6 ; 300 à 500, 52,9 ; 500 à 700, 40.7 ; 700 à 1,000, 2 ; 
1,000 à 1,500, 1. 



— 105 — 

Les vallées surpeuplées, dans les Karpates valaques, sont au 
nombre de deux ou trois seulement ; ce sont des vallées transver- 
sales, qui doivent leur richesse relative à des circonstances phy- 
siques ou économiques toutes particulières. On n'en trouve aucune 
dans la région cristalline, qui s'étend de la Jalomi^a aux Portes de 
Fer. Là, toutes les vallées sont plus ou moins semblables à celle du 
Jiu, étroite gorge, où, malgré une route construite à grands frais, 
les postes de cantonniers sont, avec le monastère de Lainici, les 
seules habitations permanentes. 

L'Oltu fait exception à la règle, mais la section de sa vallée où 
s'alignent les villages, entre les deux étranglements de la Tour 
Rouge et de Cozia, fait, en réalité, partie d'un bassin sédimentaire, 
zone d'affaissement très ancienne. C'est le bassin crétacé et tertiaire 
de Brezoiu-Titesti, dont nous avons reconnu l'importance dans l'his- 
toire de la chaîne karpatique. Dans les grès sénoniens et éocènes, 
l'érosion a élargi la vallée, sculpté une foule de ravins ; des ter- 
rasses dans le roc, surmontées de cailloutis et de limon loessoïde, 
témoignent d'arrêts dans le creusement. C'est sur ces terrasses que 
sont presque invariablement établis les villages. Toujours plus déve- 
loppées au débouché des vallées latérales, elles semblent n'être pas 
autre chose que des cônes de déjection recoupés et entaillés jusqu'à 
leur soubassement par une érosion plus active l . On conçoit aisément 
pourquoi les établissements humains préfèrent cette situation à toute 
autre. Elle offre les avantages des cônes de déjection, si recherchés, 
dans les Alpes, par les habitations (sol fertile, position à l'abri des 
inondations du fleuve principal), sans en avoir les inconvénients 2 . 
Les cônes de déjection actuels, où les débâcles sont encore à craindre, 
portent, eux aussi, quelques hameaux, mais les groupes les plus 
importants sont tous sur les terrasses limoneuses (Câineni, Crri- 
blesci, Robesci, Saràcinesci, Calinesci, etc.). 

La vallée de Prahova est encore une vallée transversale, mais, 
creusée le long de la grande faille du Bucegiu, elle offre une série 
d'étranglements, dans les grès marneux, et d'élargissements où 
s'étalent de larges terrasses diluviales. Ces terrasses, formées de 

1. E. de Martoxne. Recherches sur la période glaciaire dans les Karpates méri- 
dionales, Bull. Soc. Se. Bue, 1900, pp. 53-54. 

2. Voir Lôwl. Siedelungsarten in den Hochalpen, Forsch. z. D. Landes und 
Volkskunde, II, 1808. 



- 106 — 

cailloutis recouverts d'un limon moins fin que celui de la, vallée 
de l'Oltu, sont souvent, elles aussi, entaillées jusqu'à la roche en 
place, et portent, à peu près sans exception, tous les groupes d'habi- 
tations. 

Il y avait place, sur les bords du fleuve, pour des hameaux, jusqu'à 
une assez grande altitude, mais le rapide développement pris par 
des villages, comme Sinaïa, Busteni, Azuga, est de date récente, et 
ses causes ne sont pas d'ordre physique. On comprend l'engouement 
de la société élégante de Bucarest pour ces stations d'été, dominées 
par les cimes imposantes du Bucegiu, signalées par la présence du 
château royal de Carmen Sylva, et facilement accessibles, grâce à la 
grande ligne ferrée que suit l'Express-Orient. Il est plus curieux 
de constater que l'attention ait été, par suite, appelée sur les res- 
sources qu'offrent à l'industrie la force des cours d'eau de montagne. 
En quelques années on a vu naître, à Azuga, toute une petite ville : 
scieries mécaniques, fabriques de papier, de draps, de cuirs, de céra- 
mique, se groupant au confluent des deux torrents qui forment la 
Prahova, à une altitude de plus de 900 mètres 1 . Depuis un an, 
Sinaïa possède une usine électrique. La, haute Prahova devient ainsi 
le prolongement de la région industrielle de Câmpina. 

La vallée du Buzeu est encore une vallée transversale très peuplée, 
mais, c'est à sa nature physique qu'elle le doit. Sorte de golfe de la 
terrasse diluviale pénétrant à l'intérieur de la montagne, elle offre 
presque partout un fond large, plat, couvert de terrasses alluviales 
et de cônes de déjection qui s'étalent au débouché de chaque vallée 
latérale. C'est presque toujours sur ces cônes de déjection que sont 
établis les villages. Leur situation est malheureusement devenue 
assez précaire depuis que le déboisement a fait de grands progrès. 
On montre un hameau complètement enseveli, il y a quelques années, 
par une débâcle ; le clocher de l'église et les cimes de quelques arbres 
sont tout ce qui surgit du chaos de cailloux et de boue. 

A part ces trois vallées : Oltu, Prahova et Buzeu, les seuls villages 
qu'on trouve sont des hameaux dont les maisons s'égrènent sur les 
pentes dominant les dépressions subkarpatiques, ou encore des bour- 
gades souvent importantes, perdues au cœur de la montagne et 
nichées au fond d'un bassin d'effondrement, comme E-ucar et Podu 
Dâmbovi^ei, dans la région calcaire de la Dâmbovi^a. 

1. Voir Marele dictionar Geografic al României, publ., Soc. Géogr. Rom., article 
Azuga. 



E. de Martonnb. — La Valachie. 



Planche E. 




IX. — Stîna de Mohoru (Paringu) et ses bergers. 

Types de costumes de la région montagneuse. Coiffure des hommes pâlârla et câciula. 
Les deux premiers à partir de la gauche ont le cojoo. Le troisième, coiffé de la 
caciula, porte le pieptar. Tous ont le chimir et les opinci. — Les femmes mariées 
portent le conclu; les jeunes filles sont tête nue. Toutes les femmes portent Yopreg. 




X. — Stîna de Lespezile (Monts de Fogarash). 
Type de Stîna divisée en deux bâtiments, avec Yobor (enclos palissade). 



107 



II 



Généralement, lorsqu'on s'élève sur les crêtes qui dominent les 
vallées, on entre dans la solitude de la forêt, et ce n'est qu'après 
avoir gravi 700 à 800 mètres que les cabanes des pâtres se montrent 
sur les pentes découvertes. A peu près toute la population temporaire 
des Karpates est concentrée dans cette zone de transition entre la 
végétation arborescente et les prairies alpines. C'est là qu'on peut 
vraiment saisir ce que présente de plus particulier et de plus curieux 
la vie humaine adaptée aux conditions physiques de la montagne. 
Dans les habitations, dans le costume, dans la manière de vivre des 
paysans, qui se groupent en villages dans les vallées, on ne trouve 
aucune différence essentielle avec la région voisine des hautes col- 
lines; ici, au contraire, on sent dès l'abord qu'on entre dans un 
monde nouveau. 

Il faut atteindre, à la nuit tombante, un sommet assez élevé pour 
avoir une idée de la population relativement considérable qui, 
pendant les mois d'été, peuple ces hauteurs. Aussi loin que le regard 
peut s'étendre, partout, on voit, au-dessus de la ligne sombre de la 
forêt, s'allumer les feux, s'élever les fumées en colonnettes blan- 
châtres; des vallées voisines monte un bruit confus de clochettes, 
et, si l'on descend rapidement, on ne tardera pas à tomber au milieu 
d'un immense troupeau de moutons, que le cioban ramène à la stîna, 
escorté de deux ou trois chiens loups. 

L'approche de la stîna s'annonce par une odeur caractéristique 
et une boue infecte, dans laquelle, après la pluie, on enfonce à chaque 
pas jusqu'à la cheville. Bientôt des aboiements furieux se font en- 
tendre, et quatre ou cinq molosses se précipitent sur le visiteur ; de 
grands cris, quelques cailloux jetés à propos, quelques coups de pieds 
et de bâtons libéralement distribués par le berger, sorti au bruit, 
les renvoient hurlants et vite apaisés. 

La stîna, refuge des ciobani qui font paître les moutons, magasin 
et fabrique du fromage que confectionnent les baci, est loin d'avoir 
l'apparence de nos fromageries du Cantal ou du Jura. Le plus sou- 
vent, les murs sont constitués par des troncs d'arbres non équarris, 
disposés les uns au-dessus des autres, en s'appuyant sur les piliers 



— 108 — 

angulaires que forment des troncs d'arbres plus gros, plantés dans 
le sol. Le vent passe librement à travers les intervalles non bouchés. 
Parfois, il y a comme une sorte de soubassement en pierres sèches. 
Le toit, deux ou trois fois plus haut que les murs, est posé dessus 
comme un couvercle qui peut s'enlever et a la forme d'un bateau 
à carène droite, à avant et arrière plats. Il est en lattes de bois, clouées 
les unes sur les autres comme des ardoises (sindrele). On y laisse 
volontairement des trous, par où sort la fumée, mais qui livrent 
aussi souvent passage à la pluie et à la neige. 

A l'intérieur (v. fig. 21), de grosses poutres croisées supportent 
les crémaillères en bois, de forme bizarre, auxquelles on suspend les 
chaudrons servant à faire bouillir le lait. Des bancs, formés de troncs 
d'arbres ou de planches, courent tout autour des murs, à la fois 
table et lit. Des bâtons, fichés dans les intervalles des murs, sup- 




"mSm 



mm 




Figure 21. — Vue de l'intérieur d'une stîna (Cârbunele dans le Paringu). 
Dessin d'après nature. 



La vue est prise dans la chambre d'habitation. On voit sur les étagères, à gauche, 
diverses oale pots de terre, et une cofa broc en bois ; au fond, à droite, un plat 
cenac et une plo§ca (gourde en bois peinte); par terre, appuyée contre le mur, 
une albia, auge en bois. A droite un cojoc pend à un bâton, des sacs de maïs 
sont sur le banc. Au-dessus du foyer, la clldare suspendue à une crémaillère en 
bois de forme spéciale. Dans le fond, on voit la pièce où se fait la manipulation 
du fromage, avec son plancher grossier. 



— 109 — 

portent des sortes de petites étagères et servent de porte-manteaux. 

Le plus souvent, l'habitation est divisée en deux chambres, dont 
l'une, encombrée de baquets, de grandes jarres et de sacs de peau 
suspendus, d'où dégoutte le lait, est spécialement réservée aux mani- 
pulations délicates qu'exige la fabrication du fromage. On n'y fait 
jamais de feu. C'est dans l'autre pièce qu'on se tient d'habitude, et 
qu'on couche, étendu sur les bancs rembourrés par les cojocs, ou sur 
le sol, le dos tourné au feu, tandis que les chiens se cachent dans les 
coins; c'est là qu'on se rassemble tous les soirs, après la rentrée et 
la traite des brebis, autour d'un brasier gigantesque, où flambent 
deux sapins entiers, et d'où s'élève une fumée suffocante, pour 
prendre le frugal souper, deviser gaiement ou chanter quelque 
chanson qu'accompagne la flûte du pâtre. C'est là que, pendant la 
journée, tandis que les hommes et les jeunes gens gardent les trou- 
peaux dans les cirques et sur les cimes, les femmes, restées à la 
maison avec les petits enfants et quelque vieillard impotent, font 
cuire le lait dans les immenses chaudrons (cdldare) préparent la 
bouillie de maïs (mamaliga) et le fromage, frit avec du lard, qui 
forment la nourriture préférée des bergers. 

Les dépendances de la stîna sont : Yobor, sorte de parc, entouré 
d'une palissade formée d'arbres entiers, couchés et maintenus par 
des pieux, où l'on enferme les brebis pendant la nuit ; et la strunga, 
petite cabane où l'on fait la traite. Parfois, la strunga est annexée 
au bâtiment de la stîna (spécialement dans les monts du Buzeu) ; 
elle forme alors une sorte de vestibule entre la chambre d'habitation 
et la fromagerie. Le mur du fond est percé de deux ou trois portes 
basses à côté desquelles s'asseyent les bergers, saisissant au bond, 
d'une main ferme, les brebis qu'on rassemble par derrière et qui se 
pressent, sans pouvoir passer plus d'une à la fois. 

On observe d'ailleurs la plus grande variété dans les types de 
stîne, suivant le nombre de moutons qui s'y rassemblent, la richesse 
du propriétaire ou l'ancienneté de leur construction. Parfois la fro- 
magerie forme un bâtiment à part (spécialement monts de Foga- 
rash, v. planche E). Certaines stîne, récemment construites, ont 
remplacé les trous, percés dasns le toit pour laisser passer la fumée, 
par des sortes de lucarnes par où n'entre pas la neige. Mais, ce qu'on 
retrouve partout, c'est la construction en troncs d'arbres non équarris 
et le toit en lattes, sorte de couvercle qui s'enlève tout d'une pièce. 
Le toit est la pièce capitale dans la construction d'une stîna ; c'est 



— 110 — 

d'ailleurs la partie la plus solide ; souvent on le transporte, lorsqu'on 
veut changer légèrement l'emplacement de la bergerie, et il n'est 
pas rare de trouver des toitures plus ou moins éventrées, mais encore 
presque entières, gisant sur l'emplacement d'une stîna abandonnée 
dont les murs ont complètement disparu. 

Ce type d'habitation temporaire méritait d'être décrit en détail. 
11 caractérise un genre de vie plus particulièrement spécial à la race 
roumaine ; on le retrouve, avec les bergers roumains, dans toute la 
chaîne karpatique, jusqu'en Gralicie, et, dans la péninsule des 
Balkans, jusque dans le Pinde. 



III 



La stîna appartient généralement au propriétaire des brebis 
(stâpân) qui l'a construite. Elle représente une mise de fonds de 
100 à 200 francs, ce qui est une grosse somme pour un paysan. Les 
pâturages sont, le plus souvent, des biens communaux, mais on cite 
des montagnes qui appartiennent entièrement à telle famille prin- 
cière ; on les loue au bâciu moyennant une redevance en argent ou en 
nature. Le bàciu, chef de l'exploitation de la stîna, sorte de fermier, 
est parfois le propriétaire lui-même ; le plus souvent, c'est un paysan 
qui est payé, en moyenne, 40 francs pour tout l'été. Les bergers 
(ciobanï) qui sont sous ses ordres sont payés en nature à raison de 
2 brebis pour 100 têtes de bétail qui leur sont confiées. En général, 
un cioban a de 200 à 300 brebis à garder ; le prix d'une brebis est 
de 10 à 12 francs au printemps ; un bélier en vaut 15 à 20 1 . 

Suivant l'étendue et la bonté des pâturages qui en dépendent, la 
stîna peut grouper autour d'elle de 1,500 à 3,000 moutons ; elle peut 
avoir de 4 à 12 ciobani, sans compter le bâciu, les femmes et les 
petits enfants. 

Le costume de tous ces gens est celui des paysans transylvains 
pendant l'hiver : tunique de toile aux larges manches, serrée à la 
taille par la ceinture de cuir brodé (chimir) et retombant par-dessus 
le pantalon étroit de drap grossier blanc ; gilet en peau de mouton 
(pieptar), les poils tournés en dedans, la peau ornée de broderies 
rouges et noires parfois délicates (v. planche E). La ccïciula, sorte 

1. Toutes ces évaluations ont été recueillies dans le massif du Paringu. 



— 111 — 

de bonnet à poil de forme écrasée, et le cojoc, lourd manteau en peau 
de mouton, qu'on porte sur les épaules avec les manches pendantes, 
complètent cet ensemble et donnent au cioban, penché sur son bâton, 
un air étrange de bête. Les femmes, comme les hommes, portent le 
pieptar et le cojoc; Yopreg, double tablier pendant par devant et par 
derrière, par-dessus la chemise longue, remplace généralement la 
fôta, pièce d'étoffe enroulée et serrée à la taille par une ceinture, qui 
laisse moins de liberté aux mouvements. La chaussure est la même 
pour les deux sexes : simple feuille de cuir repliée, grossièrement 
cousue du côté des orteils, et fixée au pied par des courroies de cuir 
qui s'enroulent autour des chevilles. C'est Yopinca de la plaine, qu'on 
renforce seulement, parfois, d'une double feuille de cuir à l'endroit 
qui correspond à la semelle de nos souliers. La coiffure féminine 
varie davantage que celle de. l'homme ; c'est, tantôt le petit chapeau 
de feutre rond (palâria), tantôt une sorte de turban analogue au 
conclu, tantôt le simple fichu (tistimel) retombant sur les épaules. 

La vie du cioban est simple. Le matin, avant l'aube, il quitte sa 
place au coin du feu, mange, avec un oignon, une poignée de mama- 
liga froide, appelle ses chiens, et, rassemblant ses brebis, monte vers 
son pâturage. Toute la journée on le verra suivre les crêtes, d'où il 
surveille son troupeau, qui paît dans la haute vallée, dégringolant 
de rocher en rocher à la moindre alerte. Appuyé sur son bâton, enfoui 
sous son cojoc, la câciula tombant sur les yeux, il peut rester des 
heures sans bouger sous la pluie. Souvent il emporte, dans un sac, 
quelques poivrons rouges avec une tranche de mamaliga, et ne rentre 
dîner que le soir. Quand la stîna est située assez bas et que les pâtu- 
rages s'étendent très haut, il reste parfois plusieurs jours sans redes- 
cendre, passant la nuit dans sa coliba, cabane en pierres sèches, cou- 
verte de branchages et de mousse, où deux personnes ont juste de 
quoi tenir. Des enfants de 12 ans restent ainsi seuls, à 2,000 mètres 
de haut, gardant plusieurs centaines de brebis, et les défendant, au 
besoin, contre l'ours. Un grand feu, qu'on attise toutes les heures, 
est le meilleur préservatif. 

Le cioban n'est pas insensible à la nature, mais il la comprend à sa 
manière. Le pittoresque des escarpements sauvages, des cirques semés 
de lacs et encombrés d'éboulis ne le charme pas, ce sont là, pour lui, 
de vilains endroits « loc urît; » il leur préfère l'horizon monotone 
des pentes gazonnées, où son troupeau trouve toujours une herbe 
savoureuse. C'est vers ces pâturages qu'il regarde toujours, quand 



— 112 — 

son œil rêveur semble chercher au loin on ne sait quoi, dans le 
panorama qu'on contemple du haut des cimes. Il sait le nom de 
chaque pâturage, mais il n'éprouve pas le besoin d'en donner aux 
crêtes rocheuses. C'est un fait très général que les noms de lieux, 
en montagne, se rapportent aux vallées, et que les sommets n'ont 
pas de nom propre, ou en ont plusieurs, suivant le côté d'où on les 
regarde 1 . Le voyageur ou le topographe inexpérimenté peut trouver 
là une cause d'erreurs fréquentes ; un peu d'habitude montre qu'il 
y a là une des manifestations les plus curieuses de la manière dont 
le paysan roumain comprend la nature. 

Pour se distraire, le cioban a d'autres ressources que les spectacles 
variés de la montagne; il a son fluier, sorte de flûte droite, dont 
il tire des sons étranges, faisant résonner à la fois plusieurs harmo- 
niques, de façon : à produire l'eiïet d'une sorte de petit orchestre. 
Le bon joueur de ûuier est toujours le bienvenu dans les soirées 
autour du feu de la stîna. Il joue des heures entières sans se lasser, 
et, parfois, l'on s'endort bercé par les mélopées plaintives qu'il tire 
de son instrument. Le dimanche, c'est autour de lui que se formera 
la hora, sorte de ronde où l'on tourne lentement, en faisant alterna- 
tivement un pas en avant et en arrière. 

La loi du repos dominical est aussi sévèrement observée ici que 
dans la plaine. C'est un spectacle curieux que de voir le matin les 
ciobani revêtir leur cojoc le plus neuf, les femmes nouer leur fichu 
le plus blanc, coiffer leur pâlâria, et, d'un pas tranquille de flâneurs, 
se mettre en route par les sentiers, pour rendre visite à la stîna 
voisine. 

Ces gens gardent avec une fidélité étonnante tous les usages de 
leur village d'origine. Souvent c'est avec sa famille entière que le 
baciu se transporte dans la montagne ; on cite des enfants qui sont 
nés dans une stîna. On y vit, on y naît, on y meurt, comme dans la 
plaine, accompagné des mêmes rites, héritage de temps lointains, 
que le paysan roumain conserve avec un soin jaloux. Il n'est même 
pas rare de voir célébrer un mariage dans la, montagne, et il est 
curieux de retrouver, dans les rites observés, des usages spéciaux à la 
Transylvanie, dont presque tous les bergers sont originaires. 

L'invitation se fait toujours de la même façon, portée par deux 
jeunes gens à cheval, qui vont de stîna en stîna, offrant à boire 

1. Voir E. de Martonne. Sur la toponymie naturelle des régions de hautes mon- 
tagnes, en particulier dans les Karpates méridionales, Bull. Géogr. histor. et des- 
criptive, 1900, p. 83. 



— 113 — 

d'une ploçca pendue à leur selle. Le pope, appelé du village le plus 
voisin, célèbre la messe entre quatre jeunes sapins plantés dans le 
sol, qui figurent l'église ; tandis que, tout comme dans la plaine, les 
invités dansent à côté (devant la porte de l'église), aux sons d'un 
violon raclé par quelque tzigane. Les danses sont toujours dirigées 
par les stegarii, deux jeunes gens qui, pendant toute la noce, ne se 
séparent pas un seul instant du steag, sorte de drapeau orné de fleurs 
et de banderoles. On les accompagne des mêmes couplets satiriques, 
déclamés rhythmiquenient avec des battements de mains. L'impo- 
sition du pain (remplacé ici par un fromage) et du sel sur la tête 
de la mariée, les simulacres d'achat et d'enlèvement, la purification 
du marié et de son parrain (nasul), qui se lavent les mains avec de 
l'eau versée par la mariée ; une foule d'usage singuliers, se retrouvent 
gardés avec la plus scrupuleuse fidélité l . Il est curieux de voir le 
soin que prend le roumain de rester ainsi, malgré son isolement, en 
communion avec son village. 

Les rapports avec la plaine sont d'ailleurs assez fréquents. Quand 
la provision de fromages est jugée suffisante, on les descend au 
marché le plus proche. Chaque montagne a, en quelque sorte, son 
marché attitré ; le débouché est souvent en Transylvanie ; les monts 
du Buzeu sont, à peu près, la seule région qui déverse uniquement 
en Eoumanie ses produits. Le goût de ces fromages, fabriqués rien 
qu'avec le lait des brebis, est assez semblable à celui de notre Cantal. 
Le cascaval du Penteleu est renommé. 

Les vaches sont rares dans les troupeaux des stîne ; on en a géné- 
ralement une dizaine au plus; quelques porcs, engraissés avec le 
petit lait, grognent toujours autour de la strunga. Les grands trou- 
peaux de vaches se trouvent plus bas, dans la région de la forêt, 
pâturant les clairières et les pentes déboisées. Nous ne connaissons 
qu'une seule stîna élevée abritant du gros bétail, dans les monts de 
la Cerna ; elle est connue sous le nom de Stîna de vaci ou Stîna mare. 
Dans les monts de Fogarash, on trouve des bergeries et des troupeaux 
de vaches sur les pentes méridionales de la chaîne du Cozia, au- 
dessous de la limite de la forêt, et dans la grande dépression qui 
s'étale entre les deux chaînes, à une altitude de 1,100 à 1,200 mètres, 
traversée par les vallées élargies de l'Argesh, du Topologu, etc. On 
ne donne pas le nom de stîna à ces abris, souvent très grossièrement 

1. Tous ces usages ont été observés par nous à Petrimanu (Paringu). 



— 114 — 

construits ; suivant l'endroit, on dit, c'est la coliba, ou, c'est le conac 
de un tel. 

En somme, la population bovine des montagnes est très réduite, 
tandis que la population ovine est considérable. D'après les données 
que nous avons pu recueillir, on peut l'évaluer approximativement 
à 100 ou 150,000 têtes, réparties entre 200 stîne environ, et gardées 
par plus de 1,000 bergers. 

Il est intéressant de remarquer qu'une bonne partie de ces moutons 
(la presque totalité, dans le Paringu), appartient à des propriétaires 
transylvains, et va passer l'hiver en Roumanie, dans les pâturages 
de la plaine voisins du Danube. Chaque année, lorsqu'ils arrivent 
à la montagne et lorsqu'ils en partent, les ciobani les conduisent 
à la frontière hongroise, où se fait le dénombrement (numuratoarea) , 
et d'où les toisons immaculées reviennent marquées de rouge ou de 
bleu, suivant l'âge et le propriétaire. La numaratoare est presque 
une fête ; c'est le prélude du départ pour la plaine ; on y va gaiement, 
aux sons du fluier, poussant les troupeaux bêlants ; souvent on trouve, 
au poste de frontière, des cabanes installées par quelque aubergiste 
audacieux, toute une petite foire. On y rencontre des amis, des 
parents. 

Une grande partie des bergers qui paissent les moutons sur le 
versant roumain des Karpates sont des Transylvains. Depuis l'Oltu 
jusqu'au Jiu, à peu près toutes les stîne sont peuplées uniquement 
de Poenari, originaires du village de Poïana. A la question : « Et 
toi aussi, tu es Poenar ? » répond toujours le même sourire et le 
même signe de tête. 

IV 

C'est à la Saint-Georges (fin d'avril) que les troupeaux arrivent 
dans la montagne; c'est dans la première quinzaine de septembre 
qu'ils partent généralement pour les pâturages de la plaine, voisins 
du Danube, pour la Balta. 

Dans les grandes stîne, ce départ est un événement important. On 
s'y prépare pendant huit jours. Sitôt les moutons revenus de la 
numaratoare, on ramène de la plaine le nombre nécessaire de che- 
vaux pour transporter les femmes et les enfants, les fromages, les 
cojocs de rechange, les baquets et ustensiles de la fromagerie, avec 
ce qui reste des provisions de maïs. Le baciu part d'abord, avec 
quelques chevaux pesamment chargés, emmenant les vaches et les 



— 115 — 

porcs ; puis ce sont les femmes et les enfants, qu'on voit juchés sur 
la montagne de sacs et de cojocs, qui couvrent sans les écraser les 
petits chevaux de montagne au pas tranquille et sûr. Ce sont de 
curieuses caravanes, qui dévalent ainsi à travers la forêt, par les 
sentiers défoncés, gagnant le village d'où ils sont partis cinq mois 
avant. 

Dans la stîna, il ne reste plus que les brebis et les ciobani, qui 
vont les conduire à la Balta. Avant de partir, on démolit les bancs 
qui servaient de lit et de table, on décroche la porte branlante et on 
va les cacher derrière quelques rochers pour qu'ils ne soient pas 
brûlés par les contrebandiers de passage à la fin de l'automne. Puis 
on se met en route, lentement, sans se hâter. Les départs s'éche- 
lonnent d'un endroit à l'autre, de sorte que, pendant tout le mois de 
septembre, ces caravanes se rencontrent d'un bout à l'autre de la 
Valachie, soulevant sur les routes des tourbillons de poussière, arrê- 
tant les voitures, qui doivent laisser passer le flot bêlant. 

Dans la montagne, on va par grandes bandes : plusieurs milliers 
de brebis, dix ou douze ciobani campent parfois auprès d'un torrent, 
remplissant toute une vallée. Lorsqu'on débouche dans la région 
des collines, on commence à se diviser; chaque cioban prend 100 à 
300 brebis et les pousse devant lui. Les uns s'arrêtent quelques jours 
au bord de la montagne, les autres continuent tout droit. On met 
en moyenne de dix à douze jours pour traverser la Yalachie. A partir 
de la fin de septembre, les solitudes du Bârâgan. les prairies maréca- 
geuses du bord du Danube, sont peuplées de ces troupeaux, qui y vont 
brouter pendant tout l'hiver l'herbe pointant sous la neige. 

Les chemins de transhumance des troupeaux étaient, autrefois, 
des voies spéciales, comme les caraires de Provence 1 ; maintenant 
ils suivent les grandes routes ; ce n'est guère que dans les districts 
de plaine qu'on retrouve des pistes coupant à travers champs et 
appelées encore le Chemin des brebis : Drumul oilor 2 . Les direc- 
tions les plus suivies sont marquées approximativement sur la petite 
carte ci- jointe. On peut voir que les points d'attraction sont les 
plaines de caractère steppique, particulièrement le Teleorman, le 
Bâràgan et la plaine du Buzeu. 

1. Sur les caraires, voir Fournier, Bull. Géogr. histor. et descriptive, 1900, p. 77. 

2. Le Drumu oilor, dans les départements de Teleorman et Oltu, passe par les 
communes de Lita, Segarcea din deal, Dorobantu, Crângeni, Michàilesti, Siatina 
[Diction. Géogr. dfp Teleorman, p. 286. 



116 



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Figure 22. — Voies de transhumance en Valachie : 

1, surfaces supérieures à 1,000 mètres d'altitude; 

2, voies de transhumance ; 3, limite de la région 
de caractère steppique. 



La transhumance est un des phénomènes géographiques les plus 
curieux qu'offre l'étude des régions méditerranéennes. C'est une 

nécessité pour tous les 
pays d'élevage où se 
trouvent, côte à côte, 
de hautes montagnes, 
riches en beaux pâtu- 
rages, et des plaines 
soumises aux sécheresses 
d'été, qui caractérisent 
le climat méditerranéen. 
La Yalachie, quoiqu'en 
dehors de la zone médi- 
terranéenne, a, comme 
nous l'avons vu, des étés brûlants où les fortes chaleurs amènent une 
évaporation qui rend inefficaces les précipitations des mois de juin 
et juillet. C'est à ces conditions qu'elle doit de rentrer dans le cercle 
des pays de transhumance, avec toute la péninsule balkanique, 
l'Italie, la France méridionale, l'Espagne et la région de l'Atlas. 

La vie pastorale semble y avoir toujours été la spécialité de la 
race roumaine, et, c'est un fait digne de remarque, que, partout où 
l'on retrouve le Roumain, en groupes isolés, au milieu de populations 
slaves, grecques ou magyares, il apparaît comme pâtre transhumant. 
Telle est encore aujourd'hui la vie des Valaques du Pinde, dont le 
nom est, pour les Grecs, synonyme de berger 1 . Telle était celle des 
Valaques, qu'on trouve en Galicie dès le XII e siècle 2 , des Roumains 
habitant la Serbie et la Macédoine, dont parlent les lois de Dusan 3 . 
Dans les documents serbes anciens, Vlah est synonyme de Romanus 
et de peciiarius. Le fromage valaque a caseus vlachiscus » jouait un 
grand rôle au XIV e siècle dans le commerce de Raguse ; il servait, 
dans une certaine mesure, de monnaie, et son prix était fixé par les 
autorités 4 . 

Le mouton était toujours le bétail préféré des Roumains; ce sont 
des brebis, que le chrisov de Dusan de 1638, exige des Roumains 



1. Voir Weigand. Die A-Romunen. 

2. Tomaschek. Zeitschr. f. Oeslerr. Gymnasie, 1876, p. 342, cité par Miklosich. 

3. Gj. Damcic. Kjecnik iz Knjizeonik strarina srpskik, /. U. Biogradu, 1863, 
p. 131, cité par Miklosich. 

4. Miklosich. Ueber die Wanderungen der Rumanen in den Dalmatischen Alpen 
und in den Karpaten, Denkschr. Ak. d. Wiss. Wien, 1880, XXX, pp. 1-66. 



— 117 - 

comme tribut ; c'est seulement aux plus riches (în chinât ori) qu'on 
demande une vache à chaque automne, les plus pauvres devront 
travailler la laine du monastère l . Actuellement encore, on remarque 
que, là où l'élevage est pratiqué à la fois par les Bulgares et les 
Roumains, ceux-ci paissent exclusivement des moutons, les trou- 
peaux de bœufs étant aux mains des Bulgares 2 . 

La vie pastorale, telle que nous nous sommes attaché à la dé- 
peindre, se retrouve, pratiquée par les Roumains, de la Galicie jus- 
qu'au cœur de la Grèce. La transhumance qui, en Yalachie, les 
transporte alternativement des hautes Karpates vers le bas Danube, 
les fait aussi quitter périodiquement les Balkans, le Rhoclope ou le 
Rila, pour les plaines de la Maritza, d'Andrinople ou de Salonique 3 . 
Son antiquité est attestée par un grand nombre de sources, et les 
dates du départ pour la montagne et du retour vers la plaine semblent, 
depuis des temps immémoriaux, être restées les mêmes 4 . 

On n'a peut-être pas songé jusqu'à présent à l'importance que 
pourrait avoir, pour la question, si obscure encore, de l'origine des 
Roumains, l'étude de la vie pastorale et de la transhumance. 

Dans leurs migrations périodiques de la montagne à la plaine, les 
bergers roumains, dont un bon nombre sont d'origine transylvaine, 
semblent nous présenter le symbole de la longue évolution qui a 
amené le peuplement de toute la Yalachie par une population rou- 
maine. On ne traverse pas constamment un pays riche et fertile sans 
être tenté de s'y établir. Le fait a dû se produire plus d'une fois, et 
l'on en trouve la trace dans les nombreux villages situés au pied de 
la montagne, qui sont formés de deux hameaux, qualifiés, l'un de 
roumain (roman), l'autre de transylvain (strein ou ungurean) 5 . 

Le peuplement des hautes vallées de la montagne est dû, certai- 
nement en grande partie, aux Roumains de Transylvanie. On en 
peut citer des exemples frappants. La commune de Chiojdu de Bâsca 

1. Archiva Istorica, III, pp. 85 et sqq., traduction roumaine et texte slavon. Le 
texte a été publié d'abord dans les Mém. de la Soc. littéraire serbe, t. XV [Glasnik 
Drustva Srbske Slovesnosti). 

2. Jtrecek. Das Fùrstentum Bulgarien. 

3. Jibecek. Das Fùrstentum Bulgarien. 

4. Vasiljevski. Conseils et récits d'un noble byzantin du XI e siècle, Petersburg, 
1881 (en russe, cité par Jirecek). — Tomaschek. Zur Kunde der Haemushalbinsel. 

5. Mot à mot étranger ou hongrois. Ungurean est synonyme de Transylvain. 
Dans les villages voisins de la montagne on appelle les bergers roumains les 
l'ngureni. On oppose aussi à Ungureni, Pâmînteni. 



— 118 — 

(Jud. Buzeu Plaiul Buzeu), est peuplée uniquement de Transylvains 
qui ont conservé leur costume et leurs usages particuliers l . Dans le 
département de Vâlcea, Yâideni, Babeni, Ungureni, M^gura, etc., 
sont aussi d'origine transylvaine 2 . L'émigration se fait par troupes, 
conduites par un chef, et chaque troupe garde le nom de son village 
d'origine, avec un signe de costume distinctif (souvent une ceinture 
d'une couleur déterminée) 3 . Pendant longtemps, les nouveaux venus 
restent distincts du reste de la population et se marient entre eux 
de préférence. Mais la fusion se fait par la force des choses. 

L'immigration transylvaine va d'ailleurs plus loin que la région 
des collines; les bergers qui pâturent les steppes du Bâragan et du 
Buzeu finissent souvent par s'y établir. Dans le département de 
Braila, on les appelle Mocani. Ils gardent les usages spéciaux à la 
Transylvanie ; on est étonné de retrouver sur les bords du Danube 
l'étendard de la noce (steag) et la danse devant l'église pendant la 
cérémonie du mariage. 



Une monographie de la vie pastorale dans les pays roumains est 
encore à faire. L'essai que nous avons tenté pour la Yalachie 
montre assez l'intérêt qu'elle pourrait présenter. Des questions géo- 
graphiques, historiques, ethnographiques, sont liées à l'étude de ce 
genre de vie, particulier aux populations roumaines dans les Kar- 
pates et les montagnes de la péninsule balkanique. La transhumance 
peut expliquer, dans une certaine mesure, le peuplement de la Va- 
lachie, et l'on ne devrait jamais oublier son ancienneté et son impor- 
tance lorsqu'on cherche à débrouiller l'obscure question de l'origine 
des Roumains. 



1. Diction. Géogr. Jud. Buzeu, p. 161, publ., Soc. Géogr. Rom. 

2. Diction. Géogr. Jud. Vâlcea, ibid. 

3. Diction. Géogr. Jud. Braila. 



CHAPITRE IX 

Les Divisions naturelles des Karpates valaques. 



I. Les deux grandes régions des Karpates valaques. — II. Les monts de 
Fogarash. — III. Le massif du Paringu. — IV. Les monts du Lotru. — 
V. Les monts du Vulcan. — VI. Les monts de la Cerna. — VII. Les monts 
du Bucegiu. — VIII. Les monts du Buzeu. 



Si le but de toute étude géographique est d'arriver à distinguer 
les unités ou régions naturelles d'un pays, il semble que nulle part 
on ne sente plus la nécessité d'aboutir à cette conclusion que dans la 
montagne. On a discuté et l'on discutera sans doute encore sur les 
divisions des Alpes, qui sont à tous les points de vue la chaîne la 
mieux connue du globe, rien d'étonnant à ce qu'il règne encore 
quelque obscurité sur les divisions des Karpates méridionales, pour 
lesquelles manque même une bonne carte topo graphique. 

Sans entrer dans la discussion des divisions proposées jusqu'à 
présent l 9 nous allons exposer celle à laquelle semble conduire 
nécessairement l'étude de cette chaîne, en laissant en dehors les 
massifs exotiques par rapport à la Yalachie, tels que le Retiezat, le 
Sarco et le groupe du Surian et des monts d'Hermannstadt. 

La première distinction qui s'impose est dictée par la différence 
complète d'aspect, d'altitude moyenne, de viabilité, et d'histoire 
géologique, qu'on observe de part et d'autre d'une ligne assez 

1. Lehmann. Das Kôni^reich Rumnnien (collection Kirchhoff, t. IV). — Rehmann. 
Géographie des anciens territoires polonais, I. Les Karpates (en polonais, analyse 
détaillée de Rômer, Mitt. d. Geogr. Ges. Wien, 1896, pp. 251-299). — Pax. Grundzûge 
der Pflanzenverbreitung in den Karpaten, t. I, sont ceux qui ont traité la question 
avec le plus de détail et d'autorité. 



— 120 — 

exactement marquée par le cours de la Dâmbovi^a l . A l'O., un 
massif cristallin de formation très ancienne, portant les sommets 
les plus élevés de toutes les Karpates méridionales, et méritant, par 
les formes alpines de ses cimes, le nom classique, mais encore assez 
mal défini, d'Alpes de Trciîisylvanie. A l'E., une région sédimen- 
taire, envahie presque entièrement par le flysch, pauvre en indivi- 
dualités montagneuses assez nettes et assez élevées, sauf dans le 
voisinage du massif cristallin. D'un côté, une tectonique d'apparence 
assez simple, mais qui porte en réalité la trace d'efforts orogéniques 
de date et de direction variées, et dont les traits les plus importants 
ne sont pas toujours ceux qui ont le plus d'influence sur le relief. De 
l'autre, un ensemble de dislocations qui offrent au premier abord 
l'image de la confusion, mais dont on peut en somme, reconnaître 
l'origine, et qui ont toujours une influence décisive sur le relief. 

Dans les Alpes transylvaines une série de blocs montagneux, 
d'aspect massif, d'altitude moyenne très élevée, aux formes lourdes, 
trapues, et qui ne doivent la ciselure de leurs cimes et l'apparence 
alpine de leurs crêtes qu'à l'action des anciens glaciers. Dans la 
région du flysch karpatique, un dédale de vallées profondes et de 
sommets arrondis, dominé par quelques massifs isolés dont les formes 
hardies sont dues à la nature des couches qui les constituent : cal- 
caires, grès ou conglomérats peu inclinés, propres à donner de beaux 
escarpements. Ici des vallées longitudinales peu développées, mais 
de date très ancienne, jalonnant des dislocations qui furent la pre- 
mière ébauche de la chaîne karpatique; des vallées transversales 
étroites et sauvages, quelques-unes perçant la chaîne de part en part 
comme le Jiu et l'Oltu. Là, un petit nombre de vallées longitudi- 
nales de type jurassien, mais beaucoup de vallées transversales, 
souvent larges et peuplées, même celles qui, comme le Buzeu, tra- 
versent de part en part la chaîne. 

D'un côté, une montagne d'abord difficile, n'offrant que des cols 
élevés, où toutes les communications d'un versant à l'autre sont, dès 
un temps immémorial, canalisées par la seule voie possible, qui est 
celle de l'Oltu. De l'autre, une chaîne riche en passages aisés, en 
cols voisins de 1,000 mètres et vers lesquels des vallées faciles 
donnent accès. 



1. Distinction nettement indiquée par L. Mrazec et Teisseyre. Le sel de Rou- 
manie, Bue., 1900. 



— 121 — 

La distinction entre ces deux régions s'impose. Leur limite seule 
pourrait prêter à discussion. Lehmann, qui veut réserver le nom 
d'Alpes de Transylvanie à la région allant du Ketiezat à Piatra 
Craiului y incorpore ce dernier massif 1 . Cette annexion semble 
inadmissible. Nulle part, dans la région cristalline il n'existe rien 
qui ressemble à l'étroite crête calcaire de Piatra Craiului. Si c'est 
à cause de son élévation et de son aspect alpin qu'on veut la 
rattacher aux Alpes transylvaines, et si l'on a cru trouver dans le 
col de Bran (Torzburgerpass), une dépression assez profonde pour 
servir de limite, pourquoi ne pas y joindre encore le massif plus 
élevé et plus alpestre du Bucegiu, en prenant comme limite la cou- 
pure autrement nette et profonde de la Prahova? 

On ne saurait encore admettre cette dernière manière de voir. Sans 
doute, il faut se garder de suivre aveuglément comme guide le prin- 
cipe géologique, une division géographique doit tenir compte avant 
tout du relief; des sommets d'aspect semblable et que ne sépare aucune 
ligne nette de démarcation peuvent faire partie de la même région 
naturelle, quoique étant de constitution géologique dif¥ 'rente 2 . Mais, 
le cas est ici tout autre. Si rien ne ressemble dans les Alpes de 
Transylvanie à la crête calcaire de Piatra Craiului, on y chercherait 
aussi vainement un massif comparable au Bucegiu, dont la crête en 
fer à cheval s'abaisse doucement vers l'intérieur en suivant la pente 
des couches et s'écroule sur le rebord extérieur en escarpements 
grandioses, formés par la tranche des bancs de conglomérats. On n'y 
trouverait pas non plus une région comparable aux environs de 
Rucar, plateau calcaire, crevé de dolines, avec pertes fluviales, 
canons, grottes et tous les phénomènes du Karst. Le massif de Leota, 
îlot cristallin qui pointe à travers la couverture sédimentaire, rappelle 
seul les sommets des Fogarash. En réalité la région entre Dâmbovita 
et Prahova est une zone de transition, de caractère mixte, mais bien 
plus analogue à la région qui lui fait suite à l'E., qu'à celle qui 
s'étend à l'O. La dépression entre Piatra Craiului et les contreforts 
du Berivoescu, continuée par le cours de la Dâmbovita, voilà bien 
la limite la plus rationnelle qu'on puisse assigner au grand massif 
de caractère alpin, qui commence aux Portes de Fer. 

1. P. Lehmann. Die Sûdkarpaten zwischen Retiezat und Kônigstein, Zeitschr. d. 
Ges. fur Erdkunde, Berlin, 1885. — Pax. Grundzûge der Pflanzenverbreitung in 
den Karpaten, adopte la même limite. 

I. Bôhm. Enteilung der Oslalpen, Geogr. Abtiand, I, 3, 1887, s'est expliqué là- 
dessus très nettement. 



— 122 — 

Nous conservons à ce massif le nom classique d'Alpes de Transyl- 
vanie. Essayons d'en dégager d'abord les individualités monta- 
gneuses les plus nettes. 



Entre la dépression que nous venons de donner comme limite aux 
Alpes de Transylvanie et la vallée de l'Oltu, s'étend un complexe 
de deux hautes chaînes qui forme le massif montagneux le plus 
élevé qu'on connaisse en Valachie. Par un abrupt formidable de 
2,000 mètres, il domine la plaine de Fogarash, à laquelle il doit le 
nom, connu depuis longtemps dans le monde géographique, de 
monts de Fogarash. 

Pour bien comprendre la structure de ce massif, il faut se trouver 
par une belle matinée d'été sur un des points les plus élevés de la 
chaîne voisine des monts du Lotru. La vue s'étend au loin jusqu'au 
Jeseru et la silhouette de la chaîne apparaît avec une netteté admi- 
rable (v. ûg. 23). 

Les pics du Negoiu, de Capra, du Moldoveanu, etc., semblent s'em- 
piler en un bourrelet élevé qui s'abaisse brusquement vers le S. sur 
un haut plateau lentement incliné et raviné de vallées profondes ; 
mais au moment où le profil atteint son point le plus bas, on le voit 
brusquement remonter, et un œil exercé reconnaît, dans les sommets 
qui viennent ainsi barrer la route aux rivières descendant de la crête 
principale, les formes pittoresques du Cozia, les bosses arrondies du 
Frunte et du Ghij;u, les deux montagnes sœurs, séparées par le 
sauvage défilé de l'Arges. Au loin les deux chaînes semblent se 
rapprocher, et, tandis que les sommets de la plus élevée perdent de 
plus en plus d'importance, ceux de la plus basse s'élèvent de plus 
en plus jusqu'au massif du Jeseru. 

Deux chaînes, formant un angle de 20 à 30° et séparées par une 
sorte de dépression d'une altitude moyenne de 1,100 à 1,200 mètres, 
la plus élevée presque constamment supérieure à 2,000 mètres, mais 
s'abaissant à son extrémité orientale, tandis que la chaîne méridio- 
nale vient au contraire se raccorder avec elle par un massif dépassant 
2,400 mètres, tels sont en effet les traits essentiels de la morphologie 
des Fogarash. Nous avons déjà vu comment l'orientation des deux 
chaînes est déterminée par celle des axes anticlinaux reconnus par 
Primics (chap. IV). 



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La chaîne septentrionale, appelée chaîne du Negoiu, du nom de 
son pic le plus élevé (2,540 m ), a, de quelque point qu'on la contemple, 
l'aspect d'une chaîne alpine. Vue de la plaine de Fogarash, son profil 
déchiqueté rappelle celui des Pyrénées, et l'illusion est complète, 
lorsque, à la fin de l'automne, un manteau de neige couvre ôjéjh tous 
les sommets. Du côté valaque, l'impression est la même. Des Curtea 
de Arges, l'œil accoutumé aux formes arrondies qui dominent dans 
les Karpates est surpris par l'apparition de la double pyramide du 
Negoiu. 

C'est à l'action des anciens glaciers que la chaîne doit cet aspect. 
Les glaciers du versant S. sont descendus aussi bas et ont peut-être 
été plus importants que ceux du versant N. Le désavantage de l'expo- 
sition était largement compensé par une extension plus grande des 
altitudes supérieures à 1,800 mètres et par des précipitations plus 
abondantes 1 . Aussi le versant S. est-il creusé tout comme le versant 
X., de cirques sauvages, semés de lacs et encombrés d'éboulis aux- 
quels le paysan donne le nom pittoresque de Caldare (chaudière) 2 . 
Ces cirques ne laissent entre eux qu'une crête déchiquetée, également 
escarpée des deux côtés, courant en zigzag de pic en pic et de col 
en col (fig. 24). 

Il existe peu de murailles aussi continues et aussi difficiles à 
franchir. Du Berivoeseu au Cocuriciu, la crête ne s'abaisse guère 
au-dessous de 2,000 mètres, l'altitude moyenne des cols n'est infé- 
rieure que de 300 mètres à celle des sommets 3 . 

Les communications sont si rares d'un versant à l'autre que le 
paysan valaque, connaissant les moindres recoins de sa montagne 
ne sait rien du versant opposé. A toutes les questions, il répond : 
c'est « tara nemteasca. » Ici, plus que partout ailleurs, on observe 
la dualité des noms de tous les sommets. Les noms portés sur la 
carte autrichienne sont ceux qu'on donne sur le versant transylvain ; 
le Valaque les ignore et ses dénominations pour chaque sommet sont 
complètement différentes. 

1. E. de Martonne. Contributions à l'étude de la période glaciaire, Bull. Soc. 
Géol. Fr., 1900. 

2. Les cirques du versant S. sont indiqués schématiauement sur la carte au 
57,600 e d'une façon plus claire que sur le 75.000 e autrichien. La topographie des 
environs du Negoiu e«t d'une inexactitude qui frise la fantaisie. Nous avons donné 
une esquisse au 1/100.000° de cette région, montrant la position des cirques, des 
vallées et les noms de lieux (Recherches sur la période glaciaire, Bull. Soc. d. Se. 
Bue, 1900). 

3. P. Lehmann. Die Sudkarpaten, loc. cit., donne des détails morphométriques 
sur la crête des Fogarash. 



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La difficulté des communications tend à diminuer de plus en plus 
le nombre des bergers transylvains, qui viennent paître leurs trou- 
peaux sur le versant valaque, et vendent leur fromage dans la plaine 
de Fogarash. Sur les pentes gazonnées, à la limite de la forêt, on 
trouve plus d'une stîna abandonnée. Les pâturages du Negoiu et 
du Mozgavu sont cependant encore occupés par des Poenari. Mais 
ce n'est pas au voisinage de la crête, que sont les plus nombreuses 
Stîne, c'est plutôt sur le flanc des longs contreforts qui descendent 
en pente douce vers le S., séparés par les vallées profondes de Capra, 
Buda, Scara, etc. Là s'étendent au-dessus de la forêt de sapins, mêlés 
de hêtres dans le fond des vallées, de vastes pâturages ; des sentiers 
suivent chaque crête et le feu des Stîne brille le soir, tout le long 
de ces croupes aux formes lourdes et massives. 

La chaîne méridionale des Fogarash n'a nulle part la sauvage 
grandeur de la chaîne du Negoiu. Ce n'est que dans le massif de 
Jeseru qu'elle s'épanouit en un bloc montagneux assez compact, 
dépassant 2,400 mètres à Papusa et Jeseru Mare, creusé surtout sur 
le versant N. et E. de cirques grandioses. La vie pastorale est ici 
très active, surtout sur le versant S. où s'étalent de larges crêtes her- 
beuses comme Vàcaria; mais la plupart des bergers sont valaques, 
les moutons et les stîne appartiennent à de riches paysans de Rucâr 
ou des environs. Pour ces gens, la profonde coupure de la Dâmbovifa, 
qui coule du S.-O. au N.-E., est une vraie limite qu'on franchit rare- 
ment. On vous montre Dara et le Berivoescu presque comme un 
pays étranger. Le massif de Jeseru est vraiment, pour le peuple lui- 
même, une individualité géographique. 

A part le Cozia et les deux cimes sœurs du Frunte et du Grhi^u, le 
reste de la chaîne méridionale est sans grande importance. La forêt 
y monte bien moins haut que dans la chaîne septentrionale; presque 
entièrement formée de hêtres et de bouleaux sur le versant S., elle 
est plus riche en sapins sur le versant N. C'est cependant encore une 
barrière qui rend assez difficile l'accès de la dépression centrale 
des Fogarash. Les rivières la traversent en des gorges d'une sauva- 
gerie telle, que les sentiers muletiers s'élèvent sur les crêtes à 
1,500 mètres pour les éviter. Des gorges comme celle de l'Arges, ne 
sont pratiquées que par les bûcherons; c'est par là qu'on descend les 
troncs d'arbres abattus dans la haute montagne. Sans cette difficulté 
d'accès, nul doute que des vallées comme celles du Topolog et de 



— 127 — 

l'Àrges, iraient pu abriter quelques hameaux. On n'y trouve que 
quelques bergeries et quelques troupeaux de vaches et de moutons. 
La dépression centrale des Fogarash ne s'anime un peu que là où 
elle a un débouché facile vers une grande voie de communication, 
vers la vallée de l'Oltu. C'est dans la partie occidentale, où les deux 
chaînes qui l'encadrent atteignent leur écartement maximum et 
laissent même place à l'intercalation du bassin tertiaire de Titesci 
drainé par plusieurs rivières qui se jettent directement dans l'Oltu. 
Il y a là une région où la densité de la population n'est pas différente 
de celle qu'on observe en moyenne dans la zone des collines. 

III 

Le massif des Fogarash est en somme l'individualité montagneuse 
la plus nette, la plus complète, la mieux délimitée de tout l'arc kar- 
patique valaque. A côté de lui, un observateur placé assez haut pour 
embrasser d'un coup d'œil toute la chaîne, distinguerait aussitôt 
le massif du Paringu. 

Qu'on l'observe du bassin de Pétrosény, des cimes du Retiezat, des 
monts du Yulcan, ou de la dépression de Târgu Jiu, on le reconnaît 
comme une bosse arrondie, dominant de plusieurs centaines de 
mètres toutes les montagnes voisines. En suivant la route de Novaci 
à Târgu Jiu le profil de sa crête, d'aspect un peu lourd, montre une 
série d'ensellements peu marqués et de sommets en forme de bosses. 
Ce n'est que des hauteurs des monts du Lotru qu'on peut deviner la 
délicate ciselure de ses contreforts septentrionaux et qu'on commence 
à distinguer les cirques qui donnent à son versant N". un aspect 
vraiment alpin. 

En fait rien n'égale, dans les Fogarash même, les cirques grandioses 
de Rosiile, de Scliveiu, de Gâuri et de Gâlcescu. Leurs escarpements 
superbes donnent seuls une allure hardie à des pics qui, sauf 
Mândra (2,529 m ), ne dépassent pas 2,400 mètres. Les lacs sont innom- 
brables dans ces cirques qui égalent en sauvage beauté les vallées 
les plus renommées des Pyrénées 1 . Le contraste des deux versants est 
dû à une extension différente des anciens glaciers, plus développés 
sur le versant N. où les pentes sont en général plus douces, et réduits 

1. Nous avons analysé ailleurs en détail la morphologie des cirques du Paringu 
et ses rapports avec la période glaciaire (Recherches sur la période glaciaire dans 
les Karpates méridionales, Bull. Soc. Se. Bue, 1900). 



— 128 — 

à peu de chose sur le versant S., où l'insolation et les pentes rapides 
ne pouvaient leur laisser prendre une grande importance. 

La structure générale du Paringu est d'ailleurs plus simple que 
celle des monts de Fogarash. Une seule crête, allant de Papusa à 
Vîrfu Paringu sans s'abaisser plus de deux fois au-dessous de 
2,000 mètres appuyée sur des contreforts élevés et trapus vers le 
N., plus bas et plus allongés vers le S. Cette crête n'est pas infran- 
chissable, une route relativement bonne monte de Novaci jusqu'au 
dessous de Papusa, et des sentiers muletiers la continuent jusqu'au 
col de Urda (l,900 m ) par où l'on redescend dans la vallée du Lotru. 
C'est la grande route de transhumance que suivent les troupeaux ; 
c'est le chemin par où l'on monte des villages vers la fin de septembre 
pour couper du bois dans les forêts. Les pâturages sont bons dans 
le Paringu, sauf sur les sommets tourbeux ; les stîne sont très nom- 
breuses et presque toutes aux mains des Transylvains. 

Les limites du massif sont assez bien données par la vallée du Jiu 
à l'Ouest, par le col et la vallée de l'Olte^u, à l'E. par le cours du 
Jie^u et la faille qui en prolonge la direction au N. Les causes de 
son individualité sont probablement comme pour les Fogarash, 
d'ordre tectonique. Dans les Fogarash, les plis du massif cristallin 
plus serrés que partout ailleurs doivent avoir amené un bombement 
plus accentué. Dans le Paringu on a noté un reploiement de l'axe 
du pli principal et toute une série de dislocations orthogonales, aux- 
quelles semble due l'orientation des vallées supérieures du Lotru 
et du Jiefu x . Il est naturel que le résultat ait été une surélévation 
générale. La faille du Jie|u au N., la faille de Novaci au S., enfin 
à l'E., la faille qui prend en écharpe tout le massif de Ciunget à 
Cernadia 2 , semblent en être la conséquence (v. Carte tectonique des 
Karpates, fig. 10). 

C'est donc à des circonstances tectoniques spéciales que le Paringu 
et les Fogarash devraient leur situation dominante. 

A part ces deux massifs, le reste des Alpes de Transylvanie offre 
des chaînes moins élevées, plus simples de structure, et qui, tant par 
leur relief que par leur tectonique, semblent comme des membres 
de liaison dans le système montagneux. 

1. Inkey. Die Transylvanischen Alpen, loc. cit. — G. Munteanu Murgoci. Les 
serpentines de Urda, Muntinu et Gàuri, Ann. Mus. Geol. Bue, 1896. 

2. G. Munteanu Murgoci. Cercetâri geologice, V. Grupul superior al cristali 
nului in Masivul Paringu, Bue, 1899. 



129 - 



IV 



Tels sont les monts du Lotru qui doivent leur nom à la vallée du 
Lotru, trait essentiel de leur structure. On peut dire qu'ils sont 
comme l'épanouissement des monts de Fogarash. La dépression cen- 
trale devient une véritable vallée longitudinale, marquant un syn- 
clinal de date très ancienne. Les deux chaînes s'écartent l'une de 
l'autre, reflétant l'allure des plis qui, serrés les uns contre les autres 
dans les Fogarash, s'étalent en un faisceau de plus en plus diver- 
geant. En même temps, comme si l'effort orogénique perdait en 
vigueur ce qu'il gagne en extension, les crêtes s'abaissent, les alti- 
tudes supérieures à 2,000 mètres sont à peu près inconnues. Les 
traces glaciaires disparaissent par suite presque complètement, et 
dans les sommets dominent les mêmes formes lourdes, caracté- 
ristiques des schistes cristallins. 

Seule l'érosion formidable liée au voisinage de la vallée de l'Oltu, 
a pu ciseler des pics d'apparence hardie dans le massif d'Olânesci, 
en partie formée par les conglomérats semi-cristallins de Brezoiu 1 . 
Au voisinage du Paringu, des lambeaux de calcaires secondaires 
viennent introduire dans le paysage un nouvel élément pittoresque, 
dominant de leurs escarpements blanchâtres qui tranchent sur le 
fond vert des sapins, les hautes vallées de Latorita et Repedea. Ici 
d'ailleurs le relief et la tectonique se compliquent : une troisième 
chaîne apparaît entre le Lotru et la Latorita, jalonnée par les 
sommets du Turcinu, et en rapport avec des dislocations confuses 2 . 

Dans l'ensemble cependant, les monts du Lotru ont une structure 
assez simple, sorte de cuvette encadrée de deux chaînes E.-O. qui 
ne dépassent pas 2,000 mètres. La forêt y est très belle et acti- 
vement exploitée. La Latorita et le Lotru sont des moyens de trans- 
port tels qu'on en a rarement dans les Karpates. Sur le Lotru depuis 
Brezoiu jusqu'à Voineasa, on voit constamment des équipes de buste- 
nari, les pieds dans l'eau, et armés de longues perches à crochet, 
diriger les troncs énormes jetés pêle-mêle dans la rivière. Le long 
de la vallée de Maileasa, on a construit une conduite pour descendre 
le bois, alimentée par deux lacs artificiels. Il existe de même à 

1. L. Mrazec et G. Munteaxu Murgoci. Cercetâri geologice, III. Muntii Lotrului. 

2. Murgoci. Grupul superior al cristalinului în Masivul Paringu. 



— 130 — 

Vidra, avant l'entrée du Lotru dans le défilé sauvage qu'il suit jus- 
qu'à Voineasa, un réservoir où l'on rassemble les arbres abattus. De 
là, l'expression familière du payasn roumain parlant d'un homme 
qui travaille comme bûcheron : « le la lacul. » (Il est au lac). 

Des villages comme Yoineasa, Ciunget, perdus au cœur de la mon- 
tagne n'ont guère d'autre raison d'être que l'exploitation des forêts. 
On y trouve une population assez mélangée : des Allemands, des 
Hongrois, portant le costume tyrolien en drap vert, qui dirigent les 
coupes ; des ouvriers italiens, venus là on ne sait comment. . . 

Le fond de la population est cependant bien roumain ; c'est même 
peut-être un des coins où l'on a le plus de chance de retrouver le 
type primitif du berger valaque, celui dont les vieilles chartes parlent 
comme d'un habitant naturel des forêts et des hauts pâturages. 
Pour des villages comme Mâlaia, Ciunget, Voineasa, les communi- 
cations avec le monde ont toujours été très difficiles. Jusqu'à l'Oltu, 
on a 30 kilomètres à faire, et de là jusqu'à Râmnic, il y a encore 
20 kilomètres. C'est pourtant la route la plus naturelle. La chaîne 
du Balota qui s'étend au S. du Lotru, n'a pas de col au-dessous de 
1,800 mètres. 

Aussi dès l'aurore des temps historiques, cette vallée du Lotru 
apparaît comme une région à part, une sorte de refuge, où la popu- 
lation dace romanisée, a pu se conserver à l'abri des invasions bar- 
bares. Ce serait le pays de Lityre 1 , peut-être ce fameux Knesat de 
Lyortyoy que Bêla excepte de ses donations, le laissant aux Va- 
laques « prout iidem hactenus tenuerunt. 2 » 

A l'heure actuelle on a encore l'impression à Yoineasa, ou Ciunget, 
d'être dans un coin perdu, où le sentiment de faire parti d'un pays 
régulièrement administré n'a jamais pénétré. On ne retrouve pas là 
le respect habituel du pay san roumain pour tout ce qui est autorité. 
Le sous-préfet, le juge de paix sont des choses lointaines. On est 
habitué à faire à peu près ce que l'on veut. Quelques-unes des 
qualités du paysan roumain, que des siècles d'oppression semblent 
avoir anéanties ailleurs, se sont conservées avec les défauts corré- 
latifs. Fier, grand parleur, un peu gascon, violent, colérique à l'excès, 
capable de tout dans un accès de fureur, le paysan est ici encore assez 
sobre, et honnête à sa façon. 

1. G. Jannesdu. Shidii de geografie militarâ Oltenia ci Banatul, pp. 172-174; cf. 
Xenopol. Istoria Românilor, I, pp. 503 et 546. 

2. Diplôme du 2 juin 1247. Fontes Rerum Austriacarum. Urkundenbuch zur 
Geschichte Siebenbùrgens, Regesten n° 147, p. XXXVIII. 



131 

Ce petit monde du vieux pays de Lityre, centre des monts du 
Lotru, est le coin le plus intéressant au point de vue humain des 
Karpates valaques. 



Comme la vallée de l'Oltu sépare les monts du Lotru des Fogarash, 
la vallée du Jiu sépare le Paringu de ce qu'on appelle les monts du 
Vulcan. La coupure fluviale qui n'est qu'une rigole profonde peu 
sensible à l'œil d'un observateur placé assez loin, mérite bien pour- 
tant d'être considérée comme une ligne de démarcation 1 . Là s'ar- 
rêtent les derniers contreforts qui étayent le massif puissant du 
Paringu, là, commencent des montagnes d'un type complètement 
différent de tout ce que nous avons vu jusqu'ici. 

Du haut du pic de Mândra, on peut voir leur profil et reconnaître 
aisément les traits essentiels de leur structure (v. fig. 12). C'est une 
sorte de haut plateau incliné doucement vers le S. et s'abaissant vers 
la vallée du Jiu românesc, par un abrupt de 1,000 mètres. L'arête est 
ainsi rejetée vers le N., tout le drainage se fait vers le S. ; on a l'im- 
pression d'être en présence d'une pénéplaine profondément ravinée 
et découpée en crêtes parallèles. Les sommets élevés apparaissent 
comme des bosses, en quelque sorte parasites, et un esprit familier 
avec la nomenclature en vogue chez les géographes américains, n'hé- 
siterait pas à y voir des « monadnock, » si l'expérience ne montrait 
que ces pustules sont presque toutes formées par des paquets de 
couches calcaires. 

Ces lambeaux, qui semblent être ici le reste d'une couverture jadis 
continue 2 , sont semblables à ceux qu'on observait déjà dans la haute 
vallée de Latorita, et qui forment une traînée le long de la faille de 
Repedea. Ce sont eux qui, de Polovraci à Cernadia, donnaient au 
rebord des Karpates cet aspect pittoresque. Sur les flancs de la vallée 
du Jiu, on les voyait dominer de leurs escarpements blanchâtres, les 
pentes régulières et sombrement boisées des schistes cristallins. Dans 



1. Bien indiqué par L. Mrazec. Contributions à l'histoire de la vallée du Jiu, 
Bull. Soc. Se. Bue, 1899. 

2. L. Mrazec. Ueber die Anthracitbildungen des S. Abhanges der Sûdkarpaten, 
Akad. Anzeiger, 1895. 



— 132 — 

les monts du Vulcan, leur importance augmente 
encore. Tout le long de l'abrupt qui domine les 
dépressions subkarpatiques, on les retrouve, en- 
taillés de profondes gorges, crevés de dolines 
et riches en cavernes. 

De Tismana à R-uncu, les Karpates se ter- 
minent par une sorte de terrasse d'une alti- 
tude moyenne de 500 mètres, dont le rebord 
faille est constitué presque partout par cette 
traînée calcaire (v. fig. 213). C'est sur cette 
plate-forme qu'on trouve les seuls villages de 
la montagne, ïopesci, Govorni^a, cultivant les 
creux des dolines où s'amasse un peu de terre. 
Telle est aussi à peu près la situation de 
Schéla, où l'on exploite les anthracites pri- 
maires. 

Les vallées profondes qui entaillent le haut 
plateau cristallin sont inhabitées, mais la vie 
pastorale est très développée sur les longues 
crêtes herbeuses au-dessus de la limite de la 
forêt. 

Sans atteindre nulle part 2,000 mètres, les 
monts du Vulcan sont une barrière massive. 
Sur la crête principale, formée par les schistes 
cristallins et portant des sommets de 1,800 mètres 
(Straja, Sigleu, etc.), le col le plus pratiqué 
dépasse 1,600 mètres ; c'est le Vulcan, qui, 
malgré son élévation, était préféré de toute an- 
tiquité à la gorge impraticable du Jiu. Par là 
passait, vraisemblablement, une route romaine 1 . L'importance de 
ce col, connu depuis longtemps, en a fait tirer la dénomination du 
massif montagneux, dont il est la seule porte. 

VI 

Il est difficile de trouver vers l'Ouest une limite précise aux monts 
du Vulcan. Cependant on s'aperçoit aisément qu'à partir des sources 
de la Cerna et du Jiu, le caractère du relief change graduellement. 

1. Mommsen, Histoire romaine, tr. fr. tome X. 




— 133 — 

A la direction E.-N.-E. — 0.-S.-0., qui est celle de la crête princi- 
pale des monts du Yulcan, et n'est autre que celle du troisième anti- 
clinal de Inkey, se substitue une direction N.-N.-E. — S.-S.-O., 
sensible aussi bien dans l'orientation de la vallée de la Cerna, 
que dans celle des massifs calcaires d'Oslia et Piatra Closa- 
nilor. Le soubassement cristallin, recouvert seulement çà et là de 
paquets de calcaires mésozoïques, disparaît bientôt presque entiè- 
rement. Dans la basse Cerna les escarpements grandioses du cal- 
caire, auxquels la forêt de pins prête un charme particulier, frappent 
seuls l'œil du voyageur ; on ne soupçonnerait pas qu'ils reposent, par 
l'intermédiaire de schistes probablement liasiques, sur les schistes 
cristallins qui affleurent partout dans le fond de la vallée 1 . 

La traînée calcaire qui formait le rebord des monts du Vulcan se 
retrouve à Baïa de Arama et semble se souder au massif qui forme 
Piatra Closanilor. Il n'est pas dans tout l'arc karpatique de sommet 
qui présente autant d'apparence que cette crête pittoresque à peine 
haute de 1,427 mètres, mais isolée au milieu d'un plateau de 500 à 
600 mètres. Le Motru a scié dans son flanc E. une gorge sauvage, 
encombrée d'éboulis énormes, pleine de grottes où se perdent une 
partie des eaux de la rivière. Son affluent, le Motru sec, disparaît com- 
plètement en aval d'Obârsia, sur un parcours de plusieurs kilomètres, 
dans une vallée qui peut passer pour un des coins les plus pittoresques 
et les plus curieux de la Yalachie 2 . La traînée calcaire de Closani 
est celle qui se retrouve, dominant le haut plateau de Mehedin^i, 
formant l'abrupt de la Sulita et de Lunca Câinelui. 

Un autre massif calcaire commence aux sources mêmes de la 
Cerna, avec l'Oslia, et redescend tout le long de la vallée, scié par 
la rivière en des gorges impraticables. L'imagination populaire a 
peuplé de légendes ces sites d'une beauté sauvage. Hercule, dont le 
souvenir revit dans le nom de la petite ville d'eaux d'Herculesbad, 
y aurait poursuivi un dragon caché dans les cavernes de l'Oslia. 
Partout, on le voit, l'élément calcaire frappe les yeux dans les monts 
de la Cerna, c'est lui qui donne la note pittoresque, la variété, la vie. 
La haute chaîne du Godeanu qui borde la rive droite de la Cerna 

1. Schafarzik. Zur Géologie des Czernathales, Jahrb. d. Ung. Geol. Anstalt fur 
1889. 

2. Description pittoresque in : Toula. Eine geologische Reise in die Transsylva- 
nischen Alpen Rumâniens, Schr. d. Ver. f. Verbr. Naturwiss. Kenntnisse, Wien, 
XXXVII, 1897, pp. 226 et sqq. 



— 134 — 

offre seule les formes pures des schistes cristallins, ciselés par les 
anciens glaciers qui, dans la crête presque constamment voisine de 
2,200 mètres, ont découpé des cirques grandioses 1 . 

En somme, les monts de la Cerna sont le commencement des mon- 
tagnes du Banat. Le relief, les orientations, la tectonique y sont les 
mêmes. Peu élevés en général, riches en articulations, en passages, 
ils ne créent pas une barrière entre le Banat et l'Olténie. On com- 
prend aisément les affinités que ces deux régions ont toujours eues 
l'une pour l'autre. Actuellement encore, les relations sont constantes, 
si elles ne sont pas toujours des plus honorables. La montagne de 
Closani à la Sulifa est presque toute l'année franchie par des bandes 
de contrebandiers ou de voleurs de chevaux, qui se réfugient de 
l'autre côté de la frontière. 

De toutes les Alpes de Transylvanie, les monts de la Cerna sont 
la partie la moins massive, la moins fermée, celle qui est le moins 
une barrière. A cet égard, elle a plus de ressemblances avec la 
région du flysch qui s'étend à l'E. de la Dâmbovi^a. 

YII 

Autant les Alpes de Transylvanie sont en général inhospitalières, 
autant les Karpates de la Munténie orientale sont une montagne 
ouverte et d'accès facile. Nulle part ce caractère n'est mieux marqué 
qu'entre la Dâmbovifa et la Prahova. 

Là se rencontrent les derniers massifs alpins , dépassant 
2,000 mètres : Piatra Craiului, Bucegiul, Leota. Là se trouvent 
aussi des vallées comme celles de Prahova et Dâmbovifa, conduisant 
à des cols voisins de 1,000 mètres, routes internationales dont l'im- 
portance croît de jour en jour. Par la variété des formes des sommets 
par la netteté des contrastes du relief, par la richesse des horizons 
géologiques, cette région, qui doit son nom au massif du Bucegiu, 
mériterait d'être un lieu classique d'excursions pour le géographe 
H le géologue 2 . 

1. E. de Martonne. Nouvelles observations sur la période glaciaire, CR. Ac. Se, 
1901. 

2. Cette région a fait l'objet d'une excellente monographie géologique. Popovici- 
Hatzeg. Etude géologique des environs de Câmpulung, avec carte au 1/200, 000 e . 
Les rapports du relief avec la géologie ont été surtout signalés par Toula. Eine 
geologi.sche Reise in die Transsylvanischen Alpen, Schr. d. Ver. f. Verbr. Naturw. 
Kenntnisse Wicn, XXXVII, 1897, et Simionescu. Ueber die Géologie des Quellge- 
bietes der Dâmbovimnrn. Jahrb. d. A". A". Geol, B. A., 1R09. 



— 135 — 

Jusqu'à Rucar la vallée de la Dâmbovita, offre le pittoresque spec- 
tacle d'une entaille profonde et régulière dans le massif cristallin, 
dominée par des pyramides calcaires comme Piatra Prisloapelor, 
avec, à l'arrière-pian, la silhouette élégante de Piatra Craiului. Au 
N. de Rucar commence une véritable région de karst; le haut pla- 
teau calcaire est crevé par des effondrements comme Podu Dâmbo- 
vitei, véritable petits poljés, où se nichent les villages (v. pi. CVI). 
Rucar lui-même occupe un bassin d'affaissement au contact des 
schistes cristallins. Les rivières qui s'étalent dans les dépressions 
percent la masse calcaire en des canons presque impraticables, que 
le paysan appelle Cheile. Sur le plateau, les ruisseaux disparaissent 
dans des entonnoirs, pour reparaître en des grottes, qui s'ouvrent à 
l'intérieur des gorges l . Le soubassement barrémien de marnes cal- 
caires sur lequel reposent les bancs épais du calcaire tithonique et 
le plaquage de grès cénomaniens qui les recouvrent, vient introduire 
un nouvel élément de variété dans le relief. Le canon de la Dâmbo- 
vicoara présente une série d'élargissements chaque fois que viennent 
au jour le barrémien ou le cénomanien. Rien de plus curieux et de 
plus caractéristique, que les formes de bosses arrondies prises par 
les grès grossiers au-dessus de Rucar. 

Dans toute cette région, la végétation a un caractère à part. Les 
sapins se plaisent sur le grès cénomanien, ils s'accrochent aux anfrac- 
tuosités du roc dans les gorges les plus étroites ; les bouleaux, les 
aulnes, peuplent les dépressions cerclées de hautes murailles cal- 
caires. La flore est d'une richesse étonnante ; les grès, le calcaire, les 
schistes cristallins, les gorges humides où le soleil pénètre à peine, 
et les plateaux secs et ensoleillés, forment autant de stations diffé- 
rentes. Mais pour avoir une idée complète de la variété et de la beauté 
qu'offre la flore de ces montagnes, il faut aller encore plus haut, 
et gravir au printemps les escarpements de Piatra Craiului. 

Du haut de cette crête calcaire étroite, allongée du "N. au S., et 
dont la silhouette offre une élégance de formes, unique dans les 
Karpates, on domine la large dépression du col de Bran (Tôrzburger 
pass), par où passe la route de Kronstadt. Les bouquets de sapins, les 
champs, les prairies se mêlent sur les croupes ondulées, trouées çà 
et là de dépressions circulaires, dolines au fond plat et verdoyant, 
aux rebords hérissés de lapiez. L'horizon est fermé par la masse 

1. La plus connue est la grotte de Dâmbovicoara, actuellement saccagée par 
les visiteurs. 



— 136 — 

énorme du Bucegiu, qui représente encore un autre type de mon- 
tagne. 

Là, dominent les conglomérats cénomaniens, appuyés sur les cal- 
caires tithoniques de Strunga. Leurs bancs épais et compacts ont 
résisté à une érosion séculaire et rien ne peut donner idée des 
aspects fantastiques, qu'offrent leurs escarpements gigantesques (v. 
planche CV). La forme générale du massif est, comme nous l'avons 
vu, en rapport avec la tectonique, mais c'est à l'action glaciaire qu'il 
faut attribuer le découpage dans le bloc compact d'arêtes étroites et de 
cirques aux parois presque verticales, tel qu'on l'observe tout autour 
du point culminant (Omu, 2,510 m ). L'amphithéâtre, formé par la 
crête en fer à cheval et sur les flancs duquel ruissellent les eaux 
rassemblées par la Jalomi^a, est richement boisé jusqu'à des alti- 
tudes très élevées. Le fond de la vallée offre une succession d'élar- 
gissements où s'étalent des prairies, et de gorges sciées dans le cal- 
caire, comme celle où se trouve la célèbre grotte et le monastère 
hypogée de Jalomij;a 1 . 

Avec le Bucegiu, on n'a pas encore épuisé la série d'aspects variés 
qu'offre cette région unique. Il faut gagner par Strunga et Sfîntu 
Ilie le massif cristallin du Leota, pour voir le paysage changer com- 
plètement. Plus d'escarpements ruiniformes, plus de brusques déni- 
vellations, plus de vallées étroites et encaissées ; l'œil se repose sur 
les formes arrondies familières dans les Alpes transylvaines. Le 
Leota est en effet le dernier témoin avancé de l'extension du grand 
continent cristallin, recouvert ici par un épais manteau de sédiments. 

Il peut paraître singulier de vouloir faire une région naturelle 
d'un ensemble montagneux aussi hétérogène. Son unité est cepen- 
dant dans cette variété même d'aspects, qu'on ne retrouve ni à l'E. 
de la Prahova, ni à l'O. de la Dâmbovita. C'est une région de tran- 
sition, et l'étonnante richesse de formes qu'on y observe est en 
rapport avec une histoire géologique d'une complexité sans exemple 
dans les Karpates valaques. Si, par les formes alpines et l'élévation de 

1. Les récits d'excursions à la grotte sont innombrables. Le plan et la descrip- 
tion en ont été donnés par M. Popovici-Hatzeg. La Grotte de Schitu Jalomita, 
Bull. Soc. Ingen. Bue, I. Le club karpatique de Sinaïa a fait faire des aménage 
ments qui rendent la visite facile, mais dont le résultat le plus clair a été la 
destruction des superbes stalactiqu.es par des vandales, Il existe une seconde grotte 
dans laquelle on pénètre par un couloir où l'on a de l'eau jusqu'à mi-corps ; elle 
serait encore plus belle que n'était la première (communication du supérieur du 
monastère). Bonnes photographies in Toula. Eine geologische Reise, loc. rit. et 
Pax. Grundzuge der Pflanzenverbreitung in den Karpaten. 



— 137 — 

ses sommets, ce pays rappelle les Alpes transylvaines, tandis que ses 
vallées peuplées, sa viabilité, son caractère ouvert, le font rattacher 
aux monts du Buzeu, on reconnaît dans cette situation équivoque 
comme le pendant d'un passé géologique troublé, où la région fut 
constamment disputée entre le massif cristallin valaque et la mer 
qui formait les sédiments karpatiques. C'est aux mouvements de 
transgression et de régression, qui ont été la conséquence de cette 
lutte, qu'est due la variété de faciès des couches géologiques, et par 
suite la variété des aspects du relief. 

Zone de transition entre les Alpes transylvaines et les Karpates 
Moldaves, les monts du Bucegiu sont devenus, grâce à leur situation 
et à leur viabilité, une région de passage, par où communiquent 
depuis longtemps, les centres populeux situés de part et d'autre des 
Karpates dans la plaine de Kronstadt et dans la région des collines 
valaques. C'est par le col de Bran, que la tradition fait descendre le 
fondateur transylvain de la principauté roumaine de Yalachie. Il 
est certain que les relations ont dû être fréquentes entre la princi- 
pauté naissante, dont la capitale était Câmpullung, et les Roumains 
transylvains. Actuellement encore, pour le paysan du département 
de Muscel, Brasov est la grande ville où l'on va faire ses provisions 
d'outils, de vêtements, d'objets manufacturés. La route la plus belle 
qui traverse les Karpates valaques est celle qui passe au col de Bran. 
Tout du long de cette voie, la population forme une traînée continue 
de Rucar à Kronstadt. Tantôt, elle se concentre en gros bourgs qui 
sont presque de petites villes comme Rucar, en villages cachés au 
fond d'un petit polie, comme Podu Dâmbovi^ei; tantôt, elle s'égrène 
en habitations isolées qui se blotissent dans les vallées là, où elles 
s'élargissent un peu, ou se dispersent sur les pentes fertiles. !N"ulle 
part, les habitations permanentes isolées ne montent aussi haut. On 
voit des champs de maïs à 1,200 mètres. 

La voie de la Prahova, qui prend de jour en jour plus d'impor- 
tance, est de date plus récente. Les gorges de la rivière entre Sinaïa 
et Comarnic, n'étaient pas faciles à tourner. Le monastère de Sinaïa 
a été le premier centre de peuplement. Ce n'est qu'au siècle dernier 
que la population a commencé à remonter vers Predeal l . Le chemin 
de fer, la grande route très bien entretenue, le développement des 
centres industriels comme Azuga, précipitent de plus en plus ce 
mouvement. 

I. Diction. Géogr. Dép. Prahova, article Sinaïa, Publ, Soc. Géogr. Roum. 



— 138 



Y III 



A l'E. de la Prahova commence une région montagneuse qui n'a 
pas d'analogue en Yalachie, et qui présente tous les caractères des 
Karpates tels qu'on les trouve en Moldavie. Plus de sommets dépas- 
sant 2,000 mètres. Un observateur placé assez haut pour embrasser 
d'un coup d'œil toute la chaîne, ne verrait qu'un dédale de crêtes 
aux formes éinoussées, atteignant toutes à peu près la même altitude. 
Quelques massifs font saillie, d'autant plus remarquables qu'ils sont 
isolés : Csukas, Tataru, Sireu, Penteleu. Ils se ressemblent tous : ce 
sont des crêtes formées par les bancs de conglomérats cénomaniens, 
très escarpées du côté où l'érosion attaque les couches par la tranche, 
plus abordables sur le versant qui suit la pente des couches (v. 
planche Gr). 

Le paysan n'a de nom d'ensemble pour aucun de ces petits massifs, 
l'aspect de chaque sommet diffère complètement suivant le point 
d'où on le regarde et la nomenclature est riche en doublets. Le 
Csukas est connu du Yalaque sous les noms de Tigaile et Curu Rosu. 
Les escarpements qui dominent en amphithéâtre la haute vallée de 
Teleajna, où se cache le monastère de Cheïa, ne se retrouvent pas en 
effet du côté transylvain. Là, s'étale un plateau de 1,600 mètres que 
le sommet appelé Csukas surmonte de ses pyramides aux formes 
fantastiques (1,957 m ). Yu du Sireu, le massif prend encore un autre 
aspect : déchiqueté par l'érosion des affluents du Buzeu, il semble 
une ruine. C'est Piatra Z£gan. 

De même le massif du Sireu où les couches pendent vers le N.-O. 
s'abaisse par de brusques escarpements sur la vallée du Sireu, tandis 
que les hauts pâturages couvrent les pentes douces du versant N., 
et porte des noms différents, suivant le côté par où on l'aborde. Deux 
lacs, dont l'un est presque complètement desséché brillent au voisi- 
nage du sommet. 

Du haut d'une de ces crêtes isolées, le reste des Karpates semble 
un grand plateau ondulé et profondément découpé par des vallées 
aux flancs abrupts. Les vallées sont le seul trait net du relief, et la 
plus importante de toutes a été choisie pour donner son nom à la 
région : Monts du Buzeu. Leurs directions sont d'ailleurs en rapport 
avec la tectonique, qui est déjà celle d'une région régulièrement 
plissée en synclinaux et anticlinaux parallèles. Les vallées transver- 



— 139 — 

sales : Buzeu, Doftana, Teleajna, s'ouvrent largement sur la plaine 
et la région des collines. Ce sont des routes naturelles de pénétration 
dans la montagne. Elles aboutissent à des cols relativement peu 
élevés comme le Bratos (l,500 m ), qui débouchent dans la plaine de 
Kronstadt. L'attraction de la grande ville s'exerce encore dans toutes 
ces hautes vallées, qui sont d'ailleurs peuplées en grande partie de 
Transylvains. 

Ce sont aussi des bergers transylvains qu'on rencontre souvent 
sur les hauts pâturages. La vie pastorale est ici bien plus déve- 
loppée que dans les monts du Bucegiu, où les escarpements se 
montrent justement aux altitudes où les stîne ont coutume de s'é- 
tablir. Rien n'égale les prairies du Csukas, du Sireu, du Penteleu. 
Le Sireu seul nourrit environ 20,000 brebis. Le fromage de Penteleu 
es! renommé dans toute la Roumanie. Les grès du flysch, riches en 
éléments calcaires sont un sol béni pour les plantes alpines. Les 
pentes herbeuses du Csukas, marbrées de bouquets sombres de sapins 
qui se groupent autour des gros blocs de calcaire empâtés dans la 
masse des conglomérats, semées de fleurs aux teintes éclatantes, 
offrent sous un beau soleil de juillet, un des aspects les plus frais 
et les plus riants qu'on puisse chercher dans la montagne. 

Les monts du Buzeu sont, en somme, l'amorce des Karpates mol- 
daves, plus bas, moins grandioses, plus ouverts et plus peuplés que 
les Karpates valaques en général. Ceux-ci sont au contraire, dans 
l'ensemble, une montagne sauvage, massive, triste, fermée et inhos- 
pitalière. Leur sévère beauté a cependant son charme qu'on ne peut 
oublier, lorsqu'on a gravi les cimes du Paringu ou des monts de 
Vogarash. 



140 



CHAPITRE X 

L'Olténie. 



I. La zone des dépressions subkarpatiques. — II. Le haut plateau de MehedinU. 
— III. Les collines d'Olténie. Hautes collines et basses collines. — IV. La 
terrasse diluviale d'Olténie. — - V. Le val d'Oltu. 






Passer de la description des Karpates à celle des collines et de la 
plaine valaque, c'est suivre, en quelque sorte, la marche de l'élément 
roumain dans la colonisation et le peuplement de la Valachie. 
Commencer cette étude par l'Olténie, c'est aussi s'attacher d'abord 
à la région qui semble la première avoir eu une vie historique. La 
civilisation romaine avait imprégné l'Olténie bien plus fortement 
que la Munténie, et les recherches les plus récentes montrent qu'elle 
dut être le berceau du premier état roumain indépendant. 

Il n'est pas besoin de rappeler les caractères physiques qui séparent 
nettement les deux provinces valaques. L'Olténie est de beaucoup 
la plus montueuse. Le relief seul permet d'y distinguer des régions 
naturelles, qui, par la nature du sol, le climat, l'économie rurale et 
le mode de peuplement se différencient également bien l'une de 
l'autre. 



La plus nettement marquée est sans doute la zone des dépressions 
subkarpatiques, dont nous avons déjà reconnu l'importance. 

Lorsqu'on gravit en partant de Xovaci les contreforts méridio- 
naux du massif du Paringu, on s'élève d'abord sur des terrasses de 
cailloutis, ravinées par des vallons aux flancs couverts de bouleaux. 



— 141 — 

Avant d'entrer dans la forêt, la vue s'étend au loin vers le S., et la 
topographie apparaît comme un plan en relief. La vallée du Gilortu 
semble s'étaler démesurément au sortir de la montagne, un obser- 
vateur non prévenu croirait que le fleuve longe le pied des Kar- 
pates ; des buttes élevées aux flancs assez raides forment comme le 
fia ne S. de cette grande vallée naturelle et des ondulations du sol 
les continuent à perte de vue. En réalité, le Gilortu ne suit pas le 
pied de la montagne ; il perce les collines élevées en une vallée 
étroite, dont on peut voir l'entaille et se dirige droit vers le S. La 
large dépression où il s'étale aux environs de Novaci est une 
dépression subkarpatique. Une étude détaillée montrerait que des 
terrasses de cailloutis en occupent le fond, plat comme un ancien 
lac. En s'élevant plus haut, du sommet du Cerbu, on pourrait voir 
toute une série de dépressions semblables, s'étalant jusqu'à Polo- 
vraci, entre les Karpates et les collines tertiaires. 



W. 



E. 

Màgura Slatiorului 




Figure 26. — Dépression subkarpatique de Morezu. 
Vue prise de la route de Vàideni au Balota. Dessin d'après une photographie. 



Quel que soit le point où l'on tente l'ascension d'un pic élevé, le 
même spectacle s'offre aux yeux d'un observateur attentif. Si l'on 
part de Vâideni pour monter au Balota, le sommet le plus élevé des 
monts du Lotru, la vallée du Luncavetu apparaît bientôt entaillée* 
dans une sorte de terrasse que domine la crête élevée de M?gura 
Slatiorului, le point le plus élevé des collines d'Olténie (%. 26). 
A^lOO kilomètres plus loin, à l'O., il suffit de gravir le Dealu 
Pâcruiei, au-dessus de Tismana, pour retrouver le même spectacle. 



142 



marnes 
On doit 



qui forment 
reconnaître 



Nulle part les dépressions suhkarpatiques ne se 
montrent avec plus de netteté (fig. 27). Au delà 
de la plaine un peu marécageuse où s'étale la 
rivière de Tismana, le sol se relève brusquement 
pour former le Dealu Spuresci, qui semble une 
vraie petite montagne. En regardant vers l'O. 
on voit une alternance de terres basses qui 
s'appuyent sur le bord des Karpates et de 
plaines parfaitement nivelées. Ce sont les dé- 
pressions de Brâdiceni, de Euncu et de Târgu 
Jiu. Les terrasses séparatrices se relèvent et 
s'étalent vers le S., d'une manière très sensible ; 
un œil exercé reconnaîtrait peut-être dans les 
croupes élevées qui ferment l'horizon vers le S., 
les collines qui portent les noms de Dealul Bu- 
jurescu et Dealul lui Bran. 

De Tismana à Costesci, des dépressions sem- 
blables, séparées par des sortes de dos de terrain 
plats, s'étalent comme une série de lacs comblés 
par des alluvions, entre le pied des Karpates 
cristallines et les hauteurs principales des col- 
lines tertiaires. L'importance de ces dépressions 
n'a été reconnue que depuis quelques années. 
Cobalcescu ne semble pas les avoir vues. 
M. Mrazec a le premier signalé « la dépression 
subkarpatique... dont l'origine est encore à 
chercher 1 . » Il suffit de suivre la route de Tis- 
mana à Târgu Jiu pour apprécier l'exactitude 
des brèves indications topographiques et géo- 
logiques données par l'auteur. C'est une con- 
tinuelle alternance de montées, sur des croupes 
souvent couvertes de bois de chêne, et da 
descentes, dans de larges vallées à fond plat 
où s'étalent les prairies et les champs. Les 
cailloutis qui comblent les dépressions et les 
les dos de terrain sont visibles à chaque instant 
seulement qu'il est plus juste de parler d'une 



1. L. Mrazec. Quelques remarques sur le cours des rivières en Valachie, Extr. 
Ann. d. Mus. Géol. Bue. (18%), 1898, pp. 7-8. 



- 143 

série de dépressions que d'une dépression subkarpatique. On a l'im- 
pression d'être au milieu d'une aire d'affaissement; le relief des 
croupes qui séparent les dépressions est celui d'une colline à demi 
ensevelie sous un manteau d'alluvions. 

La théorie d'après laquelle les dépressions subkarpatiques seraient 
d'origine tectonique et dateraient de la fin du tertiaire l , s'est trouvée 
pleinement confirmée par l'étude détaillée des environs de Tismana 2 
et de CâmpuUung 3 . A Tismana, on a trouvé les marnes sarmatiques 
qui reposent sur le calcaire mésozoïque formant un synclinal proba- 
blement faille. A CâmpuUung, des graviers pliocéniques forment 
de même un synclinal. En Moldavie, on a trouvé des dépressions 
subkarpatiques formant la bordure du nysch et coïncidant avec des 
affaissements 4 . 

C'est à la fin du tertiaire, peut-être à l'aurore des temps quater- 
naires et après la retraite des glaciers, qu'il faut placer la formation 
des dépressions subkarpatiques d'Olténie. Elles ont puissamment 
contribué à activer l'érosion sur le flanc S. des Karpates et amené 
même des captures comme celle qui a rétabli le cours du Jiu à peu 
près tel qu'il existait probablement avant l'ère tertiaire. 

La zone en voie d'affaissement a été le siège d'un alluvionnement 
très intense. Les torrents débouchant des Karpates ont étalé des cônes 
de déjection énormes, comblant les anciennes vallées, et ensevelis- 
sant presque toutes les collines au pied de la montagne. De là vient 
l'apparence de lac qu'offrent des plaines comme celle de Stànesci, 
de Brâdiceni, de Tismana. En réalité la pente du sol y est très forte. 
La dépression de Târgu Jiu, qui est la plus profonde et la mieux 
nivelée, accuse encore une pente moyenne de 6 mètres par kilo- 
mètre. De Bumbesci à Târgu Jiu, le Jiu a l'allure d'un torrent qui 
divague sur son cône de déjection; sa pente moyenne est de 5 m 34 
par kilomètre 5 . Il semble qu'à l'heure actuelle l'érosion ait repris 
le dessus, car les dépôts alluviaux sont entaillés par la plupart des 

1. E. de Martonne. Sur l'histoire de la vallée du Jiu, CR. Ac. Se, 1899. 

2. E. de Martonne. Sur les mouvements du sol et la formation des vallées 
en Valachie, CR. Ac. Se, 6 mai 1901. 

3. L. Mrazec. Contribution à l'étude de la dépression subkarpatique, Bull. Soc. 
Se. Duc. (1900), 1901. 

4. L. Mrazec et Teisseyre. Le sel de Roumanie, loc. cit. 

5. E. de Martonne. La crue du Jiu en août 1900. Ann. Instit. Météorol. de Rou- 
manie, 1900. 



— 144 — 

rivières et forment de véritables terrasses, mais il est assez rare que 
les marnes aient été mises à découvert. 

La zone des dépressions subkarpatiques dont l'origine est liée aux 
faits les plus importants de l'histoire du sol valaque est vraiment 
une région unique en Olténie. Nulle part on ne retrouvera cette 
alternance de croupes étroites et de vallées démesurément larges ; 
des vallées relativement étroites, séparées par de larges plate-formes 
sont au contraire la carctéristique de la zone des collines où l'érosion 
est le facteur principal du relief. 

Mais ce ne sont pas seulement les formes du terrain qui font l'ori- 
ginalité de la zone subkarpatique. Le climat y offre des particularités 
curieuses. Les pluies y sont notablement inférieures à celles que 
reçoivent les hautes collines d'Olténie. Par un régime de vents d'E. 
et du S.-E., on doit s'attendre à ce que des hauteurs comme Mâgura 
Slatiorului, Dealul lui Bran, Dealul Bujurescu, forment écran pour 
les dépressions qui se trouvent derrière elles. Malgré l'insuffisance 
du nombre des stations ce résultat était déjà mis en lumière dans 
la carte dressée par M. Hepites 1 . Nous avons essayé de le rendre plus 
sensible par un dessin des courbes qui tînt compte de la disposition 
du relief. On peut voir qu'un minimum très marqué s'étale sur la 
dépression de ïârgu Jiu et qu'un autre minimum longe le pied des 
monts du Lotru (v. Carte des pluies). 

L'hydrographie de cette région n'est pas moins curieuse. Sur le 
fond aplani des dépressions où la pente est assez forte encore, mais 
considérablement plus faible que celle des vallées de montagne, les 
rivières débouchant des Karpates présentent tous les caractères d'un 
cours d'eau qui cherche le chemin le plus court sur un cône de 
déjection récent. Souvent, elles se divisent en plusieurs bras dont 
l'importance est variable. Leur lit, creusé peu profondément, est 
incapable de contenir la masse d'eau qui arrive brusquement de la 
montagne par des gorges étroites et profondes. Les eaux canalisées 
comme dans un tube fermé se précipitent à la manière d'un jet de 
pompe dans les dépressions. Le Jiu est particulièrement terrible, 
lorsque de grosses pluies ont gonflé les torrents qui se réunissent 
dans le bassin de Pétroseny. L'étroit défilé du Surduc joue alors le 
rôle d'une sorte d'écluse qui arrête un instant la crue, mais la lâche 
bientôt, d'autant plus violente et furieuse. Au mois d'août 1900, 

1. Hepites. Régime pluviométrique de la Roumanie, Bue, 1900. 



— 145 — 

l'onde atteignant clans le défilé 15 mètres au-dessus de l'étiage, dé- 
bouchait à Bumbesci à huit heures et arrivait à Târgu Jiu à midi. 
En une henre, le niveau du fleuve montait de deux mètres, les digues 
étaient renversées, des prés, des jardins étaient inondés sur plusieurs 
kilomètres. La ville ne dut d'être sauvée qu'à sa position élevée et 
à la bonne construction de la digue cimentée qui la protège l . 

Ces inondations justement redoutées ne sont qu'un pâle souvenir 
des débâcles qui devaient, à l'époque quaternaire, ravager le bord des 
Karpates. C'est à elles qu'on doit sans doute le manteau épais de 
limon, tantôt d'aspect presque loessoïde, tantôt mêlé intimement de 
cailloutis qui recouvre partout les alluvions des dépressions sub- 
karpatiques. La fertilité du sol est due à ce limon. Nulle part il n'est 
assez épais pour que l'eau soit rare; les marnes qui affleurent çà 
et là maintiennent le niveau d'eau à une faible distance de la sur- 
face. La pluie est d'ailleurs encore assez abondante, jamais moins 
de 750 m / m . Le régime est moins capricieux que dans la plaine et 
ne connaît pas de sécheresse d'automne. Ce sont les mois de mai 
et d'octobre qui sont les plus humides 2 . La température est plus 
douce que dans les parties élevées de la zone des collines et les hivers 
de Târgu Jiu sont moins froids que ceux de Craïova. 

Tout concourt pour assurer une vie facile à une population agri- 
cole assez nombreuse. En dehors des surfaces d'inondation, les 
dépressions sont entièrement couvertes de champs et de prairies. 
Les croupes séparatrices ont souvent conservé des restes importants 
de l'antique forêt de chênes qui s'étendait sur presque toute la région. 
Le voisinage de la montagne est une nouvelle source de revenus et 
un débouché pour l'activité d'une population très dense. Sur les 
pentes inférieures paissent des troupeaux de vaches qu'on rentre à 
l'hiver. Parmi les hommes de quarante ans, on en trouverait diffi- 
cilement un qui n'ait été cioban dans sa jeunesse. À l'automne, 
avant les premières chutes de neige, on voit encore monter et des- 
cendre des caravanes de bûcherons, piquant des bœufs qui traînent, 
d'un pas lent, la câruta remplie de bûches mal équarries, ou poussant 
des chevaux chargés de sindrele, lattes préparées pour boiser les 
toits et assemblées en paquets. 

1. E. de Martonne. Etude sur la crue du Jiu, loc. cit. 

2. Tismana : J. 72 m/m ; p. 51; M. 58; Av. 65; M. 105; J. 128; Jt. 69. A. 39; S. 51; 
0. 115; N. 99: l). 87. — A Topesci, le mois d'octobre est plus pluvieux (174) que 
mai (152). 

10 



— 146 — 

Dès longtemps ces populations ont dû jouir d'une certaine tran- 
quillité, les razzias des pachas de Yiddin qui désolaient la plaine 
et remontaient parfois le long de l'Oltu jusqu'à Râmnic, n'allaient 
pas jusque-là. C'est à peine si quelque vieux paysan se rappelle « le 
temps des Turcs. » 

Aussi la population est-elle ici plus serrée que partout ailleurs 
en Olténie. Elle oscille entre 80 et 100 habitants par kilomètre carré. 
Peu de gros bourgs et d'habitations isolées, mais un grand nombre 
de petits villages, de 400 à 500 habitants en moyenne, qui s'éta- 
blissent au pied de la montagne, au débouché d'une vallée, sur la 
terrasse de cailloutis entamée par la rivière, ou sur le flanc d'une 
des croupes qui séparent deux dépressions. Pas de grande ville, les 
difficultés des communications ne prêtent pas à la circulation ; mais 
toute une série de marchés qui sont connus au loin. Târgu Jiu doit, 
comme son nom l'indique son importance aux foires qui s'y tiennent 
deux fois l'an et aux marchés qui y attirent chaque semaine toute 
une population de bergers, marchandes de fruits et petits artisans. 
Des foires importantes se tiennent aussi à Cârbunesci et à Vàideni 
au printemps, à Brâdiceni au mois de septembre. 

Ainsi par son relief, son histoire géologique, son climat, son hydro- 
graphie, sa population, la zone des dépressions subkarpatiques mérite 
d'être considérée comme un tout à part. On doit cependant ne pas 
oublier que chaque dépression a son individualité. La plus étendue 
et la plus profonde est celle dont Târgu Jiu occupe le centre et 
qu'arrose le Jiu, débouchant de la montagne à Bumbesci. Elle semble 
encore exercer une sorte d'appel sur toutes les eaux qui descendent 
des Karpates entre Tismana et Polovraci et c'est à peine si le Gilortu 
échappe à son attraction. 

C'est à l'O. du Jiu qu'on trouve le mieux réalisé le type des 
dépressions subkarpatiques, telles que nous les avons décrites. Ce 
sont de larges plaines nettement limitées et séparées par des dos de 
terrain d'une élévation relative, variant entre 30 et 80 mètres. Leur 
altitude moyenne est à peu près celle de la dépression de Târgu Jiu. 
Les cours d'eau y entaillent faiblement la terrasse de cailloutis et 
ont une allure divagante.. A l'E. du Jiu, on trouve au contraire des 
plaines relativement peu étendues, d'une altitude moyenne supé- 
rieure à 500 mètres, à peine séparées l'une de l'autre par des ondu- 
lations presque insensibles et entaillées profondément par des 
rivières qui parfois entament la roche en place. A Polovraci, l'Olte^u 



— 147 — 

s'est scié une gorge profonde jusque dans le sarmatique et le flysch 
tertiaire plissés et recouverts par les cailloutis pliocènes 1 . A Yaideni, 
le Luneavetu a creusé son lit dans les grès du flysch éocène fortement 
plissés. Il paraît évident que l'affaissement a été ici moins notable 
qu'à rO. du Jiu et l'érosion y est actuellement très intense. 

A TE. de l'Oltu, nous retrouverons les dépressions subkarpatiques 
de moins en moins nettement accusées ; leur véritable aire d'exten- 
sion est dans le département de Gorj, entre Tismana et Bumbesci. 
A TE. du Jiu, on a plutôt de hautes terrasses auxquelles on peut 
donner le nom de terrasses subkarpatiques et dont le type le plus 
parfait est la terrasse de Polovraci. Mais malgré des différences de 
structure physique, on reconnaît aisément une parenté d'origine et 
d'aspect avec les plaines de Tismana et de Brâdiceni. Le sol est 
aussi fertile, la population aussi dense et aussi active. 

Les centres d'attraction ne peuvent cependant être les mêmes. A 
TE., les foires de Vâideni et de Carbunesci attirent les paysans; 
mais à partir de Polovraci, c'est surtout vers la vallée de l'Oltu que 
descendent les carute aux jours de marché; Hâmnic, Târgu Ocna 
et Rîureni, la ville des grandes foires internationales sont connues 
des plus petits enfants. A l'O., Târgu Jiu est la métropole, mais du 
côté de Tismana, on est plutôt attiré vers le bourg commerçant de 
Baïa de Arama. Caché derrière un rideau de hautes collines que 
le Motru traverse en une vallée étroite, au milieu d'un bassin 
d'accès difficile, lorsqu'on vient du S., Baïa de Arama est une petite 
ville tout entière tournée vers la montagne et qui marque à peu près 
la limite de la zone des dépressions subkarpatiques avec ce que l'on 
a appelé le Haut plateau de Mehedinti. 

II 

Pour comprendre la nature de cette région, on fera bien de gravir, 
par une claire matinée, quelqu'une des crêtes calcaires qui dominent 
la vallée de la Cerna, vers Herculesbad (Sulita ou Lunca Câinelui). 
En tournant le regard vers l'E., on voit, au-dessous d'un abrupt bien 
marqué, s'étaler une sorte de plateau mamelonné, qu'entarllent des 
vallées étroites et profondes. L'ensemble a l'allure d'une espèce de 
cuvette très légèrement concave et inclinée vers le S., au centre de 

1. K. A. Redlich. Geologische Studien im Gebiel des Oit und Oltetzthales in 
Rumânien, Jahrb. K. K. Geol. Reichsanstalt, XLIX, 1899, p. 1. 



148 _ 

laquelle la vallée de la Topolni^a est sciée comme une rigole chargée 
de recueillir les eaux. Des bosses s'élèvent çà et là comme des excrois- 
sances parasites. La plus haute est celle du Godeanu (762 m ), dominant 
de plus de 300 mètres le reste du plateau. Au loin vers le N., se 
dessine la silhouette de Piatra Closanilor et les cimes déchiquetées 
de la chaîne cristalline des monts de la Cerna. A droite, vers le S., 
on voit nettement le plateau s'abaisser brusquement et l'on devine 
la vallée du Danube. Vers l'E., une longue crête, qui n'est autre que 
le rebord des collines tertiaires commençant à Baïa de Arama, 
ferme l'horizon. Sur tout ce plateau qui semble un marchepied gigan- 
tesque pour gravir les cimes des Karpates, l'œil cherche vainement 
les villages. Des forêts forment çà et là des taches sombres, mais la 
note claire des vergers, piqués de maisonnettes au toit fumant, 
n'apparaît presque nulle part. 

Si l'on descend vers la vallée de la Topolnija, on peut vérifier 
l'exactitude de la vue d'ensemble qu'on vient d'avoir. C'est une alter- 
nance de profonds ravins, souvent même de véritables gorges et de 
croupes arrondies, formant des dos plats toujours voisins de 
500 mètres. Les villages sont rares, tapis dans les vallées, à flanc de 
coteau, toujours à une certaine distance du lit de la rivière. 

Le nom de Haut plateau de Mehedinti, donné à cette région par 
un géologue roumain, semble bien lui convenir. Formée essentiel- 
lement de schistes cristallins plissés suivant une direction N.-N.-E. 
— S.-S.O., et dans lesquels se trouve pincée une traînée de calcaires 
mésozoïques, allongée du N. au S., elle doit son individualité à un 
affaissement qui s'est produit le long de failles parallèles au rebord 
actuel des Karpates 1 . De petits bassins tertiaires dont on trouve 
les restes à Bahna, Topile, Fântânele et Balta 2 , montrent qu'elle a 
même été réduite avant le miocène à l'état de plaine basse. L'érosion 
qui a raviné si profondément le plateau est due sans doute à un mou- 
vement d'exhaussement postérieur et à la formation de la vallée 
danubienne. Elle semble encore être plus active dans la partie 
méridionale où la Topolnita et la Bahna drainent toutes les eaux 
vers le Danube, que dans la partie septentrionale où la Cosustea les 
entraîne vers l'E. au profit du Motru. 

1. L Mrazec. Note sur la géologie de la partie S. du haut plateau de Mehedinti, 
Bull. Soc. Se. phys. Bue, 1896. 

2. Sabba Stefanescu. Etude sur les terrains tertiaires de Roumanie. 



— 149 — 

Le N. de cette région est d'ailleurs à tous égards plus favorisé 
que le S. La tramée calcaire s'y étale, formant un plateau encore en 
grande partie couvert d'une belle forêt de chênes et de hêtres, crevé 
de dolines, plein de grottes, de vallées sèches, de lacs périodiques. 
Ponoare est célèbre par ses ponts naturels, ses cavernes, ses quatorze 
kzeri (lacs) * (v. planche F). Le fond asséché des dolines où se ras- 
semble une bonne terre végétale est toujours occupé par un petit 
champ ; au bord des plus grandes on trouve généralement un groupe 
de maisons. C'est à ses nombreuses dolines que Ponoare doit son nom 
(ponor = doline), et peut-être son existence. 

A part ces régions calcaires, le haut plateau de Mehedinti est un 
pays pauvre et dur à l'habitant. Le sol est maigre, pas de limon 
comme dans la région des collines. Sur les flancs escarpés des vallées, 
le ruissellement emporte la terre végétale. De grandes forêts de 
chênes et de châtaigniers couvraient jadis toute cette contrée, im- 
prudemment déboisée. Les pluies sont très abondantes (Balta 956 m / m , 
Baïa de Arama 1,106 m / m ), et l'imperméabilité du sol, jointe à la 
pente excessive des thalwegs, rend les crues redoutables. La Topol- 
nita surtout et la Bahna sont connues pour des rivières mauvaises. 

Le climat est rude dans toute la région. Sur le plateau, les gelées 
nocturnes commencent dès septembre et la neige tombe en octobre. 
En automne et au printemps, le brouillard noyé les vallées profondes 
et ne se lève pas toujours dans l'après-midi. Le blé vient mal. La 
population est misérable, les maisons mal bâties, sans air, souvent 
groupées en petits hameaux de 100 à 200 habitants. La densité 
moyenne atteint à peine 20 habitants par kilomètre carré. Pas un 
seul centre important : dans le S. c'est Turnu Severin, qui est la 
ville : dans le N., on est davantage attiré vers Baïa de Arama. 

Le liant plateau de Mehedinfi est le coin le plus déshérité de 
toute l'Olténie, comme la zone des dépressions subkarpatiques en est 
le pays le plus riche. La moyenne est donnée par la région des 
collines qui s'étend au S. jusqu'à Craïova et à l'E. jusqu'à l'Oltu. 



1. Draghlceaxu. Mehedinti, Studii geologice, Bue, 1885. — Toula. Eine geolo- 
gische Rei>e in die Transsylvanischen Alpen, Ver. /. Verbr. Naturwiss. Kenntn. 
Wien. — Mrazec, loc. cit., et d'autres ont célébré les merveilles de Ponoare. 
Bonne photographie du pont naturel dans Toula. 



150 



III 



Lorsqu'on gagne Bucarest en chemin de fer en partant de Târgu 
Jiu, le trajet de Carbunesci à Filiasi peut donner une juste idée de 
l'aspect le plus attrayant de cette contrée. La ligne suit la large 
vallée du Gilortu, où la rivière serpente au milieu de champs de 
maïs, parfois à demi-enterrés sous le limon déposé après les grandes 
pluies de printemps. De hautes collines s'élèvent à droite et à gauche 
ravinées par une érosion puissante, qui parfois détache des mamelons 
isolés et creuse des vallons aux berges escarpées. Leurs flancs encore 
boisés ne s'abaissent pas par une ponte continue, mais par une série 
de ressauts formant des terrasses. On a bientôt remarqué qu'une de 
ces terrasses se poursuit avec une netteté et une continuité frappante, 
dominant de 20 à 50 mètres le fond de la vallée. C'est là que se 
postent les villages toujours éloignés du fie vive. Leurs maisons à 
demi cachées parmi les vergers, grimpent le long des coteaux et 
se montrent partout où débouche un vallon latéral. Au milieu de 
l'été, quand la brise fait onduler à perte de vue les panaches de maïs 
et que les collines baignées de soleil détachent leur silhouette tran- 
quille sur un ciel d'un bleu éclatant, on a l'impression de traverser 
un pays calme, riche, facile et doux à l'homme. 

Mais pour avoir une idée complète de cette région il faut quitter 
les grandes vallées. En gravissant les pentes assez raides des collines 
par un de ces chemins pierreux, encore bons pour la caruta du 
paysan, on débouche sur une plate-forme ondulée, couverte de taillis 
de chênes qui bouchent la vue de tous les côtés. On peut marcher 
longtemps sans voir aucune habitation ; des vallons plus ou moins 
profonds forcent à de continuelles montées et descentes. Parfois la 
forêt s'éclaircit, un hameau apparaît groupé autour d'une source ; 
l'eau est rare sur ces hauteurs. L'aspect sera le même jusqu'à ce 
qu'on débouche dans une grande vallée comme celle de l'Amaradia 
ou de l'Oltefu. 

Telle est à peu près partout la région des collines, pays montueux, 
n'offrant nulle part de relief supérieur à 600 mètres, dédale de vallées 
qui s'abaissent de 250 mètres à 100 mètres, et de croupes arrondies 
qui sont les restes d'un plateau incliné vers le S. de 500 à 250 mètres. 
Des argiles, des marnes, des sables, déposés par les mers miocènes 
et pliocènes, restés à peu près horizontaux et ravinés par une puis- 
sante érosion, sont les seuls éléments qui constituent cette région. 



— 151 — 

On sait qu'à la fin du tertiaire, Tare karpatique était déjà à peu 
près formé. Au Pontien, la Valachie et la Moldavie septentrionale, 
n'offraient déjà plus qu'un lac saumâtre, où se déposaient successi- 
vement des marnes passant du gris blanchâtre au gris bleu avec 
Valenciannesia annulata, des marnes, jaunes, tendres, souvent sa- 
bleuses, riches en congédies et contenant les premiers Tylotoma, 
enfin des sables mêlés de petits lits marneux avec Dreyssensia, Unio 
et Tylotoma 1 . Ces niveaux ne se retrouvent pas partout ; ce n'est 
qu'en Olténie qu'on peut les observer tous les trois 2 . L'alternance 
des couches sableuses et marneuses qu'ils présentent a favorisé la 
production de ressauts de pente en forme de terrasses. Avec le plio- 
cène, on voit la dessalure des eaux s'accentuer ; c'est un véritable lac 
qui s'étale en Yalachie, de plus en plus envahi et comblé par les 
sédiments. Des marnes argileuses, auxquelles succèdent des sables, 
puis de nouveau des marnes, tels sont les dépôts laissés par cette 
grande lagune qui, en Olténie, ne semble pas avoir été plus loin au 
X. que Pesceana (sur le Jiu) 3 . A ce moment une bonne partie de la 
région des collines était exondée et déjà soumise à une vigoureuse 
érosion. Les couches prenaient la légère inclinaison vers le S.-E. qu'on 
observe dans les vallées du Grilortu, du Jiu et du Motru. Le plai- 
sancien paraît être resté horizontal. 

C'est donc uniquement l'érosion qui a créé le relief de la région. 
Les rivières se sont établies en suivant la pente générale du sol vers 
le S. -S.-E., et en s'allongeant sur les surfaces découvertes par les 
eaux en retrait. Le Motru, le Jiu, l'Amaradia et l'Olte^u ont cen- 
tralisé le drainage. Leurs affluents sont à peu près tous comme eux 
des cours d'eau conséquents. L'évolution du réseau hydrographique 
ne semble pas riche en épisodes intéressants. Cependant, il paraît 
certain que le creusement des vallées ne s'est pas fait sans à-coup. 
Le fond de toutes les grandes vallées, Oltetu, Gilortu, Jiu, est formé 
par une terrasse de cailloutis, recouverte de limon plus ou moins 
profondément entaillée par la rivière. C'est sur cette terrasse que sont 
établis routes et chemins de fer. Au-dessus, on observe à flanc de 
coteau, une terrasse dans la roche en place, dont la continuité est si 
parfaite qu'elle ne peut être due à une couche plus résistante. Le 
même phénomène se retrouve dans toute la Munténie, dans les vallées 

i. .-. Stefanescc. Etude sur les terrains tertiaires de Roumanie. Tylotoma est 
une espèce de Vivipara dont l'évolution permet de suivre le retrait des eaux et 
la dessalure progressive du lac plaisancien. 

t. S. Stefànescu. op. cit., spéc. pp. 143-145. 

3. 8. Stefan escu, op. cit. 



— 152 — 

de l'Oltu, de l'Argesh, de Prahova et même en Moldavie 1 . L'obser- 
vateur le plus superficiel ne pourrait manquer d'en être frappé, tant 
la répétition en est constante. L'origine en est plus difficile à élucider. 

La terrasse inférieure est une terrasse de comblement, qui s'étale 
de plus en plus, au fur et à mesure qu'on descend et finit par former 
la grande terrasse diluviale de la plaine valaque ; mais sa continuité 
avec les terrasses des dépressions subkarpatiques n'est nulle part net- 
tement établie. Elle devrait correspondre à la terrasse inférieure de 
Bumbesci. Quant à la terrasse supérieure, c'est une terrasse d'érosion 
qui peut dater de l'époque où l'érosion a atteint son maximum d'in- 
tensité. En admettant qu'on puisse généraliser les faits que l'étude 
du Paringu nous a révélés 2 , ce moment se placerait après la première 
période glaciaire, c'est-à-dire à l'époque où l'alluvionnement a été 
le plus intense dans lés dépressions subkarpatiques et où s'est formée 
la terrasse supérieure de Bumbesci 3 . Cette période de creusement 
aurait été suivie d'une période de comblement à laquelle on devrait 
la terrasse inférieure. L'ère actuelle est au contraire une ère de creu- 
sement et l'activité de l'érosion est telle, qu'on voit dans la haute 
vallée du Gilortu, des torrents former des cônes de déjection en dé- 
bouchant sur la terrasse supérieure. 

Quoi qu'il en soit, on ne saurait trop exagérer l'importance géogra- 
phique de ces terrasses. Là sont les cultures ; les habitations se 
groupent généralement sur le flanc ou au pied de la terrasse supé- 
rieure, partout où elle est entamée par un vallon. C'est à elles que les 
larges vallées du Jiu, du Gilortu, de l'Oltetu doivent d'être la partie 
vivante et riche de la région. Les hauteurs qui les séparent ne sont 
souvent qu'une solitude boisée. 

Les caractères généraux de la zone des collines d'Olténie sont en 
somme très simples et l'on chercherait vainement ici la variété 
d'aspects de la montagne, ou même celle des dépressions subkarpa- 
tiques. On peut cependant noter quelques contrastes entre la partie 
la plus voisine de la montagne et celle qui touche à la plaine. C'est 
surtout à la première que s'applique la définition donnée de la zone 
des collines. C'est une région très montueuse, où les collines 

1. L. Mrazec. Quelques remarques sur le cours des rivières en Valachie, loc. cit. 
et communication inédite. 

2. E. de Martonne. Sur la période glaciaire dans les Karpates méridionales, 
CB. An. Se. 27 nov. 1899, et Contributions à l'étude de la période glaciaire, Bull. 
Soc. Géol. Fr. % 1900. 

3. Considérée comme pliocène par Mrazec. Contribution à l'histoire de la vallée 
du Jiu, Bull. Soc. Se. Bue. (1900). 



— 153 — 

atteignent jusqu'à 500 et 600 mètres, alternant avec des vallées de 
180 mètres d'altitude en moyenne. Les dos de terrain qui séparent 
les vallées sont presque entièrement couverts de taillis de chêne 
pédoncule et de Q. sessiliûora. Sur les points les plus élevés on trouve 
encore quelques hêtres et des bouleaux. Le sous-bois est formé par 
des troènes, des nerpruns, des fusains. Les vallons où jaillissent des 
sources sont déboisés et abritent des groupes de maisons, chacune 
entourée de son petit champ de maïs. Ce sont les plus anciens centres 
habités, car il fut un temps où le paysan fuyait les routes. Dans les 
vallées inférieures à 200 mètres, la forêt a presque complètement 
disparu. Dans les îles, sur les bords des cours d'eau, on trouve encore 
des bouquets importants de chênaies, où domine une espèce commune 
dans la plaine (Q. pub es cens). La végétation est partout très riche, 
les sources abondent à flanc de coteau, au contact des marnes et des 
couches sableuses. 

Le climat est d'ailleurs très humide. C'est là, particulièrement 
entre le Gilortu et l'Oltu, qu'est la région la plus pluvieuse de toute 
la Valachie, en dehors des Karpates, il y tombe plus d'un mètre d'eau 
(Slavesci 967 m / m , Roiesci, 1,143 m / m )- Ces pluies sont surtout des 
pluies de printemps 1 , très favorables au maïs. Dans les districts 
de Grorj et de Yâlcea, le maïs représente les 4/5 des céréales culti- 
vées. Les étés relativement secs conviennent à cette culture. 

Dans toute cette région qui s'étend à peu près jusqu'à une ligne 
tirée de Strehaïa à Drâgasani, la densité de la population varie entre 
40 et 50 habitants par kilomètre carré. Les habitations sont plus 
dispersées que partout ailleurs : chaque vallon a sa source, chaque 
repli de terrain au voisinage des vallées cache un groupe de deux 
ou trois maisons. Aucun centre important : à l'E. du Jiu, dans les 
collines de Yâlcea, on sent l'attraction des marchés de Râmnic, 
Rîureni, Drâgasani. A l'O., dans les collines de (rorju, c'est à Stre- 
haïa ou à Filiasi que se donnent rendez-vous les Olteani. 

Ces deux bourgs qui prennent de plus en plus d'importance 
marquent le commencement d'une nouvelle région où l'on peut voir 
se perdre graduellement tous les traits qui caractérisent la zone des 
collines. Là, plus de hauteurs dépassant 300 mètres. Les grandes 
vallées s'étalent encore davantage. Celle du Jiu dépasse 6 kilomètres 
de largeur ; la terrasse inférieure y prend de plus en plus d'impor- 

1. Roesci : J. 45: F. 85: M. 151: Av. 175; M. 99; J. 179; Jt. 89; At. 38; S. 35; O. 61: 
N. 87; D. 96 ■/*. 



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— 154 — 

tance, entaillée de plus en plus profondément 
par la rivière ; la terrasse supérieure semble 
encadrer seule la vallée comme si tous les 
sommets plus élevés avaient disparu. Bientôt, 
elle s'effacera elle-même et l'on se trouvera 
au milieu d'une plaine formée par l'épanouis- 
sement de la terrasse diluviale (fig. 28). 

Tandis que le relief se déprime et s'unifor- 
mise ainsi, la végétation s'appauvrit, la forêt 
de chênes qui couvrait les collines est de plus 
en plus décimée. Souvent on traverse sur de 
grandes étendues des taillis bas de chêne 
pédoncule. Dans les vallées par contre, on 
trouve des bouquets de bois plus beaux. La 
population est toujours groupée à peu près 
de même. Les sources abondent sur le bord 
des vallées, où les marnes inférieures du 
plaisancien forment un niveau d'eau cons- 
tant 1 . 

Un observateur attentif remarquerait ce- 
pendant quelques différences de part et d'autre 
du Jiu. A l'E. de ce fleuve on retrouve un 
petit nombre de grandes vallées dont les plus 
importantes sont celles de l'Oltu et de l'Ama- 
radia; les dos de terrain qui les séparent 
s'amincissent et se terminent par des crêtes 
d'aspect relativement hardi (Dealul Soarelui, 
D. Floresci, etc.). La population est plus 
nombreuse (54 habitants par kilomètre carré), 
le paysage plus riant et plus varié. A l'O. du 
Jiu, on a un grand nombre de petits cours 
d'eau tous parallèles et coulant vers l'E. en 
des vallées étroites, faiblement entaillées 
dans un plateau très uni forme. La popula- 
tion est moins dense (46 habitants par kilo- 
mètre carré), l'aspect monotone. 



1. S. Stefan esc u. Etude sur les terrains tertiaires 
de Roumanie. 



— 155 — 

Craïova est pour tout ce pays la grande capitale. Strehaïa, Filiasi, 
Balsiu, desservies par la voie ferrée Bucarest- Yârciorova prennent 
cependant de jour en jour plus d'importance, comme marchés de 
bestiaux et de céréales. 

IV 

Il est remarquable que toutes ces villes sont situées à peu près au 
contact de deux régions différentes. Craïova même n'échappe pas à 
cette loi, c'est à la fois la métropole de la région des collines et de 
la région des plaines. 

Beaucoup moins développée qu'en Munténie, la terrasse diluviale 
qui forme la plaine valaque est aussi moins monotone, moins nue, 
moins sèche. La densité moyenne de la population y atteint encore 
58 habitants par kilomètre carré. On n'y trouve point de ces steppes 
complètement inhabitées comme l'était encore le Bârâgan il y a 
quelques années. Le contraste avec la zone montagneuse est pour- 
tant encore assez frappant pour fixer l'attention. 

L'habitant des hautes collines de Grorju ou de Yâlcea, transporté 
brusquement sur le plateau qui s'étale entre l'Oltu et le Jiu serait 
sans doute assez dépaysé. Son œil chercherait vainement une hauteur 
pour y adosser sa maison à l'abri du vent. Là, pas de vallon frais 
cachant une source près de laquelle on s'établit à son gré, pas de 
forêt où l'on puisse largement tailler du bois pour se bâtir un logis 
et se chauffer en hiver. On peut cheminer des heures sans voir autre 
chose qu'un bouquet d'acacias poudreux. Le plateau monotone n'est 
entaillé que par quelques vallées sèches, des rivières même comme 
le Teslui sont souvent sans eau. La population est groupée en gros 
villages de plus de 800 habitants en moyenne. Les bourgs de 2,000 
ou 3,000 âmes ne sont pas rares (Redea, Mârsani, Locusteni, Ama- 
rasci, etc.). Les habitations isolées, les petits hameaux sont presque 
inconnus. Les cultures couvrent à peu près partout le sol, merveil- 
leusement fertile, formé par un limon loessoïde reposant sur des 
cailloutis. Les panaches du maïs et les épis dorés du froment on- 
dulent à perte de vue à la fin de l'été. 

Plus on approche du Danube, plus s'accentuent tous ces carac- 
tères, plus le limon devient épais, le sol sec, les arbres rares, les 
habitations concentrées. De l'aspect de la steppe de transition inter- 
rompue de bouquets de bois, tel qu'il commence à apparaître dès 



— 156 — 

Craïova, on passe insensiblement à nne steppe véritable. A la hau- 
teur de Caracal on trouve encore des bois de chênes spéciaux (Q. pu- 
bescens, Q. confcrta), accompagnés de buissons, de noisetiers, de 
troènes, de sureaux. Ce sont les restes d'une couverture de forêt 
peut-être plus étendue jadis; mais il est probable qu'il y eut tou- 
jours une zone de steppe aux environs du Danube. Les précipitations 
partout inférieures à 600 m / m n'atteignent pas 500 m / m sur les bords 
du grand fleuve (Caracal 566 m / m , Corabia 485 m / m ). Ce n'est pas 
assez pour un sol de limon poreux. 

La vallée du Jiu, quoique très fertile, n'est pas sensiblement plus 
peuplée que la terrasse diluviale. Le fleuve y serpente en méandres 
accompagnés de bras morts, où les roseaux poussent en vrais fourrés. 
Les inondations sont fréquentes 1 . Le sol imprégné d'humidité a des 
exhalaisons malsaines ; en août, les environs d'une grande ville 
comme Craïova ont souvent des odeurs qui saisissent le voyageur 
passant en chemin de fer. Dès le début de l'automne, les brouillards 
du matin s'élèvent du fleuve, leurs vapeurs qui s'accrochent aux 
coteaux, donnent aux berges dominant de près de 100 mètres le 
fond de la vallée, l'air d'une petite montagne. 

A l'O. du Jiu, la terrasse diluviale n'existe guère. Au delà du 
Desnatul, on entre dans une région d'aspect nouveau. C'est une 
plaine inférieure à 100 mètres d'altitude, complètement dépourvue 
d'arbres, mais semée de collines basses et allongées. Bientôt ces 
accidents de terrain qui se répètent de plus en plus, prennent l'appa- 
rence de rides parallèles, orientées à peu près du N.-O. au S.-E., avec 
la régularité de véritables dunes. La première entaille dans le sol 
montre qu'il est formé de sables fins et que ces ondulations sont bien 
des dunes en partie consolidées. Là où la charrue n'a pas passé, se 
montre une végétation toute spéciale : grands chardons, bouquets de 
scabieuses balançant gracieusement au vent leurs larges fleurs, 
touffes d'œillets et de silènes aux calices gonflés, avec çà et là un 
tapis d'herbes sèches d'un vert roux, graminées et cypéracées xéro- 
philes, mêlées de quelques plantes grasses 2 . Des petits lacs en cha- 
pelet, des marécages apparaissent entre les dunes de plus en plus 
serrées au fur et à mesure qu'on approche du Danube. 

1. Chiru. Canalisarea rîurilor ci irrigatiimi, Bull. Soc. Géogr. Rom., 1893. 

2. On cite (Grecescu, Conspectul, p. 764) : Centaurea banatica, Dianthus prolifer, 
D. Salubetrum. Silène viscosa, S. conica, Onosma arenarium, divers Crambe, 
Cakile, etc. 



- 157 — 

L'absence de l'homme frappe encore plus ici que sur la terrasse 
diluviale. Pourtant cette région est loin d'être inhabitée, la densité 
de la population y atteint en moyenne 33 habitants par kilomètre 
carré. Le sable, soutenu presque partout par les marnes pon tiennes 
ne manque pas complètement d'eau et est un bon terrain pour les 
céréales. Mais les pluies sont trop peu abondantes pour que la nappe 
aquifère puisse être atteinte autrement que par des puits profonds. 
Aussi toute la population est concentrée en de gros villages ; on en 
trouve peu de moins de 1,000 habitants, les bourgs de plus de 
3,000 âmes ne sont pas rares (Motateu 4,474 habitants, Galicea Mare 
4,158, Maglavitu 4,290, etc.) ; on compte deux villages ayant gardé, 
à tous les égards, le caractère d'agglomération rurale et qui dépassent 
8,000 habitants (Bâilesci 8,879, Poiana 8,618). 

Ce groupement de la population en gros bourgs est celui qu'on 
retrouve dans la plaine hongroise entre le Danube et la Theiss. 
C'est bien en effet une véritable petite pussta que ce coin d'Olténie, 
dépendance de la vallée Danubienne, plus que de la terrasse dilu- 
viale. Cette zone qui s'étale à l'Ouest du Desnâ^ul jusqu'à la hauteur 
de Galicea, s'étrangle à Calafat où le Danube est resserré entre deux 
plateaux de plus de 100 mètres, pour s'épanouir de nouveau en 
amont de Cetatea. Là se retrouvent les gros villages comme Patu- 
lele, les alternances de dunes et de marécages, comme dans la plaine 
de Flamânda. Nous verrons plus loin (chap. XIII) comment on peut 
suivre les progrès de l'assèchement de cette région jadis balayée par 
le courant puissant du Danube, et à laquelle conviendrait le nom si 
souvent mal appliqué de Terrasse Danubienne. 



Les dépressions subkarpatiques, le haut plateau de Mehedin^i, les 
hautes et basses collines, la terrasse diluviale et la terrasse danu- 
bienne, autant de régions naturelles bien tranchées, autant d'aspects 
variés que présente l'Olténie. On pourrait hésiter à y ajouter encore 
le val d'Oltu, large dépression surpeuplée, antique voie de commu- 
nication qui traverse toute la Yalachie, frontière séculaire de deux 
pays. Une connaissance familière de la contrée, un peu de pratique 
de la vie rurale suffiraient pour lever tous les doutes. 

Pour le cultivateur de Vâlcea ou de Romana^i, c'est TOltu qui est 
le pays béni. Là sont les foires, les grands marchés, les villes où l'on 



- 158 — 

trouve tout. C'est par là que passent depuis des siècles la grande 
route, et maintenant le chemin de fer. A part Slatina, toutes les 
villes sont d'ailleurs sur la rive droite de l'Oltu, au pied des collines 
qui forment le flanc occidental de la vallée et c'est avec l'Olténie 
qu'elles sont en relation commerciale. La berge orientale, souvent 
longée par le fleuve, forme un abrupt dans lequel la seule coupure 
est celle de la vallée du Topologu. La berge occidentale est au con- 
traire trouée à chaque instant par les vallées d'affluents assez impor- 
tants. La Bistrita, le Luncavetu, l'Oltetu, le Teslui sont autant de 
portes, par lesquelles la riche vallée s'ouvre naturellement vers l'.O. 
Ce n'est pas vers la Munténie qu'elle regarde, c'est vers le pays 
auquel elle a donné son nom, vers l'Olténie. 

De tout temps, le val d'Oltu a été un centre de peuplement. La 
colonisation romaine y avait solidement pris pied ; une belle chaussée 
dont on retrouve encore les traces, la suivait du Danube aux Kar- 
pates l . La haute vallée en amont de Drâgàsani a surtout joué un 
grand rôle dans l'histoire des principautés. C'est là que se trouvent 
quelques-unes des cités les plus anciennes de la Valachie : Râmnic 
la ville religieuse, siège épiscopal depuis le XIV e siècle, cinq fois 
saccagée et brûlée par les Turcs, Ocna, centre des exploitations de 
sel, Rîureni, petit village transformé tous les ans en une grande ville 
au moment de sa foire internationale, Drâgasani x la ville des vins, 
dont les foires étaient souvent ensanglantées, comme celles de Rîu- 
reni, par les razzias turques 2 . 

L'aspect de la vallée ne diffère pas sensiblement de celui qu'offre 
la haute vallée du Jiu. La rivière, souvent partagée en plusieurs bras 
qui entourent des îles boisées, coule à peu près à égale distance des 
collines, mais avec une tendance à se rapprocher plutôt de la berge 
orientale moins élevée. Tout le fond de la vallée est occupé par une 
terrasse couverte de champs de maïs et parsemée de petits hameaux. 
La population est ici très disséminée. Au pied des collines boisées, le 
débouché de chaque vallon est marqué par un groupe de maisons 
entourées de vergers. Sur les coteaux exposés à l'E., les pruniers en 
plantations serrées se mêlent aux vignes. Une impression de vie, de 
richesse, d'abondance, se dégage de tout ce pays. 

1. Schuchhardt. Wâlle und Chausseen in S. und O. Dacien, Arch. Epigr. Mitteil. 
Wien, IX, 1886. 

2. Lahovari. Oltul, Bull. Soc. Géogr. Rom., 1891. 



— 159 — 

Pourtant ce n'est pas ici que la vallée de l'Oltu est le pins peuplée. 
La densité qui est de 57 habitants par kilomètre carré, s'élève à 105 
dans la basse vallée, véritable oasis au milieu des plaines dénudées de 
la terrasse diluviale. L'approche de la dépression s'annonce lorsqu'on 
vient de Bucarest par des vallonnements de plus en plus accentués, 
qui rompent la monotonie du plateau. Des ravins entaillés dans le 
limon, et sans eau, se creusent de plus en plus profonds. Enfin, on 
débouche dans une plaine immense, en partie boisée, où l'œil cherche 
en vain la rivière perdue au milieu des bouquets de chênes et des 
saulaies. A Slatina, le val d'Oltu n'a pas moins de 10 kilomètres de 
large. Outre le bras principal, une foule de petites rigoles se croisent 
dans la plaine alluviale, affluents qui longent le bord d'une terrasse 
sans se décider à rejoindre le fleuve, canaux par où le trop-plein des 
eaux se déverse au moment des crues. Dans toute cette zone, souvent 
inondée, on ne trouve à peu près aucune habitation. Toutes se 
groupent sur une terrasse correspondant à celle du Jiu, et qu'une 
seconde terrasse domine à partir de l'Oltetu. Cette seconde terrasse 
n'est autre que le rebord de la terrasse diluviale dans laquelle la 
vallée est creusée. 



Le val d'Oltu complète heureusement cet ensemble de régions 
variées qui forme l'Olténie. Il y a là un groupement naturel de pays, 
différents par leur nature physique, leurs ressources économiques, 
leur mode de peuplement, mais qui se complètent en formant un tout 
harmonieux et qui se suffit à lui-même. On comprend la persistance 
du sentiment national dans une contrée aussi bien faite pour vivre 
d'une vie à part. Actuellement encore, l'Oltean, s'il est fier de la 
grande patrie roumaine, revient avec plaisir dans sa petite patrie. 
Les splendeurs de la capitale, à demi occidentale, qui brille en 
Munténie, ne font pas oublier le charme de vieilles villes comme 
Craïova ou de jeunes cités actives comme Târgu Jiu. 



— 160 — 



CHAPITRE XI 



Les collines de Munténie. 



I. Les collines de Munténie à l'O. de la Dâmbovita : Hautes collines d'Arge^, 
dernières dépressions subkarpatiques. Basses collines de Yedea. — II. Les 
collines de Munténie à l'E. de la Dâmbovi^a, collines de Jalomiia-Dâmbovila. 
— III. Collines de Prahova-Teleajna, collines de Ploiesti. — IV. Collines du 
Buzou, collines du Râmnic. 



La Munténie est loin d'avoir l'harmonieuse unité de l'Olténie. 
Les collines et la plaine y forment deux pays aussi nettement séparés 
que possible. Nulle part la distinction entre ces deux régions n'est 
plus justifiée. Le passage de l'une à l'antre, au lieu de se faire par une 
transition presque insensible, est souvent marqué par une forte déni- 
vellation, tel que l'abrupt longé par l'Arges de Pitesci à Gâiesci, ou 
celui qui domine la plaine du Buzeu. 

Le relief du sol, l'hydrographie, le climat, la végétation, le peuple- 
ment, l'économie rurale, tout diffère. Les collines de Munténie sont 
une région montueuse, parfois même d'aspect montagneux, souvent 
difficile à séparer des Karpates proprement dites, aussi riche en eau 
que la haute montagne, avec moins de caprice peut-être dans le 
régime des rivières qui l'arrosent. La monotonie des plaines du 
Bârâgan et du Buzeu défie toute comparaison, les alignements de 
tumuli y sont pendant des kilomètres le seul accident de terrain, 
et, sauf une ou deux grandes vallées, les replis du sol sont presque 
toute l'année sans eau. Un climat assez pluvieux (600 à 800 m / m ), un 
sol de composition variée, de relief assez accidenté pour offrir les 
meilleures orientations dans des vallées ensoleillées et à l'abri des 
grands vents, assurent aux collines une végétation analogue à celle 
qui fait la beauté de l'Olténie; les forêts imprudemment dévastées 



E. de Martonne. — La Valachie. 



Planche F. 




XI. — Dolines avec lacs à Ponoare (Haut plateau de Mehedinti). 




XII. — Relief caractéristique des collines tertiaires au voisinage de la montagne. 
Une Ripa de la vallée de l'Arges près Curtea de Arge§. 



— 161 - 

de la Prahova au Buzeu, sont encore très belles du côté de Curtea 
de Arges. Balayée d'un bout à l'autre par le crivet, brûlée par des 
chaleurs d'été excessives, la grande plaine de Munténie ne reçoit en 
moyenne pas plus de 500 m / m de pluie, et son sol poreux, formé 
presque partout par le loess, recouvrant les graviers diluviaux, laisse 
filtrer ce que l'évaporation n'enlève pas. Aussi la végétation arbo- 
rescente y est presque partout proscrite. La steppe semble être la 
formation naturelle qui s'étend depuis des milliers d'années tout le 
long du Danube, sur une largeur de 50 kilomètres. La grande agri- 
culture s'est emparée de ces plaines, le maïs et le froment y couvrent 
de vastes espaces ; la population encore assez clairsemée, est obligée 
de se grouper en gros villages autour de puits profonds, tandis que 
dans les collines verdoyantes et bien arrosées, le paysan roumain 
continue à mener la vie qui lui paraît la meilleure, établissant sa 
maison là où il lui plaît, auprès d'une source ou d'un ruisseau, culti- 
vant son champ de maïs, en même temps que son verger, ses pruniers 
ou sa vigne. 

Le peuple a le sentiment profond de la différence radicale qui 
existe entre ces deux pays, et, chose curieuse, ce sont moins les 
contrastes du relief qui le frappent, que ceux de la végétation et de 
la vie économique. Les mots le prouvent : d'un côté c'est la plaine 
nue, câmpul; de l'autre, c'est la forêt à demi défrichée, podgoria 1 . 
Les sympathies sont plutôt pour cette dernière région ; c'est là que 
la population est encore le plus dense, c'est là que l'élément roumain 
a pris pied depuis le plus longtemps. C'est par là que nous allons 
commencer l'étude de la Munténie. 



De l'Oltu au Milcov, la zone des collines s'étend sur une longueur 
de plus de 200 kilomètres, avec une variété étonnante de formes et 
d'aspects. Plus large à l'O., elle va en s'amincissant de plus en 
plus vers l'E., et se soude de plus en plus intimement aux Karpates. 
La vallée de la Dâmbovita marque à peu près la démarcation entre 
deux régions assez différentes. 



1. Cf. les expressions de Forêt, Wald (Forêt Noire, Schwarzwald, Teutobûr- 
gerwald, Forêt de Sillé, Forêt de Montaud, etc.) souvent employées par le peuple 
pour désigner une montagne. 

11 



162 

C'est à l'E. de cette ligne que les collines de Munténie ont le 
caractère le plus original ; on n'y retrouve plus aucun des traits des 
collines d'Olténie. A l'O. de cette ligne la transition est au contraire 
sensible. Moins étalée qu'en Olténie, la zone des collines a cependant 
encore une largeur notable (50 à 80 kilomètres) ; déjà plus inti- 
mement soudée aux Karpates, elle en est encore séparée quelquefois 
par des dépressions comme celle de Câmpullung, qui sont la dernière 
ébauche des dépressions subkarpatiques. Enfin, on y peut encore dis- 
tinguer nettement une région de hautes collines profondément ravi- 
nées, et de basses collines déjà assez semblables par leur allure de 
plateau à la terrasse diluviale sur laquelle elles viennent mourir 
insensiblement. 

Les premières forment une zone de relief très accidenté depuis 
le pied des monts de Eogarash jusqu'à une ligne passant par Pitesci 
et les sources de la Yedea. Les cours d'eau qui y ont ciselé dans les 
couches tertiaires une série de vallées à peu près parallèles, sont 
tous, à l'exception du ïopologu, tributaires de l'Arges. Cette rivière 
est donc le principal facteur du relief du sol et mérite de donner 
son nom à la région (hautes collines de l'Arges). 

Ce sont bien de hautes collines, presque de petites montagnes. 
Lorsqu'on remonte les vallées de l'Arges ou du Topologu, on est 
frappé par la raideur des versants. De véritables escarpements de 
près de 50 mètres, se montrent près de Curtea de Arges. La diffé- 
rence moyenne de niveau entre les thalwegs et les crêtes est de 
200 mètres, et la multiplicité des vallées parallèles réduit les dos 
de terrain qui les séparent à des plateaux étroits. Nulle part en 
Olténie, il n'existe de région aussi déchiquetée. Les communications 
de l'E. à l'O. sont des plus difficiles. Le chemin de fer de Curtea de 
Arges à Calimanesci, qui s'impose d'autant plus qu'on est en train 
de pousser la voie ferrée à travers le défilé de l'Oltu, n'a pu encore 
être entrepris. L'établissement de la voie présenterait autant de 
difficultés que celui d'un chemin de fer de montagne. Pas de vallées 
transversales, aucun passage abaissé d'une vallée à l'autre. De plus, 
toute la région est formée par les grès du nysch éocène, mêlés de 
marnes feuilletées, qui, avec les argiles gypsifères de l'helvétien, 
et les sables marneux du pontien 1 constituent un terrain instable, 



1. Sabba StefÂnescu. Etude sur les terrains tertiaires de Roumanie. 



— 163 — 

sujet aux éboulements et aux glissements. Il faut ajouter que ces 
couches sont légèrement plissées et inclinées généralement vers 
le S. K 

Cette inclinaison, déjà très sensible à Curtea de Arges (10 à 
15 degrés), a déterminé la formation du réseau hydrographique, qui 
ne compte que des cours d'eau conséquents ; mais déjà de petits 
escarpements, correspondant aux bancs marneux plus résistants du 
pontien ou aux couches gréseuses les plus dures de Téocène, se 
montrent, orientés transversalement. Leur répétition constante 
donne au profil des collines l'aspect d'une sorte d'escalier aux marches 
allongées ; c'est peut-être le trait le plus frappant du paysage. 

Les vallées, plus larges dans les marnes pontiennes, plus étroites 
et plus profondes dans les grès éocènes, qui y forment des escarpe- 
ments connus sous le nom de rîpe 2 (v. planche F), sont toujours 
accompagnées des mêmes terrasses qu'en Olténie. La terrasse infé- 
rieure de cailloutis recouverts d'un limon loessoïde est déboisée, bien 
cultivée, et semée de petits hameaux qui se groupent surtout au 
pied de la terrasse supérieure. Les dos de terrain qui séparent les 
vallées sont encore presque partout boisés. 

Le climat de toute cette région est assez semblable à celui des 
hautes collines de Vâlcea. Les précipitations y sont très abondantes 
(Curtea de Arges 936 m / m ), et la plus grande partie des pluies tombe 
en juin et juillet 3 , en sorte que la sécheresse d'été est inconnue. 
Ces pluies ont parfois une violence extrême. C'est à Curtea de Arges 
qu'on a enregistré le maximum diurne le plus élevé qu'on connaisse 
jusqu'à présent. Le 7 juillet 1889 on recueillit en 24 heures, 226 m / m 3 ; 
encore faut-il noter que la presque totalité (204 m / m ) avait été donnée 
par une averse torrentielle de 20 minutes 4 . Il est facile d'imaginer 
l'influence que peuvent avoir de pareilles ondées sur les cours d'eau, 
et la puissance érosive qu'elles prêtent au moindre ruisselet. Des 
glissements et des éboulis suivent presque toujours les périodes de 
pluie. 



1. Popovici Hatzeg. Etude géologique des environs de Sinaïa, coupe de Valea 
Doamnei, p. 145. 

2. Sabba Stefanescu. Etude sur les terrains tertiaires de Roumanie. 

3. Curtea de Arge? : J. 55; F. 46; M. 54; Av. 86; M. 91; J. 178: Jt. 98; At. 57; S. 58; 
O. 64; N. 67; D. 66. 

4. Hepites. Régime pluviomé trique, p. 65. 



164 

C'est une des raisons pour lesquelles les cultures et les habitations 
se concentrent dans les vallées. Le déboisement des collines élevées 
serait imprudent, et sans doute plus nuisible qu'utile à l'agriculture. 
Cette région qui semble très peuplée lorsqu'on suit les vallées, l'est 
en somme assez peu (45 habitants par kilomètre carré). Ce n'est qu'en 
approchant de la montagne qu'on voit les inégalités du sol s'atténuer 
et en même temps les habitations se disséminer à peu près unifor- 
mément. 

Les hautes vallées de l'Arges, du Topolog, du Biu Târgului, 
débouchent à leur sortie de la montagne dans une zone de faible 
relief, aussi peuplée que les dépressions subkarpatiques d'OHénie. 
Lorsqu'on arrive à Corbeni et Arifu, ou qu'on va de Câmpullung à 
Nâmâiesci, l'abaissement des collines qui encadraient jusque-là les 
vallées de hauteurs escarpées, est d'autant plus sensible que les 
Karpates s'élèvent brusquement par un abrupt de 500 à 700 mètres 
de hauteur relative. Lorsqu'on gravit les pentes boisées du Gbi^u 
au-dessus de Corbeni, ou qu'on monte sur les croupes pelées et 
hérissées de lapiez de Piatra Nàmâiescilor, la vue rappelle les dépres- 
sions subkarpatiques, telles qu'on les connaît à l'O. de l'Oltu. L'ori- 
gine de ces affaissements semble être d'ailleurs la même. Les grès 
éocènes qui s'appuyent sur le granité du Frunte, pendent fortement 
vers le S., tandis que l'inclinaison est assez faible entre Corbeni et 
Albesti. A Câmpullung on a signalé des graviers pliocéniques for- 
mant un synclinal 1 . C'est ici la dernière ébauche des dépressions 
subkarpatiques. Le phénomène perd déjà en ampleur et en conti- 
nuité. La dépression de Corbeni-Arifu est entièrement isolée par 
rapport à celle de Câmpullung. 

Celle-ci est de beaucoup la plus riche et la plus peuplée. La pré- 
sence d'une ville comme Câmpullung, porte la densité de la popu- 
lation à 157 habitants par kilomètre carré. L'antique capitale de 
Radu Negru, premier centre de la vie politique en Munténie, a, grâce 
à son heureuse situation, échappé à la décadence qui a réduit Curtea 
de Arges au rang de petit village. Tête de ligne de la grande route 
qui passe en Transylvanie par le col de Bran, centre d'une région 
fertile et bien cultivée, chef-lieu du département de Muscel, c'est 
encore une petite ville de 6,810 habitants qui voit en été sa popu- 

1. L. Mrazec. Contribution à l'étude de la dépression subkarpatique, Bull. Soc. 
Se. Bug., 1901. 



— 165 — 

lation doublée par l'afflux des baigneurs et des touristes Bucares- 
tois. La fortune de Câmpullung ne semble pas d'ailleurs avoir jamais 
subi d'éclipsé ; déchue du rang de capitale, elle resta longtemps la 
seule ville franche de Yalachie, sorte de petite république, avec un 
conseil municipal électif (les douze pârgari), et un maire (judetul), 
investis de pouvoirs financiers et judiciaires. La commune avait son 
sceau de fer et délivrait aux commerçants des passeports, respectés 
paraît-il, jusqu'en Turquie l . L'importance actuelle de Câmpullung 
est due à sa position géographique. C'est la seule ville qui puisse 
servir de débouché à une région montagneuse relativement assez 
peuplée et assez fréquentée. Mais elle a dans Ruca,r, située au cœur 
même de la montagne une rivale de jour en jour plus redoutable, et 
qui pourrait le devenir encore plus, si le projet de chemin de fer 
Rucàr-Gaiesci était enfin réalisé. 

La région des hautes collines proprement dite n'est pas attirée 
vers Câmpullung. Curtea de Arges y tient des foires, où l'on s'amuse 
plus qu'on ne vend. Les vallées qui sont les voies de communi- 
cation naturelles, convergent toutes vers Pitesci, et c'est de ce 
côté que se porte tout le mouvement commercial. La plaine qui 
entoure la ville est d'ailleurs un des coins les plus fertiles de la 
Yalachie, et a dû être de très bonne heure un centre de peuplement. 
Elle se continue tout le long de la large vallée de l'Arges, jusqu'à 
Gâiesci, dominée par une ligne de hauteurs assez escarpées, où les 
hameaux s'échelonnent au milieu des vignes et des vergers. Ces 
coteaux qui frappent de loin la vue lorsqu'on arrive du S. à travers 
les plaines monotones du Teleorman, sont le rebord même des collines 
d' Arges, dominant la terrasse diluviale par un abrupt sans cesse 
avivé par l'érosion d'une rivière importante. L'exposition favorable, 
la bonne qualité du sol (marnes et sables pontiens), en ont fait dès 
longtemps un des lieux d'élection pour la culture de la vigne et 
des pruniers. Les vins des coteaux d'Arges ne sont pas moins re- 
nommés que la tuica de (xolesci. A part les vallées surpeuplées de 
Prahova, Jalomija ou Teleajna, il n'est peut-être pas de région qui 
laisse une plus forte impression de richesse et de vie exubérante. La 
densité de la population y atteint 257 habitants par kilomètre carré. 

Ainsi se vérifie encore une fois le principe qui veut que la popu- 
lation se porte toujours de préférence à la limite de deux région? 

1. C. D. Artcescu. Istoria Câmpullungului in Dict. Géogr. Muscel., pp. 77-79. 



— 166 — 

naturelles. Nulle part en effet, si ce n'est aux environs du Buzeu, 
on ne retrouvera démarcation aussi nette entre la zone des collines 
et celle des plaines valaques. L'érosion active d'un fleuve tel que 
l'Arges, suivant peut-être une ancienne ligne de dislocation a pu, 
seule, maintenir une ligne de contact aussi franche. 

A l'O. de l'Arges, les collines viennent, comme en Olténie, se 
raccorder insensiblement avec la terrasse diluviale. Entre Pitesci, 
Slatina et l'embouchure du Topologu, s'étend une sorte de plateau 
faiblement incliné vers le S.-E., formé de couches marno-sableuses 
à peu près horizontales, recouvertes de plus en plus par le limon au 
fur et à mesure qu'on descend vers le S. Pas une seule grande y allée, 
mais partout des sources et des vallons peu profonds, c'est notre 
région des basses collines de Vedea. La population y est extrêmement 
dispersée, chaque repli de terrain cache un hameau, la densité 
moyenne dépasse à peine 40 habitants par kilomètre carré. C'est ici 
la dernière fois qu'on retrouve ces basses collines, trait caracté- 
ristique de l'Olténie. Leur disparition définitive à TE. de la Dâm- 
bovita est le signal de l'entrée dans une région nouvelle, vers laquelle 
les collines d'Arges formaient une transition. 

II 

De Târgoviste à Eocsani, la largeur moyenne de la zone des 
collines est réduite à moins de 50 kilomètres, mais elles deviennent 
d'autant plus élevées, et se soudent de plus en plus intimement à 
l'arc karpatique. Malgré sa faible étendue, c'est ici qu'est la région 
la plus riche, la plus intéressante, la plus variée d'aspects. Des 
coteaux plus ou moins élevés, souvent couverts de forêts de chênes, 
des vallées plus ou moins larges, toujours assez peuplées et couvertes 
de champ de maïs, tel est en somme le spectacle qu'offre à peu près 
partout l'Olténie. Le voyageur qui parcourt les collines de Munténie, 
découvre à chaque instant un aspect nouveau. 

Après la large et fertile vallée du Buzeu, tout entière livrée à 
l'agriculture, semée de hameaux qui se suivent en file serrée au 
milieu des vergers et des champs, dominée par des collines au profil 
effacé, aux sommets encore boisés ; quel contraste offrent les environs 
de Câmpina ou de Baicoi : coteaux brûlés, noirs de pétrole, sans 
herbe, sans végétation, vallons criblés de trous de sonde, où retentit 
le sifflet des sirènes, où se dressent dans l'air les cheminées des puits 



— 167 — 

d'exploitation ! La vallée de Prahova, dans la traversée des marnes 
sénoniennes a des perspectives anssi curieuses : sous un ciel écla- 
tant les teintes rouges et vertes du sol, partout mis à nu par une 
érosion formidable, les ravinements des collines déboisées, les vallons 
verdoyants où se cachent les villages au milieu des pruniers, com- 
posent un spectacle étrange et non sans charme. Plus singulier encore 
est l'aspect des vallées où les formations salifères viennent au jour. 
Les rocs de sel percent à chaque instant dans la vallée de Slanic, on 
les voit étinceler sous le soleil au milieu d'une végétation spéciale 
aux teintes d'un vert grisâtre. L'eau des ruisseaux et les alluvions 
qu'ils déposent contiennent parfois assez de sel pour que les buissons 
d'atripleœ, aux feuilles blanchâtres, couvrent le fond des vallons. 

Ainsi quelques courses faites au hasard suffisent pour donner 
l'impression d'un pays aussi varié d'aspects que riche en ressources 
de toute espèce. La population plus nombreuse qu'en aucune partie 
de l'Olténie y est distribuée aussi de façon plus inégale. Rien qui 
ressemble en deçà de l'Oltu à des fourmilières comme la vallée de 
Prahova, où la densité de la population atteint 370 habitants par 
kilomètre carré. Nulle part les contrastes ne sont plus frappants 
dans le groupement de la population. 

C'est ici qu'on sent le mieux les différences profondes qui séparent 
la Munténie de l'Olténie. Ces différences d'aspects et de vie éco- 
nomique sont en rapport avec des différences de nature physique. 
Tandis que les collines d'Olténie, nettement séparées des Karpates 
ont leur structure propre et doivent leurs formes de relief à l'érosion 
de rivières conséquentes suivant l'inclinaison générale du sol ; les 
collines de Munténie, soudées de plus en plus intimement à la haute 
montagne, sont obligées d'en épouser la structure, et l'érosion, de 
plus en plus asservie aux exigences d'une tectonique compliquée, 
finit par donner un réseau de vallées et de crêtes correspondant exac- 
tement aux plissements. On peut suivre cette transformation gra- 
duelle de la Dâmbovita au Buzeu. 

La région montueuse qui s'étend au N. de Târgoviste est déjà 
quelque chose de nouveau pour le voyageur venant des collines 
d'Arges. Sans doute l'allure générale du relief est encore la même, 
ce sont les deux vallées où la Jalomifa et la Dâmbovita coulent 
droit vers le S. en suivant la pente générale du sol, qui en sont le 
trait principal et la ligne directrice. Mais déjà l'on remarque la dis- 
parition complète des dépressions subkarpatiques, et si l'on scrute 



— 168 — 

l'allure du sous-sol, on y reconnaît une série de larges ondulations. 
Quelques-unes étaient déjà esquissées à l'O. de la Dâmbovij;a ; mais 
ici les synclinaux commencent à se creuser (synclinal de Yalea Larga 
dans les marnes éocènes), les anticlinaux se bombent légèrement 
(anticlinal du nysch et de l'helvétien à Mofàeni x ). Les formes du 
relief deviennent plus complexes, on ne retrouve plus la régularité 
des escarpements tournés vers le N., qui caractérisent les environs 
de Curtea de Arges. 

La géographie humaine offre aussi quelques traits nouveaux. On 
est frappé par l'importance de plus en plus grande prise par les 
vallées principales. La vallée de Jalomi^a, de Târgoviste à Serbânesci, 
est une véritable fourmilière : le long des routes, c'est une file presque 
ininterrompue de maisons, au milieu de vergers et de champs de 
maïs. La densité de la population atteint là, 239 habitants par kilo- 
mètre carré, tandis que le reste de la région ne compte que 40 à 
50 habitants. La vogue des eaux sulfureuses de Pucioasa et la cons- 
truction d'une voie ferrée y menant à partir de Târgoviste, ont con- 
tribué à augmenter la prospérité de cette riche vallée. Le chemin de 
fer de Gâiesci à Rucar pourrait peut-être rendre le même service à 
la vallée de Dâmbovij;a. 

La concentration de la population le long de ces grandes vallées 
est due uniquement à la fertilité du sol de leurs terrasses limoneuses 
et des coteaux bien arrosés qui les encadrent. Car elles ne mènent 
nulle part, ce sont de véritables impasses du côté de la montagne. 
Le peuplement n'en est pas dû à des colons transylvains, il s'est fait 
par un graduel envahissement des habitants des environs de Târgo- 
viste. C'est encore vers Târgoviste que se tournent maintenant tous 
les regards. C'est là qu'est le débouché naturel de toute la région 
des collines de Jalomi|a-Dâmbovij;a, 

111 

Lorsqu'on dépasse à TE. les hauteurs qui marquent la limite du 
bassin de la Jalomita, on entre dans un pays où les conditions phy- 
siques et économiques sont déjà plus complexes. Deux rivières 
jumelles coulant du N. au S., la Prahova et la Teleajna, sont encore 
ici les agents du drainage ; mais on ne peut rapporter tous les détails 

1. Popovici-Matzeg. Etude géologique des environs de Sinaïa. Coupe de la vallée 
de DâmbovHa au N. de Gemenea, p. 149, et coupe de la vallée de Jalomita, p. 159. 



— 169 — 

du relief à leur seule action. Un réseau d'affluents coulant dans des 
vallées normalement orientées aux vallées principales, commence à 
se dessiner. Les collines tendent à adopter le même alignement, où 
l'on reconnaît l'influence de plissements de plus en plus énergiques. 
Le sous-sol, bouleversé par les efforts orogéniques, se révèle riche 
en trésors cachés jusqu'à présent : le sel, le pétrole, transforment les 
pays où on les exploite. Cette région des collines de Prahova- 
Teleajna, qui s'étend jusqu'à la hauteur de Mizilu, est la plus peuplée 
et la plus variée d'aspects de toute la Yalachie. 

C'est encore dans les grandes vallées que la population est le plus 
dense. Le long de la Teleajna se pressent près de 270 habitants au 
kilomètre carré. L'aspect de cette vallée est déjà presque celui du 
val de Buzeu. Une terrasse d'une horizontalité parfaite en occupe 
tout le fond de Yaleni à Valea Larga, les champs de maïs et de 
froment s'y étendent à perte de vue, les arbres y sont rares, l'eau 
manque à la surface, la population s'y groupe en gros villages ; on 
dirait un golfe de la plaine diluviale pénétrant au cœur de la zone 
des collines. Le lit de la rivière et des affluents les plus importants 
montre par endroits, au-dessous des cailloutis recouverts de limon 
loessoïde qui constituent la terrasse, le sous-sol formé de schistes 
ménilitiques et de grès du flysch. Une seconde terrasse, plus élevée 
et aussi horizontale, s'appuye sur les coteaux bas qui séparent la 
Teleajna du Slanic (fig. 29). On y traverse, pendant des kilomètres, 
une forêt de chênes rabougris ; les graviers diluviaux et le loess y 
recouvrent encore les schistes ménilitiques qui affleurent sur le 
rebord, donnant un niveau d'eau constant, le long duquel les habi- 
tations se dispersent librement au milieu des vergers. 

Deux lignes de villages, l'une suivant le pied de la terrasse supé- 
rieure l'autre longeant la rivière s'échelonnent le long de cette vallée. 
Un certain bien-être semble régner dans toute cette région; les 
maisons y sont mieux bâties, plus propres, les objets de la vie cou- 
rante y sont plus chers qu'ailleurs. Le vin et la tuica de Yaleni et de 
Homoriciu ont une certaine renommée. De grandes foires annuelles 
et des marchés hebdomadaires attirent à Yaleni de munte la popu- 
lation de tous les environs. 

Plus peuplée, plus riche peut-être, la vallée de la Prahova est 
cependant moins attrayante. De bonne heure, la population a dû 
s'y porter, il en est résulté un déboisement téméraire des collines 
voisines. Livrées à l'érosion torrentielle, les marnes sénoniennes et 
helvétiennes ont été ravinées avec une intensité incroyable. L'aspect 
de ces coteaux nus et déchiquetés a parfois quelque chose do désolé. 



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— 171 — 

On est d'autant plus frappé par la beauté de la végétation sur le 
bord des rivières. Le lit démesurément large de la Prahova est en- 
combré d'îles sans cesse remaniées, où des tamarins et de jeunes 
saules trouvent encore moyen de s'accrocher. Sur les berges, conso- 
lidées par de gros blocs de conglomérats, les frênes se mêlent au peu- 
plier noir, à l'aulne blanchâtre. Le chêne est devenu très rare. Chaque 
vallon cache un groupe de maisons, mais les gros villages qui se 
suivent à peu près sans interruption, de Câmpina à Comarnic, sont 
tous établis sur une haute terrasse entaillée successivement dans les 
marnes sénoniennes, dans le flysch éocène et dans les marnes gypsi- 
fères helvétiennes l , toujours recouverts d'une couche de cailloutis 
et de limon. 

Des plissements intenses, accompagnés de failles, trahissent la 
part de plus en plus grande prise par ces couches aux mouvements 
orogéniques qui ont formé la chaîne karpatique. Ces dislocations sont 
bien pour quelque chose dans la facile venue au jour des nappes 
pétrolifères. Des sources de pétrole étaient connues depuis long- 
temps dans la vallée de la Prahova, actuellement les cheminées de 
puits et les réservoirs cylindriques peuplent la terrasse de Câmpina. 
Il y a quelques années, une explosion a projeté dans l'air une colonne 
de pétrole qui jaillit pendant plusieurs jours. Tous les environs sont 
noirs, brûlés... Cette activité industrielle ne peut qu'augmenter 
l'afflux de la population. 

En dehors des grandes vallées, la région des collines de Prahova- 
Teleajna est encore notablement plus peuplée qu'aucune autre partie 
de la zone des collines, la densité y oscille entre 60 et 120 habitants 
par kilomètre carré. C'est que l'alluvionnement intense, qui étala 
jadis le long de la Prahova et de la Teleajna ces terrasses, recher- 
chées pour les établissements humains, a envahi presque toutes les 
vallées. C'est toujours sur des terrasses limoneuses que se groupent 
les villages le long du Cricov, de la Dofnata, du Verbilâu et du 
Slanic. La vallée du Slânic, où le sel, exploité en grand pour le 
compte de l'Etat, est partout voisin de la surface du sol, offre un des 
aspects les plus curieux de la région des collines. Les buissons gris 
à'Atripleœ, qui longent les ruisseaux, les tapis de Salicornes, (['Aster, 
àïAvenaria, qui couvrent le bord des lacs salés, ou encadrent les blocs 
de sel étincelant au soleil, ne peuvent manquer d'attirer l'attention . 

1. Popovici-Hatzeg, op. cit., coupe Coinarnic-Câmpina, p. 160. 



— 172 — 

En été Slanîc est une de ces villes d'eau, toute bourdonnante de 
bruits de fête, de chants et de musique, qui se multiplient chaque 
jour dans les Karpates. 

Telle est la variété de ce riche pays des collines de Prahova- 
Teleajna, où la pénétration de l'homme au cœur d'une région mon- 
tueuse était facilitée par de larges et fertiles vallées. Où s'arrête-t-elle 
et comment prend-elle contact avec la plaine diluviale? c'est ce 
qu'il est difficile de dire. 

Lorsqu'on descend la vallée de la Prahova, on voit après Câmpina 
l'horizon s'élargir. Les coteaux élevés, qui encadraient encore la 
vallée jusque-là, s'écartent à gauche, et la vue s'étend sur une vaste 
terrasse, dans laquelle la rivière a creusé une vallée large de deux 
kilomètres, aux berges formées de cailloutis et de limon. Pas une 
maison isolée, pas un arbre, au loin l'œil découvre avec peine un 
bouquet de bois. Sans aucun doute, on a quitté définitivement la zone 
des collines pour déboucher dans la plaine valaque. Il n'en est rien. 
Bientôt la tache verte qui pointait à l'horizon se rapproche, s'étale, 
on reconnaît un bombement du sol très appréciable, coteau couvert 
de vergers, de bouquets d'arbres et entouré de maisons. Un autre 
coteau apparaît, puis un véritable massif de collines assez mouve- 
mentées. Si l'on pouvait contempler à vol d'oiseau toute cette région, 
on aurait l'impression de voir des îles surgir au milieu de la mer. 
Les îles sont des collines formées de couches tertiaires, la mer c'est 
la terrasse de cailloutis recouverts de limon qui se prolonge à l'in- 
térieur de la montagne le long des grandes vallées, et s'étale dans 
la plaine valaque. 

C'est ici qu'on peut le mieux comprendre l'importance du chan- 
gement marqué par la disparition simultanée des dépressions sub- 
karpatiques et de la zone des basses collines. A l'affaissement limité 
au bord des hautes Karpates, se substitue un affaissement de toute la 
zone subkarpatique. De là, vient l'alluvionnement intense qui a 
enseveli ici presque complètement la bordure externe des collines 
de Prahova-Teleajna, ne laissant surgir que les sommets les plus 
élevés, et qui a même envahi plus haut les vallées principales en y 
étalant de vastes terrasses limoneuses. Les îlots tertiaires qui percent 
le manteau du diluvium au N. de Ploiesti, correspondent aux anti- 
clinaux des couches helvétiennes et pontiennes 1 , de plus en plus 

1. L. Mrazec. Communication inédite. 



— 173 — 

disloquées au fur et à mesure qu'on approche du point où l'affais- 
sement a été le plus notable. La poussée au vide et l'influence per- 
turbatrice exercée par les lentilles de sel gemme * ont amené des 
glissements, des refoulements, des étranglements ; .si bien qu'on 
trouve les superpositions de couches les plus invraisemblables. Ce 
sont les sondages exécutés pour la recherche du pétrole qui ont permis 
de découvrir cette complexité étonnante de la tectonique, cachée 
sous un relief en apparence très simple 2 . 

Les environs de Baicoi sont presque entièrement livrés à l'indus- 
trie du pétrole. Certains vallons, comme celui de Bustenari, sont 
criblés de trous de sonde tous les 10 ou 20 mètres. Le paysan ne 
songe plus qu'à vendre son champ à l'ingénieur le plus offrant. En 
général cependant, les collines tertiaires gardent leur aspect riant. 
Les sommets en sont boisés, les villages se groupent tout autour, au 
contact avec la plaine qui est presque entièrement livrée à la culture 
des céréales. Le long des berges des grandes vallées s'échelonnent 
les hameaux. Fiiipesci, au bord de la Prahova, est un lieu de foires 
renommées. 

Toute cette région, à la fois agricole et industrielle, où la densité 
de la population dépasse 70 habitants par kilomètre carré est comme 
la banlieue de Ploiesci. L'attraction de la grande ville s'exerce jus- 
qu'au fond des vallées de Prahova et Teleajna. L'influence même de 
Bucarest y est sensible. Il n'est pas de région dans la zone des collines 
d'où l'on communique plus facilement et plus fréquemment avec 
la capitale. Un professeur, un ingénieur peut habiter Câmpina et 
venir à Bucarest pour ses occupations. Entre les environs de Baicoi 
et Bucarest ou Ploiesci, il y a une foule d'intérêts communs. La 
circulation des voyageurs et celle des marchandises, dépasse sur la 
ligne ferrée de la Prahova celle des voies les plus fréquentées. Nulle 
part la civilisation n'a pénétré plus profondément dans le monde 
sauvage des Karpates. 



1. Sur le rôle joué par les massifs de sel dans la tectonique, voir Mrazec et 
Teisseyre. Le sel de Roumanie, loc. cit. 

2. L. Mrazec. Communication inédite. Malheureusement l'immense majorité des 
précieux matériaux recueillis est perdue pour la science. Chaque société garde pour 
elle les renseignements acquis, ou même jette les terres retirées pour qu'aucun 
concurrent ne puisse profiter de ses travaux. 



174 



IV 

A l'E. d'une ligne passant par Mizilu et le Csukas, s'étend une 
nouvelle région, dont le drainage et le modelé sont l'œuvre presque 
exclusive du Buzeu et de ses affluents. Moins variée d'aspects, moins 
peuplée dans l'ensemble, elle offre cependant des coins où la richesse 
du sol ne le cède en rien aux vallées de Prahova ou ïeleajna. La 
structure physique est plus nettement encore déterminée par les plis- 
sements des couches tertiaires. On en connaît encore mal le détail, 
mais il est facile de retrouver dans le réseau orthogonal formé par 
les vallées du Buzeu et de ses affluents, la trace de synclinaux et 
d'anticlinaux orientés du N.-E. au S.-O. Les plis déjetés vers le S.-E. 
deviennent la règle. D'après les recherches les plus récentes 1 la bor- 
dure du fiysch est constamment marquée par un chevauchement des 
plis karpatiques sur ceux du tertiaire, faisant suite à la grande faille 
qui limite les Hautes Karpates par rapport à la région salifère de 
Slânic. 

Le trait le plus caractéristique de cette région est l'abrupt par 
lequel les hautes collines dominent la terrasse diluviale. Des sommets, 
dépassant 600 et 700 mètres (Istrija 758 m ), s'abaissent jusqu'à 
50 mètres par une pente continue de 10 à 15 degrés. De loin, ces 
hauteurs boisées que couronnent parfois des escarpements gréseux, 
ont l'air de véritables montagnes. Les pentes inférieures, bien ex- 
posées au S.-E., sont couvertes de vergers, de vignes, de plantations 
de pruniers, semées de maisonnettes isolées ou groupées en petits 
hameaux. Plus bas s'alignent en file presque continue, les villages 
établis au débouché de chaque vallée. L'impression d'abondance et 
de vie est la même que celle que donnent les coteaux de l'Arges entre 
Pitesci et Gaiesci. La densité de la population dépasse 100 habitants 
au kilomètre carré. Les richesses minérales du sous-sol ont éveillé 
une activité industrielle. Les noms de lieux témoignent souvent de 
la présence du sel : Valea Sârata, dura Saratei. Le pétrole est exploité 
aux environs de Munteoru. Les gros villages ne sont pas rares : 
Mizilu, Breaza sont des marchés fréquentés à la fois par le podgorean 
et l'habitant de la plaine. 

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1. Mrazec et Teisseyre. Aperçu géologique sur les formations salifères et les 
gisements de sel en Roumanie, Monit. d. Intérêts pétrolif. roum., 1002. 



— 175 — 

Si Ton franchit la crête des collines dont l'Istri^a est le plus haut 
soin met, on tombe dans la vallée du Niscovu, qui n'est qu'une suite 
de hameaux et de vergers, dominés par des coteaux boisés. Toute la 
région assez montueuse qui s'étend jusqu'au Buzeu a le même carac- 
tère. La densité de la population y atteint presque 130 habitants par 
kilomètre carré. Seule, la vallée du Buzeu dépasse encore ce chiffre, 
grâce à de gros bourgs comme Magura, Plescoi, Pârscov, lieux de 
foires et de marchés pour toute la contrée. 

Il est encore difficile de dire exactement à quelles dislocations 
correspondent des vallées comme celles de la Bîsca, du Buzeu, du 
^Niscov, mais il semble bien évident que la Bîsca inférieure et le 
Buzeu jusqu'à Pârscov, ainsi que le Mscov dans tout son parcours, 
sont des sillons longitudinaux. La vallée maîtresse du Buzeu a été 
la plus atteinte par l'alluvionnement provoqué par l'affaissement de 
toute la région ; mais le déboisement imprudent des coteaux voisins 
a réveillé dans ses petits affluents une puissance d'érosion terrible. 
On voit des amoncellements de blocs gros comme une maison, au 
débouché de ruisseaux qui roulent à peine en temps ordinaire 
quelques grains de sable. Le grand fleuve lui-même, semble être 
revenu à une période d'activité ; les terrasses limoneuses qui en- 
combrent le fond de la vallée m'offrent aucune résistance et l'on y 
voit le lit se déplacer avec une rapidité étonnante l 

Les affluents da gauche du Buzeu (Slanic, Saratelu), sont les tor- 
rents les plus fougueux; on peut dire qu'ils démolissent, plutôt qu'ils 
n'arrosent le pays. L'érosion dans les schistes ménilitiques, dans les 
marnes gréseuses du flysch et dans les formations salifères a parfois 
de singulières surprises. Les marnes délayées laissent glisser tout 
un paquet de couches ; une lentille de sel ou de gypse dissoute, pro- 
voque un affaissement du sol et la formation d'un lac. Te] le lac de 
Yintila Voda sur lequel le vent promène une île flottante 2 . 

Les massifs de sel ne sont pas rares et la curieuse végétation qui 
les accompagne peut s'observer dans plus d'un vallon. L'eau du 
Saratelu est imbuvable, ses alluvions mêlés de gypse et de sel, im- 
propres à la culture. Le pétrole, encore à peu près inexploité existe 
certainement en maint endroit. Partout on signale des sources miné- 
rales, et le village de Pâclele est célèbre par ses volcans de boue 3 . 

1. Déplacement de 50 mètres en une année près de Mlâjet. 

2. Danescu. Dict. geogr. Jud. Râmnicu, p. 161. 

3. Coràlcescu. Studii geologice si paleontologice, p. 73. 



— 176 — 

À l'E. du Buzeu, le pays montueux et déchiqueté est relativement 
peu peuplé (39 habitants par kilomètre carré). La population diminue 
encore dans la région du Râmnic qui s'étend jusqu'au Milcov (24 ha- 
bitants). Ce n'est qu'en descendant vers la plaine qu'on retrouve une 
bordure de villages, alignés au milieu de vergers. 

L'abrupt de la chaîne des collines de l'Istri^a dominant la plaine 
valaque, disparaît au N. du Buzeu. Il est remplacé par une sorte de 
glacis en pente douce, par lequel les coteaux tertiaires viennent se 
raccorder insensiblement avec la plaine diluviale. Cette sorte de ter- 
rasse inclinée s'observe très bien au N. de Buzeu, où les entailles des 
rivières la montrent formée de cailloutis recouverts de limon. On 
peut la suivre jusqu'à Focsani, souvent légèrement ondulée au dé- 
bouché des vallées, comme si elle devait son origine à des cônes de 
déjection très aplatis, se recouvrant et se rejoignant par leurs bords. 
Son sol aussi fertile que celui de la terrasse diluviale, mais singuliè- 
rement mieux arrosé, a attiré la population (densité moyenne de 
86 habitants par kilomètre carré). Là, se groupent toute une série 
de gros bourgs, entourés d'une auréole de hameaux. De grandes 
villes, Focsani, Râmnicu-Sârat, marquent le contact de ce riche pays 
avec la plaine. 






CHAPITRE XII 

La plaine de Munténie. 



I. Caractères généraux. Le diluvium, le loess, la formation de» vallées. — 
II. La Haute Terrasse. Haute Terrasse d'Arge?. Haute Terrasse de Jalomita. 
Haute Terrasse de Vedea. — III. La Basse Terrasse. Teleorman. Basse 
Terrasse d'Argeç Bârâgan. — IV. La terrasse du Buzeu. Vallées et lacs 
steppiques. 



Pour sentir toute la désespérante monotonie de la plaine valaque, 
il faut la parcourir après un séjour dans la région si riche en con- 
trastes que nous venons d'étudier. L'express le plus rapide paraît 
trop lent pour franchir ces étendues, où l'œil cherche en vain un 
accident du sol, un bouquet d'arbres, une maison isolée. Qu'on ima- 
gine les sensations du voyageur, au temps où les lourdes voitures des 
courriers et la càrufa paysanne étaient les seuls moyens de loco- 
motion sur les routes, tour à tour changées en fondrières de boue, ou 
blanches de poussière ! 

La plaine de Munténie, qui s'étend sur une surface de 31,260 kilo- 
mètres carrés, ne peut cependant offrir absolument partout le même 
aspect. Il n'est pas de région, si monotone soit-elle, où le géographe 
ne puisse noter quelques différences locales, lorsqu'elle est suffisam- 
ment vaste. En fait, il suffit d'étudier la répartition de la population 
dans la basse Munténie, pour reconnaître des contrastes assez signi- 
ficatifs. S'il est vrai que les habitations soient extrêmement rares, 
en général, à la surface de la terrasse diluviale, les vallées plus ou 
moins profondément entaillées sont, au contraire, toujours occupées 
par de nombreux villages. Certaines, comme les vallées de Jalomi^a 
et du Buzeu, sont même presque aussi peuplées que les coins les plus 

12 



— 178 — 

fertiles de la zone des collines. La terrasse, elle-même, est loin d'être 
partout la steppe presque déserte qu'on observe dans le Bârâgan. La 
région arrosée par l'Arge.s et la, haute Jalomi^a forme comme une 
zone de population relativement très dense, qui traverse la Yalachie 
du N. au S., en passant par Bucarest. De pareils contrastes de peu- 
plement doivent avoir pour cause des contrastes physiques. 

Il suffit, pour le reconnaître, de prendre un matin l'express de 
Constanf a à Bucarest. Après la traversée du Danube sur le pont 
monumental de Cernavoda, commence le Bârâgan. Quand le regard 
s'est saturé du spectacle monotone de ces grandes plaines, où les 
acacias plantés près des gares sont les seuls arbres, les tumuli les 
seuls accidents de terrain, où les fourrés de chardons géants alternent 
avec les champs labourés montrant la terre noire, on éprouve comme 
une agréable surprise en approchant de Bucarest. Sans doute, c'est 
toujours la même plaine à perte de vue, mais des taillis de chênes 
surgissent çà et là, barrant l'horizon, des ondulations du sol appa- 
raissent, des sortes de vallées sèches à section très large se dessinent ; 
une herbe verte y pousse, parfois un petit lac, un ruisselet, marqué 
par une traînée de joncs, en occupent le fond. Sur la terrasse même, 
une foule de petites mares, entourées quelquefois de bouquets 
d'arbres ; sur le bord des vallons, les maisons se groupent. C'est un 
autre pays, où il semble que l'eau ait ramené la vie. 

Qu'est-ce donc que la plaine valaque, et quelles sont les raisons de 
ces contrastes physiques et économiques ? 

Le nom de plaine n'est peut-être pas celui qui convient le mieux 
à cette région. Lorsqu'on descend la vallée du Danube, on la voit 
presque constamment dominée, à gauche, par des coteaux, plus 
humbles sans doute que la haute falaise de la rive bulgare, mais 
qui forment cependant une ligne de relief assez nette. C'est le rebord 
de la soi-disant plaine, qui domine le Danube de 50 mètres à Fetesci, 
de 80 mètres et plus à Giurgiu et Turnu Mâgurele. En réalité, la 
a plaine valaque » n'est, en Munténie comme en Olténie, autre chose 
qu'un plateau, formé de cailloutis recouverts de loess, et raviné par 
un certain nombre de vallées. 

L'âge de ces cailloutis est quaternaire, comme celui du loess. Les 
coquilles et les mammifères trouvés ne laissent là-dessus aucun 
doute 1 . Le loess, recouvert de 30 à 60 centimètres de terre arable, 

1. Gr. STEFANEscu.Le chameau fossile de Roumanie, Ann. Mus. d. Géol. (1894), 
Bue, 1895. 



— 179 — 

souvent noire, et très semblable au tchernoïzem russe, présente géné- 
ralement deux niveaux : un niveau supérieur rougeâtre, un niveau 
inférieur blanchâtre ou jaunâtre, plus sablonneux, avec des concré- 
tions marneuses blanches l . Parfois, il repose directement sur des 
argiles bleuâtres, probablement tertiaires 2 ou sur des sables plio- 
céniques 3 ; le plus souvent il passe, par l'intermédiaire d'une argile 
sablonneuse, à des sables et graviers plus ou moins grossiers, qui 
reposent presque partout sur une couche argileuse compacte 4 . 

On conçoit l'intérêt que présenteraient des études détaillées de 
ces dépôts. On manque malheureusement trop de données précises 
sur leur épaisseur, leur composition, la nature de leur soubassement, 
pour pouvoir essayer de reconstruire le réseau de rivières torren- 
tielles qui les ont étalés sur le fond du lac pontien desséché. D'après 
la nature des roches trouvées aux environs de Bucarest 5 et dans le 
sondage de Marculesti, en Bârâgan 6 , on peut conclure que la terrasse 
diluviale n'est pas une terrasse danubienne. Le Bâràgan apparaît 
comme le cône de déjection d'un fleuve, qui devait descendre à peu 
près de la région où la Prahova et la Jalomij:a actuelles prennent 
leurs sources 7 . C'est de ce côté que les eaux ont dû le plus raviner 
le sous-sol, déposer les matériaux les plus grossiers et la couche la 
plus épaisse d'alluvions. Plus on va vers l'E., plus le loess est sablon- 
neux, et plus le gravier de base est réduit ; il a complètement disparu 
sur le bord de la Jalomi^a 8 . 



1. Gr. Stefanescu. Relation sommaire sur la structure géologique dans les 
Jud. de Tutova, Falciu, Covurlui, Jalomita et Ilfov, Ann. Mus. Géol. (1805), Bue, 
1898. — Licherdopol. Bucuresci. 

2. Gr. Stefanescu. Relation sommaire... coupe Jalomita à Stoenesci. 

3. Gr. Stefanescu. Le chameau fossile... coupe Slatina. 

4. Coupe de la carrière de Floresca au N. de Bucarest : I. Sol arable, m 60 ; 
IL Loess argileux rougeâtre, l m 20 ; III. Loess argileux sablonneux jaunâtre avec 
canaux vermiformes et concrétions marneuses blanches, 3 mètres ; IV. Argile 
jaunâtre très sablonneuse passant au sable fin, l m 50 ; V. Sable grossier à niveaux 
ferrugineux et stratification entrecroisée, 2 mètres ; VI. Gravier plus ou moins 
grossier contenant quartzite, gneiss, micaschiste, grès, jaspe, un peu de calcaire, 
5 œ 50 (Gr. Stefanescu. Relation sommaire...). 

:>. Gr. Stefanescu. Relation sommaire. 

G. Alimanesteanu. Sondagiul din Bârâgan, Bul. Soc. Geogr. Rom., 1896. 

7. L. Mrazec. Remarques sur le cours des rivières en Valachie. 

8. Gr. Stefanescu. Relation sommaire. 



180 

L'origine du loess, si discutée depuis plus de -30 ans 1 , paraît ici 
être éolienne. Sa répartition géographique peut permettre de sup- 
poser qu'il est venu du N.-E. En effet, on sait la grande extension 
du loess dans la Russie méridionale. En Moldavie, il couvre de vastes 
surfaces, ainsi que dans la Dobrodgea, où on peut le voir, comblant 
les cavités du granit, dues à la décomposition chimique de la roche 2 . 
En Yalachie, le loess vraiment typique n'existe qu'en Munténie. Le 
limon des terrasses du Jiu, et, en général, des dépressions subkar- 
patiques, est trop sablonneux et trop irrégulièrement mélangé de 
lits de graviers pour être considéré comme véritable loess. Le limon 
plus loessoïde de la terrasse diluviale, entre Jiu et Oltu, passe, vers 
l'O., aux sables mouvants 3 . Lorsqu'on aura un nombre suffisant 
d'analyses mécaniques et chimiques de terres prélevées systémati- 
quement 4 , on pourra tracer la limite du loess et des formations 
analogues en Yalachie. Un pareil essai serait actuellement témé- 
raire. Mais, ce que l'on peut dire, c'est que le loess devient de plus 
en plus typique vers l'E., et qu'il commence à montrer les caractères 
reconnus généralement comme propres à ce genre de sol, à partir 
d'une ligne passant, à peu près par Buzeu, Ploiesti et Slatina 6 . Là, 
comme en Chine, comme en Saxe, comme en Hongrie, on voit cette 
poussière fine, argilo-sableuse, tachant les doigts, former, sur les 
bords de toutes les vallées, des escarpements. 

1. Nous n'avons pas la prétention de discuter ici ce problème dans toute sa 
généralité. La bibliographie de la question est immense. Citons les ouvrages sui- 
vants où on la trouvera à peu près complète : Richthofen. China, t. I, pp. 154 et 
sqq. — Tietze. Geognostische Verhâltnisse von Lemberg (Der Lôss, pp. 111 et sqq.), 
Jahrb. K. K. Geol. R. A., 1882. — Jenny. Ueber Lôss und lôssàhnlichen Bildungen 
in der Schweiz {Mitt. naturforsch. Ges. Bern, 1889, sp. pp. 115 et sqq.). — Cham- 
berlin. Glacial phenomena oî North America (in : Geikie. The great ice âge). — 
Stelzner. Beitràge zur Géologie und Palaeontologie der Argentinischen Republik, 
Berlin, 1885, sp. pp. 269 et sqq. — Wahnschaffe. Die Quartârbildungen der 
Umgegend von Magdeburg, Abh. Geol. Karte Preussen, 1885, VII, 1. 

2. L. Mrazec. Communication inédite. Cette position du loess nous paraît un 
argument décisif en faveur de l'origine éolienne du loess. 

3. Cf. le Lôss de l'Ukraine (Blôde. Neues Jahrbuch, 1841, p. 533), de la Galicie 
(Tietze, loc. cit.), de la plaine hongroise (Supan. Oesterreich-Ungarn, p. 228), du 
Ferghanat (Middenborf, pp. 21 et sqq.), de la plaine rhénane (Lepsius. Geol. Deut- 
schlands, pp. 655-656. — Schumacher. Bildung und Auffau des oberrheinischen 
Tieflandes, Mitt. Geol. Lande suntersuch. von Elsass-Lotliringen, II, 1890, etc.). 

4. L'analyse mécanique est la plus importante pour le loess. Voir Jentzsch. 
Ueber das Quartur der Gegend von Dresden und ùber die Bildung des Lôsses in 
algemeinen. Diss. Halle, 1872. 

5. On trouvera dans la Monographie du tabac en Roumanie (Les Monopoles de 
l'Etat, Bue, 1900) un certain nombre d'analyses de terres dont plusieurs répondent 
parfaitement à la définition du loess, voir notamment clép' Ilfov, circonscript. 
Bolintinu d. deal, coin. Bulasoeni-Iloboïa. Dép' Jalomit-a, circonscript. Urziceni, 
com. Armâsesci, etc. 



— 181 — 

Si l'on admet que le régime des vents n'a pas changé depuis 
la période diluviale, ce que tous les faits relatifs à l'extension des 
anciens glaciers semble confirmer (v. cliap. VI), on voit que la 
région occupée par le vrai loess est justement celle que balayaient 
les grands vents du N. et du N.-E. venant de Russie. Le Crivet, qui 
soulève encore, en Dobrodgea et dans le Bâragan. des tempêtes insup- 
portables de poussière jaune, a dû être l'agent qui a apporté la plus 
grande partie du loess valaque. L'analogie de cette poussière avec 
les boues glaciaires a depuis longtemps été remarquée l s et rien n'em- 
pêche de supposer qu'elle ait été enlevée par le vent du milieu des 
dépôts glaciaires entassés sur le front des grands glaciers qui 
s'avançaient, dans la Russie méridionale, jusqu'au S. de Kiew 2 . 

Il n'est pas douteux qu'une période de steppe a dû régner vers les 
débuts de l'ère quaternaire en Roumanie. La découverte d'un cha- 
meau fossile par M. Gr. Stefânescu 3 a une grande importance à cet 
égard 4 . Cette période doit se placer sans doute après la première 
période glaciaire, qui dut être suivie, comme nous l'avons vu, d'une 
période d'érosion intense dans la haute montagne et les collines, 
d'alluvionnement dans la plaine et les dépressions subkarpatiques. 
C'est alors que les eaux ruisselant des Karpates ont étalé, sur le fond 
desséché de l'ancien lac pliocène, les masses de cailloutis grossiers, 
bientôt suivis de sables plus fins. Le volume des eaux diminuant de 
plus en plus, et la sécheresse augmentant, le régime des dépôts 
éoliens a commencé à s'établir dans la partie la plus basse, où les 
rivières, véritables ouacli, ne parvenaient plus, c'est-à-dire sur le bord 
du Danube. Il a gagné peu à peu vers l'amont, les cours d'eau s'atro- 
phiant de plus en plus. Ainsi s'expliquerait le fait que l'épaisseur 



1. D*où la théorie glaciaire de Wahnschaffe, loc. cit. et Beitrag zur Lôssfrage, 
Jahrb. K. Preuss. Geol. Landesanst., 1889, p. 328. — Chamberltn et Salisbury. 
Preliminary paper on the driftless area of the Upper-Missisipi valley, VI Ann. Rep. 
I . S. Geol. Surv., 1884-1885, pp. 199 et sqq. 

2. Mrazec. Communication à la Soc. cl. Se. de Bue. L'auteur a eu l'amabilité de 
nous communiquer la substance de celte note restée malheureusement inédite, 
sauf un résumé de cinq lignes. La théorie de l'origine éolienne du loess, considéré 
comme boue glaciaire transportée par les vents, a été émise depuis longtemps par 
Je.ntzsch (Beitrag zum Ausbau der Glacialhypo thèse in ihrer Anwendung auf 
Norddeutschland, Jahrb. K. Pr. Geol Landesanst., 1884, p. 522), sans qu'on y ait 
peut-être accordé assez d'attention. 

3. Gr. Stefânescu. Le chameau fossile de Roumanie, loc. cit. 

i. Voir Nehring. Tundren und Steppen der Jetz und Vorzeit, Berlin, 1890: cf. 
Die Ursachen der Steppenbildung, Geogr. Zeitschr., 1895, pp. 152 et sqq. 



— 182 — 

du loess atteint son maximum le long du Danube, particulièrement 
dans le Bârâgan *. 

Lorsqu'un nouveau changement de climat amena une seconde 
période glaciaire, le débit des cours d'eau se trouva subitement accru 
et des fleuves puissants recommencèrent à descendre des Karpates. 
Ce sont eux qui ont creusé les vallées actuelles, entaillées dans le 
loess, les graviers diluviaux, et quelquefois jusqu'au tertiaire. Mais 
on comprend aisément que le changement de climat qui a fait dispa- 
raître les glaciers a dû avoir pour résultat d'arrêter brusquement 
l'œuvre de ces rivières. Deux ou trois artères maîtresses ont seules 
gardé assez de vitalité pour continuer à rouler leurs eaux réguliè- 
rement jusqu'au Danube ; les autres sont restées frappées d'impuis- 
sance jusqu'à l'heure actuelle, et leurs vallées ne sont plus occupées 
que par un chapelet de lacs dormants, quelquefois même salés. 

Telle est l'histoire de la terrasse diluviale, qui forme presque toute 
]a Munténie. On peut maintenant se rendre facilement compte de ses 
différences locales d'aspect et de ressources. Le plateau, par lui-même 
est sec, nu, inhabitable. Dans ce sol poreux, qui laisse filtrer l'eau, 
les arbres ne peuvent trouver de quoi s'établir, à moins de protections 
spéciales. La nappe d'eau souterraine s'appuie sur les argiles ter- 
tiaires, imprègne les graviers de base et monte dans le loess jusqu'à 
un niveau plus ou moins élevé, suivant l'allure du soubassement 
tertiaire et le relief du sol actuel. Elle jaillit en sources sur les flancs 
de presque toutes les grandes vallées, et, partout où il y a une 
dépression assez marquée, elle peut être atteinte par des puits de 
quelques mètres de profondeur. C'est naturellement là que se porte 
la population ; c'est là seulement que la végétation arborescente peut 
prospérer, et qu'on peut trouver facilement l'eau, nécessité absolue 
pour les établissements humains. 

L'abondance plus ou moins grande des vallées, l'épaisseur plus ou 
moins grande de la couche de loess, voilà donc quels doivent être les 
facteurs de la différenciation géographique dans la plaine valaque. 
Le loess est plus épais au S. qu'au N., à l'E. qu'à l'O. L'écoulement 
des eaux a toujours été plus facile et plus abondant au voisinage de 
la montagne. Ainsi s'explique que les régions les plus élevées de la 

1. Le loess serait donc en Valachie interglaciaire, de môme qu'on l'a constaté 
dans l'Europe occidentale (Penck. Mensch und Eiszeit, Archiv. {. Anthrop., XV, 
3, 1884 ; Penck et L. du Pasquier. Sur le loess préalpin, son âge et sa distribution 
géographique, Bull. Soc. Se. Nat. Neufchâtel, XXIII, 1895). 



— 183 — 

terrasse diluviale soient aussi les plus découpées, les plus arrosées, 
les plus riches, les plus peuplées ; tandis que les plus basses sont aussi 
les plus uniformes, les plus sèches, les plus pauvres et les plus 
désertes. 



II 

Le pays qu'arrosent l'Arges et ses affluents, jusqu'à Bucarest, est 
le coin le plus riche de toute la plaine de Munténie. C'est notre 
Haute Terrasse d'Arges, où la densité de la population surpasse 
même la moyenne de la zone des collines (72 habitants par kilomètre 
carré). Nulle part on ne retrouve la terrasse découpée par autant de 
vallées, ni les taillis de chênes aussi nombreux. Entre Graiesci, Titu 
et Târgoviste, les mouvements du sol sont assez prononcés, les forêts 
assez belles pour qu'on puisse douter si l'on est vraiment sorti de la 
podgoria. La pente du sol est encore assez forte : 1/230 6 (Târgoviste, 
299 mètres, Gherghani 144 mètres). Mais, à la hauteur de Titu, 
elle diminue rapidement : l/700 e (Gherghani 144 mètres, Bucarest 
89 mètres), et l'on voit alors des vallées, jusque-là distinctes, se 
brancher les unes sur les autres, formant un réseau anastomosé de 
fossés plus ou moins larges et plus ou moins profondément entaillés 
dans la terrasse diluviale. Les unes sont encore suivies par des cours 
d'eau importants, comme l'Arges et la Dâmbovi^a, les autres ne 
sont plus parcourues que par de petits ruisseaux, qui finissent par 
se résoudre en un chapelet de mares plus ou moins privées d'écou- 
lement (Apa Colentina). 

Si l'on songe que nulle part la pente moyenne de la terrasse 
n'est aussi forte, on comprendra que les eaux sauvages de l'époque 
quaternaire se soient de préférence écoulées par ici ; n'arrivant pas 
à se frayer assez vite un lit suffisant pour les grandes crues, les 
fleuves torrentiels se divisaient en plusieurs bras, qui déblayaient 
chacun un fossé plus ou moins large. Quand le débit des rivières 
baissa, à la suite de la disparition des glaciers, beaucoup de ces cours 
d'eau tombèrent en décrépitude. Telle est l'histoire de la Colentina, 
de Valea Pâsere, et de tant d'autres vallées sèches, jalonnées de 
flaques d'eau dormante, où les pluies de printemps forment encore 
des ruisseaux temporaires. 

Si ces vallées sont déchues de leur ancienne importance hydro- 
graphique, elles ont encore l'avantage de multiplier les points d'eau 



— 184 — 

à la surface d'un pays condamné, sans elles, à la sécheresse. La popu- 
lation s'est portée naturellement vers cette région, où les sources 
abondent, où des puits de quelques mètres donnent une eau excel- 
lente et abondante. C'est de cette eau des sources et des puits et non 
des flots boueux de la rivière que parle la chanson : 

« Dâmbovita, apa dulce — cine te bea nu se mai duce. » 
Dâmbovila, eau délicieuse — qui t'a bu ne peut s'en aller ! 

Le paysan roumain retrouvait ici les facilités d'établissement qui 
lui font tant aimer la podgoria, la région des collines. C'est encore 
en petits hameaux qu'il se groupe de préférence. Les gros bourgs ne 
commencent qu'aux environs de Bucarest. 

La région actuellement drainée par la haute Jalomita et ses 
affluents a plus d'un trait commun avec celle-ci. La pente du sol 
y est moins forte et tourne à l'E. ; mais l'abondance des eaux descen- 
dant des monts du Bucegiu est telle qu'on retrouve encore un grand 
nombre de vallées, et, si les affluents de droite de la Jalomita ont 
été réduits à l'état de lacs allongés dans des vallées sans issue (Balta 
Znagov, Pociovalistea), ceux de gauche arrivent de la montagne 
avec un élan assez vigoureux pour continuer leur course. L'eau est 
ainsi partout voisine de la surface ; des forêts encore assez impor- 
tantes s'étendent principalement au S. de la Jalomi|a, Les villages 
sont surtout nombreux et régulièrement dispersés de ce côté. La 
moyenne de la densité de la population s'élève à 56 habitants par 
kilomètre carré. 

A l'O. de l'Arges, la région appelée Haute Terrasse de Vedea, du 
nom de la rivière principale qui l'arrose, est encore un pays assez 
richement arrosé et, relativement bien peuplé (45 habitants par kilo- 
mètre carré). Elle a le désavantage de ne posséder aucun cours d'eau 
d'origine montagnarde. Aussi, les vallées y sont-elles moins larges, 
moins profondes et "presque sèches en été. Lorsqu'on suit, au mois 
d'août ou de septembre, la ligne ferrée de Slatina à Pitesci, on croit 
traverser un pays absolument dépourvu d'eau. Toutes ces vallées, 
Vedea, Yedisoara, Teleorman, se ressemblent. L'œil cherche l'eau 
dans ces larges dépressions, où les bouquets de chênes et l'herbe plus 
verte de place en place, indiquent seuls un sol plus humide ; lorsqu'on 
franchit enfin le lit de la rivière, sur un grand pont métallique, on 
est étonné du maigre filet d'eau qu'on voit se traîner au milieu de 
bancs de sable et de cailloux. 



— 185 — 

Ces vallées sont pourtant de véritables oasis, les sources y jail- 
lissent au flanc des berges limoneuses, les villages s'y pressent. Le 
plateau, où les taillis de chênes buissonnants couvrent seuls de grands 
espaces, est inhabité. C'est le Câmpu (Câmpu Burdea, entre Cotmana 
et Teleorman, Câmpu Gavan, entre Teleorman et Dâmbovnic, etc.). 

La partie la plus élevée de la terrasse diluviale n'est pas seulement 
la plus peuplée, c'est celle où sont les centres urbains les plus impor- 
tants de la Munténie : Pitesti, Târgoviste, Ploiesti, sont des métro- 
poles situées au contact des deux régions naturelles les plus diffé- 
rentes par leur aspect et leurs ressources économiques. 

III 

Les parties basses de la terrasse sont moins favorisées à tous égards. 
Mais, dans la région occidentale de la Munténie, où les collines sont 
plus rapprochées du Danube, elle est encore assez arrosée et relati- 
vement bien peuplée. 

La Basse Terrasse de Teleorman est sensiblement plus élevée 
qu'aucun autre point de la plaine valaque au voisinage du Danube. 
A Turnu Mâgurele, elle domine le Danube par une falaise de 
100 mètres. Les vallées du Càlmâ^uiu, de Vedea, Teleorman y sont 
entaillées assez profondément. Tout ce pays était encore assez boisé 
il y a quelques siècles. Le nom même de Teleorman, d'origine cou- 
maine, voudrait dire la mauvaise forêt 1 . Les chansons populaires 
pleurent la forêt, dévastée par le marchand grec 2 . Il est certain que 
la plaine a été considérablement déboisée au temps des hospodars 
phanariotes ; tous les ans, des vaisseaux chargés de bois partaient 
pour Constantinople 3 . Mais il n'est pas moins vrai qu'une zone de 
steppe a dû exister de tout temps le long du Danube, où l'épaisseur 
du loess est aussi considérable que dans le Bârâgan. 

Actuellement, les champs de blé et de maïs couvrent à peu près 
toute la région. Les départements de Teleorman et Ylasca dépassent, 
pour les céréales, les plus riches terres ; les deux tiers de Teleorman, 
près de la motié de Ylasca, sont livrés à cette culture (v. chap. XVIII). 
Comme il arrive dans les pays agricoles et secs, la population, encore 
assez nombreuse (31 habitants par kilomètre carré), paraît presque 

1. Hasdeu. Originele Craiovei. 

2. « Câ pâdurea mio tâia, — pâlânguta mio faceâ, » Diction, geogr. Dep. Te- 
leorman, p. 367. 

3. Vasilescu. Die forstwirthschaftlichen Verhâltnisse Rumâniens. 



— 186 — 

absente de ces vastes plaines, où les maisons isolées sont à peu près 
entièrement inconnues. De gros villages, comptant en moyenne 
1,000 habitants et plus, se groupent au bord des vallées. On en trouve 
encore presque entièrement formés de hordei. C'est dans les dépar- 
tements de Teleorman et de "Vlasca qu'on a la plus forte proportion 
de ces curieuses Habitations souterraines, creusées dans le limon, 
et recouvertes d'une sorte de butte de branchages au toit incliné 
(v. chap. XYI). Les maisons les plus confortables ont les murs en 
pisé et sont couvertes de roseaux. 

Même distribution de la population, mêmes types d'habitations 
sur la Basse Terrasse d'Arges. L'aspect général du pays ne diffère 
pas sensiblement. Les belles vallées d'Arges et Dâmbovifa sont 
bordées de gros villages. Le plateau limoneux, assez élevé, qui s'étend 
entre l'Arges et le Danube, est à peu près désert; c'est presque déjà 
le Bâràgan. Dans l'ensemble, c'est une région bien peuplée (54 habi- 
tants par kilomètre carré), assez analogue à notre haute terrasse 
d'Arges, continuation de cette zone, si bien arrosée, si riche et si 
fréquentée, qui traverse diagonalement la Valachie, en suivant la 
ligne de plus grande pente du sol, par laquelle les eaux ont toujours 
été tentées de s'écouler de préférence. 

Il suffit de passer l'Arges pour entrer dans un r>ays complètement 
différent. Le Bârdgan est le type le plus parfait de ces régions déshé- 
ritées, qui caractérisent les parties basses et situées à l'E. de la 
terrasse diluviale. Toutes les conditions physiques étaient réunies 
pour faire, du plateau compris entre la Jalomi^a et le Danube, une 
véritable steppe. Nulle part la nappe de loess et de graviers diluviaux 
n'est aussi épaisse. Le sondage de Mârculesti n'a rencontré l'argile 
plastique qu'à 72 mètres de profondeur, soit à 37 mètres au-dessous 
du niveau de la mer Noire l . Sur ce sol poreux, les précipitations 
atmosphériques ne laissent tomber qu'une couche d'eau, dont l'épais- 
seur est inférieure à 500 m / m , peut-être même à 400 m / m 2 . La nappe 
aquifère s'arrête à 20 mètres au-dessous de la surface du sol ; 
pour l'amener au jour, il faut des puits coûteux et qui, tout entiers 
creusés dans le loess, se bouchent rapidement 3 . Les arbres ne peuvent 
enfoncer leurs racines jusqu'à de pareilles profondeurs. Le vent ter- 
rible qui se déchaîne sur ces plaines, soulevant, en hiver, des tempêtes 

1. Alimanesteanu. Sondagiul din Bârâgan. 

2. Calaraçi, 409 T ; Ciulnila, 455 7 m . Pas de station à la surface du plateau. 

3. Alimanesteanu, op. cit. 



— 187 — 

de neige, et, en été, des ouragans de poussière, se charge, d'ailleurs, 
de les mutiler et de leur rendre l'existence impossible. Seules les 
plantes de steppe peuvent prospérer : grandes graminées, qui 
poussent aux premières pluies de printemps, plantes à bulbe, qui 
crèvent le sol, feuillent et fleurissent en quelques mois, composées 
et dipsacées aux hautes tiges, aux feuilles étroites, épineuses ou 
duveteuses, capables de braver la sécheresse. 

Telle était encore, il y a quelques années, la seule végétation du 
Bàrâgan. En hiver, des bandes de loups affamés parcouraient la 
solitude, couverte d'un tapis de neige, terreur des bergers transhu- 
mants qui paissaient leurs troupeaux près du Danube, ou du voya- 
geur obligé de traverser ce désert. En été, la fumée lointaine d'un 
campement de tziganes, était la seule trace de la présence de 
l'homme ; on pouvait voir les lièvres, les putois, bondir et s'enfuir 
au milieu des herbes ; les troupes de corbeaux, de perdrix, de râles 
de genêts, s'élever et s'abattre à chaque instant ; dans les fourrés de 
chardons, on trouvait des hérissons, et la curieuse silhouette de la 
grande outarde (Otis tarda, en roumain drop) était aussi commune, 
en chaque saison, que les vols de cigogne au printemps. 

Depuis la construction de la voie ferrée Bucarest-Cernavoda, les 
choses ont un peu changé. On a reconnu la merveilleuse fertilité de 
la terre noire, qui recouvre partout le loess. Si les essais faits pour 
amener à la surface des eaux artésiennes, venant des Karpates, n'ont 
pas réussi, ils ont montré l'existence d'une nappe aquifère profonde 
très abondante. Partout où l'on a foré des puits dans de bonnes condi- 
tions, la population a pu se grouper, et, tout autour, de vastes espaces 
ont été défrichés. Ces villages neufs, de formation artificielle, en 
grande partie peuplés par des habitants de la montagne, souvent 
même par des Transylvains, se reconnaissent autant à leurs noms 
pompeux, évoquant les gloires nationales, qu'à leurs rues régulières, 
larges, plantées d'acacias, bordées de maisons souvent assez bien 
construites 1 . Leur approche se révèle par des champs labourés, mon- 
trant, en automne, leur terre noire, en été, leurs panaches de maïs 
et leurs blés dorés. 

Mais ces établissements sont encore peu nombreux. La popula- 
tion totale du Bâragan (en dehors de la Mostistea), n'est que de 
25,000 habitants, ce qui donne une densité moyenne de 6 à 7 habi- 

1. Manolescu. Igiena tëranului roman. 



— 188 — 

tants par kilomètre carré. Encore faut-il remarquer que les habita- 
tions sont groupées le long de vallées sèches et de dépressions où la 
nappe d'eau profonde est plus près de la surface. Le Bârâga n n'est 
pas absolument horizontal; plus élevé à l'E. et à l'O., il offre une 
légère concavité le long d'une ligne passant par Calarasi et Ciulnita. 
C'est là que sont la plupart des villages. 

De toutes les dépressions, la plus peuplée est celle de Mostistea. 
Lorsqu'on traverse en chemin de fer cette belle vallée, aux berges 
couvertes de petits bouquets de bois, au fond plat et verdoyant, avec 
une large rivière aux eaux dormantes, sorte d'étang bordé de roseaux, 
sur lequel plane un vol d'oiseaux aquatiques, on éprouve une im- 
pression de soulagement. C'est comme un petit monde à part, au 
milieu des solitudes desséchées qu'on vient de parcourir. Cette dé- 
pression, assez large pour abriter une rivière comme l'Arges ou la 
Jalomita, et que suit seulement un chapelet de lacs allongés, commu- 
niquant entre eux après de grandes pluies, a attiré l'attention comme 
un problème irritant. On a voulu y voir un ancien cours de la Jalo- 
mi^a 1 . Il semble bien qu'on ait affaire, en réalité, à une de ces 
vallées atrophiées comme on en trouve tant dans la plaine valaque. 
L'alluvionnement du' Danube, qui tend à barrer le débouché de ses 
affluents, et l'affaissement du Bârâgan attesté par la présence du 
diluvium à 30 mètres au-dessous du niveau de la mer, ont contribué 
à rendre impossible le maintien d'une rivière régulière dans une 
vallée creusée à une époque de précipitations plus abondantes. La 
dépression de Mostistea est restée, en tout cas, un centre d'attraction 
puissant pour la population, qui y trouve des sources jaillissant sur 
les berges, au contact du loess avec l'argile tertiaire 2 . La densité 
atteint 128 habitants par kilomètre carré. 

Pour retrouver pareil surpeuplement, il faut franchir tout le pla- 
teau du Bârâgan et atteindre la vallée de Jalomita, qui en forme, 
au N., la limite. Presque toute la population y est groupée sur la berge 
méridionale, qui forme un talus à pente raide, avec de véritables 
falaises de loess, bien connu sous le nom de Coasta. Les sources 
jaillissent là à flanc de coteau, les argiles tertiaires étant cachées 
par les alluvions modernes 3 . De l'autre côté, le sol s'élève en pente 



1. Altmanestfanu. Sondagiul din Bârâgan. — Mrazec. Remarques sur le cours 
des rivières en Valachie. 

2. Gr. Stefanescu. Relation sommaire..., loc. cit. 

3. Gr. Stefanescu, ibid. 



— 189 — 

plus douce. C'est le commencement de la grande plaine, qui s'étend 
jusqu'à Brâila et Focsani, presque aussi monotone et aussi déserte 
par endroits que le Bârâgan, si bien qu'on a été tenté d'y étendre ce 
nom. Il est plus juste de garder à ce terme populaire sa signification, 
et de donner le nom de Terrasse du Buzeu à cette nouvelle région, 
assez originale pour mériter une place à part. 

IV 

C'est ici, en effet, que la terrasse diluviale est le plus basse. Plus 
de la moitié se trouve au-dessous de 50 mètres, et c'est à peine si elle 
domine le Danube par un abrupt de 20 à 30 mètres. Le ruissellement 
a été jadis très intense et de nombreuses rigoles ont été creusées dans 
le limon, mais, à part le le Buzeu et le Râmnic, toutes les rivières 
ont été réduites à l'impuissance, autant par le changement de climat 
que par l'affaissement du sol, qui a atteint ici sa plus grande ampli- 
tude. La vallée du Calmajruiu n'est plus guère qu'une suite de bas- 
fonds marécageux, où circule, au milieu de roseaux, un filet d'eau 
qui tantôt disparaît, tantôt s'élargit, en prenant l'allure d'une sorte 
d'étang allongé. D'autres vallées sont occupées par de véritables 
lacs, dont l'eau dormante est souvent chargée de sels 1 . 

Ces dépressions lacustres sont un des charmes de cette nature 
steppique si désolée. Par une chaude journée d'été, après des lieues 
à travers la plaine brûlée et nue, quand soudain s'ouvre à vos pieds 
une de ces larges dépressions encadrées de falaises jaunes de loess, 
où brille comme une sorte de mer d'huile avec des reflets verts et 
bleus, la nappe étincelante d'un grand lac, au milieu d'un tapis 
rouge et argenté de plantes salines, on ne peut s'empêcher de s'arrêter 
devant ce spectacle étrange. 

Toute la terrasse du Buzeu est semée de pareils lacs, presque tou- 
jours logés dans une vallée démesurément large, mais dont on peut 
facilement retrouver les contours, et prolongés en aval par des maré- 
cages. Leur profondeur ne dépasse pas 2 mètres. Les eaux n'en sont 
pas toujours salées. A Balta Alba, l'eau du lac et des puits voisins 
qui s'alimentent à la même nappe est buvable, malgré une odeur 
désagréable. Le lac le plus salé est Lacul Sârat, aux environs de 



1. Sur notre carte au 1/200,000" sont figurés la plupart de ces lacs, les lacs 
salés étant distingués par un filé des eaux pointillé. 



— 190 — 

Brâila, devenu pendant quelque temps célèbre comme localité bal- 
néaire, et assez bien connu à tous égards 1 . 

Son eau trouble répand une odeur caractéristique d'hydrogène 
sulfuré, qui se sent de loin ; elle a une couleur jaune verdâtre, parfois 
une teinte de rouille causée par des algues {Oscillaria tenuis) et 
surtout un flagellé microscopique (Chlamydomonas Duvali), qui est 
commun dans les chotts algériens. Le niveau varie de m 30 à l m 50. 
Les basses eaux laissent à découvert un sol de limon noir, onctueux, 
recouvert, à la surface, d'une croûte épaisse de sulfate de natrium 
cristallisé, qui contraste avec la ceinture rouge formée tout autour 
de l'eau par des amas d'une grosse bactérie (Beggiatoa roseopersi- 
cina). Les fourrés de plantes salines (Salicornia herbacea, Cheno- 
podium glaucum, Lepigonium marginatum) ajoutent encore une 
note à cette étrange symphonie de couleurs. 

L'origine de la salure de ces lacs a donné lieu à diverses interpré- 
tations. Selon les uns, elle serait due au lavage des massifs de sel 
karpatiques par les eaux souterraines qui viendraient ensuite repa- 
raître à la surface 2 . On a remarqué avec raison que la composition 
chimique des eaux analysées était défavorable à cette hypothèse, les 
sulfates de sodium et de magnésium y étant bien plus abondants 
que le chlorure de sodium 3 . En réalité, il semble bien qu'on ait 
affaire à de simples lacs de steppe, où la concentration des sels se 
poursuit grâce à la diminution par évaporation des nappes d'eaux 
dormantes. Le même processus a dû se produire, avec des proportions 
autrement grandes, lors de la période de steppe qui a accompagné le 
dépôt du loess, et il est possible qu'une bonne partie des sels qu'on 
trouve actuellement dans les lacs provienne du lavage du loess lui- 
même. 

Salés ou non, les lacs de la terrasse du Buzeu sont toujours des 
centres d'attraction pour la population, car ils occupent des dépres- 
sions où la nappe d'eau profonde est plus près de la surface du sol. 
C'est grâce à de larges ondulations, qui permettent de forer des 

1. Gr.Stepanescu. Le dessèchement de Lacul Sàrat, Ann. Biurului Géologie, V, 
1, 1888. — P. Bujor. Contribution à l'étude de la Faune des lacs salés de Roumanie, 
Afin. Se. de VUniv. de Jassy, I, 1900, pp. 149 et sqq. 

2. Gr. Stefavescu. Le dessèchement de Lacul Sârat, loc. cit. 

3. L. Mrazec et Teisseyre. Le sel de la Roumanie, loc. cit. Gr. Stefânescu donne 
lui-même l'analyse suivante du résidu sec des eaux de Balta Amara : chlorure de 
sodium, 34,749 ; sulfate de sodium, 18,935 ; sulfate de magnésium, 27,33 ; oxyde 
de magnésium, 3,261 ; oxyde de calcium, 3,0366. 



E. de Martonne. La Valachie. 



Planche G 




xm. - Balta Alba, Lac de steppe 
(Terrasse du Bu^eu) 




Plu.tolyple A. norge 



xiv. - Végétation steppique, près de Balta Alba 

(Carduus acanthoides, Eryngium, Althaea, etc. ) 



— 191 — 

puits de 4 à 5 mètres de profondeur, que la terrasse du Buzeu, même 
dans sa partie la plus basse et la moins arrosée, est notablement 
plus peuplée que le Barâgan (16 habitants par kilomètre carré). 
Les étendues incultes n'y manquent pourtant pas, et l'on y peut 
encore traverser, pendant des lieues, les fourrés de chardons, hauts 
de 2 mètres, mêlés aux grandes centaurées et aux délicates cépha- 
laires (v. planche G). Les vols de corbeaux s'abattent et s'élèvent 
à chaque instant sur ces étendues désertes ; on les voit par groupes 
de quatre à cinq sur chaque meule de foin ; au bord des marécages, 
ils s'acharnent sur la vase craquelée, déterrant les vers et les racines. 
Au printemps et à l'automne, les troupes d'oiseaux migrateurs tra- 
versent à tire-d'aile la plaine desséchée ou verdoyante. 

La partie la plus élevée de la terrasse du Buzeu est sensiblement 
moins sèche et moins déserte. Au-dessus de la courbe de 60 mètres 
d'altitude, les vallons qui débouchent de la montagne se multiplient. 
Les ruisseaux qui les suivent se perdent bientôt au milieu de bas- 
fonds marécageux encombrés de roseaux. Mais l'eau est partout assez 
proche de la surface. C'est par là qu'a commencé le peuplement de 
la terrasse du Buzeu, beaucoup plus avancé déjà que celui du Ba- 
râgan. Les étendues incultes se réduisent. Les villages sont plus 
nombreux. Le contact avec les collines est marqué par toute une 
série de villes marchés : Mizilu, Buzeu, Zilisteanca, Kâmnic, Plâ- 
ginesci, Focsani. Les grandes vallées Râmnic, Buzeu, sont néan- 
moins de beaucoup les régions les plus peuplées; la densité de la 
population y atteint et y dépasse 100 habitants par kilomètre carré. 

Avec ses vallées à peine entaillées dans le loess, et presque toutes 
privées d'eaux courantes, avec ses lacs et ses bas-fonds marécageux, 
la terrasse du Buzeu donne l'impression d'une région où toutes les 
forces naturelles sont comme endormies. Il n'en est rien pourtant. 
Nous l'avons déjà vu (chap. IY), c'est justement ici que les trem- 
blements de terre qui secouent de temps en temps le sol de la Yalachie 
sont le plus fréquents. Ces mouvements du sol semblent témoigner 
que l'affaissement de la plaine valaque n'est pas un processus achevé. 
Nulle part cet affaissement n'a été plus intense que dans le Barâgan 
et dans la région du Buzeu, où il a puissamment contribué à donner 
au pays son cachet original en paralysant l'érosion et arrêtant les 
eaux courantes. 



- 192 - 

Plus vaste, plus variée d'aspects, avec des contrastes plus heurtés 
que l'Olténie, la Munténie a longtemps été moins voisine de l'unité. 
La vie s'y est d'abord concentrée dans la région des collines ; la colo- 
nisation des steppes de la basse terrasse diluviale est un .fait assez 
récent. Tandis que la population roumaine descendait lentement 
vers le Danube, les capitales politiques se déplaçaient elles aussi, et 
la métropole de la Munténie, devenue successivement celle de la 
Valachie et celle du royaume de Roumanie, se trouvait établie aux 
portes du Bârâgan. C'est là le symbole d'une évolution qui a amené 
la suprématie de la Munténie sur l'Olténie, suprématie économique 
autant que politique, due à la mise en valeur de plaines fertiles et 
longtemps incultes, autant qu'à l'exploitation de richesses minérales 
inconnues en deçà de l'Oltu, et au développement des voies de com- 
munication dans une région ouverte partout aux invasions comme 
à la circulation commerciale. 



CHAPITRE XIII 

La Vallée danubienne. 



I. Formation du bassin danubien inférieur. — II. Le problème des Portes de 
Fer. — III. Formation de la vallée actuelle. Section supérieure. — 
IV. Section moyenne. — V. Section inférieure, La Balta. 



La vallée danubienne est peut-être ce que la Valachie offre de plus 
original. Plus que la montagne, aux crêtes déchiquetées, la majesté 
du grand fleuve a frappé l'imagination populaire. Le Danube est 
resté, pour le Roumain, comme une sorte de divinité; c'est, pour 
l'habitant même des montagnes, l'image de tout ce qui est démesu- 
rément grand et fort. Batd te Dundre! (le Danube te frappe !) est 
un jurement terrible. £e face Dundre (il se fait Danube) se dit d'un 
homme en fureur 1 . 

En fait, soit qu'on gravisse les collines qui dominent le fleuve à sa 
sortie des Portes de Fer, pour voir le courant, resserré dans le défilé 
étroit, s'étaler brusquement en encerclant une foule de petites îles 
verdoyantes ; soit que, des hauteurs des monts de Macin, on con- 
temple les reflets du soleil couchant sur les innombrables lacs et bras 
fluviaux de la « Balta, » c'est toujours la même impression de majes- 
tueuse grandeur. Et, pour l'originalité et l'imprévu du spectacle, la 
haute montagne elle-même n'offre peut-être rien de comparable au 
dédale de roseaux géants, de saules chevelus, de prairies maréca- 
geuses, de lagunes dormantes et de gîrle étroites au courant rapide, 
où l'on peut s'égarer pendant des jours, sur le bas Danube, sans 



1. Voir Papadopol-Calimach. Dunâre în literatura ci traditiunea popularâ, Acad. 
Rom. Nous avons entendu ces locutions dans la bouche même de Transylvains. 

13 



194 — 

éveiller d'autres êtres vivants que les myriades de poissons qui 
sautent comme des fous dans les racines des saules, les grands vols 
de corbeaux et de canards sauvages, ou les troupes de flamands aux 
ailes roses. 



Quelle est l'origine de la vallée où coule le grand fleuve, décrivant 
un arc de cercle depuis la sortie des Portes de Eer jusqu'à Galati ? 
Tel est le premier problème qu'impose l'étude de ce puissant orga- 
nisme. 

Le bas Danube est, en somme, le collecteur des eaux qui arrosent 
un bassin limité par les Karpates et les Balkans. Ce bassin, s'il doit 
sa forme actuelle à des mouvements du sol récents, est, on le sait, 
de date relativement ancienne, et existait à l'état de golfe marin 
dès l'aube des temps éogènes. En suivant l'évolution des mers ter- 
tiaires, on peut voir se dessiner peu à peu le thalweg danubien, 
lagune de plus en plus étroite et de plus en plus saumâtre, qui servait 
de collecteur aux eaux ruisselant sur le fond des mers progressive- 
ment soulevé. La vallée du Danube, comme la vallée rhodanienne l f 
serait ainsi la dernière trace d'un géosynclinal exondé. 

Elle en a conservé l'orientation, mais non pas peut-être la posi- 
tion. En effet le sondage de Marculesci dans le Bâragan a montré 
que les dépôts sarmatiques reposent directement sur le crétacé 2 . D'où 
l'on doit conclure que tous les dépôts oligocènes et éocènes se sont 
formés dans une dépression située plus au N. 

C'est seulement au sarmatique que la mer a envahi la plate-forme 
crétacée bulgare, qui s'étendait auparavant sur toute la Yalachie 
méridionale. Ce mouvement s'est produit, à la faveur de dislocations 
tectoniques, qui ont donné la première ébauche de la vallée danu- 
bienne actuelle. 

Cobâlcescu a le premier reconnu la faille danubienne 3 , rendue 
manifeste par la présence du terrain à Paludines, recouvert par le 
diluvium sur la rive gauche, tandis que sur la rive droite le crétacé 

1. Depéret. Aperçu sur la structure générale et l'histoire de la formation de la 
vallée du Rhône, Ann. d. Géogr., IV, 1895, p. 432. 

2. Alimanesteanu. Sondagiul din Bâragan, Bul. Soc. Geogr. Rom., 1896. 

3. Cobâlcescu, Sludii geologice si paleontologice asupra unor târmuri tertiare 
din unele parti aie României, Bue, 1883. 



_ 195 — - 

affleure à des altitudes de 100 et 200 mètres. Depuis, le sondage de 
Marculesci a apporté une confirmation éclatante de l'existence de 
cette faille, et les travaux des ponts de Giurgiu l et Cernavoda 2 ont 
permis de suivre son prolongement. D'après M. Alimanesteanu, le 
dénivellement serait de 289 mètres dans le Bârâgan, et il va croissant 
de plus en plus vers l'E. 3 . La présence du calcaire blanc crétacé, 
découvert à Giurgiu, sur la rive gauche, confirme les vues de M. Ali- 
manesteanu, qui place la faille un peu au N. du cours actuel du 
Danube, et montre qu'on a affaire, en réalité, à une faille à gradins. 

Cette dislocation a fixé la rive méridionale du bras de mer sarma- 
tique et du lac plaisancien qui recouvraient la Yalachie, et, en même 
temps, la ligne de leur profondeur maximum, qui devait être à peu 
près exactement l'axe de la vallée danubienne actuelle de Zimnicea 
à Cernavoda, On sait comment le pliocène a vu se dessécher progres- 
sivement le sol de la Yalachie. Peu à peu, les eaux descendant des 
Karpates ruissellent sur les dépôts mis à jour et les vallées actuelles 
se creusent. La tête de source du bas Danube a dû être successive- 
ment l'Arges, l'Oltu et le Jiu. Le grand fleuve qui rassemblait toutes 
ces eaux coulait le long de l'escarpement de la faille Griurgiu-Cerna- 
voda. 

Il est très vraisemblable que, dès cette époque, il faisait à partir 
de là un coude vers le N., dans la direction de Brâila. Ce détour a été 
déterminé par la surrection du massif de la Dobrodgea, qui, de tout 
temps, a été un élément de trouble dans l'histoire des régions dépen- 
dant des Karpates. On sait, par les recherches de Peters et Anastasio 4 , 
que la Dobrodgea est, en Roumanie, un monde à part. Prolongement 
du plateau crétacé bulgare, dans sa partie méridionale, elle offre, 
dans la région montueuse des collines de Macin et Babadag, un 
complexe de roches éruptives, de couches archéennes et paléozoïques, 
fortement plissées et nivelées depuis longtemps par l'érosion, qui 
représente, suivant l'expression de Suess « un fragment d'une chaîne 

1. P. Licherdopol. Bucuresci, p. 19. Voir coupe de S. Stefanescu, pi. I. 

2. L. Mrazec. Remarques sur le cours des rivières en Valachie, p. 35. 

3. Alimanesteanu, op. cit. Draghiceanu (Les tremblements de terre de la Vala- 
chie évalue le dénivellement à 300 mètres à Giurgiu, 500 à Fetesci, 800 à Brâila. 

4. K. Peters. Grundlinien zur Géographie und Géologie der Dobrudscha, Denk- 
schr. Ak. d. Wiss. Naturwiss. KL, Wien, XXVII, 1867, carte. — Anastasio. Contri- 
bution à l'étude géologique de la Dobrodgea (Roumanie). Terrains secondaires, 
Paris, 1808, carte. 



— 196 — 

plissée plus vaste, orientée dans le sens du Caucase 1 . » Ce bloc 
compact a agi à la manière d'un môle résistant, où les contrecoups 
des plissements karpatiques se faisaient sentir par des mouvements 
de bascule, et c'est le dernier de ces mouvements qui a porté la 
Dobrodgea septentrionale à des altitudes de 400 et 500 mètres, en 
face de la plaine valaque déprimée. Le Danube a naturellement suivi 
cette ligne de dénivellation. Cet accident est d'ailleurs certainement 
postérieur au sarmatique, dont les eaux avaient envahi la Dobrodgea. 
Il est probablement même postérieur au plaisancien. 

C'est alors qu'a commencé l'affaissement lent de la plaine de la 
Munténie orientale, succédant au soulèvement qui l'avait exondée 
au début du pliocène 2 . Cet affaissement a été rendu évident par le 
sondage de Mârculesti, qui n'a rencontré le tertiaire qu'à 30 mètres 
au-dessous du niveau de la mer Noire. Il est fâcheux que les autres 
sondages faits en Valachie n'aient pas été pratiqués avec le même 
soin ; ils pourraient nous donner des documents de premier ordre pour 
évaluer l'amplitude du mouvement qui, sans doute, affecte encore le 
sol valaque. Mais tout semble prouver que l'aire principale d'affais- 
sement est comprise entre Giurgiu, Galaji et Focsani, et que, suivant 
l'hypothèse de Draghiceanu 3 , c'est dans la région N.-E. que l'enfon- 
cement a été le plus considérable. 



II 



On le voit, la formation de la vallée danubienne a été déterminée 
par les dislocations qui ont affecté le sol valaque à la fin du tertiaire. 
Mais l'importance du fleuve ne date que du moment où il est devenu 
le collecteur, non seulement des eaux du bassin bulgaro-valaque, 
mais de la dépression pannonique et d'une partie même des Alpes. 
Cette acquisition a été le résultat de la rupture de l'arc balkano- 
karpatique entre Orsova et Moldova. Aussi, bien que le défilé des 
Portes de Fer, par lequel le Danube coupe la chaîne, soit en dehors 
de la Yalachie, ne pouvons-nous laisser absolument de côté le pro- 
blème irritant qu'offre cette singulière percée fluviale. 

i. Suess. La l'ace de la terre, tr. fr., I, p. 633. 

2. Le Plaisancien manque à Mârculesti. 

3. Draghiceanu. Les tremblements de terre de la Roumanie. 



— 197 — 

Géographes et géologues semblent, jusqu'à présent, s'être vaine- 
ment ingéniés pour déchiffrer l'énigme, et pourtant, les travaux 
entrepris pour la régularisation du cours du fleuve ont offert toutes 
les occasions de pousser l'enquête aussi loin que possible. Les uns 
invoquent des failles que le fleuve aurait suivies 1 ; les autres ima- 
ginent une sorte de débâcle des eaux du lac qui occupait la plaine 
hongroise 2 ; d'autres enfin recourent à l'érosion remontante d'une 
rivière vigoureuse, sans doute la Cerna actuelle 3 . 

Ce qu'il importe surtout de déterminer ici, comme dans toutes 
les questions analogues, c'est la date de la percée. Pour Peters, il 
semble qu'elle soit postérieure à l'étage des Congéries ; pour Hala- 
vats, c'est à l'âge diluvien que le lac de l'Alfold a commencé à 
s'écouler par le canal de Bazias-Orsova. 

D'après ce que nous savons sur l'évolution des mers tertiaires, 
il ne semble pas que la séparation des bassins pannonique et valaque 
remonte plus loin que le sarmatien. Déjà, à l'époque tortonienne, le 
soulèvement avait commencé, mais la mer pénétrait encore à l'inté- 
rieur de la montagne par des golfes où des eaux à demi-saumâtres 
ont laissé des dépôts échelonnés en une série de petits bassins 4 . Il y 
avait donc, semble-t-il, une voie de traverse déjà préparée. A partir 
du moment où la Cerna est devenue la tête de source du Danube, le 
creusement de sa vallée a dû se faire avec une étonnante rapidité. 
On peut le considérer comme effectué surtout à la fin du pliocène 
et au commencement du pleistocène, c'est-à-dire au moment où les 
glaciers couvraient la chaîne cristalline du Godeanu, et où les pré- 
cipitations abondantes donnaient à tous les fleuves une énergie nou- 
velle. L'énorme cône de déjection d'Orsova témoigne de son activité. 

Pendant ce temps, les recherches des géologues hongrois nous 
montrent que l'Alfold était occupé par un lac, en sorte que les cours 
d'eau qui descendaient du versant 0. des monts du Banat n'étaient 
que des rivières de peu de longueur comparativement à la Cerna, 
tête du Danube valaque, et douées d'une énergie érosive bien moins 

1. G. Jaxxescu. Aliniamente geografice aie României, Bull. Soc. Géogr. Rom., 
1895, p. 255. Dràghiceanu, op. cit. 

2. Toula. Durchbruch der Donau, Schr. d. Ver. /. Verbr. natunoiss. Kenntn. 
Wien, 1896. — Halavats. Géologie des vallées du Danube et de la Tisza, Trav. de 
Régular. et Endiguera, en Hongrie. Publ. Serv. des Eaux, Budapest, 1900. 

3. Peters. Die Donau und ihr Gebiet, Leipzig, 1876. 

4. Peters, op. cit. — Halavats, loc. cit. — Sabba Stefaxescu. Terrains terliaires 
de Roumanie, carte. 



— 198 — 

grande, puisque leur niveau de base était formé par un lac au lieu 
d'être la mer. Dans ces conditions, la capture d'une rivière hongroise 
par la vigoureuse Cerna ne semble pas être impossible. Sitôt que les 
eaux du lac de PAlfôld ont trouvé par-là une issue, le creusement de 
la vallée de traverse a dû s'accélérer ; des cascades se sont formées, 
qui ont scié les seuils résistants de calcaire et de porplryres, en creu- 
sant des gouffres où la sonde enfonce jusqu'à des profondeurs infé- 
rieures même au niveau de la mer l . Les rapides contre lesquels la 
navigation a eu à lutter sont les dernières traces de ces Niagaras 
préhistoriques. 

Il est possible que les bancs calcaires qui traversent le fleuve à 
plusieurs reprises aient joué un rôle important dans le recul de la 
tête de source, en permettant aux eaux de se frayer une route sou- 
terraine d'abord, et en prêtant à des écroulements qui ont frayé 
d'abord une gorge encaissée, laissant aux eaux superficielles le soin 
de l'élargir 2 . 

Toutes ces hypothèses, est-il besoin de le dire ? auraient encore 
besoin de subir l'épreuve d'une confrontation sérieuse avec les faits 
qu'on peut observer. En tout cas, un point semble acquis, c'est que 
la percée s'est produite à l'aurore des temps pleistocènes. Yoilà ce 
qu'il nous importait surtout de savoir. C'est donc pendant la période 
diluviale que le lit actuel du Danube a été creusé. 



III 

Dès que commença l'écoulement des eaux du lac de l'Alfôld par 
les Portes de Fer, les sables et argiles pontiens qui s'appuyent 
sur le cristalliu par l'intermédiaire de conglomérats tortoniens, se 
trouvèrent soumis à une érosion intense. C'était une véritable trombe 
d'eau qui débouchait du défilé. 

Pour avoir idée de la vigueur étonnante de cette érosion, il faut 
gravir les hauteurs dominant à l'O. Turnu Severinu. Au delà de la 



1. Marmite de Kasan, 53 mètres de profondeur; marmites des Portes de Fer, 
49 et 51 mètres. — Pe*ck. Die Donau, Schr. d. Ver. f. Verbr. naturwiss. Kenntn. 
Wien. 

2. C'est ce que semble avoir voulu dire Peters, lorsqu'il parle des dislocations 
des bancs calcaires « sinken die in sich zerrùtteten kalkigen Formationsglieder in 
einer beinahe geschlossener Reine zum jetzigen Stromspiegel herub, » op. cit., 
p. 320. 



— 199 — 

plaine, où le fleuve s'étale et se peuple d'îles, l'œil découvre une 
ligne de hauteurs boisées qui prennent l'air d'une petite montagne. 
C'est la falaise que le Danube longe de Simian à Hinova, en la 
sapant continuellement. Le point culminant de ces coteaux escarpés 
atteint 343 mètres, dominant de près de 300 mètres le lit du fleuve. 
Il est évident que le Danube a coulé jadis plus à l'O., comme en 
témoignent les terrasses de Kladova sur la rive serbe l . Le déblaie- 
ment s'est effectué sur une profondeur minimum de 200 mètres et 
une largeur de 10 kilomètres au plus. 

Il est certain que jamais le courant fluvial n'a atteint cette lar- 
geur ; c'est par une série de changements de lit, qui faisaient porter 
l'effort principal de l'érosion tantôt sur la berge orientale, tantôt sur 
la berge occidentale, que le fleuve est arrivé à creuser une vallée 
aussi large et aussi profonde. La nature des terrains dans lesquels 
s'effectuait le creusement favorisait singulièrement ce processus. On 
peut voir encore, à l'heure actuelle, les sables fins qui couronnent 
la falaise de Hinova descendre en nuées de poussière au moindre 
souffle du vent, ou s'écrouler par paquets avec les graviers qui les 
supportent, lorsque les pluies ont dilué le substratum d'argiles qui 
affleure au niveau des basses eaux du Danube. Ainsi, des deux bras 
fluviaux qui encerclent l'île de Corbu, le bras oriental, où le courant, 
buttant contre la rive concave, sape constamment la falaise de 
Hinova, perd de plus en plus d'importance par ensablement; le 
bras occidental tend à devenir le bras principal (fig. 30 A). 

De Severinu à Calafat, on peut suivre pas à pas tous les stades 
de cette transformation, qui déplace le fleuve de 5 à 10 kilomètres 
vers l'E. ou vers l'O. Les deux bras qui entourent l'Insula Mare 
ont encore, à peu près, la même importance, mais l'île de Gîrla 
(fig. 30 B) n'est plus séparée de la terre ferme que par un marécage 
en forme d'arc de cercle, où les grandes eaux du fleuve arrivent 
seules à pénétrer ; et l'île de Maglavitu (fig. 30 C) est si bien rattachée 
au sol valaque que les vergers ont pris pied sur l'emplacement de 
l'ancien bras oriental du fleuve. 

Ce balancement, qu'on peut en quelque sorte voir se produire sous 
nos yeux, a dû se répéter maintes fois au début de la période de 

1. L. Mrazec. Note sur une marne à efflorescences salines de Scapëu, Bull. Soc. 
Se. Bur.. VIT, 1808, n°2. 



200 — 




Figure 30. — Stades de déplacement 
du lit du Danube. (Les marécages 
sont marqués par des traits horizon- 
taux discontinus, les bancs de sable 
à découvert aux basses eaux par un 
pointillé). D'après la carte au 1 /57,600 e 
et nos levés aux basses eaux de sep- 
tembre 1890. 



creusement, et avec une amplitude 
d'autant plus grande que la vi- 
gueur du neuve lui permettait de 
décrire des boucles à plus grand 
rayon de courbure. La plaine de 
Flamand a, où les sables alternent 
avec les marécages, a dû' être au- 
trefois ce qu'est maintenant l'île 
de Corbu, et la falaise en arc de 
cercle qui l'entoure, de Kogova à 
Pâtulele , en passant par Vînju 
Mare et Bucura, est l'ancienne 
berge de la rive concave d'un 
Danube préhistorique (fig. 31). 
Grâce à l'activité du creusement, 
qui continue encore maintenant, 
le drainage a commencé à s'orga- 
niser, et les marécages qui longent 
la falaise près de Pâtulele sont le 
dernier souvenir du passage du 
grand fleuve 1 . 

Le processus qui amène ces 
changements de lit est facile à 
comprendre sans invoquer le rôle 
du vent qui a été singulièrement 
exagéré 2 . Il est inévitable, partout 
où un fleuve vigoureux travaille à 
creuser son lit dans des terrains 
meubles. Dans de pareilles condi- 
tions, jamais le courant fluvial 
n'arrive à la stabilité qu'il acquiert 
dès l'abord lorsqu'il scie un massif 



1. E. de Martonne, Sur ta formation des vallées et les mouvements du sol eu 
Valachie, CR. Ac. d. Se, 1900. 

2. Schweiger von Lkhciienfeld. Die Donau als Vôlkerwc£ Schiffartsstrasse und 
Reiseroute, pp. 578-579. Il assimile ce cas à celui des rivières hongroises dont 
nous n'avons pas à discuter ici l'histoire. Si le vent était le principal facteur 
des déplacements du Danube, ces déplacements auraient dû avoir lieu toujours 
vers l'O. et le S., puisque les vents dominants sont d'E. et N.-E., et non du 
S.-E., comme le marque l'auteur. Or il n'en est rien. A Vidin, Rahova, etc., on 
trouve les traces d'anciens bras en arc de cercle abandonnés pour des bras 
situés à l'E. ou au N. 



— 201 — 

de roches dures 1 . Grâce à ces balancements successifs, le Danube 
est arrivé à déblayer une vallée d'une largeur au moins égale à celle 
où s'étale son cours inférieur. 

Il est probable que toute la région de dunes qui s'étend au S. d'une 
ligne passant par Cetatea et Bâilesci a été balayée jadis par le 
courant fluvial dont ces sables sont la dernière trace. C'est au grand 
fleuve que toute cette région doit son singulier caractère, et le nom 
de Terrasse danubienne lui convient exactement. L'érosion active 
qu'il continue à exercer a permis, en effet, au Danube d'assainir et 
de drainer cette région en creusant son lit plus profondément. 




Figure 31. — La plaine de Flamânda (même figuré des marais que sur la figure 30 1. 
D'après la carie au l/57,6000 e . 

L'étranglement des Portes de Fer a métamorphosé le fleuve 
alangui qui se traînait paresseusement à travers la plaine hongroise. 
Le Danube valaque est comme un nouveau fleuve, sorti tout formé 
des montagnes du Banat, et dont le cours supérieur s'étendrait jus- 
qu'à Palanka et Bistre t;u. Là, le creusement l'a toujours emporté 
et l'emporte encore sur l'alluvionnement. Plus loin, les conditions 
changent ; l'apparition des lacs latéraux, l'extension de plus en plus 
grande prise par le lit d'inondation, témoignent de ce nouvel état de 
choses qui remonte sans doute à une époque déjà éloignée. 

1. C'est même là qu'est le véritable sens de la loi de Loczy, d'après laquelle une 
rivière creuse son lit dans une roche dure de préférence à une roche tendre ; une 
fois engagée dans la roche dure, In rivière creuse sur place. 



202 



IV 



Les eaux s'écoulant par le défilé des Portes de Fer trouvaient, en 
effet, dès le début de l'époque diluviale, un chenal tout tracé et déjà 
assez large à partir du confluent du Jiu et de l'ancienne Cerna. Ce 
chenal n'avait probablement pas la position exacte du Danube actuel ; 
il était situé un peu plus au N., car c'est le long de la faille de Griurgiu 
que la circulation des eaux avait commencé à s'établir. Le recul du 
fleuve vers le S. a été attribué en partie aux vents qui soufflent sur- 
tout du N. et N.-E., soulevant des vagues capables de faire chavirer 
les petites embarcations 1 , en partie à la poussée et à l'alluvionnement 
des rivières valaques, bien plus vigoureuses que les affluents bul- 
gares 2 . Cette dernière explication concorderait avec celle qu'on re- 
connaît généralement comme la plus vraisemblable pour la Theiss et 
le Danube hongrois 3 , et semble plus près de la vérité que l'hypothé- 
tique loi de Baer, invoquée par Peters et Suess 4 . 

Quoi qu'il en soit, si l'on remarque que le rebord de la falaise de 
loess valaque est constamment plus élevé que le plateau situé plus 
au N., on sera porté à admettre facilement que le Danube, au début 
de la période diluviale, pouvait avoir un cours légèrement plus sep- 
tentrional que maintenant. Au moment de l'ère steppique, qui suc- 
céda à la période glaciaire, le débit des fleuves se trouva considéra- 
blement diminué ; le loess, comblant toutes les inégalités du sol, a fait 
disparaître en grande partie cet ancien tracé. C'est avec la seconde 
période que l'érosion recommença, et que fut creusé, dans le loess, 
le lit actuel. L'équilibre fut vite atteint, et l'état de choses actuel, où 
le creusement est moins actif que la sédimentation, date, sans doute, 
de bien loin déjà, dans toute la partie du cours qui s'étend en aval de 
Griurgiu. 

Entre Bistrefu et Giurgiu, on a pu voir se poursuivre encore 
quelque temps l'œuvre de déblaiement qui s'accomplit actuellement 
sous nos yeux, plus près des Portes de Fer. Maintenant, cette section 



1 L. Mrazec. Quelques remarques sur le cours des rivières, loc cit. 

2. Supan. Grundziige der physischen Erdkunde. 1896, p. 530. — L. Mrazec, op. cit. 

3. Halavats. Die geologischen Verhalfnisse des Alfôld zwischen Donau und 
Theiss, MM, a. d. Jahrb. d. K. Ung. Geol. Anst., XI, 1807. 

4. Peters. Die Donau. p. 351. — Suess. Uebcr den Lauf der Donau, Oesterr. Rev., 
L863, p. 262, cité par Mrazec, op. cit. 



— 203 — 

du bas Danube ressemble au cours moyen d'un grand fleuve, où 
l'érosion et l'accumulation s'équilibrent à peu près. A BistreJTii, à 
Potelu, on observe le recul du fleuve vers le S., abandonnant un bras 
plus septentrional. Plus loin, à Corabia et Sistovo, c'est, au contraire, 
une boucle méridionale qui a été abandonnée. Le balancement du 
courant fluvial continue, mais les suites en sont légèrement diffé- 
rentes de celles qu'on remarquait plus haut. Le bras abandonné, au 
lieu de se dessécher progressivement, se change en lagune allongée 
plus ou moins en forme de croissant. L'île devient un marécage qUe 
les hautes eaux envahissent presque entièrement. C'est que la puis- 
sante érosion qui agissait plus en amont commence à s'engourdir. 
La pente, qui était de 55 millimètres par kilomètre de Severin à 
Calafat, n'est plus que de 40 entre Calafat et Bechetu, et tombe 
à 37 de Bechetu à ïurnu Mngurele 1 . 

Le fleuve large de 880 mètres à Cetatea, 745 mètres à Calafat, de 
plus de 1 kilomètre à Bistrefu et Corabia, est semé d'îles basses et 
de bancs de sable allongés qui se déplacent constamment. L'œil 
cherche en vain les hauteurs qui, près de Severinu, dominaient 
le fleuve, maintenant encadré entre des berges limoneuses de 
quelques mètres. La forêt de saules s'étend à perte de vue sur les 
îles, cachant tout. L'embouchure des fleuves roumains disparaît, in- 
discernable dans ce fouillis d'îles et de bras fluviaux. Celle du Jiu 
passe complètement inaperçue. Celle de l'Oltu s'entrevoit, large de 
100 à 150 mètres, à demi obstruée par des atterrissements sableux 
à fleur d'eau, que cercle un cordon blanc de petites vagues, déferlant 
sous le souffle du vent. Presque toutes les rivières ont une tendance 



1. Le tableau suivant, établi d'après les indications du Service hydrologique 
du Ministère des Travaux publics, à Bucarest, donne les principaux éléments 
morphologiques pour le Danube valaque. 



_.. . Niveau des 

Dwbmce liaute , eaux 
km. m. 

Vâreiorova 

19 
Turnu-Severin . . 1-2,37 

136 
Calafal 34,035 

L16 

Bechet 28,61 

82 
Turnu Mâgurele. 55,79 

108 
Giurgiu... 20,8^ 

124 
Calarasi 14,85 

195 
Brâila 8,02 



Pente aux 



0,0613 
0,0467 

0,0343 
0,0458 

0,0482 
0,0352 



Niveau 
de l'étiage 



33,7 
26,185 
21,363 
18,305 
13,22 
6,906 
1,076 



Pente 

à l'étiage 



0,0554 
0,0407 

G\0374 

0,047 

0,0508 

0,0298 



Profondeur 
maximum 



7,20 
S,27 
7,70 

12.10 
4,0 
(3,1) 

19,85 



575 

7 Ï5 

675 
718 
732 

409 



— 204 — 

à former ainsi des bancs qui peuvent arriver à changer complètement 
la position de l'embouchure. Avant 1879, le Jiu se jetait dans le 
Danube, à 15 kilomètres plus à l'0. 1 . Il a dû se frayer un nouveau lit. 
Des rivières moins puissantes, comme le Calma(uiu, sont réduites 
à se perdre dans les dépressions qui marquent un ancien bras du 
fleuve. Telle est l'origine du lac Suhaïa 2 . 

On le voit, la balance commence à ne plus être égale entre l'accu- 
mulation et l'érosion. Celle-ci prend l'avantage pendant les crues, 
celle-là pendant les basses eaux. La physionomie du fleuve change 
complètement à quelques semaines d'intervalle. 



Après Giurgiu,la pente augmente légèrement. Mais déjà l'approche 
de la Balta se fait sentir, la pente des hautes eaux est plus faible 
(48 m / m ) que celle de l'étiage (50 m / m ). Les îles se multiplient, une 
foule de petits canaux répandent les flots du fleuve en crue au milieu 
d'une large plaine d'inondation marécageuse, et les lui ramènent 
pendant les maigres. Les lacs latéraux deviennent de plus en plus 
étendus : Lacul Grrecilor, Lacul Boiana, Lacul Calarasilor. Ce sont 
d'immenses nappes d'eau qui font penser déjà aux lagunes de la 
Balta, et qui ont à peu près complètement perdu la forme allongée 
caractéristique des anciens bras morts. 

C'est à Calarasi que commence ce que le peuple appelle proprement 
la Balta. Les marécages du Danube hongrois et de la Theiss ne sont 
rien à côté du dédale de bras fluviaux, d'îles, de marécages, d'étangs 
et de canaux qui couvre la vallée, large de 12 à 18 kilomètres, entre 
les hauteurs de la Dobrodgea et les falaises de loess du Bâragan. Ici, 
il semble que toute l'œuvre du fleuve se résume dans l'accumulation 
des sédiments ; la force érosive qu'il retrouve pendant les crues n'est 
employée qu'à les déplacer, à boucher un bras, à élargir ou frayer un 
autre, à colmater une lagune. 

De Calarasi à Galati, la pente, en suivant le trajet le plus court, 
n'est que de 29 millimètres par kilomètre. C'est la décrépitude qui 
recommence pour le fleuve, un instant rajeuni par l'effort qu'il 
avait déployé en franchissant la barrière des montagnes du Banat. 

1. Chiru. Canalasirea rîurilor, Bul. Soc. Geogr. Rom. 

2. E. de Martonne. Sur la formation des vallées et les mouvements du sol en 
Valachie, CR. Ac. Se. 1001. 



— 205 — 

Ses affluents partagent son sort : la plupart se perdent en des lacs 
allongés, ne pouvant briser la barre qui se forme au débouché de la 
vallée. Les plus vigoureux eux-mêmes se traînent quelque temps, 
parallèlement au fleuve, avant de pouvoir y déverser leurs eaux. 

Sur la rive valaque, de grandes étendues marécageuses s'étalent 
entre le fleuve et le pied de la falaise de loess, qu'il venait saper à 
une époque où sa vigueur était moins endormie (plaines de Cosco- 
\à£u et de Ciacaru). Du côté de la Dobrodgea, les hauteurs serrent 
généralement de plus près le fleuve. Jusqu'à Hârsova, c'est même de 
ce côté qu'est actuellement le courant principal. 

L'importance des bras qui portent le nom de Borcea et Dunâre- 
veche a, d'ailleurs, varié plus d'une fois ; et, quant aux innombrables 
lagunes et bras morts que rejoignent des canaux étroits et sinueux 
(gârle), leur figure peut être considérée comme changeant presque 
à vue d'œil. Ici, il n'est plus question de retrouver les traces d'un 
balancement régulier du lit fluvial; les transformations sont trop 
rapides et trop multiples. Toute boucle recoupée est destinée à de- 
venir une lagune plus ou moins arrondie. C'est d'abord une pièce 
d'eau en forme de fer à cheval, puis un lac avec une grande île, 
puis la dégradation des berges, continuant sous l'action du vent qui 
pousse les eaux, et du courant qui se précipite dans son ancien lit 
au moment des crues, l'île est peu à peu rongée, les profondeurs, le 
long de l'ancienne rive concave, se comblent, et le dernier stade de 
cette métamorphose donne une vaste lagune à fond plat, où la pro- 
fondeur ne dépasse nulle part l m 50 ou 2 mètres (fig. 32). 






1 er stade. 
Lacul Dunâre-veche. 



2 e stade. 
Zetonu Uluciului. 



3 e et 4° stades. 

A. Ezerul Buzeu. 

B. Ezerul Brunciu. 



Figure 32. — Transformation des boucles abandonnées en lagunes dans la Balta. 
Echelle 1/200,000*, d'après la carte topographique au 1/50,000% 



- 206 — 

Le dédale de la Balta n'a que deux interruptions. A Hârsova, les 
hauteurs de la Dobrodgea viennent resserrer le courant fluvial large 
de 466 mètres dont la profondeur est portée à 16 mètres. De Brâila 
à (jalati, le fleuve, abandonnant à droite quelques lagunes, réunit 
toutes ses eaux en un seul bras large de 409 mètres et profond 
de 20 à Brâila, mais qui un peu plus bas s'étale sur une largeur de 
plus de 1,000 mètres. C'est le dernier effort du Danube avant de 
s'engager dans la région deltaïque, dont la description sort du cadre 
cle cette étude. 

Nous en avons assez vu pour juger de la variété d'aspect de ce 
fleuve qui, rajeuni par la traversée du défilé des Portes de Fer, semble 
un cours d'eau nouveau dont la section supérieure s'étendrait de 
Severinu à Calafat ou Bechet, dont le cours moyen irait jusqu'à 
Griurgiu-Calarasi, et dont le cours inférieur offre, de Calarasi à Galaj;i, 
l'image de la décrépitude et de l'impuissance. 



CHAPITRE XIV 

Le Régime du Bas Danube et de ses affluents. 



I. Le Danube avant son entrée en Valachie. — II. Le régime des rivières 
valaques. — III. Formation du régime du Bas Danube. 



Large de plus d'un kilomètre lorsqu'il rassemble toutes ses eaux 
en un seul bras entre Brâila et Galati, le Danube, débitant à Tulcea 
6,000 mètres cubes par seconde, est un des organismes hydrogra- 
phiques les plus imposants de la vieille Europe. Ses variations ont 
quelque chose d'énorme. Celui qui, du haut d'une colline dominant 
la Balta a pu contempler aux basses eaux le dédale d'îles, de lacs et 
de bras fluviaux qui couvre la plaine à perte de vue, ne pourra se 
défendre d'un mouvement d'étonnement et presque de frayeur, si 
sa route le ramène au même observatoire, quand une grande crue a 
tout confondu dans une vaste nappe d'eau, lac ou fleuve, mer ou 
rivière. Le régime du bas Danube contribue pour beaucoup à faire 
de sa vallée un monde à part. 

Lorsqu'il pénètre en Valachie après un parcours de plus de 
3,000 kilomètres, roulant plus de 4,000 mètres cubes d'eau par se- 
conde, le Danube est déjà un fleuve dont le régime est formé par la 
combinaison de causes complexes et lointaines. Quelle que puisse 
être l'influence des conditions physiques qu'il rencontrera dans son 
cours inférieur, on peut douter que la vie d'un organisme aussi puis- 
sant en soit notablement modifiée ; en tout cas, on peut être sûr que 
le régime du fleuve valaque sera toujours sous le coup des influences 



— 208 — 

qui déterminent les variations de niveau du fleuve allemand et hon- 
grois. Il est donc indispensable de rappeler brièvement les caractères 
du régime du Danube avant son entrée en Yalachie, tels que des 
travaux remarquables nous les ont fait connaître 1 . 

L'influence écrasante des affluents de droite, Hier, Lech, Isar, 
Inn, fait du haut Danube un véritable fleuve alpin avec crues d'été 
(juin), déterminées par la fonte des neiges. Les basses eaux coïncident 
avec les maigres des affluents alpins, et avec la période de sécheresse 
relative qui caractérise le régime continental des pluies 2 . 

A Vienne et Budapest, le Danube est encore un fleuve alpin par 
ses crues d'été, mais la période de sécheresse tend à se transporter 
en automne 2 . Enfin, après avoir parcouru la plaine pannonique, reçu 
ses derniers affluents alpins (Drave et Save) et s'être enrichi de 
l'énorme masse d'eau de la Theiss, collecteur de toutes les pluies qui 
tombent à l'intérieur de l'arc karpatique, le Danube arrive à Orsova 
complètement transformé. C'est déjà un fleuve imposant, roulant une 
masse d'eau de 4,280 mètres cubes par seconde, et dont le régime 
reflète un climat continental 2 . Sans doute, les crues d'origine alpine 
s'y font encore sentir, mais retardées et amorties par la traversée de 
la plaine hongroise, elles mettent près de un mois à venir de Passau 
à Orsova et ne réussissent qu'à maintenir jusqu'en juillet un niveau 
élevé. La montée commence plus tôt et est due à d'autres causes. Le 
maximum atteint en mai est le résultat des pluies de printemps et de 
la fonte des neiges sur des montagnes moins élevées que les Alpes. 
Il y a deux minima : un minimum d'hiver, dernière trace de l'in- 
fluence du régime alpin, et un minimum d'automne, dû à la période 
de sécheresse qui caractérise le régime continental des pluies, coïn- 
cidant en été avec de très fortes chaleurs et une évaporation active. 

Par la masse de ses eaux et la majesté de ses mouvements, le 
fleuve semble être prêt d'être arrivé à un état d'équilibre. L'augmen- 



1. Penck. Die Donau, Schr. d. Ver. /. Verbr. natunoiss. Kenntn. Wien, 1891, 
en offre le meilleur résumé. Cf. Schweigf.r-Lerchenfeld. Die Donau als Vôl- 
kerweg, Schiffartsstrasse und Reiseroule. — Siéger a donné dans le Geogra- 
phisches Jahrbuch, 1894, pp. 270-272 (cf. les Berichte des années suivantes sur 
l'Autriche-Ilongrie), une bibliographie très complète de tous les travaux sur 
l'hydrologie du Danube. 

J>. A'. s. o. N. n. 

1,651 1,527 1,318 0,830 0,777 0,644 

2,69 2,60 2,13 1,59 1,52 1,64 

Orsova. 2,069 2,448 3.112 3,694 3,822 3,417 2,856 2,356 2,047 1,850 2,347 2,481 



2. 


J. F. M. 


Av. M. 


J 


Linz... 


. 0,645 0,816 1,00 


1,256 1,50 


1,804 


Pest... 


. 1,75 2,10 2,16 


2,66 2,83 


2,94 



- 20Ô 

tation brusque de pente, dans la traversée du défilé des Portes de 
Fer, ne change rien au régime qui est sensiblement le même à Turnu 
Severinu l qu'à Bazias et Orsova, car si la vitesse du courant aug- 
mente, les étranglements du lit fluvial jouent d'autre part le rôle 
d'écluses arrêtant l'élan des grandes crues. 

Cependant avant d'atteindre la mer Noire, le fleuve doit parcourir 
950 kilomètres, à travers des pays steppiques, il reçoit des affluents 
assez nombreux, s'ils paraissent peu de chose auprès de l'Inn ou de 
la Theiss. Ces influences ne peuvent manquer de modifier son carac- 
tère dans une certaine mesure. 

II 

Le régime des affluents bulgares du bas Danube échappe complè- 
tement à l'analyse, faute de documents. D'après l'étendue de leur 
aire de drainage (environ 41,000 kilomètres carrés), on peut conjec- 
turer qu'ils apportent une masse d'eau notablement plus faible que 
les affluents valaques, sans offrir rien qui les en distingue nettement 
dans les variations de leur débit. 

Les affluents valaques ne sont guère mieux connus. Le travail de 
l'ingénieur Ohiru, sur la canalisation des rivières roumaines 2 était 
jusqu'à 1900, la seule source où l'on pût puiser quelques rensei- 
gnements sur la vitesse, la largeur et la profondeur moyenne des 
différents cours d'eau, avec des indications sur le débit moyen de 
l'Oltu, du Jiu et de la Jalomita, d'après des observations faites 
pendant quelques mois en vue de la construction de ponts. Depuis 
le mois de novembre 1900, le Service hydraulique du Ministère des 
travaux publics Roumain a commencé à publier des cartes quoti- 
diennes donnant les cotes du Danube, et celles d'un certain nombre 
de rivières en deux ou trois points. C'est en nous servant de ces cartes 
que nous avons calculé les moyennes, établi les courbes et dégagé les 
conclusions que nous présenterons ici 3 . 

1. Tous les chiffres relatifs au Danube sont empruntés à Hepites. Niveau du 
Danube au-dessus de l'étiage in La pluie en Roumanie, Ann. Inst. Métèor., XIV, B, 
pp. 169-170 (moyenne de 20 années). 

2. Chiru. Canalisarea rîurilor si irrigatiuni, Bull. Soc. Géogr. Rom., Bue, 1893. 

3. Ces cartes nous ont été obligeamment communiquées par la Direction du 
service. Il n'est pas besoin d'insister sur la valeur relative des résultats obtenus 
avec tes observations d'une si courte période. Nous avons dû interpoler un certain 
nombre d'observations manquantes. Cependant il a paru utile de publier ces 
moyennes, vu l'absence complète de renseignements sur les rivières valaques. 

14 



210 — 

Les principaux affluents du Danube qui arrosent la Valackie sont 
le Jiu, l'Oltu, l'Arges, la Jalomita et le Buzeu. Tous viennent des 
Karpates, la plupart même ont leur source au delà de la chaîne prin- 
cipale, le Jiu dans le bassin de Petroseny, le Buzeu dans la haute 
plaine de Bodzafalu, l'Oltu sur le versant occidental des Karpates 
moldaves. Soit qu'ils viennent de Transylvanie et traversent la chaîne 
par de sauvages défilés où la pente devient considérable, soit qu'ils 
descendent du versant S. des plus hauts massifs de la Yalachie, 
comme l'Arges et la Jalomita, originaires des monts de Fogarash et 
du Bucegiu, toutes ces rivières ont à leur sortie de la montagne des 
caractères communs. Leur vallée, brusquement élargie, grâce aux 
facilités qu'offraient au creusement les marnes et sables des collines 
subkarpatiques ou les limons des terrasses diluviales, n'est plus 
remplie par le courant fluvial qui se divise et s'étale avec l'allure 
d'un torrent débouchant sur son cône de déjection. Jusqu'au confluent 
avec le Danube on retrouve les mêmes conditions : large vallée dont 
la pente reste encore très forte, rivière divagante et rapide charriant 
des sables et tendant à déplacer son lit. Une grande quantité de 
pluies, réparties régulièrement dans l'année, serait nécessaire pour 
alimenter d'une façon constante de pareils cours d'eau et leur éviter 
de brusques sautes de débit. Tout au contraire, les pluies sont rela- 
tivement peu abondantes dans la basse Valachie, et les chaleurs de 
l'été coïncident avec une diminution notable des précipitations ; 
tandis que les pluies de printemps et la fonte des neiges, non seu- 
lement en montagne, mais même dans la plaine, font brusquement 
ruisseler une grande quantité d'eau sur le sol en majorité imper- 
méable, surtout dans la région du cours supérieur où les pentes sont 
en même temps plus fortes. 

Le résultat de ce concours de circonstances est facile à concevoir. 
Les cours d'eau valaques ont un régime très inégal. La courbe des 
moyennes mensuelles (fig. 33), ne peut donner idée des contrastes 
extrêmes que présente le niveau de rivières comme l'Oltu ou la Jalo- 
mita, se traînant à quelques centimètres au-dessus de l'étiage pour 
bondir une semaine ou deux après à deux mètres et plus. La rapidité 
du gonflement, et sa disparition non moins hâtive atténue son 
influence sur la moyenne et la présence de crues subites même pen- 
dant les périodes de maigres, rend moins sensible les contrastes sai- 
sonnaux. 



J 1 A« S N D J 



— âil — 

On peut cependant reconnaître aisément que les basses eaux 
s'étendent en général sur l'hiver et l'automne. C'est le moment où 
les précipitations sont le moins abondantes en Valachie et se pro- 
duisent fréquemment sous forme 
de neige. Les hautes eaux com- 
mencent dès la fin de l'hiver, sitôt 
que la température commence à 
monter; les premiers dégels font 
ruisseler les eaux sur toute la 
région des collines et amènent de 
brusques montées dans le cours 
inférieur du Jiu, comme de la 
Jalomita et du Buzeu. Ces crues 
commencent un peu plus tard au 
voisinage de la montagne, mais à 
partir du milieu de mars, elles 
se répètent constamment jusqu'au 
moment des premières grandes 
chaleurs, grâce aux précipitations 
abondantes des mois de printemps 
et d'été. Juin, juillet et août, sont 
marqués par de brusques oscilla- 
tions dues à la tendance des rivières 
à se dessécher, sous l'influence 
d'une évaporation intense, et aux 
violentes pluies d'orage qui préci- 
pitent en quelques heures une 
masse énorme d'eau. Le principal 
maximum des moyennes men- 
suelles reste un maximum de 
printemps, sauf pour l'Oltu, qui 
vient de Transylvanie avec un régime déjà formé. A la fin de l'été 
et au début de l'automne, les pertes l'emportent sur les gains, et les 
maigres commencent, plus précoces pour les rivières d'Olténie où les 
précipitations faiblissent déjà en juin, plus tardifs pour celles de 
Munténie. Le début de l'hiver est marqué par une légère montée de 
la courbe, sensible surtout en Olténie où la recrudescence des précipi- 
tations en septembre et octobre est caractéristique du régime pluvio- 
métrique. Mais en décembre l'écoulement de ces eaux est achevé, et 




Figure 33. - 

valaques. 

i. Jiu. — II. Oltu. — III. Arges. — IV. 

Jalomita. — V. Buzeu. —I a. Craïova- 
Filiasi.— 1 b. Târgu Jiu. — 11 a. Sla- 
tina. — II b. Râmnic. — III. Copaceni. 
— IV a. Cosereni (commune d'Urzi- 
ceni). — IV b. Podu Vadului (sur la 
Prahova). — IV c. Târgoviste. 



212 — 

les rares précipitations tombant sous forme de neige sur le sol gelé 
sont perdues pour les rivières qui atteignent le point le plus bas de 
l'échelle. 

Les courbes mensuelles (fig. ol), ne suffisent pas à caractériser le 
régime de rivières comme les cours d'eau valaques. Il faudrait suivre 
jour par jour leurs variations pour faire comprendre leur extrême 
sensibilité aux influences météorologiques. La figure 34 donne une 
idée des sautes brusques qui les caractérisent. 



100 

250 
200 
150 
100 
50 




Jalomita 






Oltu 



350 
300 
250 
2.00 

150 

too 

50 





JUIN JUILLET 



AOUT 



Figure 34. — Niveau de l'Oltu à Slatina et de la Jalomita à Cosereni pendant 
les mois de juin, juillet et août 1901. 

Un des faits les plus curieux que révèle l'étude de pareilles courbes 
est que les oscillations paraissent généralement plus brusques et 
de plus grande amplitude aux stations de plaine, qu'à celles voisines 
de la montagne. 

Il est permis de croire, que cette apparence paradoxale disparaîtrait 
si l'on pouvait substituer aux côtes brutes l'expression en hydrogrades 
du niveau des cours d'eau ainsi qu'on le fait pour le Danube l . Ce 
qui tendrait à le prouver, c'est que le régime de l'Oltu, fleuve d'ori- 
gine lointaine et déjà formé lorsqu'il entre en Valaehie, n'offre pas 
les mêmes différences entre Râmnic et Slatina que le Jiu entre Târgu 
Jiu et Craïova, ou la Jalomita entre Târgoviste et Cosereni. 



1. On appelle hydrograde la dixième partie de la différence entre le plus haut 
et le plus bas niveau observé à une station. Le niveau de la rivière exprimé en 
hydrogrades permet donc de comparer deux stations dont le profil et le débit 
moyen sont différents. 



— 213 — 

Le Jiu est une des rivières où l'anomalie signalée est la plus appa- 
rente. On peut se l'expliquer. Lorsqu'il débouche dans la dépression 
subkarpatique de Târgu Jiu, la pente qui atteignait 8 mètres par 
kilomètre dans le défilé du Surduc, reste encore supérieure à 5 mètres 
jusqu'à Târgu Jiu, et ne s'abaisse à l m 46 que de Târgu Jiu à Moï 1 . 
Sur ce plan incliné, les eaux doivent s'écouler rapidement, mais le 
lit démesurément large, souvent dépourvu de berge sensible d'un 
côté permet aux hautes eaux de s'étaler. De plus la gorge du Surduc, 
retarde, quand elles ne sont pas trop violentes, les crues originaires 
du bassin de Pétroseny jouant le rôle d'une sorte d'écluse. 

De Moï à Craïova, la pente de la rivière s'abaisse à m 75 par 
kilomètre et serait encore plus faible, si l'on tenait compte de toutes 
les sinuosités du courant, accompagné souvent de bras morts. Mais 
le Jiu reçoit à Moï, Pesceana et Filiasi, des affluents d'origine karpa- 
tique qui viennent modifier complètement sa nature. L'étude des 
cartes hydrologiques quotidiennes, montre d'une façon incontestable 
que toutes les brusques montées du Jiu à Craïova sont dues au 
Gilortu. qui descend du versant méridional du Paringu, à la Tismana 
et au Motru. Ces deux dernières rivières, originaires de la région des 
monts du Vulcan et de la Cerna, la plus pluvieuse de toute la Vala- 
chie, et la seule où les précipitations soient encore abondantes en 
hiver, font après les maigres d'automne, remonter le niveau du Jiu 
jusqu'au milieu de décembre. Leur débit est d'ailleurs soutenu par 
les sources de la région calcaire de Baïa de Arama — Ponoare — Clo- 
sani. Grâce à elles, le Jiu est de toutes les rivières valaques celle où les 
maigres d'hiver sont le moins sensibles et le moins longs. Les crues 
qu'elles amènent à Craïova tiennent généralement plusieurs jours et 
ont une influence sensible sur le Danube. 

Tout autre, est le caractère des crues dans le cours supérieur du 
Jiu. Elles passent comme une vague, sans presque laisser de trace 
dans la courbe des niveaux du fleuve, d'autant plus terribles qu'elles 
sont plus soudaines et plus inattendues. En août 1900, une crue extra- 
ordinaire, venue de Pétroseny a fait monter le niveau du Jiu à 
Târgu Jiu à près de trois mètres au-dessus de l'étiage, et détruit 
tous les ponts sur la route du Surduc. C'est alors qu'on a pu apprécier 
le rôle joué par ce défilé. La masse énorme d'eau, précipitée le 12 sur 



1. E. de Martonne. La crue du Jiu en août 1900. Ann. ïnsUt. Météorol. de Roum.. 
1900. 



— 214 — 

le bassin de Petroseny par des pluies torrentielles (80 m / m en 
moyenne), a mis vingt-quatre heures à franchir la gorge où elle 
faisait rage pendant la nuit du 12 au 13, s'élevant jusqu'à douze 
mètres et plus, au-dessus du fond de la vallée. Mais dès que l'oncle 
débouche dans la dépression subkarpatique, c'est une véritable 
débâcle, elle atteint Târgu Jiu en six heures, parcourant trois kilo- 
mètres à l'heure I . 

Cette soudaineté des crues au voisinage de la montagne se retrouve 
chez toutes les rivières valaques, et peut encore dans une certaine 
mesure, expliquer le contraste entre la courbe des stations supérieures 
et des stations de plaine. La Jalomita est à cet égard aussi intéres- 
sante à étudier que le Jiu. A Târgovis^e, les crues sont d'une vio- 
lence et d'une soudaineté déconcertante, sans laisser trace sensible 
dans la courbe. C'est au Teleajen, au Cricov et surtout à la Prahova, 
dont le bassin a été imprudemment déboisé que sont dues les montées 
observées à Cosereni, et qui tiennent plusieurs jours, comme les crues 
du Jiu à Craïova. Mais de Cosereni à dura Jalomi^ei, on observe une 
exagération des oscillations de débit du fleuve encore plus marquée. 

La basse Jalomita est en effet un cours d'eau d'une nature assez 
particulière. La pente du thalweg, indépendamment des innom- 
brables sinuosités du courant fluvial, atteint à peine 33 centimètres 
par kilomètre. Dans la vallée démesurément large on voit la rivière 
tantôt s'élargir et s'étaler en prenant l'aspect d'un petit lac, tantôt 
s'étrangler réduite à un mince filet d'eau, toujours accompagnée de 
lacs et de grands marécages couverts de forêts de roseaux. Est-ce 
bien à proprement parler une rivière ? Au milieu de l'automne et en 
hiver, le spectacle de cette vallée ne diffère pas sensiblement par 
endroits de celui qu'offre le Calmatuiu ou la Mostistea. Au moment 
des grandes crues de printemps et d'été, le flot qui dévale de la 
montagne envahit toute la vallée, remplit les mares desséchées, les 
marais dont la vase craquelée est parfois couverte d'efnorescences 
salines, reflue même dans les vallées latérales dont le débouché est 
marqué par un petit lac de forme allongée. L'écoulement est très 
lent, de Cosereni l'onde met deux ou trois jours à gagner le Danube. 
Un pareil organisme hydrographique sort des lois et défie les pro- 
cédés d'observation ordinaire. On comprend aisément que les varia- 
tions du débit y soient plus fortes que partout ailleurs. 

1. E. de Martonne. La crue du Jiu, loc. cit. 



— 215 — 

On peut constater à peu près la même chose dans le cours infé- 
rieur du Buzeu, sujet à un assèchement presque complet en hiver, 
alors que la courbe de ses variations à Buzeu présente à peu près la 
même allure que celle de la Jalomita à Cosereni. Des vallées mortes 
comme le Calmât uiu ou la Mostistea, montrent jusqu'où peut aller 
l'exagération de ce régime pour des cours d'eau qui n'ont pas la res- 
source des précipitations plus abondantes de la montagne. 

De grands neuves comme l'Oltu et le Jiu, n'échappent pas complè- 
tement à cette anémie qui attaque de plus en plus les rivières va- 
laques au fur et à mesure qu'elles approchent du Danube. En aval 
de Craïova, le Jiu est parfois à peine profond de 50 centimètres. A 
Malu mare, son débit pourrait tomber à 18 mètres cubes au mois 
d'août 1 . L'Oltu à Slatina se traîne souvent pendant tout l'hiver au 
niveau de l'étiage ; il n'est soutenu un peu à Stoenesci que par 
l'Oltetu, originaire des monts du Lotru et bénéficiant du régime 
de pluies de l'Olténie. 

On le voit, c'est donc bien une tendance générale et une carac- 
téristique des rivières valaques que de devenir de plus en plus irré- 
gulières dans leur cours inférieur. Elle est plus marquée en Mun- 
ténie où le climat steppique, cause première de ces irrégularités est 
aussi plus commun. L'Arges seul fait exception ; soit à cause de la 
pente de son cours entre Pitesci et Copaceni, soit à cause du réseau 
de vallées latérales où se répartissent les hautes eaux. 



III 



Les renseignements dont nous disposons, permettent de saisir 
quelques-uns des caractères essentiels du régime des rivières valaques, 
et d'apprécier même l'originalité de quelques-unes. Ils sont encore 
insuffisants pour déterminer exactement la nature de l'influence 
qu'ils peuvent exercer sur le Danube. 

Nous manquons en effet des données nécessaires pour calculer leur 
débit moyen. Les profils établis pour la Jalomita à Slobozia, pour 
l'Oltu à Slatina et Râmnic pour le Jiu à Malu Mare (embouchure) 
et Târgu Jiu, sont les seuls qui aient été jusqu'à présent publiés pnr- 

1. Chtru. Canalisarea rîurilor, loc. cit. 



— 216 — 

tiellemeiit l . Des observations poursuivies pendant quelques mois 
avaient permis de fixer le débit moyen de l'Oltu à Slatina à 
1,477 mètres cubes, celui de la Jalomita à Slobozia à 168 mètres cubes, 
celui du Jiu à Malu Mare varierait entre 18 et 800 mètres cubes 2 . 

Ces chiffres sont incontestablement trop élevés. En effet, rien qu'en 
additionnant le débit moyen de l'Oltu, de la Jalomita et du Jiu 
(évalué à 200 mètres cubes), on a 1,845 mètres cubes, soit près de 
59 kilomètres cubes par an, ce qui correspond à une couche d'eau de 
925 m / m d'épaisseur, sur une surface de 63,800 kilomètres carrés, 
drainée par l'ensemble de tous les affluents valaques du Danube. 
Or rOlténie ne reçoit en moyenne que 752 m / m et la Munténie 
616 m / m de précipitations 3 . 

Les renseignements dont on dispose actuellement sont malheu- 
reusement insuffisants pour arriver à des évaluations plus exactes. 
En appliquant les principes dont Penck a fait un heureux usage dans 
l'étude du Danube et de l'Elbe 4 , on peut arriver à des évaluations 
approchées. Le total de la surface drainée par les affluents valaques du 
Danube, y compris le bassin transylvain de l'Oltu, étant de 63,800 ki- 
lomètres carrés, si l'on prend comme moyenne des précipitations, le 
chiffre certainement trop élevé de 700 m / m qui donne mie masse de plus 
de 44 kilomètres cubes par an, on trouve, en appliquant un indice de 
consomption de 30 % 5 , que les rivières affluents du Danube en Ya- 
lachie, ne peuvent lui apporter plus de 15 kilomètres cubes par an, 
correspondant à une couche d'eau de 230 m / œ et à une augmentation 
de débit pour le grand fleuve de moins de 500 mètres cubes par 
seconde. La Theiss seule en apporte le double 6 . 



1. Chiru, op. cil., donne le profil de Slobozia avec évaluations de vitesse et débit 
(fig. 17) et un plan du pont de Târgu Jiu avec plusieurs profils donnés par cotes 
(fig. 9), des plans avec cotes du lit d'inondation à Slatina et Râmnic et des évalua- 
tions de la section et du débit aux mêmes points. 

2. Chiru, op. cit. 

3. Hepites. Régime pluviométrique de la Roumanie. 

\. Penck. Die Donau, lac. cit. Untersuchungen ùber Yerduostung und Abfluss., 
Geogr. Abhandl, 1806. Der Oderstrom, Geoyr. Zeitschr., 1809 

5. On appelle indice de consomption le rapport de la quantité de pluie tombée 
a la quantité d'eau écoulée dans l'artère fluviale drainant la surface considérée. 
Penck a cherché à en déterminer avec précision les éléments. Nous ne pouvons 
ici appliquer des procédés aussi rigoureux qu'on a pu le faire pour une région 
comme la Bohême. 

6. Penck. Die Donau, loc. cit. 



— 217 — 

Les affluents bulgares moins vigoureux que les affluents valaques, 
doivent rester sensiblement au-dessous comme débit. Pour tout 
l'ensemble du bassin du bas Danube, on trouve en appliquant le 
même indice de consomption de 30 %, qui est incontestablement trop 
élevé et en adoptant le chiffre moyen de 650 m / m de précipitations, 
que l'augmentation de débit du grand fleuve ne peut dépasser 
23 kilomètres cubes par an, 750 mètres cubes par seconde. 

Si approximatifs que soient ces résultats, ils valent mieux que 
rien. Ils nous montrent qu'on peut évaluer le débit moyen du Da- 
nube à Braila à près de 5,000 mètres cubes, puisqu'à Orsova, il en 
roule 4,200, et qu'à Turnu Severinu on a trouvé d'après des observa- 
tions d'une année, 3,388 mètres cubes aux basses eaux, 10,307 aux 
hautes eaux 1 . Ces chiffres cadrent bien avec celui de 6 000 mètres 
cubes donné pour Tulcea, après que le Danube a reçu le Siret et le 
Pruth 2 . Ils pourraient même s'accorder avec les travaux de Hepites 
qui a levé à Braila un profil très exact du lit du Danube, et trouvé sa 
vitesse à la surface égale à 1 mètre 3 . En effet, en prenant comme 
niveau moyen du Danube 2 m 70 au-dessus de l'étiage, et comme vitesse 
moyenne m 50, on arrive à un débit de 5,000 mètres cubes. 

Sur les 700 à 800 mètres cubes dont s'enrichit le Danube dans son 
parcours de Severinu à Galafi, plus des deux tiers sont apportés par 
les rivières valaques, il faut donc bien admettre que ces cours d'eau 
ont une influence sur le grand fleuve. C'est ce que montre la compa- 
raison de leur régime avec celui du Danube, observé à Corabia, Giur- 
giu et Braila (fig. 35), et surtout l'étude des cartes hydrauliques 
quotidiennes. 

Au printemps les crues des rivières valaques coïncident avec celles 
du Danube, leur effet est surtout de retarder la marche du flux en 
forçant les eaux à s'élever à l'embouchure. Cette montée est généra- 
lement locale et ne se fait sentir ni en amont, ni en aval ; elle 
atteint un hydrograde à l'embouchure du Jiu et de l'Oltu où elle 
se maintient en avril pendant 8 à 10 jours. La Jalomifa peut relever 
le niveau de deux hydrogrades. A ce moment, on voit souvent les 
eaux refluer dans le lit de la rivière affluente. C'est en juin et juillet, 
quand le Danube commence à baisser avec de brusques poussées 

1. Hepites, Bul. Soc. Geogr. Rom., 1883. 

2. Penck. Die Donau. 

3. Hepites. Hydrographie du Danube à Braila, in Climat de Braila, Ann. inst. 
Météor., 1898, XIV, pp. 94-96. 



218 



produites par les pluies d'été en Hongrie, que l'influence des rivières 
valaques est le plus sensible. Les crues de l'Oltu et du Jiu, qui se 
produisent généralement en même temps, déversent une masse d'eau 
assez considérable, qui fait monter le Danube de un hydrograde sur 
toute l'étendue de Bechet à Zimnicea. En juin 1901, on a vu cette 
vague se déplacer assez rapidement pour atteindre Hârsova en trois 
jours, et là se rencontrer avec une crue de la Jalomi^a, qui relève 
le niveau de deux hydrogrades jusqu'à Braila. 

Il y a loin, de pareilles variations de niveau aux énormes poussées 
que provoquent sur le haut Danube les affluents alpins, ou en 
Hongrie des rivières comme la Theiss, qui sont capables de doubler 
ou tripler le volume du grand fleuve. L'influence, très réelle cepen- 
dant, des rivières valaques est en quelque sorte négative ; leur débit 
infime en hiver et automne laisse le Danube exposé à l'action du 
climat steppique. Les deux minima qu'on observe à Orsova (minimum 
d'automne et minimum d'hiver), ne font que s'accentuer davantage 
jusqu'à Ciiurgiu (fig. 35) 1 . Le minimum d'automne tend à devenir 
de plus en plus précoce, comme chez les rivières valaques, et parti- 
culièrement chez les rivières d'Olténie. Le minimum d'hiver perd 

en importance, bien qu'il soit le plus bas 
pour les rivières valaques ; c'est que la 
masse d'eau du grand Jleuve, répandue sur 
une vaste surface d'inondation est plus 
sensible à l'évaporation au moment des 
dernières chaleurs d'été et d'automne , 
époque où justement ses affluents com- 
mencent à baisser. A Braila, la transfor- 
mation est complète. Le minimum d'hiver 
a disparu, le minimum d'août s'est creusé 
encore davantage, témoignant des pertes 
que subit le Danube dans la Balta, et de 
l'impuissance des rivières steppiques de 
Munténie à le soutenir. 

Mais si la date et la valeur des minima 
Figure 33. 

Régime du bas Danube ^nt dus aux rivières valaques, le grand 



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1. J. F. M. A. M. J. Jt. A 1 . S. O. N. D 

Orsova.. 2,069 2,218 3,112 3,694 3,822 3,417 2,856 2,356 2,047 1,850 2,347 2,481 

Corabia. 2,46 2,50 3,37 4,80 4,54 4,03 3,30 2.38 1,98 1,96 2,58 2,40 3,03 

Giurgiu.,2,42 2,71 3,23 4,63 4,49 4,06 3,14 2,19 1,68 1,64 2,28 2,13 2,88 

Braila... 2,25 2,54 2,94 3,67 4,02 3,98 3,34 2,37 1,65 1,49 1,93 2,07 2,69 



— 219 — 

maximum du printemps est incontestablement d'origine étrangère 
à la Yalachie. Ce sont les crues alpines et hongroises qui apportent 
ces énormes masses d'eau dont on peut suivre le flot traversant toute 
l'Europe. Le retard du maximum d'Orsova à Braila marque la vitesse 
moyenne de propagation de l'onde qui met plus d'un mois à par- 
courir ces 800 kilomètres. 

Lorsqu'une crue est annoncée à Bazias, on voit d'abord le niveau 
des eaux s'élever rapidement à l'entrée des Portes de Fer. Les inon- 
dations commencent à Orsova avant que le flot principal ait débouché 
à Turnu Severinu. Dans toute la section de Severinu à Calafat, où 
la pente du thalweg est encore sensible et le lit majeur peu large, 
la vitesse de propagation est très grande. On voit en un jour ou deux, 
le flot gagner Calafat et Bistretu. A partir de là les conditions 
changent. Les premières hautes eaux de mars s'écoulent encore assez 
vite, remplissant le chenal principal où le niveau se trouvait très 
bas ; il leur suffit souvent de cinq à six jours pour atteindre Gura 
Jalomitei. Mais quand un second et un troisième flots arrivent, les 
eaux commencent à se déverser par les bras latéraux, envahissant 
les lacs presque desséchés comme la Balta Potelu, le Lacu Grecilor, 
le Lacu Calarasilor. De là, elles reviendront par les gîrle, dès que le 
niveau baissera, déversant lentement une masse d'eau qui soutient 
le débit du fleuve, en attendant l'arrivée d'une nouvelle onde. La 
vitesse de propagation de la crue n'est nullement en rapport avec la 
vitesse du courant fluvial principal, mais avec celle des eaux dans 
le lit d'inondation l . 

A partir de Calarasi, le lit d'inondation, c'est toute la Balta. Avant 
que les premières hautes eaux aient envahi tout le réseau de canaux 
étroits et de bras morts, rempli tous les lacs et marécages peuplés de 
roseaux, il peut bien s'écouler cinq à six jours. Alors seulement, si 
la poussée continue, on voit les îles et les prairies envahies, le flot 
jaune et sale d'où émergent seules les cimes des grands saules s'étale 
des hauteurs de la Dobrodgea à la rive valaque et s'écoule lentement, 
agité de remous incessants, vers la mer. On ne doit donc pas s'é- 
tonner de voir une crue qui apparaît le 1 er à Calafat, atteint 
Bechet le 2, et Turnu M%urele le 3, n'apparaître que le 10 à Cala- 
rasi et le 16 à Hârsova (avril 1901). L'écoulement est plus lent encore 
que la montée des eaux. Le flot met dix jours à s'écouler à Calarasi, 
près de quinze à Gura Jalomitei. 
1. Loi déjà indiquée par Penck (Die Donau, loc. cit.). 



— 220 — 

La baisse est aussi curieuse à observer dans la Bal ta que l'arrivée 
des hautes eaux. Quand les prairies inondées sont abandonnées 
par le flot qui y laisse toute une série de mares, l'aspect de la Balta 
est celui d'une sorte de région amphibie, où l'eau et la terre s'en- 
chevêtrent dans un dédale de canaux et de lacs. Il ne faut pas y 
voir un lit fluvial, où l'écoulement des eaux obéit aux lois ordinaires. 
Dans la plupart des lacs, le niveau des eaux est au moment des 
maigres, plus élevé de 1 mètre à l m 50 que dans le bras fluvial prin- 
cipal. Ce trop-plein s'écoule par des gîrle étroites et sinueuses, créant 
un courant souvent assez fort. 

A la fin de septembre, la baisse des eaux est souvent assez sensible 
pour rendre la navigation dangereuse aux abords de Calarasi et de 
Griurgiu. A partir de novembre, le niveau remonte, mais alors appa- 
raît une autre particularité du régime du Danube, qui arrête sans 
espoir toute navigation. Ce sont les prises, qui durent en moyenne 
40 jours à Brâila 1 , suivies de débâcles qui prolongent encore de 
presque autant la période de chômage. 

Les prises commencent généralement dans la Balta. Dès les pre- 
miers jours de janvier, on y voit les bras latéraux gelés ; les mares 
et les lacs profonds de un à deux mètres sont pris jusqu'au fond. Le 
gel gagne bientôt en aval. En amont de Calarasi, le fleuve est le plus 
souvent encombré de glaces allant à la dérive, mais très rarement 
gelé d'une rive à l'autre. 

La prise la plus courte observée à Bràila est de 12 jours (1880-81), 
la plus longue dura 96 jours (1878-79). De 1836 à 1896, on compte 
13 années où le bas Danube n'a point gelé. Mais même dans ce cas, 
les débâcles de glaçons arrêtent la circulation. Souvent elles durent 
jusqu'au début de février. Dans la région de la Balta, elles se pro- 
longent parfois plus longtemps, les bras secondaires comme le 
Borcea restant pris, tandis que les glaçons dont les lacs gelés en 
hiver offrent une réserve inépuisable, circulent sur le bras principal. 
Aux endroits où le courant se resserre, on peut alors observer des 
luttes terribles entre les glaçons culbutés les uns sur les autres avec 
fracas. 

Les prises et les débâcles du bas Danube achèvent d'en faire un 
fleuve de climat continental dont la physionomie est assez voisine de 

1. Moyenne pour 1836-96. Les moyennes décennales sont 1836-46 : 43 j.; 1816-56 : 
39 ; 1856-6C : ï6 : 1866-76 : 39 : 1876-86 : 26 j. 1/2 : 1886-96 : 48 j. — Hepitïïs. Niveau 
du Danube, in Climat de Bràila, loc. cit. 



— 221 - 

celle des fleuves russes. Son régime, en partie dû à des influences 
lointaines comme son origine, est modifié par l'influence du climat 
et des rivières valaques, surtout en ce qui touche la date et l'impor- 
tance des maigres. Les oscillations dont l'amplitude et la lenteur 
sont en rapport avec sa puissance, ont des résultats géographiques 
frappants, qui justifient l'analyse à laquelle nous avons tenté de les 
soumettre. Elles transforment périodiquement l'aspect de sa vallée, 
jusqu'à en faire un monde à part, où sont réalisées aussi bien pour 
l'homme que pour les plantes et les animaux, des conditions de vie 
spéciales. 



222 



CHAPITRE XV 

La Vie sur le Danube. 



I. La vie végétale. — II. La vie animale. — III. L'homme. La pêche, 
l'agriculture, la circulation commerciale. 



La forme et l'âge de la vallée danubienne ont les mêmes consé- 
quences sur le développement de la vie végétale et animale que sur 
le régime du fleuve. Le sillon relativement étroit et profond qui 
canalise les crues dans la section supérieure du cours du fleuve, offre 
peu ou pas de place aux forêts de saules et aux fourrés de roseaux 
géants, où se cachent les nuées d'oiseaux aquatiques. Plus bas, la 
vallée s'élargit, le fleuve s'étale complaisamment, s'attarde au milieu 
d'îles, de marais et de bras latéraux. C'est bientôt une zone large de 
plus de 10 kilomètres, qui sépare la Valachie de la Bulgarie, tour 
à tour changée, par les variations du niveau des eaux, en un fossé 
marécageux, et en une sorte de mer en mouvement ; région amphibie 
d'où l'homme semble proscrit, mais où la vie animale et végétale se 
développe avec une exubérance d'autant plus grande. 

Les premières saulaies, cette formation végétale si caractéristique 
du bas Danube, n'apparaissent guère avant Calafat. C'est là que com- 
mencent à se montrer les îles basses allongées qui vont bientôt 
peupler la vallée. La végétation, plus dense sur la berge, où l'on voit, 
aux basses eaux, les racines des saules saillir à l'air libre, forme 
comme une barrière cachant à l'œil tout ce qui se trouve en arrière. 
Rien de plus monotone que la descente du grand fleuve jusqu'à Turnu 
Mâgurele, avec l'immuable spectacle de ces îles boisées derrière les- 



— 223 — 

quelles tout disparaît, sauf la silhouette tantôt plus proche, tantôt 
plus éloignée de la falaise bulgare. 

Aux basses eaux, on voit apparaître des îles sableuses complète- 
ment dépourvues de végétation. Pour peu que leur accroissement et 
leur déplacement ne soit pas trop rapide, elles peuvent assez vite 
être envahies par quelques plantes aquatiques ; une série de maigres 
prolongés y favorise l'établissement de quelques argousiers ou tama- 
rins, aux feuilles argentées et cendrées, qui préparent la voie aux 
grands saules, capables, lorsqu'ils ont bien pris racine, d'atteindre 
en un an plus d'un mètre de haut. 

Eien ne peut donner idée de l'incroyable vigueur cle cette végéta- 
tion, qui, depuis l'embouchure de l'Oltu, accompagne à peu près 
constamment le fleuve, atteignant son plus grand développement 
dans la Balta, entre Calarasi et Brâila. On montre des coupes d'une 
année qui, à la fin de l'été, ont déjà donné des buissons de l m 50 de 
haut. Au bout de quatre ans, la forêt est reconstituée. C'est un fouillis 
d'arbres hauts de 7 à 8 mètres, aux branches entrelacées. 

Si l'on a pu se plaindre justement que l'étude systématique des 
variétés de saules, en Valachie, soit encore à faire x on peut regretter 
que l'attention des physiologistes ne se soit pas portée sur ces orga- 
nismes, où se manifeste, pendant une partie de l'année, celle des 
crues du Danube en été, une sorte de furie de vie et de croissance. 
A demi engloutis sous le flot des eaux troubles, les grands arbres 
développent alors tout un fin réseau de racines qui envahissent le 
tronc et jusqu'aux branches maîtresses, pompant les sucs nourri- 
ciers et donnant une poussée de sève qui fait croître les branches 
avec une rapidité étonnante. Aux basses eaux, ce chevelu, souvent 
empâté de boue mêlée aux flocons blancs des fruits du saule, pend le 
long du tronc et des branches, comme une sorte de chevelure donnant 
aux arbres isolés un aspect étrange 2 . 

Les formations de roseaux ne sont pas moins intéressantes. En 
dehors des lacs, profonds de plus de un mètre, des gîrle au courant 
rapide, et de quelques prairies où l'on fait des essais de culture et 
laisse paître les troupeaux, elles couvrent à peu près toute la surface 

1. Grecescu. Conspeclul Florei Romane, p. 742. 

2. Mojsisovics von Mojsvar, Das Tierleben der Oesterreischich-Ungarischen Tief- 
ebenen, a décrit des saules à racines aériennes (Luflwurzeln) sur le Danube 
hongrois et a donné la seule représentation que nous connaissions de ce curieux 
phénomène (p. 21), beaucoup moins commun en Hongrie qu'en Valachie. 



■ 224 — 

de la Balta. C'est le grand roseau à panache appelé ireslia (Phrag- 
mites communis) qui partout tient la première place, ici comme 
dans les mlâstine (marécages) de la Jalomita, du Calmajuiu et des 
autres vallées marécageuses de la terrasse diluviale. Il forme à lui 
seul de véritables forêts, hautes de 2 à 3 mètres, qui encerclent toutes 
les lagunes, envahissent les bras morts et couvrent des kilomètres 
entre les canaux. Il prend pied partout, aussi bien dans la vase 
humide, où il pousse dans tous les sens ses stolons, donnant naissance 
sans cesse à de nouveaux pieds, que dans les sables secs abandonnés 
par une crue, où il enfonce jusqu'à la nappe d'eau souterraine ses 
racines. A côté de lui, il faut citer la pâpura, tyDhacée aux larges 
feuilles plates (Typha latifolia), le pijierig, aux tiges élancées et 
serrées, aux feuilles étroites et aux bouquets de fleurs rousses (Sdrpus 
lacustris), qui forment aux tournants des gîrle des fourrés presque 
impénétrables. 

Toutes ces plantes sont utilisées par les riverains du Danube, elles 
remplacent pour eux le bois, qui manque à peu près complètement 
dans la plaine. Les pousses nouvelles des osiers (Rachita = Salix 
viminalis, S. purpurea) servent à de nombreux ouvrages de vannerie ; 
mais le bois du tronc et les branches noueuses des grands saules ne 
se prêtent pas au travail. Même pour son modeste foyer, le paysan 
préfère les chaumes desséchés du grand roseau à panache (stuff), 
qu'il coupe où il veut et comme il veut. C'est encore avec ces chaumes 
ou avec ceux des Typha, qu'on couvre les maisons. La p apura sert 
à fabriquer les nattes sur lesquelles on couche ; avec leurs tiges raides, 
le pêcheur confectionne les claies les plus délicates, employées à 
barrer la gîrla. 

Les forêts de roseaux tendant à envahir dans la Balta tous les 
espaces vides, les autres plantes aquatiques semblent disparaître. 
Il faut une attention et un œil sans cesse en éveil pour découvrir, au 
milieu des tiges des Phragmites, les feuilles nageantes et les inflo- 
rescences brunes des Potamageton 1 , les fleurs blanches du Myrio- 
phylle ou de la mâcre (Trapa natans), dont le fruit était jadis em- 
ployé pour l'alimentation. Les Nymphéa se réfugient, avec quelques- 
unes de ces plantes, dans les mares non encore envahies par les 
roseaux. Les renoncules, les Caltha, quelques Orchis, avec toute une 



1. On cite : Potamogeton natans, longii'olius, hœeus, perioUatus. crispus, pusillus, 
peclinalus, etc. — Grecescu. Conspectul florei romane, p. 704. 



— 225 — 

légion de Carex l , surgissent, après chaque crue du sol limoneux 
mis à sec, se hâtant de pousser avant que la boue n'ait été transformée 
en un dallage craquelé par la chaleur. 

Les forêts de saules et les fourrés de roseaux géants restent les 
formations caractéristiques du bas Danube. [Nulle part, elles ne sont 
plus envahissantes et plus dominatrices que dans la région de la 
Balta, entre Calarasi et Braira. C'est là aussi qu'il faut aller pour 
observer dans toute sa richesse et son animation l'étonnant grouil- 
lement de vie animale qui agite ce monde à part. 

II 

Lorsqu'on parcourt, aux basses eaux d'automne, les canaux de la 
Balta, c'est un curieux spectacle que de voir, au milieu des racines 
des saules à moitié émergées, l'eau s'agiter comme bouillant à gros 
bouillons. Des myriades de poissons sautent là comme des fous ; par- 
fois on en voit bondir hors de l'eau, si près de la barque, qu'un rameur 
habile pourrait presque les saisir au vol. Le bas Danube est, avec tous 
ses canaux et lacs latéraux, un des cours d'eau les plus poissonneux 
d'Europe. Seuls les fleuves russes, avec lesquels il a d'ailleurs, plus 
d'une espèce commune, peuvent le lui disputer pour la richesse de 
la vie aquatique. 

La faune ichtyologique du bas Danube est de caractère franche- 
ment oriental 2 . A côté d'espèces actuellement communes dans les 
grands fleuves et eaux lacustres de toute l'Europe, comme les diverses 
variétés de carpes (Crap) 3 , dont quelques-unes atteignent 70 à 
80 centimètres de long, de brochet (Stiucâ), de tanche (Lin), de 
gardons, de perches, etc. ; elle comprend des espèces caractéristiques 
des fleuves tributaires de la Baltique et de la mer Noire. Tels, ces 
énormes silures (somn), dont on pêche des exemplaires de 300 kilo- 
grammes, les sandres (saleu — Lacioperca), qui passent pour le 
poisson le plus délicat, et surtout les esturgeons (Acipenser) , dont 

1. On cite : Ranunculus repens, ïlammula, lingua, polyphyllum, sceleratus, 
latiflorus, Caltha palustris, Carex hirta, nutans, riparia, paludosa, etc. — Grecescu, 
p. 764. 

2. Nous devons la plupart des renseignements qui suivent à l'obligeance de 
M. Antipa, conservateur du Musée de zoologie de Bucarest, directeur du service 
des Pêcheries. 

3. La carpe semble avoir été introduite depuis quatre siècles environ dans l'Eu- 
rope occidentale ,E. Belloc. Poissons et crustacés d'eau douce, p. 31 . 

15 



on compte sept espèces, toutes de très grande taille. Les plus com- 
munes sont le M <>r un (Acipenser Huso), qui donne le caviar de 
première qualité et atteint jusqu'à 6 mètres de long, le Nisetru (Aci- 
penser Gûldenstàtti), et le sterlet du Yolga (Cega = Acipenser Ru- 
thenus), étranges animaux au museau allongé, au corps couvert de 
plaques osseuses et piquantes. 

La vie de tout ce monde de poissons est en rapport avec les sai- 
sons et les variations de régime du fleuve. C'est au printemps, avec 
les premières hautes eaux, que les troupes de grands esturgeons 
remontent le Danube, où on les Voyait apparaître jadis jusqu'à Buda- 
pest, quelques-uns jusqu'à Vienne et Linz 1 . C'est à l'automne, entre 
août et décembre, qu'ils redescendent vers la mer Noire, fuyant les 
basses eaux qui séparent les bras et lacs latéraux du courant prin- 
cipal. On ne les trouve en effet qu'en eau profonde, sauf au moment 
des grandes crues ; le principal artifice du pêcheur consiste justement 
à empêcher les retardataires de regagner le fleuve, en barrant les 
petits canaux. Les étangs marécageux, encombrés de roseaux géants, 
sont au contraire le séjour préféré des carpes, brèmes, tanches, 
comme aussi des silures et des brochets, ces terribles carnassiers, 
qui viennent y déposer leurs œufs aux hautes eaux, et y trouvent 
encore leur vie jusqu'en hiver. 

C'est là aussi qu'est le rendez-vous des animaux qui se nourrissent 
de poissons, de vers ou de mollusques, habitant la vase des marais. 
Là se glissent, entre les touffes de roseau, les rats d'eau et les loutres, 
là tourbillonnent dans l'air les vols d'oiseaux pêcheurs, cormorans, 
mouettes, et planent les flamands, les hérons, les râles d'eau. 

Le monde des oiseaux est peut-être ce qui attire le plus l'attention 
dans la Balta. C'est un fait constant que partout où l'homme est 
absent, la faune ornithologique offre une variété et une richesse 
qu'elle n'atteint nulle part ailleurs. Le catalogue complet des espèces 
qui peuplent la Balta 2 présenterait l'assemblage le plus hétéroclite, 
tant au point de vue systématique qu'au point de vue biologique : 
rapaces et passereaux, colombins et gallinacés, échassiers et palmi- 

1. Mojsisovics von Mojsvar. Das Thierleben des ôsterr. ungar. Tiefebenen, p. 35. 

2. Voir Mémoire sur les oiseaux observés par le comte Alléon, dans la Dobroudja 
et la Bulgarie, Constantinople, 1884. Catalogue extrait in Licherdopol, Bucuresci. 
pp. 73-76. Cf. Comes Marsigli. Danubius pannoniro-mijsicus, t. V, f° (superbes 
planches gravées donnanl des représentations assez exactes des principales espèces 
danubiennes). Je (Uns en outre des renseignements inédits à l'obligeance de M. An- 
tipa. 



— 227 — 

pèdes, pêcheurs et herbivores, oiseaux aquatiques et forestiers, habi- 
tants des contrées septentrionales et hôtes des contrées méditerra- 
néennes. 

On ne compte pas moins de 26 espèces de canards, dont les plus 
curieuses sont Tadorna cornuta, le Califar, à la poitrine rouge, et 
T. casarca, au plumage tout blanc, sauf les ailes, noires, et la, poi- 
trine, rayée d'une bande rouge. Les corbeaux sont moins variés, 
mais encore plus nombreux. C'est une véritable obsession sur la 
Balta, que les croassements des bandes de Corvus pica; aux basses 
eaux, on les voit partout fort occupés à dévorer les cadavres des 
poissons à demi-pourris, qui forment sur la berge des canaux un 
cordon puant. Les pluviers ont 10 espèces ; les hérons aux longues 
pattes frêles, au plumage tantôt blanc, tantôt cendré, offrent autant 
de variétés, les unes petites, les autres atteignant jusqu'à un mètre 
(Ardea cinerea), celles-ci portant l'aigrette si recherchée, celles-là 
ornées de quelques plumes seulement. Deux sont spéciales au bas 
Danube : A. garzetta et A. aigretta. 

Mais, ce qui donne peut-être le caractère le plus original à cette 
faune, ce sont des espèces inconnues ou disparues presque partout en 
Europe : cygnes sauvages, qui vivent en troupes sur les lacs et les 
bras morts ; flamands au long cou recourbé, aux pattes et au ventre 
roses (Phcnicopterus roseus), qui volent par groupes de trois ou 
quatre ; spatules au bec aplati en forme de cuiller, tous pêcheurs ou 
fouisseurs de vases ; et surtout les pélicans, dont on compte trois 
espèces, terribles mangeurs de poissons dont la taille va jusqu'à 
un mètre, avec un bec long de 40 centimètres, auquel pend le goitre. 
Si l'on ajoute des légions de petits oiseaux : merles, mésanges, roi- 
telets, bruands, etc., sans oublier les grands fauves, aigles et vau- 
tours, qui planent et s'abattent par moments sur la Balta, on aura 
une idée de l'étonnante variété de cette faune. 

Tout ce monde s'agite et se déplace constamment, suivant la saison 
et le moment. La physionomie de cette triste et monotone région 
en est complètement modifiée. C'est, paraît-il, un enchantement que 
de parcourir au printemps, un peu avant les grandes eaux, les 
canaux récemment dégelés, où, dans les jeunes pousses des saules, 
éclatent de tous côtés les chants des mésanges, des merles et des 
rossignols. Bientôt les troupes de grues font leur apparition, avec 
les spatules, les flamands aux ailes roses, les hérons à aigrette ; le 
vautour plane et s'abat sur la proie nouvelle. A l'automne recom- 



228 

mence l'agitation, quand se forment les troupes de cigognes, après 
qu'ont disparu successivement rossignols, merles, loriots, râles 
d'eau, etc. Au début de l'hiver et du printemps, il suffit parfois 
d'une saute de vent pour changer en quelques jours complètement 
la population de la Balta. Que le Crive|; se lève, faisant baisser le 
thermomètre de 5 à, 8°, et l'on peut voir disparaître en hâte les 
oiseaux frileux, tandis qu'arrivent en foule des espèces septentrio- 
nales. 

De toutes les voies de migration des oiseaux qui suivent en 
général les grandes vallées, celle du bas Danube est une des plus 
fréquentées. Ce monde aquatique, où l'homme est presque inconnu, 
est un refuge sûr pour toutes les espèces voyageuses, une station de 
prédilection où l'on séjourne volontiers plusieurs mois si la tempé- 
rature le permet, où l'on revient même, après un départ précipité, 
si les conditions redeviennent meilleures. 

III 

L'homme n'est cependant pas complètement étranger au bas 
Danube. Il a dû y apparaître de bonne heure comme pêcheur, et 
ce sont encore des cabanes de pêcheurs qui forment les deux ou 
trois misérables hameaux perdus dans la Balta, et les petits villages 
établis sur une pointe avancée de la terrasse diluviale, au milieu 
des marais. Des textes anciens nous parlent d'habitations sur 
pilotis 1 . Nous savons, par des documents des XIV e et XVI e siècles, 
que l'on péchait près de Giurgiu l'esturgeon, et exploitait les lacs 
de Bistretu 2 ; les comptes des archives d'Hermannstadt et Krons- 
tadt nous montrent qu'on y importait en grande quantité, au 
XVI e siècle, les poissons du Danube 3 . 

Tous les voyageurs qui parcourent la Yalachie vantent la richesse 
en poissons du grand fleuve 4 . L'esturgeon, par ses œufs, le sandre, 
le brochet et les grosses carpes, par leur chair délicieuse, étaient 
et sont encore des objets d'exportation d'un grand revenu. Pour 

1. Hérodote, V, 16. 

2. Haçdl:u. Archiva istorica, i, 1864, pp. 31 et 97. 

3. Quellen zur Geschichte Siebenbûrgens, Hermannstadt. 1880. Rechnungen ans 
dem Archiv. d. Stadl Hermannstadt, I. Bd. Quellen z. Gesch. d. Stadt Kronstadt, I 
Bd., cité par Antipa. Studii asupra pescârilor din România'Buc, 1895. 

i. Paul de Aleppo, Carra, Sulzer, etc.. Voir les textes rassemblés par Antipa. 
Studii asupra pescârilor, pp. 27-32. 



E. de Martonne. — La Valachie. 



Planche H. 



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XV. — Une încliisoare (barrage pour prendre le poisson) sur un canal de la Balta. 




XVI. — Galati. Retour de la pêche. A droite péniches à blé et vapeurs. 



— 229 — 

le paysan roumain, respectueux des jeûnes de la religion orthodoxe, 
le poisson salé représente dans toute la Yalachie plus des trois quarts 
de la nourriture 1 . 

Depuis cinquante ans environ, la pêche, pratiquée d'une manière 
barbare par des pêcheurs la plupart russes avait pris un tel dévelop- 
pement dans la région du delta, que de tous côtés on vit s'élever 
des plaintes 2 . L'esturgeon devenait de plus en plus rare. C'est à 
peine s'il remontait jusqu'aux Portes de Fer. Les carpes dégéné- 
raient. Les prises baissaient sur le Danube même de plus de un 
tiers. C'est aux mesures législatives prises en Roumanie qu'on doit 
sans aucun doute la conservation et l'amélioration des pêcheries. 
Actuellement, divers chenaux du Danube, entre Calarasi et Brâila, 
rapportent à l'Etat 94,000 francs par an. Les marais et chenaux 
dépendant du domaine de Brâila donnent plus de 300,000 francs. 
Le revenu des lacs de Calarasi, Greci, Potelu et Suhaïa ne peut être 
exactement évalué, mais doit être assez considérable 3 . 

Les procédés employés par les pêcheurs sont désormais plus 
rationnels. Dans la Balta, les gârle, en communication avec de 
grands étangs, sont barrées par des claies en fortes baguettes 
d'osiers, appuyées sur de gros pieux enfoncés dans la vase et formant 
une sorte de boyau en cnl-de-sac, à l'extrémité duquel on peut 
placer une nasse ou des lignes à gros hameçons pour l'esturgeon 
(v. planche H). Ce sont les închisoare, dont la multiplication 
déraisonnable dans la région du delta, avait tant contribué à dépeu- 
pler le fleuve, arrêtant au passage les esturgeons dans leurs migra- 
tions à l'époque du frai. Ces barrages permettent de capturer à coup 
sûr les trois quarts des gros poissons qui s'engagent dans les lagunes 
au moment des crues, et cherchent quand l'eau baisse à regagner 
le courant principal du fleuve. Le clayonnage doit être assez lâche 
pour laisser passer le menu poisson. 

Aux basses eaux d'automne, la pêche continue dans un certain 
nombre de lacs latéraux, en se servant du grand filet traîné par des 
équipes de trois ou quatre hommes, sur la vase molle recouverte 
d'un mètre d'eau à peine. On peut prendre ainsi encore quelques 

1. Antipa, op. cit., p. 39. 

2. Heckel et Knerr. Die Siïsswasserfische der Oesterreischichen Monarchie mit 
Rùcksicht auf den angrânzenden Lànder, Leipzig, 1858. — Seeley. The fresh-water 
fishes of Europa, London, 1886. — Antipa. Studii asupra pescârilor. 

3. Antipa. Legea pescuitului ci resultatele ce le a dat Bue, 1899. 



230 

sandres, silures, tanches et carpes d'assez belle taille. Mais, c'est 
après les grandes crues qu'on fait les plus belles captures. La pêche 
de l'esturgeon est organisée surtout dans la région du delta. C'est 
là qu'on prend les plus beaux exemplaires de YAcipenser Huso, 
qui donne le caviar de première qualité. Cependant, on en apporte 
encore d'assez beaux au marché de Brâila. 

La population adonnée à la pêche n'est encore qu'une assez faible 
portion de la population riveraine du Danube. Les pêcheurs habitent 
de rares hameaux établis au bord du fleuve, sur un point un peu 
plus élevé de la berge, parfois entouré de marais comme Bertesci, 
Polizesci près du Calmatuiu, Azârlae en face de Gala^i, Grhicet 
en face de Bràila. Ils ont dans la Balta des habitations tempo- 
raires : huttes formées de claies d'osier et de roseaux que les crues 
emportent souvent. Les maisons des surveillants, élevées sur une 
plate-forme en pierre sèche, accompagnées de hangars en pisé et 
en claies, où l'on prépare le poisson salé, sont un peu plus abritées. 
Pourtant, les grandes eaux y viennent parfois jusqu'aux fenêtres. 

La Balta n'est pas un lieu sûr pour l'homme. Le peu de culture 
qu'on y fait est pratiqué un peu au hasard. Après les crues du prin- 
temps, celui qui a quelques grains en réserve se hâte d'ensemencer 
les vastes prairies couvertes de limon. Dans ce sol gras, sous les 
rayons ardents du soleil, les céréales poussent avec une vigueur et 
une rapidité inouïe. Si l'on a la chance que la prochaine crue 
n'arrive pas avant la moisson, c'est une bonne récolte ; sinon on se 
console aisément. C'est le Danube « Asa ie Dunârea, » dit le paysan, 
comme le montagnard dit, d'un air résigné : « Asa ie la munte ! » 
Pour le pâturage, les prairies découvertes pendant les maigres d'au- 
tomne sont encore une ressource. Les moutons et même les vaches 
y trouvent jusque sous la neige d'hiver, une herbe verte et fraîche. 

En somme, la plus grande partie de la population riveraine du 
Danube est formée par des cultivateurs qui ensemencent et mois- 
sonnent les plaines steppiques du Buzeu, du Bârâgan, du Teleor- 
man, et viennent chercher, sur la berge du grand fleuve, les sources 
jaillissant à flanc de coteau ou l'eau facile à atteindre par des puits 
peu profonds, l'abri de quelques bouquets de saules ou de chênes, et 
le voisinage de fourrés de roseaux pour se chauffer et confectionner 
les objets domestiques les plus usuels. Depuis l'embouchure du Jiu, 
c'est, sur le rebord de la terrasse limoneuse valaque, une succession 
à peu près continue de gros villages, tellement serrés, que, même 



— 231 — 

sans retrancher la surface occupée par le fleuve et les lacs latéraux, 
la densité de la population s'élève, dans la vallée danubienne, à plus 
de 70 habitants par kilomètre carré entre Bechet et Calarasi. 

Le long de la Balta, les villages, tantôt dispersés tout autour de 
plaines souvent marécageuses, comme celle du Coscova^u, à l'em- 
bouchure de la Jalomita et du Calma^um, tantôt alignés sur le bord 
de la terrasse, dominant le Danube de 30 à 40 mètres, comme entre 
Calarasi et Burdusani, donnent encore, si l'on met à part la Balta 
proprement dite comprise entre les deux bras du Danube, une den- 
sité supérieure à 60 habitants par kilomètre carré. Dans beaucoup 
de ces villages, le paysan se fait au besoin pêcheur. Mais c'est la 
culture du sol fertile et sec de la terrasse diluviale qui est la prin- 
cipale occupation. 

L'active circulation commerciale qui s'est développée, surtout 
depuis un siècle, sur le bas Danube, a cependant complètement 
transformé la physionomie d'un certain nombre de ces bourgades. 
En face des anciennes cités romaines de la rive bulgare, se sont 
formés, suivant la loi des villes-ports, des ports de plus en plus 
prospères. À Yiddin s'oppose Calafat, à Nicopoli, Turnu Mâgurele, 
à Silistra, Calarasi. La création du réseau de voies ferrées, qui 
manque en Bulgarie, a puissamment contribué à assurer la supré- 
matie aux ports roumains. La facilité des débouchés donnés ainsi 
à l'agriculture des plaines valaques, a rendu de plus en plus active 
l'exploitation de ces belles terres à céréales. Le peuplement récent 
des régions semi-désertiques du Baragan et du Buzeu, autant que 
l'afflux de populations agricoles sur la berge danubienne, sont dus 
ainsi au courant commercial qui circule sur le grand fleuve. 

La vallée danubienne, avec ses solitudes marécageuses d'où 
l'homme semble proscrit, se trouve donc être devenue un des fac- 
teurs les plus importants de la vie économique de la Yalachie, un 
des points où l'activité humaine est le plus sensible et le plus 
féconde. C'est la zone où l'on trouve le plus cle villes, et l'aspect 
moderne que présentent des cités comme Brâila ou Oralati, ou 
même des ports moins importants, comme Calafat, Giurgiu, Cala- 
rasi, témoigne des transformations accomplies dans l'espace de 
quelques années. C'est par cette voie internationale du Danube, 
suivie jadis par les Vénitiens, et où circulent maintenant les bateaux 
de la Compagnie austro-hongroise, les péniches chargées de céréales 
et les bateaux grecs à demi-enterrés sous des montagnes de bois, où 



232 



viennent stationner, à Galati et Braila, les vapeurs et trois-mâts 
anglais, allemands ou russes; c'est par cette route européenne, 
jalonnée de villes cosmopolites, que la Valachie s'ouvre surtout aux 
influences occidentales qui tendent à la pénétrer de plus en plus. 



CHAPITRE XVI 

Ethnographie de la Valachie, 



I. Les éléments étrangers. — II. La population roumaine. Son origine. 
III. La question de l'origine des Roumains au point de vue géographique. 



Malgré la variété d'aspects, dont nous avons tenté de donner une 
idée, la Yalachie représente une région d'une remarquable unité au 
point de vue ethnographique. Placée au cœur de cette Europe orien- 
tale où les remous des invasions et des déplacements de peuples n'ont 
pu encore s'apaiser, aux portes de cette péninsule balkanique où la 
mêlée des races est encore assez ardente pour compromettre l'équi- 
libre politique, elle offre ce spectacle étonnant dans un pareil milieu, 
d'un pays ethnographiquement pur. Celui qui vient de traverser 
F Autriche-Hongrie, ou qui arrive du S. à travers la Macédoine et la 
Bulgarie, accoutumé à entendre une nouvelle langue tous les cent 
kilomètres, n'est pas peu surpris d'ouïr le même idiome d'un bout 
à l'autre de la Yalachie, de retrouver à peu près les mêmes types et 
les mêmes coutumes de Vârciorova à Gralati, de Predeal à Giurgiu. 

La Yalachie appelée aussi parfois la grande Roumanie (România 
mare), méritait par là d'être le noyau du nouveau royaume roumain 
dont elle renferme la capitale. L'élément étranger y est très peu 
de chose et habite à peu près exclusivement les villes. 

Telle est, particulièrement, la situation des Juifs, qui forment, 
même au point de vue légal, une population nettement à part de 
tout le reste, en butte à une hostilité systématique. En Olténie, ils 
sont à peu près inconnus. Ce n'est qu'en Munténie qu'on les rencontre 
en proportion appréciable. Les départements d'Ilfov ei de Eâmnic 



— 234 — 

sont les seuls où ils représentent plus de 4 % de la population 1 . 
Encore sont-ils limités aux grandes villes comme Bucarest et Râm- 
nicu-Sârat, où ils se livrent au commerce et exercent la profession 
d'aubergiste, que la loi leur interdit dans les communes rurales. 
D'après le dernier recensement, on compte plus de 43,000 israélites 
à Bucarest (17 % de la population totale), à Râmnicu-Sarat, plus de 
1,600 sur 13,000 habitants 2 . A Ploiesci, ils sont 2,400 sur 42,600 ha- 
bitants, à Braila 10,000 sur 68,000 habitants. La plupart sont venus 
au XYIIP siècle de Constantinople, où se réfugiaient depuis long- 
temps les Juifs persécutés en Espagne. Quelques-uns sont descendus 
de la Moldavie, où l'immigration constante des israélites galiciens 
et polonais a mis la question juive à l'état aigu 3 . 

Comme les Juifs, les Grecs sont avant tout des citadins et des 
commerçants. Leur nombre a sensiblement diminué depuis la fin 
de la domination phanariote. C'était alors un pays béni que la 
Valachie pour les Grecs, on la préférait à tous les pays voisins. 

Ka>»7 vj MicoyïïivtK (la Moldavie), x«)riT£oyj w BÏoc/Ik 'xa),>7 yj Ovyypicx, xa^yjTgpyj 

Le Phanariote qui avait acheté à prix d'or de la Porte, la place 
de Hospodar, amenait avec lui toute une foule de clients, de créan- 
ciers, qui venaient avec l'intention bien arrêtée de mettre le pays 
en coupe réglée. Une partie de ces gens s'éclipsait lorsqu'un nouveau 
prince venait remplacer le hospodar déchu, emprisonné, ou simple- 
ment décapité par ordre du sultan. Mais il en restait toujours assez 
pour que la population grecque s'accrût insensiblement. Bucarest 
était alors le centre de l'hellénisme, pendant qu'Athènes gémissait 
sous le joug turc. Dans cette ville où est née l'hétairie, d'où est parti 
le soulèvement d'Ypsilanti, il est probable que près de la moitié de 
la population était grecque. Dans la campagne, le Grec faisait le 
commerce des grains et étalait aux foires tous les produits étrangers 
connus sous le nom d'articles de Leipzig et de Brasov 5 . 

1. D. Sturdza. Suprafata si populatiunea Regatului României, Bull. Soc. Géogr. 
Rom., XIV (1895), 1806. 

2. Recensimenlul gênera] al populatiunei României, 1899. Resultate provisori 
Bue, 1900. 

3. Voir E. Picot. La question des israélites roumains. Paris, 1868. — Hasdeu. 
Istoria toleranfei religioase in România, 2 e éd., Bue., 1865. 

4. Aaxexaï 'Ev-nysoi^eç de César Daponïès cité in P. Eltade. De l'influence fran- 
çaise sur l'esprit public en Roumanie, p. 104. 

5. Sur toul ceci, voir P. Eliadè, op. cit. 






— 235 — 

Ces détails étaient nécessaires pour expliquer l'importance qu'a 
encore à l'heure actuelle, l'élément grec en Yalachie. S'il a dû aban- 
donner le rôle prépondérant qu'il jouait dans la vie intellectuelle 
et politique du pays, il y est encore un ferment d'activité économique. 
Le quartier des Lipscani à Bucarest, est peuplé presque entière- 
ment de Grecs et d'Arméniens, et si les derniers sont assez assimilés 
pour qu'un œil exercé ait peine à les discerner, le Grec se reconnaît 
aussitôt et ne cherche pas d'ailleurs à se dissimuler ni à se fondre 
dans la population. Souvent, après fortune faite, il retourne chez 
lui. Dans presque toutes les grandes villes, l'épicerie, la mercerie, 
le commerce des étoffes importées et des modes est aux mains des 
Grecs. Dans les ports danubiens, le grec frappe à chaque instant les 
oreilles. Le commerce des blés à Brâila, Galati, Calafat, Giurgiu, est 
tenu par des Grecs, et les lourdes péniches où s'engouffrent les sacs 
de blé et de maïs, portent presque toutes des noms grecs pompeux. 

Ce qui a grandement favorisé le maintien d'une population 
grecque, c'est la retraite à peu près complète des Turcs, qui, autrefois, 
jouaient un certain rôle comme marchands de blé et de bétail l et 
l'indifférence du Roumain pour tout ce qui est étranger à l'agri- 
culture. 

Cette indifférence explique l'immigration constante des négo- 
ciants allemands, qui parfois finissent par se fixer définitivement 
clans les grandes villes ; des terrassiers italiens, qui, là comme en 
Autriche, retournent chez eux tous les ans ; des hommes de peine 
hongrois, qui de plus en plus tendent à former des colonies impor- 
tantes dans les districts montueux de Munténie ; des Russes, qui, 
à Bucarest forment une corporation de cochers élégants, tous affiliés 
à la secte des scopiti. 

Encore le Roumain n'aime-t-il pas n'importe quelle agriculture. 
Le jardinage est laissé au Bulgare, habitué aux cultures délicates 
des pays méditerranéens. L'émigration des Bulgares jardiniers 
date du milieu du XVIII e siècle, et le mouvement serait parti du 
village de Ljaskovec, dont les habitants étaient employés à Constan- 
tinople '-. Actuellement on les trouve partout, non seulement en 
Roumanie, mais en Serbie, en Hongrie, jusqu'à Tienne et Moscou 3 . 

1. Voir P. Eliade, op. cit.. p. 2 et pp. 110-120. 

2. Jirecek. Das Fiirstentum Bulgarien, pp. 176-177. 

3. L'émigration annuelle serait rie 3 millions et demi (Jirecek, loc. cit.). 



— 236 — 

Ils partent par petits groupes et reviennent généralement au bout 
de quelques années. Pourtant il en est qui se fixent définitivement. 
D'importantes colonies bulgares existent dans le département de 
Prahova, à Ploiesti notamment. Tout le long du Danube on trouve, 
en Yalachie comme en Bulgarie 1 , un fort mélange d'éléments rou- 
mains, bulgares et serbes. Dans le Teleorman, cinq villages sont 
entièrement bulgares. La ville d'Alexandria, fondée en 1833 fut au 
début plus bulgare que roumaine 2 . La terrasse danubienne d'Ol- 
ténie compte aussi un certain nombre de gros villages d'origine 
bulgare. L'état d'anarchie qui régnait au début du siècle a été pour 
beaucoup dans ces exodes de villages entiers qui passaient le Da- 
nube, pour échapper aux pillages des Turcs. 

Tous les éléments étrangers que nous venons d'étudier en Yalachie 
sont en somme, malgré leur dispersion, assez bien localisés : les Juifs 
dans les grandes villes de Munténie spécialement, les Grecs dans ies 
villes aussi et particulièrement dans les ports danubiens, les Bul- 
gares autour des centres importants, et dans les gros villages de la 
plaine au voisinage du Danube. Il nous reste à parler d'un dernier 
élément exotique qui est au contraire disséminé partout uniformé- 
ment. Ce sont les Tziganes. 

L'aspect de ces parias, encore esclaves au début du siècle et affran- 
chis seulement en 1843 3 , est sensiblement le même que celui de 
nos bohémiens. C'est la même face cuivrée, aux traits souvent déli- 
cats chez les enfants, aux yeux vifs, tour à tour impudents et 
craintifs, la même saleté, les mêmes instincts de mendiant et de 
parasite. Des mensurations minutieuses sur un grand nombre de 
sujets de Eoumanie, Hongrie et Russie, n'ont pas révélé de diffé- 
rences importantes 4 . La taille est toujours assez petite, l'indice 
céphalique élevé, les cheveux noirs ou très foncés, les yeux noirs, 
le teint brun ou jaune. Les données anthropologiques et linguis- 
tiques 5 semblent confirmer l'hypothèse qui fait des Tziganes des 
émigrants d'origine hindoue. 

1. Dans le district cle Vidin les Bulgares ne représenteraient que 47 % de la 
population (Jirecek, p. 53). 

2. Dictionn. Géogr. Jud. Teleorman, p. 280. 

3. Voir CogIlniceantt, Desrobirea tiganilor, Acad. Rom., 1891. 

4. Weissbach. Die Zigeuner, M Ut. Anthrop. Ces. Wien, XIX, pp. 109-117. 

5. F. Miklosich. Ueber die Mundarten und Wanderungen der Zigeuner Europas, 
Denkschr. d. Wiener Ak. d. Wiss., 12 parties, 1872-18S0. D'après lui les dialectes 
tziganes auraient une origine vieil-hindou indiscutable. Mais il s'agit d'une des- 
cendance latérale. 



— 237 — 

Il est impossible de connaître, même approximativement le chiffre 
des tziganes valaqnes. Les uns sont restés des nomades incorrigibles, 
qui passent la frontière dès qu'on les a soupçonnés de quelque rapine, 
les autres s'assimilent lentement à la population, en se fixant défi- 
nitivement soit en ville, soit à la campagne. Celui qui a fait son 
service militaire se croit en quelque sorte réhabilité, il se considère 
comme Roumain, et il n'est pas pour lui d'injure plus sanglante que 
le nom de Tzigane. Devenu sédentaire, marié, c'est souvent un 
artisan intelligent, actif, et même quelquefois honnête. Il garde 
l'apanage des métiers, où l'adresse et l'ingéniosité sont plus néces- 
saires que la force. C'est lui qui sera toujours le forgeron, le chau- 
dronnier du village. En ville, il sera menuisier, maçon et toujours 
il restera musicien d'instinci, lâutar passionné. 

Juifs, Grecs, Hongrois, Bulgares, Tziganes, tous les éléments 
étrangers n'apparaissent en Valachie qu'à l'état sporadique. Nulle 
part, on ne retrouve comme en Hongrie, en Pologne, dans les Bal- 
kans ou même en Moldavie et en Dobrodgea, une masse compacte de 
parler et de type étranger. A peu près toute la Valachie est exclu- 
sivement roumaine. 



II 



Est-ce à dire que cette population roumaine soit pure de tout 
mélange P II n'en est évidemment rien. Pas plus que les Bulgares 
et les Hongrois leurs voisins, pas plus que les Italiens, les Français, 
pas plus qu'aucune race, la race roumaine ne peut être restée im- 
muable au cours d'un passé agité. La vieille et naïve théorie des 
chroniqueurs roumains, propagée par les patriotes transylvains avec 
un but politique, et d'après laquelle les Roumains seraient les des- 
cendants directs des colons romains de Trajan, n'est plus maintenant 
acceptée sans contrôle en Roumanie par aucun esprit cultivé et 
réfléchi. Répétée à l'envie par les innombrables voyageurs qui ont 
traversé les provinces danubiennes et qu'a frappés l'aspect latin de 
la langue, on peut dire qu'elle est actuellement plus répandue à 
l'étranger chez les philo-roumains, que chez les Roumains eux- 
mêmes. Ceux-ci se rendent compte en effet, qu'un peuple ne saurait 
passer pour exclusivement latin, lorsque à peu près la moitié des 



£38 — 

racines de sa langue sont slaves ou turques 1 , quand à peu près toute 
sa toponymie est slave ou maghiare 2 , quand son pays a vu passer, 
pendant tout le Moyen-Age et une partie des temps modernes, un 
flot presque continu d'envahisseurs des races les plus diverses. 

Dire exactement ce que représente la race roumaine est une chose 
aussi difficile que de définir n'importe quelle race de notre occident 
latin. Nous touchons ici à une des questions les plus embrouillées 
peut-être par les préjugés, les passions politiques, et l'insuffisance 
de documentation, qu'il soit possible de rencontrer. Essayer de la 
préciser et d'en montrer la véritable signification est tout ce que 
nous pouvons tenter, sans avoir la prétention de la résoudre ; car 
c'est tout à la fois une question anthropologique, historique et phi- 
lologique, en même temps qu'un problème ethnographique. 

Existe-t-il un type physique du Roumain ? Enlevez le costume 
national, l'anthropologue le plus habile saura-t-il reconnaître le 
Yalaque, du Bulgare, du Hongrois, du petit Russe ? Il est permis 
d'en douter. On trouve en Yalachie comme partout, des physionomies 
complètement différentes. Le type le plus fréquent est de stature 
plutôt élevée, les épaules larges, les jambes relativement courtes, 
les cheveux noirs ou foncés, le crâne sphérique, les traits régu- 
liers, avec une coupe de figure plutôt ronde qu'ovale, les yeux gris 
ou bruns, le front bombé, le nez droit et ferme. La démarche est 
lente et digne, mais le regard très vif, et le geste prompt comme 
l'éclair lorsqu'il en est besoin. Les enfants, les jeunes femmes et les 
jeunes hommes ont parfois des visages d'une beauté calme, qui attire 
l'attention. Ce type est assez général dans la région des collines, 
mais dans la montagne on rencontre assez souvent des figures aux 
pommettes saillantes, un port plus raide, une taille beaucoup plus 

1. C'est à Hasdeu (Sur les éléments dires dans la langue roumaine, Bue., 1886) 
et Sâineanu Elemenle turcesci în limba româna (Bue., 1885), qu'on doit surtout la 
connaissanee des éléments turcs de la langue roumaine. Cf. Saineanu. Istoria 
filologiei romane. Bue., 1892, pp. 300-310. — Theophil Lôbel. Elemenle luieesti, 
arabesti si persane în limba româna, Leipzig, 1894. — L'œuvre la plus complète 
et la plus méritoire, malgré de graves défauts, sur les éléments étrangers de la 
langue roumaine et particulièrement sur les éléments slaves, est le Dictionnaire 
d'élymologie daco-roumaine de A. de Cihac, 2 e partie, Francfort, 1879. L'auteur 
reconnaît 500 radicaux lalins, 1,000 slaves, 300 turcs, 180 grecs, 500 maghiars et 
albanais. Quelle que soit l'exagération en faveur des slavismes et des maghia- 
rismes, on ne peut douter que la part des radicaux latins soit inférieure à 40 %. 

2. Les études sur la toponymie roumaine sont malheureusement encore peu 
nombreuses. Voir Hasdeu. Etymologicum magnum. — Dan. Die toponymia româ- 
nesca, Conv. litterare, 1896. — Tomaschek Zur Kunde der llamus Halbinsel. 



— 239 — 

petite. Dans la plaine et dans certaines parties des collines, on 
trouve des cheveux blonds, châtains, la taille est quelquefois très 
réduite, parfois très élancée avec les épaules fuyantes. Dans les 
grandes villes et surtout le long du Danube, des familles roumaines 
de sentiment, de langue et de passé, ont nettement le type grec. 

La conscription, qui a fourni dans un certain nombre d'états euro- 
péens l'occasion d'études anthropologiques sérieuses, pourrait en 
Roumanie rendre de grands services, mais il faudrait ne pas se 
contenter de mesurer la taille et le tour de poitrine. D'après les 
données publiées jusqu'à présent la taille moyenne pour toute la 
Roumanie est de l m 60, la capacité thoracique de 85 c / m 1/2. Les tailles 
plus élevées se trouvent en général surtout en Olténie et dans les 
collines de Munténie 1 . On regrette vivement l'absence d'observa- 
tions sur la couleur des cheveux et des yeux et de mesures cranio- 
logiques. Il semble qu'en général la brachycéphalie et le type brun 
soient prédominants en Yalachie 2 . Ces données sont insuffisantes 
pour apprécier les affinités anthropologiques du Yalaque. 

Si l'on manque de documents pour étudier la question roumaine 
au point de vue anthropologique, on est, en quelque sorte, écrasé par 
l'abondance des publications qui l'envisagent au point de vue his- 
torique et philologique 3 . Depuis vingt ans surtout, il ne se passe 
guère d'année où l'on ne voie éclore un travail important, accom- 
pagné du cortège habituel de comptes rendus critiques et d'articles 
de polémique. 



1. I. Feltx. Geografia medicalà a Romaniei, Bul. Soc. Geogr. Rom., XVIII, 
3, 1897, pp. 15-109, sp. p. 53, d'après la Statistica médicale a recrutat/tunei. publiée 
tous les ans à partir de 1888. 

2. Les 31 crânes valaques étudiés par Kopernicki (manuscrit utilisé par Gius. 
Nicolucci. Anthropologia del Lazio, Roma 1873) ne peuvent être considérés comme 
suffisants pour caractériser la forme moyenne du crâne roumain. Kopernicki 
avait reconnu deux types, un sous-brachycéphale autochtone (?), un dolicocéphale 
étranger. Quant aux mesures de Weissbach (Die Schâdelform der Rumânen 
Denkschr. d. K. Ak. d. Wiss. Wien, 1869), elles ont porté sur des Roumains tran- 
sylvains. Il les a trouvés en grande majorité assez fortement brachycéphales. — 
Félix croit que le type brachycéphale brun domine en Roumanie. C'est aussi 
l'opinion de OBEDE:v\Rr, article Roumains, in Dechambre, Diction, encyclop. des 
Se. médicales. 

3. On trouvera dans Saineanu. Istoria filologiei romane, pp. 393-401, une biblio- 
graphie très complète, à laquelle il faut ajouter : Disesco. Origines du Droit rou- 
main, tr. fr., Paris, 1899. — Hasdeu. Negru Vodâ, introduction au tome IV de 
Etymotogicum Magnum. Bue, 1898. — Dan. Diu toponimia românesca, Convorb. 
ittter.. 1896, pp. 305 et sqq. etc. 



- 210 - - 

(y est au philologue Rôssler que revient l'honneur d'avoir provoqué 
ce mouvement en émettant dans ses Romànische Studien 1 la théorie, 
depuis tant discutée, sous le nom de Théorie de Rôssler, D'après lui, 
les colons romains ne sauraient être les pères des Roumains actuels, 
puisque toute la population romaine s'est retirée au S. du Danube, 
lorsque Aurélien a rappelé les légions en 270-75, sous la menace cons- 
tante des invasions barbares. Pour comprendre toute l'originalité et 
le mérite de cette hypothèse, il faut savoir à quel degré d'exagération 
en étaient arrivés, dans leur zèle patriotique, les philologues et his- 
toriens roumains transylvains. Il est faux de dire qu'ils aient inventé 
la théorie, dite autochtone, d'après laquelle le roumain dérive direc- 
tement du latin et la race roumaine descend des colons de Trajaii. 
Cette idée se trouve chez les premiers chroniqueurs roumains, le nom 
de Trajan apparaît en tête de la chronique de Miron Costin 2 . Conrad 
Gessner au XVI e siècle, Martin Opitz au XVII e3 , Sulzer au 
XVIII e siècle 4 , avaient reconnu l'origine latine des Yalaques. Les 
patriotes transylvains, prophètes d'un peuple longtemps opprimé, 
dont ils cherchaient à relever la fierté et à réveiller le sentiment 
national, ont dans leur naïf enthousiasme, pris à la lettre tout ce 
qu'avait pu inspirer l'aspect latin de la langue roumaine et les 
quelques textes parlant de la colonisation roumaine en Dacie, se 
vantant d'être les petits neveux des vainqueurs de l'univers 5 . Sulzer, 
esprit critique, avait émis quelques doutes sur la pureté de la race 
roumaine ; il avait reconnu l'élément slave dans la langue et les 
mœurs. 

Rôssler va plus loin et, s'appuyant sur l'absence complète de textes 
historiques parlant des Roumains au Moyen-Age comme habitant 
les pays danubiens 6 , suppose que la Yalachie et la Transylvanie ont 
été romanisées par une lente immigration de Roumains originaires 
des pays balkaniques à partir du XIII e siècle. Cette théorie soulève 

1. Leipzig, 1873. C'est un recueil d'articles parus à part. 
2 Kogâlniceanu. Cronicele României, Bue, 1872-74, t. III. 

3. Gesneri Mithridatis. De diUerentiis linguarum... observationes, Zurich, 1855, 
p. 09. — Martin Opitz. Deutsche Poemata, Dantzig, 1638, cités in JSaineanu, pp. G 
et 28. 

4. Sulzer. Geschichte des Transalpinischen Daciens, 1 er Theil, vol. II, p. 53. 

5. Sur la nature du mouvement transylvain. Voir P. Eliade, op. cit., pp. 277-311. 

6. Rôssler rejette l'autorité des chroniques hongroises qui mentionnent des 
duchés roumains en Transylvanie, Banat et Olténie. Il ne les considère pas comme 
des textes historiques. Là est au fond tout le débat. 



- 241 — 

partout des objections, des réfutations, des réponses, des polémiques. 
Les passions politiques embrouillent encore les débats. Les Hongrois 
acceptent avec enthousiasme une hypothèse qui leur permet de se 
considérer comme les premiers venus en Transylvanie et dans le 
Banat et de regarder les Roumains comme des intrus 1 . Les Roumains 
repoussent ces insinuations avec indignation, en employant tous les 
arguments possibles, bons et mauvais 2 . Des érudits étrangers 
prennent fait et cause pour les Roumains, on analyse avec plus de 
rigueur, grâce aux inscriptions découvertes, les caractères de la 
colonisation romaine 3 , on découvre de nouveaux arguments, des 
textes restés inaperçus qui montrent les Roumains au N. du Danube 
avant le XIII e siècle 4 . D'autres se rangent après quelques hésita- 
tions du côté de Rœssler 5 . En Roumanie, quelques esprits libres 
osent présenter des arguments dans le même sens. La confusion aug- 
mente encore, et il semble que chaque nouvelle publication n'ait pour 
but que de ruiner le crédit d'un travail précédent. Les essais de 
Xenopol pour retrouver des traces latines dans la toponymie rou- 
maine sont réduits à néant par Hunfalvy, Nâdejde, Densusanu et 
Hasdeu 6 . Onciu n'est pas plus heureux en essayant de reprendre la 
même tentative pour l'Olténie seulement 7 , Hasdeu essuyé les cri- 
tiques de Dan 8 qui prouve l'origine maghiare des suffixes ed et adia, 
des mots Mehadia, Mehedinti, Amaradia, etc. 



1 . L. P. Hunfalvy s'est fait surtout le champion de ce qu'on a appelé le Néo- 
rosslerianisme (Le peuple roumain ou valaque, CR. Congrès Soc. Fr. d'Archéo- 
logie, 1879, Tours, 1880. — Die Rumanen uncl ihre Ansprûche, Wien, 1883, etc.). 

2. Xexopol. Teoria lui Rôssler, Iasi, 1884. Istoria Românilor, Iasi, 1888, I, p. 292- 
312. Histoire des Roumains, Paris, 1896, I, pp. 103-110. — Onciu. Originele prin- 
cipatelor romane, Bue, 1899. Teoria lui Rôssler, Convorb. litter., 1885, XIX, pp. 427 
et sqq., etc. 

3 Jung. Rômer und Romanen in Donaulândern, Innsbruck, 1877. 

4. Tamm. Ueber den Ursprung der Rumanen, Bonn, 1891. — Lehmann. Das 
Kônigreich Rumànien, pp. 31-32. — Tomascheck. Zeitsehr. f. Oesterr. Gymnasien, 
1870, pp. 342-46. — J. Klmény. Ueber die ehemaligen Knezen und Knesiaten der 
Walachen in Siebenbûrgen, Mag. f. Gesch. Siebenbiirgens, II, 1846, pp. 286 et sqq. 

5. Tomaschfk. Die alten Thraken eine ethnologische Untersuchung, Sitzber. AU. 
Wiss. Wien, t. CXXVIII, f. 4, pp. 110-111. — Miklosich. Ueber die Wanderungen 
der Rumanen, Denkschr. d. K. Akad. d. Wiss. Wien, 1886, XXX, pp. 1-66. 

(5. Hunfalvy. Rev. Ung., II (1893), p. 255.— Nadejde. Contemporanul, IV, 1884. 
— N. Densusanu. Note critice, Bue, 1885, p. 50. — Hasdeu. Ann. Ac. Rom., 1884- 
85, p. 182. 

7. Nadejde. O socoteala eu Dl. Onciu, Contemporanul, t. V, 1885. — Dan. Din 
toponimia românesca, loc. cit. 

S. Dan. Din toponimia românesca, loc. cit. 

16 



— 242 - 

Que peut-on retenir de tous ces débats ? Pour qui lit avec attention 
les solides travaux de Onciu et Hasdeu sur l'origine des principautés 
roumaines l , il semble qu'un rapprochement soit possible et prochain 
entre les Rœsslériens et leurs adversaires. Déjà Nàdejde a présenté 
une sorte de compromis, admettant la formation de la langue rou- 
maine au S. du Danube et la continuité de l'élément roumain sur le 
sol de la Dacie trajane 2 . Il est évident que les traces de la coloni- 
sation romaine n'ont jamais complètement disparu de l'Olténie et du 
Banat, mais il est très vraisemblable que la plus grande partie de 
la Yalachie est restée pendant plusieurs siècles une sorte de désert 
traversé par des bordes barbares, et que le peuplement en a été dû 
en grande partie à l'immigration des Roumains transdanubiens. 



III 



La question si embrouillée lorsqu'on i'envisage en historien ou en 
philologue, gagnerait à être considérée à la lumière des faits géogra- 
phiques. Ce que l'on peut observer actuellement, n'est peut-être pas 
si différent qu'on le croit du passé. 

Si nous examinons la répartition des Roumains, nous les voyons 
formant un groupe compact autour de l'axe des Karpates méridio- 
nales et disséminés à l'état sporadique tout le long des hautes mon- 
tagnes qui forment l'ossature de la péninsule balkanique. Là où le 
Roumain est seul possesseur du sol, il occupe aussi bien la plaine 
que la montagne et se livre aussi bien à l'agriculture qu'à l'élevage ; 
là où il est en petit nombre, il est exclusivement montagnard, pas- 
teur nomade et transhumant. C'est la condition des Yalaques du 
Rhodope 3 , du Pinde et de l'Olympe 4 . 

Même en Yalachie, on remarquera que la densité de la population 
est beaucoup plus forte en moyenne dans la zone montueuse des 
collines que dans la zone des plaines. C'est la première qui paraît 
avoir été de tout temps la plus habitée, c'est là que la distribution 



1. Onciu. Originele principatelor romane. — Hasdeu. Istoria critica Românilor 
— Radu Negru, loc. cit. 

2. Nadedje. O socoteala, loc. cit., p. 451. 

3. Jirecek. Das Fûrstentum Bulgarien. 

4. Weigand. Die A-Romûnen. 



— 24-5 — 

des hameaux et des villages a le type proprement roumain; le peu- 
plement de certaines régions comme le Bârâgan et la terrasse du 
Huzeu est de date tout à fait récente. 

Nous avons déjà eu l'occasion de montrer l'antiquité de la vie pas- 
torale chez les Roumains. Constamment en mouvement, libres de 
toute influence étrangère, les pâtres valaques ont certainement con- 
tribué à maintenir et à propager la race daco-romane. La continuité 
des Karpates et des Balkans leur a permis de pousser très loin leurs 
migrations. Dès le XII e siècle, on les trouve en Galicie 1 , et à partir 
de 1220, on a toute une série de diplômes royaux et de décisions de 
chapitres, qui sous le nom de Blachi, Blacci, Olahi mentionnent les 
Roumains formant de petites colonies tout le long des Karpates en 
Transylvanie et en Yalachie 2 . La lente descente de l'élément mon- 
tagnard vers la plaine s'observe encore à l'heure actuelle où l'on 
voit une partie du Bârâgan se peupler de Mocani. La période des 
invasions barbares a pu arrêter un instant ce mouvement ; il a dû 
reprendre dès que l'empire bulgare a assuré une certaine tranquillité 
aux provinces danubiennes, interrompu encore souvent, mais tou- 
jours prêt à recommencer. 

Si pour les pâtres le passage était facile des Karpates aux Balkans, 
c'est aussi au voisinage des Portes de Fer que le mélange devait se 
faire naturellement entre les populations riveraines du Danube. 
C'est là que le fleuve offre la traversée la plus aisée ; plus bas les 
marécages qui encombrent sa large vallée sont une barrière qui vaut 
une chaîne de montagnes. Actuellement le mélange des faces rou- 
maine et bulgare est aussi frappant dans le département de Dolj en 
Yalachie, que dans celui de Yiddin en Bulgarie. On peut considérer 
comme très vraisemblable que l'Olténie et le Banat ont conservé, 
même après la retraite des légions d'Aurélién, un certain nombre 
de colons romains, que le sang daco-romain y a été entretenu par le 
passage des pâtres, dans la partie montagneuse, et que c'est là que 
s'est tout d'abord porté le courant d'immigration qui devait repeu- 

1. Nicetas Chômâtes, cité par Tomaschek et Miklosich, op. cit. 

2. Diplôme d'Andréas, roi de Hongrie, 1222, n° 18, p. 17 ; du même, 1223, n° 23 
p. 23 ; du même, 1224, n° 28, pp. 28-31 ; de Bêla, 20 août 1252, n° 68, p. 70 ; de* André! 
11 m,ii- L291, n° 170, p. 167; du même, 1293, n° 191, p. 186; Capitulum ecclesie 

Lvane, 1231, n° 49, p. 50 (Urkundenbuch zur Geschichte Sicbenbiirgens, Fontes 
Rer. Austriac, 2 e Abth., t. XV). Le dernier texte a été interprété par les partisans 
de la continuité d'une façon absolument contraire au sens (Hasdeu. Istoria critica. 
— Lehmann. Rumânien, loc. cit.). 



— 244 — 

pler la Valachie et la Transylvanie. De très anciennes traditions 
nous représentent le duché d'Olténie comme fondé par un Bassa- 
rabba originaire de la Mésie, qui établit sa capitale à Turnu Seve- 
rinu, puis à Stréhaïa, puis à Craïova l . Il y a là une indication très 
juste de la marche suivie par l'immigration. L'Olténie plus mon- 
tueuse que la Munténie, où les plaines représentent les deux tiers de 
la surface totale, plus méridionale d'aspect et de climat, devait être 
la première atteinte par ce courant venu du S. C'est là d'après les 
recherches de Onciu et Hasdeu, que s'est formé le premier état rou- 
main, alors que les anciens knésats de Transylvanie étaient soumis 
aux Hongrois et que la Munténie était la Coumanie, région proba- 
blement très peu peuplée et entièrement aux mains des barbares. 

Sans vouloir préciser davantage une question obscure, contentons- 
nous d'en avoir indiqué le côté proprement géographique. Il résulte 
évidemment de ce que nous pouvons savoir, que la race roumaine est 
comme les autres races européennes, issue du mélange d'éléments 
assez divers. 

Que reste-t-il du vieux fond Dace, antérieur à la colonisation 
romaine ? C'est ce qu'il est à peu près impossible de dire. Qui étaient 
les Daces eux-mêmes ? Les recherches minutieuses de Tocilescu et 
Tomaschek 2 ont établi leur parenté avec les Thraces, et leur identité 
avec les Gètes, dégagé quelques racines et suffixes dont les derniers 
vestiges ont d'ailleurs à peu près disparu dans la toponymie 3 et qui 
les rattachent au rameau indo-européen. Il est curieux de constater 
que les témoignages des auteurs anciens nous les dépeignent déjà 
comme un peuple de pâtres souvent nomades. On a attribué aux 
Daces un certain nombre de monnaies préromaines, ainsi que des 
poteries à décoration tantôt géométrique, tantôt animale dont on a 



1. Cogalniceanu. Histoire de la Valachie, de la Moldavie et des Valaques trans- 
danubiens, Berlin, 1837, 2 e éd. 1834, p. 14.— Tunusli. Içtopiu t«ç Bia^éaç. Vienne, 
1806, citant un manuscrit ancien disparu : Chronologie a |arei roman es ti. — Cf. 
Onciu. Originele principaielur, pp. 113-114. 

2. Tocilescu. Dacia înainte de Romani, véritable encyclopédie de toute la pré- 
histoire dace. — Tomaschek. Die alten Thraker eine ethnologische Untersuchung, 
Sitzber. Ak. d. Wiss. Wien, V e partie : Uebersicht der Stâmme, t. CXXVIII, f. 4, 
t. CXXX, f. 2. 

3. Le suffixe dava notamment (sens de habitation) se retrouve dans une trentaine 
de noms de lieux à peu près tous disparus. 



— 245 — 

trouvé un grand nombre à Vodastra 1 . On leur fait jouer un rôle 
aussi dans l'édification de ces mystérieuses buttes de forme elliptique 
{movïlë), qui sèment toute la plaine valaque, et dont quelques-unes 
ont certainement été des sépultures de chefs 2 . 

Tout ce qu'on peut dégager de ce passé lointain est insuffisant 
pour nous permettre de dire si les Daces étaient plus proches des 
Germains, des Slaves ou des Celtes. C'est du mélange de cet élément 
mal défini avec des colons originaires, comme nous l'apprennent les 
inscriptions de pays gréco-romains (Dalmatie, Illyrie, Asie Mineure, 
Mésie) 3 , qu'est sortie la race des P«f*âvo«, premier fond de la race 
roumaine actuelle. Les déplacements de ce peuple, en grande partie 
retiré au S. du Danube, pour revenir ensuite en Olténie et Munténie, 
et le contact avec les peuples les plus divers : Slaves, Bulgares, 
Maghiars, Coumans, Tartars ont évidemment altéré fortement ce 
mélange. 

Le sang slave, on tend à le reconnaître de plus en plus 4 , coule 
largement dans les veines du Roumain. Il a été apporté par les 
premiers envahisseurs slaves qui apparaissent sur le Danube au 
V e siècle, suivant de près les Goths et les Petchénègues qui n'avaient 
fait que passer. L'influence slave a été fortifiée par les liens étroits 
qui unissent pendant une partie du Moyen-Age la Bulgarie et la 
Yalachie. Elle éclate partout, dans la langue où les racines slaves 
sont nombreuses, surtout dans les termes appliqués à l'agriculture 
et au monde physique, dans la toponymie qui est pour les deux tiers 
slave, dans les coutumes et les croyances populaires 5 , dans la reli- 
gion, qui a gardé longtemps comme langue officielle le slavon. On la 



1. Voir Odobescu. Scriere literare .si istorice, 3 vol., Bue. 1887. — Sutzu. Tesaurul 
de la Turnu Mâgurele, Revista D. Tocilescu, I, pp. 1-16. — Tocilescu. Dacia mainte 
de Romani, pp. 852-860. — Bolliac. Trompeta Carpatilor, n° 1137, cité par Toci- 
i escu, p. 869. 

2. Tocilescu. Dacia mainte de Romani, pp. 900 et sqq. Une enquête a été faite 
sur ces tumuli appelés par le peuple mâgure ou movile, d'après un questionnaire 
rédigé par Odobescu et distribué aux instituteurs. Les résultats en ont été en partie 
publiés [Mon. Off., 1881). 

3. Voir Jung. Rômer und Homanen in Donaulândern. 

'■. Voir surtout Dtsesco. Origines du Droit roumain, tr. fr., Paris, 1899. « De 
cette époque (V e s.) date chez nous la toponymie* quelques usages et de nombreux 
mots slaves. » 

ô. D'après Dtsesco. saint Elie, le Dieu tonnerre, les démons, les loups-garous, 
Les cantiques de Noël, les légendes relatives à l'enfer et au paradis, la légende de 
maître Manole seraient d'origine slave. - 



— 246 — 

retrouve à l'origine du droit roumain, dont le nom même est slave, 
qu'il s'agisse de la coutume terrienne Obiceiul pamontului, ou de la 
loi civile Pravila 1 . 

En présence de tous ces témoignages, on se demande si le vieux 
Sulzer n'avait pas raison lorsqu'il disait des Valaques : « Sie sind 
weder blosse Slaven, noch reine Romer, sondern ein Gemiscli von 
beiden Volkern von welchen aber der Homische vorschlagt und den 
Vorzug liât 2 . » 

Le sang slave n'est pas seul à se mêler à celui des anciens Daces et 
des colons gréco-romains. Les Bulgares, dont l'origine en partie 
turque est généralement admise, les Coumans, qui possédèrent long- 
temps à peu près seuls toute la basse Munténie, les Maghiars, qui ont 
mis la main de bonne heure sur les knésats roumains de Transyl- 
vanie et les Tatars, dont le souvenir est resté vivant dans les légendes 
populaires, sont des représentants de la race tartaro- finnoise, qui ont 
été en rapports trop intimes avec les populations roumaines pour ne 
pas avoir laissé de traces. Les types de faible stature, aux pommettes 
saillantes, qu'on trouve jusque dans la montagne, en sont la preuve 3 . 
Hasdeu et Saineanu ont montré l'importance des racines turques 
dans la langue roumaine et dans la toponymie valaque. 

La race qui résulte du mélange de tant d'éléments divers a conservé 
malgré tout, de son origine première daco-romane, un caractère latin 
incontestable, qui prouve une étonnante vitalité de l'élément pri- 
mitif. Elle y a réussi surtout grâce au contingent toujours renouvelé 
de sang relativement pur qu'apportaient les pâtres nomades, inac- 
cessibles dans leurs montagnes aux influences étrangères. Le Rou- 
main valaque a son caractère original, plus Bulgare que le Transyl- 
vain, moins slave que le Moldave, moins grec que le Macédonien, 
c'est en tout cas le plus actif, le plus avancé par la civilisation et 
les idées. 



1. Voir Pîc. Die Rumànischen Gesetze in ihrem Nexus mit dem Byzantinischen 
und Slavischen Recht., Prag, 188(>, tr. fr., Bue, 1887. — Dtsesco. Origines du Droit 
roumain. Les idées sur l'origine sud-slavique du Droit roumain ont été confirmées 
par l'analyse serrée de I. Nadejde. Din dreptul vechiu roman. Bue., 1898. 

2. Sulzer. Geschichtc des Transalpinischen Daciens, I er Th., vol. II, p. 53. 

3. Il est curieux de constater que le Tatar ou Jude, personnage légendaire, sorte 
de géant ou de monstre habitant les cavernes est connu surtout dans les mon- 
tagnes (voir Réponses au. questionnaire de Odobescu, manuscr. publié par Strausz. 
Die Bulgaren Ethnographische Studien, Leipzig, 1898, pp. 235 et sqq.). Dans la 
région du Buzeu on attribue à des Tatars la fondation de plusieurs communes. 
C'est une nouvelle preuvp que la population était retirée dans la montagne. 



CHAPITRE XVII 

La Vie rurale en Valachie. — Le Village. 



I. Mode de groupement des habitations : Càtvn, Sat, Tîrle. — II. La maison 
roumaine. Maisons de bois, de terre, bordei, kula. — III. La vie du village. 



C'est à la campagne qu'on doit étudier en Valachie la race rou- 
maine. Le voyageur qui passe en chemin de fer sans s'arrêter ailleurs 
que dans les villes sera tout juste frappé par deux ou trois traits 
originaux de la civilisation. Il faut errer de village en village et 
vivre la vie du paysan, pour saisir ce qu'il peut y avoir de parti- 
culier dans la manière d'être du peuple roumain. Là se sont encore 
conservés les plus anciennes coutumes, les costumes les plus pitto- 
resques. Là régnent encore, au mépris de l'hygiène et des instruc- 
tions ministérielles, les types d'habitation les plus originaux. 

Yu de loin et de haut, le village valaque apparaît d'abord comme 
une sorte de grand verger où les toits des habitations font çà et là 
des taches claires, au milieu de la verdure. En été, rien de plus riant 
que ces petits câtune, tels qu'on les voit surtout clans la région des 
collines, blottis au débouché d'un vallon, dans une grande vallée, 
avec les maisons dévalant la pente du coteau, au milieu des pruniers 
rouges de prunes, et des carrés de maïs qui balancent leurs panaches. 
En hiver, quand le sol est gelé ou couvert de neige, l'air froid et 
humide, on devine de très loin le hameau, au brouillard qui l'enve- 
loppe et où se mêle la fumée sortant de chaque maison avec les 
exhalaisons puantes des détritus jetés partout au hasard. Les villages 



— 248 

de la région des plaines sont pins agglomérés, souvent pins régu- 
lièrement bâtis, mais, sauf quelques exceptions, aussi malsains en 
hiver. 

Le groupement de la population rurale dépend d'ailleurs de condi- 
tions très diverses ; il est le résultat de l'adaptation de très anciennes 
habitudes aux exigences de la nature physique et de la vie écono- 
mique. On peut reconnaître en Valachie deux types principaux, 
le groupement en Câtun, c'est-à-dire en hameaux de 200 à 300 habi- 
tants en moyenne, qui est assez exactement localisé dans la région 
montueuse et boisée (podgoria), le groupement en gros villages 
(sat), spécial aux grandes plaines sèches et sans arbres (câmpu). 
Les fermes complètement isolées sont rares. 

Le Câtun est le mode de groupement proprement national. C'est 
incontestablement le plus ancien, et c'est celui que le Roumain 
préfère encore, partout où il est possible. On le retrouve chez les 
Valaques du Rhodope et du Pinde 1 , il existait chez les Roumains 
de Macédoine au XIV 6 siècle 2 . Au début du XVIII e siècle, il est 
décrit en termes très précis par la Députation administrative chargée 
de rédiger un rapport sur l'état financier de l'Olténie annexée à 
l'Autriche en 1719. « Der Bauer ist hier zu Land nicht ansassig in 
Dorfïschaften wie in Teùtschland uncl anderwehrts gesehen werden, 
sondera es befinden sich bald da, bald dorthen. . . drey vier fiinf mehr 
oder weniger schlechte Hàuser 3 . » Sans doute, c'était en partie un 
mode de groupement défensif. Dans un pays de relief accidenté, en 
grande partie couvert de forêts, il est plus avantageux peut-être pour 
échapper à l'ennemi de se disperser, de se cacher dans un repli de 
terrain, dans une clairière écartée des routes. Il est peu de pays en 
Europe où l'état d'anarchie, de pillages et de guerres continuelles 
qui désolait les campagnes se soit prolongé aussi longtemps. La 
Députation autrichienne le remarque expressément. Les hameaux, 
dit-elle, sont éloignés des routes, à proximité des forêts et des hau- 
teurs voisines des montagnes « also dasz ein jeder solcher, wass er 
mir von weitem etwas zu "komben (kommeu) siehet, auf dem sprung 
fp/rtig ist. » 

1. Jirecek. Das Fùrstentum Bulgarien. — Weigand. Die A-Romiinen. 

■!. Chrisov de Dusan (1348), texte slavon et trad. roumaine. Archiva Istonca. 
III pp. 85 et sqq, 

3. Antwort der YerwaltungsdepiUation ûber dab bisherige Yerhàltnisz der 
Walachischen Unterthanen. Hurmuzaki. Doc. privitoare In istorîa Rom.. VI. 
p. 366 (310). Nous conservons l'orthograplie. 



— 249 — 

Ce type de groupement s'est maintenu partout où la nature du 
sol permet au Roumain de conserver ses habitudes ; c'est-à-dire dans 
toute la Valachie, en dehors de la terrasse diluviale, et spécialement 
en Olténie. Le calcul de la population moyenne du Catun 1 montre 
qu'il varie entre 220 et 490 habitants dans la région des collines 
d'Olténie, avec une moyenne de 378, entre 260 et 710 dans la région 
des collines de Munténie 2 , avec une moyenne de 350. Là en effet 
rien ne commande un groupement plus serré. Partout de l'eau, dans 
chaque repli du sol un ruisselet, une source; la forêt, si ravagée 
qu'elle ait été, est encore partout prochaine, offrant les bois néces- 
saires à la construction de la maison et à l'entretien du feu en hiver. 

Au contraire, les plaines couvertes de loess ou de limon et 
découpées en terrasses sèches et dépourvues d'arbres, qui s'étendent 
le long du Danube en s'élargissant de plus en plus vers l'E., ne 
permettent pas à la population de s'éparpiller. L'eau y est rare, 
dans le Barâgan, clans la terrasse du Buzeu, il faut des puits pro- 
fonds pour l'atteindre; comme dans les plateaux limoneux du N. de 
la France, comme dans les plaines hongroises, comme sur les pla- 
teaux crayeux bulgares, les habitations sont amenées à se grouper 
aussi nombreuses que possible dans les rares endroits où l'eau est 
voisine de la surface. Des villages assez considérables se forment 
ainsi, groupés à l'origine d'une vallée sèche, sur la rive d'un lac ou 
au bord d'une large dépression au fond humide. La population 
moyenne du Catun dans la région des plaines dépasse 700 habitants, 
et varie de 500 à 1,850. On trouve en Olténie de gros bourgs de plus 
de 8,000 habitants. 

La plupart de ces villages sont de date récente. La basse Munténie 
n'a probablement commencé à se peupler qu'à la fin du Moyen-Age, 
et les guerres ont toujours empêché le mouvement de continuer 
jusqu'au milieu de ce siècle. Les paysans qui avaient le courage de 
rester vivaient encore plus disséminés que les habitants des collines, 
malgré les inconvénients de cette situation. La Députation autri- 

1. 11 i'agil ici du Catun administratif, cmi peut comprendre plusieurs groupes 
isolés d'habitations. Le résultat obtenu est par suite sensiblement supérieur a 
celui qu'on obtiendrait si l'on avait le chiffre exact de la population cle chaque 
groupe isolé. Ces données nous manquent malheureusement. Notre calcul est fait 
d'après le recensement de 1800 et VIndicator officiai Comunelor Urbane §i rurale 
donnant la division officielle en câtvne pour chaque commune. 

2. En met tant à part la région du talus des collines d'Arges (840) où le groupe- 
ment a déjà les mêmes caractères que sur la terrasse diluviale. 



— 250 — 

chienne, en 1719, nous les dépeint complètement isolés, cachés dans 
leurs bordei à demi enfouis sous terre, allant furtivement cultiver 
leurs champs situés à plusieurs lieues de leur habitation 1 . De cet 
état de choses, le dernier reste sont les tîrle du Baragan et de la 
terrasse du Buzeu 2 . Mais dès que la sécurité a permis à la population 
d'augmenter, les conditions physiques se sont fait impérieusement 
sentir, et il a fallu se grouper en agglomérations compactes. 

Gros villages dans les plaines, hameaux disséminés un peu par- 
tout dans la région montueuse, voilà donc en gros le mode de distri- 
bution de la population en Valacbie, comme d'ailleurs en Bulgarie 3 . 
Il y a quelques exceptions à la règle. Dans la montagne, la naissance 
de l'industrie et l'afflux de la population vers la haute Prahova ont 
créé des conditions spéciales. A côté de petits hameaux qui s'éche- 
lonnent sur les pentes déboisées, nous trouvons dans le fond de la 
vallée de gros bourgs croissant de jour en jour. Il en est de même 
dans les parties surpeuplées de la région des collines : vallées de 
Talomita, Prahova, Teleajna, Buzeu, Talus des collines d'Arges. 
Les anciens catune grossissent d'année en année, s'étalent et 
arrivent à se rejoindre, formant des agglomérations continues. Le 
voyageur a l'impression de ne pas sortir d'un immense village pen- 
dant des heures de chemin. Néanmoins, l'aspect de pareilles agglo- 
mérations est encore bien différent de celui qu'offre un de ces gros 
bourgs du Baragan. Non seulement la disposition plus capricieuse 
des habitations, formant une longue traînée le long de la route ou 
du cours d'eau, marque des conditions différentes de celles qu'on 
rencontre clans la plaine, où les villages ont généralement une forme 
plus massive; mais même dans le mode de construction des maisons 
et les matériaux employés on reconnaît l'influence du milieu. 

II 

L'habitation du paysan roumain offre en effet autant de variétés 
de types que le village. C'est dans la région montueuse et boisée 
des collines et surtout au voisinage de la montagne qu'on trouve 
le type complet de l'habitation rurale, véritable petite ferme se 

1. Antwort der Verwaltungsdeputation, loc. cit., p. 310 ; 

2. D'où l'abaissemenl de la moyenne de la population du câtun dans le Baragan, 
à moins de 400 habitants. 

3. Jirecek. Das Fùrstentum Bulgarien. 



E. de Martonne. — La Valachie. 



Planche 1. 




XVII. — Kula, haute maison en brique, répandue dans tout le Nord 
de la péninsule des Balkans. 




XVIII. — Maison de paysan à Bumbesci- (Olténie). 
Type (1''- maisons de la zone montueuse de la Valachie. 



— 251 

suffisant à elle-même. La maison, avec l'étable gui lui fait face et 
le grenier élevé au-dessus clu sol par quatre pieux d'angle à une 
hauteur de un mètre, est comprise à l'intérieur d'une cour qu'entoure 
une palissade formée de brandies tressées autour de pieux verticaux, 
ou de planches grossièrement ajustées. Parfois un portail surmonté 
d'un toit en lattes comme celui de la maison donne accès dans cette 
petite forteresse (v. pi. J). En arrière s'étend le verger planté de 
pruniers, dont les fruits servent à fabriquer la tuica, et le champ 
de maïs, dont les épis dorés s'entassent à l'automne dans le grenier, 
à l'abri des rats. 

Dans la région des plaines, l'habitation est toujours plus simple. 
La maison fait face directement sur la route. Le grenier se trouve 
accolé à un des murs. Le jardin s'étend derrière. 

Les conditions de construction sont d'ailleurs différentes suivant 
la région. Le type le plus commun de maison dans toute la région 
montueuse de la Yalachie est la maison en bois, construite à peu 
près sur le modèle de la stîna de montagne, avec son toit en lattes 
(sindrele), très incliné et dépassant de 50 à 80 centimètres (v. pi. I). 
Un mur de pierres sèches, élevé de 20 à 50 centimètres au-dessus 
du sol, forme généralement les fondations. Le toit repose le plus 
souvent, comme dans la stîna, directement sur les parois. La plu- 
part du temps, les trous des murs sont bouchés avec de la terre 
et la surface égale ainsi obtenue est blanchie à la chaux. Une 
sorte de galerie fait le tour de la maison, abritée par l'avancée du 
toit (pridvor). On y met des objets accessoires, on y étale le linge, 
on y mange et on y couche même en été. Au voisinage de la mon- 
tagne et dans les hautes collines d'Olténie, on voit fréquemment 
la galerie surélevée jusqu'à l m 50 à 2 mètres au-dessus du sol, for- 
mant balcon ; la maison présente alors un rez-de-chaussée, sorte de 
cave ou cellier, et un premier, seul blanchi à la chaux (pi. I). 

La maison en bois est la demeure préférée du paysan roumain. 
Dans les villages pauvres, où l'on tend à remplacer le bois par le 
pisé, les lattes par le chaume, Yungurean, ancien berger, ne peut se 
passer de la maison rustique qui lui rappelle la stîna. La maison en 
bois n'est cependant possible que dans un pays forestier. Plus on 
s'éloigne des Karpates, plus le bois devient cher. Les lattes (sindrele) 
en bois de sapin, qu'on va couper dans la montagne à la fin de 
chaque été, sont vite hors de prix. Déjà, près de Târgu Jiu et Car- 
bunesci, on reneoiître des toits de chaume. En Munténie, à partir 



— 252 — 



de Pitesei, en Olténie, à partir de Filiasi, on ne trouve plus jusqu'au 
Danube que des murs de terre. Les quatre angles de la maison sont 
seuls formés par de solides poutres fourchues qui supportent la 
charpente du toit, et les parois sont constituées par un treillis de 
branches enlacées autour de piquets verticaux, sur lequel on projette 
avec force un mélange de terre, de paille et de bouse de vache, de 
façon à le faire entrer clans les intervalles 1 . Ce procédé existe depuis 
longtemps, la députation administrative d'Olténie décrivait déjà 

en 1719 avec dégoût 
« mit gestreichter flech- 
twerk und mit S. Y. 
(salva venia) koth etwasz 
angeworfene hàuser 2 . » 
Dans les endroits les 
plus pauvres de la ré- 
gion steppique, sur le 
bord du Danube, où le 
bois est complètement 
inconnu, on fait des 
murs entièrement en 
terre battue et séchée 
entre deux planches 3 . 

Maisons de bois et 
maisons de terre, voilà 
les deux types princi- 
paux d'habitation pay- 
sanne en Yalachie. On 
peut voir d'après les 
esquisses ci-jointes (fi- 
gure 36) que leur répar- 
tition géographique est 
nettement en rapport 
avec les conditions pli y- 







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Kigure 36. — Répartition par départements des 
maisons en terre (A) et des maisons en bois 
(B), d'après Crainiceanu : 

l. moins de 10 maisons pour 1,000 habitants — 
•2. de 10 à 20 — 3, de 20 à 60 — 4, de 60 
à 100 — 5, de 100 à 150 — G, de 150 à 200 - 
7. plus de 200. 



1. Procédés bien décrits par Manulescu. Igiena teranului, Bue.. 1805. voir iig, 4 
el i. pp. 22-23 (montrant des maisons en construction), 

' Antwort der Verwaltungsdeputation, Joe. cit., p. 310. 

3. Communes de Sovâresci, Piatra, Suhaïa, Fôntânele, Voevodu, etc. (Dép' 
Teleorman). — Manolescu, <>i>- oit., p. 23. 



253 — . 



siques 1 . La prépondérance des maisons en bois est frappante en 
Olténie, où la région des collines est bien plus étendue, et l'on com- 
prend que le Roumain y ait pris pied plus vite et plus facilement 
qu'on Munténie. Si les renseignements dont on dispose permettaient 
de faire les calculs par régions naturelles, on verrait sans doute se 
manifester de façon frappante la localisation des constructions en 
bois dans la région forestière et montueuse. 

Qu'elle soit en bois ou en terre, la maison paysanne est d'ailleurs 
presque toujours étroite et construite au mépris des lois de l'hygiène. 
Les fenêtres sont larges à peine de 50 centimètres et hautes de 70 ; 
le plus souvent bouchées avec du papier 2 . Pour entrer par la porte, 
il faut se baisser. A l'intérieur, deux chambres, le cellier (celar) où 
l'on garde les ustensiles nécessaires aux travaux des champs avec 
les provisions de bouche, et la chambre d'habitation (tinda) où se 
trouvent un ou deux bancs recouverts 
de couvertures qui servent de lit, une 
table grossière en bois et une sorte de 
poêle primitif (fig. 37). C'est exacte- 
ment la distribution de la stîna. En 
hiver, tout le monde se rassemble 
autour du poêle dans la tinda et l'on 
peut voir cinq ou six personnes dormir 
dans une chambre large de trois ou 
quatre mètres au maximum , avec les 
chiens , les porcs , les moutons roulés 
sous la table et les lits. 

La maison de terre battue où hommes et animaux dorment pêle- 
mêle dans une atmosphère puante et chargée de gaz par un mauvais 
poêle, n'est pas encore ce que la Yalachie peut offrir de plus mal- 
sain et de plus primitif. La députation administrative d'Olténie, 
en 1719, parle avec horreur de ces paysans qui habitent dans des 
trous sous terre, comme des bêtes sauvages, « gar unter der Erde wie 
das wilde Yiehe. » Ces habitations souterraines, qui avaient tant 
étonné, au XVII e siècle, le jésuite Avril 3 , qu'on trouve mentionnées, 




Figlre 37. — Pian d'une mai- 
son de paysan valaque. — 
A droite, la chambre d'habi- 
tation avec deux lits-(L) et 
une table (T); à gauche le 
celar avec le coffre (lad a, i.) 
et le foyer (Vatra, V). 



1. Les calculs ont été faits d'après les renseignements fournis par les médecins 
de canton [medici de plaçi). — Crainiceanu. Igiena tëranului roman, pp. 43-44. 
Sans se faire illusion sur l'exactitude absolue de ces renseignements, on peut les 
admettre comme suffisants pour des moyennes par départements. 

2. Manolescu, p. 25. — Crainiceanu, pp. G4-67, etc. 

3. P. Avril. Voyage en divers états d'Europe et d'Asje, Paris, 1639, p. 2892. 



- - 254 — 

aux XIV e et XV e siècles, dans les lois de Dusan et d'Alexandre le 
Bon l , et dont Strabon et Ptolémée avaient déjà entendu parler 2 , 
existent encore en assez grand nombre dans les régions steppiques 
du Bârâgan, de ïeleorman et Dolj. Ce sont les bordei, reliques d'un 
passé peut-être aussi ancien que les trulli des Pouilles, en Italie. 
Dans un pays où la pierre est aussi inconnue que le bois, ces trous, 
creusés dans le sol en forme de cave, où l'on descend par un couloir 
(gârlicm) recouvert d'un toit en pente, présentaient en somme un 
abri commode contre les terribles froids d'hiver, et un refuge assez 
sûr où Ton pouvait espérer échapper à l'œil de l'ennemi toujours 
en campagne. Le toit du gârliciu est généralement en branches ou 
roseaux liesses; il est supporté par des piquets qui sont parfois eux- 
mêmes réunis par un lacis de branchages 3 . 

Les bordei tendent de plus en plus à disparaître comme maison 
d'habitation 4 , mais on les trouvera encore longtemps servant de 
cellier, pour garder, en hiver, les provisions que gâte la gelée. Les 
tziganes sédentaires ou demi-nomades habitent presque tous des 
bordei. Le paysan roumain lui-même abandonne difficilement ses 
anciennes habitudes. Les règlements administratifs publiés contre 
les bordei, et donnant des règles pour la construction des maisons 5 
sont souvent impuissants contre la routine 6 . Les maisons en brique, 
recommandées par ces instructions, sont encore très rares. 

On en trouve çà et là quelques-unes, réalisant un type d'habita- 
tion très curieux et assez répandu dans tout le X. de la Péninsule 
balkanique. De loin, ces constructions carrées et massives, aux murs 
aveugles à peine percés d'une porte basse et de deux ou trois fenêtres 
étroites comme des meurtrières, avec une galerie élevée à 8 mètres 
au moins au-dessus du sol, ont un air de forteresse guettant l'ennemi 
(v. planche I). Ces maisons, qu'on retrouve, sous le nom de hula, 
en Bulgarie, en Macédoine, en Albanie, en Herzégovine 7 , sont sou- 

1. Archiva Istorica, III, p. 121 ; I. p. 1*21. — Crainiceanu, p. 40. 

2. Strabon, VII, 5, 25, vnspctxovGi. . . xal oî T [jwyloSvx eu /syopsvot... Ptolémée. 
III, 10, 4. Cf. Pline, IV, 80. 

3. Voir dans Manolescu. Igiena tëranului, fig. 9, p. 43, vue d"un Bordeiu typique. 

4. En 1802 il y avait encore 50,000 bordei en Valachie (Dolj 15,762, Teleorman 
10,965, Romanafci 5,647, Oit 5,637, Vlasca 1,571). — Félix, Raport de Igiena Rega- 
tului, 1893, p. 90, cité par Crainiceanu. Igiena tëranului roman, p. 45. 

5. Regulamentele pentru aliniarea satelor si construirea locuintelor târanesci, 
publiés en 1888 et 1894 {Monit. o/fic, 14 juin 1894). 

6. Crainiceanu, op. cit., pp. 47 et sqq. Revue des habitations de chaque départe- 
ment, d'après les rapports Mes médecins, parus dans le Monit. offic. 

7. Jirecek. Das Fûrstentum Bulgarien, p. 163. 



— 255 - 

vent isolées, un peu à l'écart du village. C'était l'habitation de 
quelque boyard campagnard, qui se croyait là à l'abri du Turc. La 
plupart tombent en ruines, le paysan leur préfère sa maison étroite, 
obscure, malsaine, mais où l'on entre de plain-pied et où tous les 
objets sont sous la main. 

Même dans la montagne, les maisons en pierre sont rares : « Il a 
une maison en pierre » (Are casa de zid) est l'expression de la plus 
grande richesse. Dans la plaine, où l'on pourrait bâtir en briques, 
on préfère encore partout le pisé. Malgré les instructions adminis- 
tratives, on trouvera encore longtemps la maison basse aux fenêtres 
étroites, où bêtes et gens dorment pêle-mêle l'hiver autour du poêle 
malsain. 



III 



Pour comprendre la force de résistance étonnante qu'oppose, sans 
mauvaise volonté, le paysan à tout changement de ses habitudes, 
il faut se rendre compte de ce qu'est la vie d'un village roumain, 
quel petit inonde fermé représente une agglomération d'une cen- 
taine de familles où, de père en fils, on travaille la même terre, et 
où, depuis des siècles, on n'a rien vu ni entendu qui parlât de progrès 
ou d'améliorations. 

Rien de plus propre à entretenir l'esprit conservateur que la cul- 
ture de la terre, surtout telle que l'entend et la pratique le paysan 
roumain, petit propriétaire qui vit presque exclusivement du produit 
de son champ. Tout y conspire pour engourdir l'initiative, pour 
ramener sans cesse les mêmes images, les mêmes idées, le même 
cercle d'occupations. Depuis les neiges de janvier qui bloquent 
dans la maison étroite, hommes, femmes, enfants, chiens et ani- 
maux, en passant par les claires journées où l'on sème le maïs, les 
grandes pluies de printemps, qui inondent les jardins et font sortir 
tous les germes, jusqu'aux jours brûlants où l'on cueille les prunes 
pour la tuica et ramasse les épis dorés du maïs, c'est toujours le 
même recommencement. 

Quelques vieux paysans ont gardé le souvenir du « temps des 
Turcs. » Alors on n'était jamais sûr du lendemain; à l'entrée de 
l'hiver arrivait le marchand grec, achetant le blé de gré ou de force ; 
au printemps s'abattait le Cayenlei turc ; heureux, lorsqu'on n'avait 
pas sa maison brûlée, ses bestiaux enlevés par quelque razzia, ou 



— 256 - 

lorsqu'on n'était pas surpris par les collecteurs de quelque impôt 
extraordinaire, qui vous torturaient jusqu'à vous avoir arraché le 
dernier para. Maintenant, on est tranquille ; que peut-on désirer de 
plus ? Des siècles d'oppression ont appris au paysan la résignation 
et, par suite, le manque d'initiative. Le fils rebâtit sa maison comme 
l'a bâtie son père, avec les mêmes matériaux, les mêmes dimensions, 
la même porte basse, la même fenêtre étroite. Le même boyau, la 
même charrue primitive lui serviront à cultiver son champ. Quand 
il ira, le dimanche, à l'église, puis à l'auberge, il retrouvera les 
mêmes visages, mêmes costumes, mêmes propos. 

La vie sociale est, d'ailleurs, dans le village, aussi réduite que 
possible. Les femmes, rassemblées le soir autour des grands feux, 
où l'on file et raconte des histoires, se voient plus souvent que les 
hommes. C'est devant l'église, le dimanche, ou à la porte de l'auberge, 
entre deux verres de fuica, qu'on cause et discute le plus. Les fêtes, 
baptêmes, noces, enterrements, sont la meilleure occasion d'appré- 
cier les rapports des paysans entre eux et leur manière d'envisager 
les distinctions sociales. A la table, dans les cortèges, une place 
spéciale est réservée aux premiers du villages a fruntasi » et aux 
derniers « caudasi. » 

Pour mériter leur nom, les fruntasi devraient avoir un certain 
esprit d'initiative et jouir d'une certaine autorité. Ce sont les paysans 
riches ou aisés. On en cite, dans certains villages des collines de 
Munténie, qui passent pour posséder 100,000 francs. Le fruntasu est 
souvent maire et, en même temps, aubergiste curciumar. Son auto- 
rité est alors plus grande que celle du pope, dont la robe sale est 
baisée par les femmes, mais dont la personne est peu respectée. 
L'instituteur (dascal), mal payé, obligé de travailler son champ 
entre deux classes, est plus considéré qu'écouté. 

Le véritable personnage du village, c'est le cârciuma)- Sa maison 
est la mieux bâtie; on y trouve, non seulement du vin et de la 
tuica, mais tous les produits qu'on va chercher au Ba/chi. à la 
foire du bourg le plus voisin. Le lard fumé, le saucisson de Brasov, 
pendent autour du comptoir, avec les grappes rouges de piments, 
les paquets de ficelle, les cierges, les chandelles. Les bêches, les 
boyaux, les couteaux, les coutres de charrue, s'entassent dans son 
magasin. Il vend le tabac, les allumettes et le sel, monopoles de 
l'Etat ; il est épicier, quincaillier, mercier, marchand de tout ce qui 
peut se vendre. Aux dimanches et jours de fête, sa maison est le 



(S. de Martonne. — La Valachie. 



Planche J. 




XIX. — Costumes de paysannes. Curtea de Arges. 




XX. — Maison du village de Bumbesci (Olténie). 

Type des habitations de la zone montueuse de la Valachie. Cour fermée avec portail. 

A droite, la maison d'habitation ; à gauche, étable et grenier. Au fond le jardin. 



— 257 — 

rendez-vous du village; on la devine de loin au bourdonnement qui 
s'en élève, à la foule qui en déborde, emplit la rue. Le violon du 
tzigane grince du matin au soir; et les chansonSj rythmées par les 
battements des mains et des pieds, montent en une mélopée con- 
tinue, tandis que circulent les petites bouteilles où l'on sert la tuica. 

Il connaît tout le monde, achète à l'un ses prunes, à l'autre son 
maïs ; il prête au besoin, et il n'est personne qui ne soit son obligé. 
L'étranger qui débarque dans un hameau inconnu peut s'adresser 
à. lui, il trouvera un lit propre, procurera des chevaux, un guide, des 
provisions de route. Au besoin il gardera de l'argent, contre reçu, 
et le rendra exactement. Véritable puissance, il est, comme tel, 
aussi craint que détesté; c'est bien cependant à son initiative que 
sont dus tous les changements à la routine villageoise. On peut 
douter parfois s'il est vraiment roumain, malgré la loi qui défend 
aux Juifs de tenir auberge dans les communes rurales. Il en est qui 
portent une veste achetée à la ville, par-dessus le pantalon en laine 
et le gilet de peau brodé. 

Le paysan roumain est d'habitude plus modeste ; la terre seule 
lui paraît sûre, le commerce n'est pas son fait; il se méfie de lui- 
même et des autres. Habitudes, coutumes, idées, costume, il a tout 
gardé d'un passé lointain, avec une fidélité qui rend l'étude de son 
caractère, non seulement intéressante, mais nécessaire si l'on veut 
comprendre l'état du pays qu'il habite. 



17 



258 



CHAPITRE XVIII 

La Vie rurale. — Le Paysan. 



I. Vie matérielle du paysan, les costumes. — II. Vie matérielle : situation 
sociale, nourriture, tempérament. — III. La vie morale, comment l'étudier. 
IV. La vie morale. Folklore. Mariage, sépulture, naissance. — V. La vie 
morale. La littérature populaire. — VI. Conclusion. La famille, la propriété. 



L'aspect et la situation du hameau roumain, la forme et la dispo- 
sition des habitations, la vie extérieure du village, offrent, en Ya- 
lachie, des particularités en rapport avec les faits géographiques 
autant qu'avec le caractère de la race. On peut, et on doit aller plus 
loin dans l'analyse des conditions de la vie rurale, lorsqu'on a le 
bonheur de pouvoir l'observer dans toute sa naïveté primitive. La 
vie matérielle et la vie morale du paysan roumain, ses costumes 
originaux, autant que ses coutumes et ses idées, intéressent le géo- 
graphe. 



Le costume est, sans contredit, ce qui frappe d'abord le plus 
l'étranger transporté brusquement en Valachie. Débarquer à Câm- 
pullung ou à llâmnicu-Vâlcea un jour de fête, quand les paysannes 
endimanchées se promènent au bras des flâcâi, ou se rassemblent 
pour la hora, est une joie pour les yeux. Les tabliers rouges et noirs, 
brodés et semés de fleurs dorées, les vestes brodées sur lesquelles 
s'étalent les colliers de pièces d'argent, les grands fichus en mousse- 
line qui parent la tête et retombent sur les épaules, forment un 
ensemble pittoresque. On est frappé par le goût des couleurs 
voyantes et par l'harmonie que présente, malgré tout, cet ensemble. 
Le costume de travail, plus simple, reste encore original. 



— 259 — 

Cependant, lorsqu'on a parcouru les pays danubiens voisins de 
la Yalachie, on peut se demander s'il existe vraiment un costume 
national. Les premiers voyageurs qui en parlent y voient une sorte 
de costume turc; d'autres le rapprochent du costume romain, ou se 
font l'écho de la tradition qui s'obstine à comparer les pantalons 
étroits, la tunique courte et l'énorme câciula du paysan roumain, 
aux larges brayes, au manteau et au petit bonnet des Daces, tels 
qu'on les voit sur la colonne trajane l . Odobescu a nettement reconnu 
les analogies du costume roumain avec celui des peuples slaves et 
turcs 2 . C'est un fait frappant que presque aucun des mots désignant 
une pièce du costume n'est d'origine latine. 

Une étude détaillée des divers costumes usités en Valachie et 
dans les pays voisins serait nécessaire pour démêler ces influences. 
Rendue très difficile par la variété des types, autant que par celle 
des dénominations 3 , il semble cependant qu'elle pourrait donner 
des résultats intéressants, si l'on en juge par ceux qui se dégagent 
déjà du travail consciencieux de Manolescu 4 . C'est ainsi qu'on a pu 
reconnaître l'originalité des costumes de l'Olténie, la ressemblance 
des costumes de Munténie avec ceux de Moldavie, et le caractère 
plus oriental des costumes de plaine en général. 

S'il existe vraiment un costume national roumain, c'est dans la 
région montagneuse, et particulièrement en Olténie, qu'il faut le 
chercher 5 . Du moins, c'est là qu'on trouve les éléments les plus 
originaux. La lourde câciula, sorte de bonnet à poil qu'on retrouve 
chez les pâtres du Balkan 6 , couvre la tête (v. planche E. IX), rem- 
placée souvent, à l'E. de l'Oltu, par le petit chapeau de feutre 
{pdlârià). C'est ici encore, que l'on retrouve les derniers vestiges de 
cette curieuse coiffure des femmes mariées, le conclu, sorte de dia- 
dème en fer ou en bois, recouvert d'un fichu qui pend derrière le 

1. Voir les textes rassemblés par G. Crainiceanu. Igiena tëranului roman, 
Bucarest, 1895. 

2. Odobescu. Notice sur la Roumanie, 1868 {Opère complète, t. III). 

3. Le même vêtement s'appelle suivant la région gheba, zeghe, suman, dulama, 
inpingea, suba, anteriu (Manolescu, p. 179). La câtrinta de Moldavie = opreg en 
Olténie {ibid., p. 231), etc., etc. 

4. Manolescu. Igiena târanului, Bucarest, 1895, près de 100 figures des types 
principaux de costume. 

5. C'est encore là qu'on fait aussi les plus riches costumes. Dans un concours 
ouvert à Bucarest pour encourager l'industrie des costumes nationaux, les deux 
premiers prix ont été remportés par des paysannes de Vâlcea. 

0. .Iirecek. Das Furstentum Rulgarien, p. 68. 



— 260 — 

dos l . La double nécessité de se couvrir chaudement et de garder la 
plus grande liberté do mouvement possible, dans un pays de relief 
accidenté, a créé ou conservé des formes originales du costume mon- 
tagnard, véritable costume national pour une race de bergers et de 
pâtres. La peau des animaux en fournit les éléments les plus essen- 
bièls. C'est elle qui donne la caciula. C'est avec une peau de mouton, 
dont la fourrure est tournée en dedans, qu'on fait le pieptar, sorte de 
gilet qui s'ouvre sous le bras, du côté gauche, et que portent hommes 
et femmes (v. planche E. IX); le cojoc, sorte de veste fourrée; la 
sarica (appelée aussi cojoc par les bergers transylvains), grand man- 
teau dont la laine longue est tournée vers l'extérieur, et qui tombe 
jusqu'à la cheville, donnant au berger, coiffé de la caciula, l'air de 
quelque bête fantastique. La sarica se retrouve en Transylvanie et 
jusque chez les Roumains de Macédoine. La taille est serrée par 
une ceinture en cuir (chimir), fermée par des courroies et souvent 
brodée ; partie essentielle du costume du montagnard, qui trouve 
moyen d'y loger son couteau, son tabac, sa pierre à feu, et même 
quelques paras (v. planche E. IX). 

Pour conserver aux membres inférieurs toute leur agilité, l'homme 
les enveloppe d'un pantalon de laine étroit; la femme remplace la 
jupe par la fota, pièce d'étoffe assez longue pour tomber jusqu'aux 
pieds, assez large pour faire le tour de la taille, à laquelle une cein- 
ture la serre étroitement ; ou bien par Yopreg, double tablier pendant 
par devant et par derrière, vêtements commodes, mais aussi peu 
conformes à l'hygiène qu'au sentiment de la pudeur 2 . Les pieds 
sont invariablement chaussés de Yopinca, sorte de sandale de cuir, 
attachée par des cordons entortillés autour de la cheville, commune 
dans tout le N. de la péninsule balkanique depuis une époque très 
reculée 3 . 

La veste de laine (minteanul) , le grand manteau de laine qu'on 
appelle, suivant la région, suman, gheba ou dulama, sont déjà, avec 
leur ornementation de passementerie, quelque chose de moins ori- 

1. Usité encore dans les départements de Mehedinti, Vlasca, Buzeu, Râmnicu 
Sârat (Manolescu, p. 198). 

2. L'opreg se retrouve en Bulgarie seulement sur les bords du Danube. Le nom 
de fota y est donné au tablier richement orné des paysannes valaques (Jirecek. 
Bulgarien, p. 68). 

3. Les Thraces portaient déjà une chaussure pareille à l'opinca (Tomaschek. Die 
Alten Thraken, loc. cit.). — Selon Jirecek, op. cit., les opinci sont la chaussure 
nationale en Bulgarie. 



— 261 — 

ginal, où se sentent des influences orientales. On les trouve surtout 
dans la région des basses collines et des plaines de Munténie. Là, 
toute l'économie du costume est d'ailleurs modifiée, tant par les 
conditions géographiques que par les influences étrangères, plus sen- 
sibles dans un pays peuplé et roumanisé depuis peu de temps. Au 
lion du cojoc et de la sarica, nous trouvons la scurteica, sorte de 
paletot court, la giubea, pardessus ouvert tombant jusqu'aux che- 
villes, dont la forme de cloche est commune au delà du Danube 
[y. Manolescu, fig. 18, p. 95). Le pantalon étroit du montagnard est 
remplacé par les nâdragi, aux larges replis, aux poches et coutures 
ornées à profusion de galons à la mode serbe, ou par les ismene, 
sorte de braie flottante, qu'on retrouve en Serbie et en Bulgarie. 
La ceinture est toujours une longue bande d'étoffe rouge ou noire 
rayée de blanc. La femme adopte encore plus volontiers les costumes 
aisés et lâches. Le hondrocu, sorte de camisole doublée de flanelle, 
remplace pour elle le pieptar, de même que la jupe (rochia), prend 
la place de la iota. Le costume des deux sexes perd son caractère 
original, même à une certaine distance des grandes villes l . Le goût 
disparaît des riches broderies qui parent les costumes de fête des 
paysannes de la région montagneuse : tuniques aux larges manches 
fleuries, tabliers ornés d'incrustations dorées. Seuls les villages de 
mocani (immigrants transylvains), conservent les pittoresques cos- 
tumes d'outre-mont. 

II 

Essayons de pénétrer plus avant clans la vie du paysan roumain. 
Celui qui jugerait sa situation matérielle par Féclat, la gaieté, la 
richesse de ses habits de fête, oublierait le mot profond de Spencer, 
d'après lequel, chez les peuples primitifs, le luxe précède le néces- 
saire. Comme le Breton, le paysan de la Romagne, ou le Grec, le 
Yalaque, dont le costume vaut plusieurs centaines de francs, se 
contente d'une nourriture misérable, d'un logement malsain, de 
meubles grossiers, et montrera une endurance étonnante à la fatigue 
et aux privations. Des siècles d'oppression et de misère lui ont appris 
à se contenter de peu et à restreindre au strict nécessaire le mobilier 
domestique, qui peut brûler d'un moment à l'autre avec la maison. 

1. Rapports administratifs sur les départements de Jalomita et Ilfov, cités Crai- 
niceanu, pp. 148-149. 



— 262 — 

Pour comprendre les habitudes du paysan roumain, il ne faut 
pas oublier quelle est, et a été, sa condition sociale. Jusqu'au milieu 
du XVIII e siècle, c'était encore un serf. On a montré, d'ailleurs, ce 
que valait la pompeuse réforme du prince Mavrocordat, connue sous 
le nom d'émancipation du paysan (1746), dont le résultat fut de 
donner aux boyards et couvents un certain nombre de paysans cor- 
véables, en faisant peser sur les autres des impôts chaque jour plus 
lourds, payés à la fois à l'Etat et aux grands propriétaires l . La 
véritable émancipation du paysan roumain ne date pas de plus de 
40 ans, quand on a supprimé les privilèges des boyards exempts de 
tout impôt (1857), et quand la sécularisation des biens énormes des 
monastères a permis à l'Etat de distribuer des terres aux laboureurs, 
en les exemptant des corvées (1864) 2 . Encore a-t-on pu établir que 
cette réforme capitale avait été viciée par une évaluation très exa- 
gérée de la valeur des terres concédées, et par l'exigence d'une 
indemnité équivalente à plus de 30 % du revenu du sol 3 . 

Même, si la situation actuelle du paysan propriétaire n'était pas 
assez précaire, le souvenir des époques troublées, où la terreur pla- 
nait sur les campagnes, où l'on n'était jamais sûr de passer une 
année sans voir les récoltes ravagées ou la maison brûlée, pèserait 
encore sur les habitudes, qui se conservent longtemps chez les popu- 
lations rurales. Le paysan aisé, tel qu'on en voit quelques-uns dans 
certains districts montagneux, continue lui-même à se nourrir misé- 
rablement, et ne change guère son mobilier primitif. 

A la montagne, comme à la plaine, le lit est un simple banc, sur 
lequel on étend un tapis ou une natte, avec un ou deux coussins en 
guise d'oreillers. En hiver, quand toute la maisonnée se concentre 
dans la même chambre, le lit est réservé aux enfants et aux femmes, 
les hommes couchent sur la terre battue, auprès du poêle. 

Quelques escabeaux, une table de bois, des écuelles et plats de 
terre (linghean, cenac), plusieurs cruches et pots aux formes ven- 



1. M. Bâlcesco. Question économique des principautés danubiennes, Paris 1850. 
Cf. Despre Starea socialâ a muncitorilor in principatele romane in deosebilc tim- 
puiï, Magaz. istoric pentru Dada, II, 1846, p. 229. Question bien résumée par 
P. Eliade. De l'influence française, p. 57. 

2 Voir Kogalnicfano. Desrobirea tiganilor, stergerea privilegiilor boeresci. 
emanciparea târanilor, Acad. Rom., april 1891. 

3. J. Ghica. Convorbiri economice, t. II. Cf. Arion. La situation économique et 
sociale du paysan en Roumanie, Paris, 1895. 



— 263 — 

trues, servant à conserver ou à cuisiner les ragoûts (ghiveciuri) 1 , 
doux ou trois cuillères en bois, pendues au mur, constituent à peu 
près tout le mobilier. Dans la plaine, s'y ajoutent, des paniers en 
osier et en jonc tressé de formes variées, fabriqués par les riverains 
du Danube; dans la région montueuse de l'Olténie et de la haute 
Munténie, on retrouve quelques-uns des ustensiles en bois des Stîne. 
C'est là qu'on voit les femmes aller chercher de l'eau avec la cofa, 
sorte de broc de forme tronc-cônique, muni d'un couvercle ; là, qu'on 
se sert de Yalbia, et qu'on transporte la tuica dans la plosca, gourde 
peinte, qui ballotte sans danger, suspendue à l'arçon de la selle 
(v. fig. 16). Le paysan un peu aisé se glorifie de son hambaru, grande 
huche en bois de hêtre. Partout brille, au-dessus du foyer, l'indis- 
pensable caldare, qui sert à fabriquer la mamaliga. 

Cette bouillie grossière de maïs à l'eau, remuée avec un bâton 
jusqu'à ce qu'elle forme un gâteau analogue à la polenta italienne, 
est le fond de la nourriture du paysan. Deux ou trois poignées de 
mamaliga, accompagnées d'un piment rouge ou d'un oignon cru, font 
un bon repas pour le Valaque. Le paysan est, ici, comme presque par- 
tout, très petit mangeur de viande ; de même que le Bulgare et le 
Serbe, il se nourrit surtout de ragoûts maigres (ghiveciu), de légumes 
crus très épicés, de fromage, de poissons salés, et de viande boucanée 
(pastrama) . Les ragoûts de poulet, assaisonnés de lait caillé ou de 
diverses combinaisons de légumes, sont des plats de fête. Les jeûnes 
interminables et répétés de la religion orthodoxe, que le paysan 
observe avec un soin scrupuleux, interdisent, d'ailleurs, la viande 
pendant plus de la moitié de l'année (202 jours). 

Les hygiénistes, qui dénoncent cette nourriture insuffisante, 
s'étonnent de la vitalité qu'offre cependant le paysan roumain. Il 
est bien rare de trouver un jeune ménage, uni depuis 4 ou 5 ans, 
qui ne puisse montrer déjà 2 ou 3 enfants. Malgré l'énorme morta- 
lité infantile qui sévit dans les campagnes, on voit, depuis 20 ans, 
la population rurale, qui, depuis le commencement du siècle, sem- 
blait diminuer de jour en jour, augmenter d'une façon constante, 
avec des excédents de naissance qui varient de 20 à 80 pour 1,000 2 . 

1. Manolescu, op. cit.. p. 05, donne tous les types de poterie indigène. Voir aussi 
notre figure 16. 

2 . A défaut de chiffres spéciaux pour la Valachie, citons ceux donnés pour toute 
la Roumanie par Crupenski (Miscarea populatiunei României, Min. Agricult. Bal. 
Statistic, 1805). Excédent des naissances sur les décès pour 1,000 habitants (com- 
munes rurales), de 1870 à 1801 : 40, 34, 13, 9, 3, 38, 35, 25, 7, 35, 10, 63, 54, 75, 80, 
83, 72, 50, 56, 75, 48, 72. 



_ 264 — 

Il est vrai que les adultes sont loin d'avoir la vigueur qu'on pourrait 
attendre d'enfants élevés à la dure. La proportion des exemptions, 
pour défaut de taille ou infirmités, parmi les jeunes gens appelés 
au service militaire en est la preuve 1 . 

L'insuffisance de la nourriture et le surmenage physique chez les 
deux sexes sont considérés, à juste titre, comme la cause de cet état. 
On cite, à ce propos, l'observation caractéristique d'un grand pro- 
priétaire rural : le paysan roumain fait trois fois plus d'ouvrage, au 
début, que le bulgare ou le hongrois, mais, au bout de trois jours, 
il est ramolli pour le reste de la semaine -. C'est tout le tempé- 
rament du Roumain, travailleur plein d'entrain, ne comptant pas 
avec sa peine, mais vite fatigué, tant à cause c\e la nourriture insuf- 
sante, que du surmenage auquel il se laisse entraîner. 

III 

La vie matérielle du paysan, en Yalachie, est, en général, assez 
misérable. On aimerait à connaître un peu sa vie morale. Les sen- 
timents, les conceptions, le caractère du paysan ne sont nulle part 
chose négligeable pour qui veut se rendre un compte exact des con- 
ditions de la vie rurale. Les usages sociaux qui, dans les pays agri- 
coles arriérés, conservent encore les traces de tout un passé primitif, 
offrent au géographe, comme à l'ethnologue, un sujet d'observations 
intéressantes, et, si l'on a toujours peine à en démêler les origines, 
on y trouvera souvent des faits curieux dont la localisation pourrait 
conduire à des conclusions importantes. 

Le paysan roumain est difficile à connaître. Sa nature semble 
fermée plus encore que chez la moyenne des populations rurales. 
La méfiance et l'inquiétude sont un des traits apparents dp son 
caractère, qu'on a le plus souvent noté. Interrogez le Roman qui 
guide la charrue, ou la femme qui ramasse les épis de maïs, vous 
verrez se tourner vers vous un visage défiant et triste ; vous n'obtien- 
drez qu'une réponse vague, comme si on craignait de se compro- 
mettre. Parlez-lui, même des choses qui l'intéressent le plus, de la 
récolte, du temps, de sa vie, vous n'en tirerez rien qui puisse révéler 
une tendance quelconque. 

i . Istrati. Une p8.se de notre histoire contempoiviine. Bucarest, 1880. Les chiffres 
de la période postérieure, quoique meilleurs, sont encore peu satisfaisants (Feux. 
Geografia medicala României, loc. cit.). 

2. Crainiceanu, op. cit.. p. 270. 



*- - 265 — 

Ce n'est pointant là qu'une apparence. La nature du paysan rou- 
main est sensiblement plus gaie, plus insouciante, que celle du 
paysan bulgare. Le tout est de savoir choisir le moment où il se 
livre. Voyez-le le dimanche, chez lecarcmmnr.il restera des heures 
et des heures frappant des pieds, claquant des mains en cadence, et 
reprenant en chœur le refrain des chansons monotones que le violon 
infatigable du lâular répète du matin au soir, tandis que les bou- 
teilles de tuica, sans cesse renouvelées, circulent de main en main. 
Au Bâlciu, à la grande foire qui met en mouvement tout le pays, 
on le verra tirer sans compter les para de sa ceinture, pour acheter 
un mouchoir brodé, une cocarde, un bouquet de fleurs artificielles. 
L'économie n'est pas son fait, il ne sait pas songer au lendemain, 
et c'est ce qui explique en partie l'insuccès des tentatives faites 
pour améliorer sa condition matérielle. 

Pour se rendre compte de ce fond d'insouciance et de gaieté, qui 
caractérise la nature du paysan valaque, il faut le surprendre en 
dehors des jours de travail, au milieu de l'animation d'une fête. 
C'est alors seulement qu'on peut saisir un peu ce qu'il est, ce qu'il 
pense, ou, du moins, ce qu'il aime. Rien de tel qu'un tour de hora 
et un verre de fuica pour délier la langue, pour faire jaillir les 
plaisanteries (glume), les dictons satiriques. Dans les fêtes et les 
banquets qui accompagnent les grands actes de la vie : naissance, 
mariage, enterrement, le Roumain donne libre carrière à son ima- 
gination. C'est là surtout qu'il faut venir l'observer. Une foule 
d'usages singuliers y sont conservés avec un soin jaloux, reflétant 
les conceptions les plus anciennes sur le monde et sur la vie, révélant 
les tendances les plus intimes de l'âme du paysan. 

La richesse de la littérature orale et la fidélité aux coutumes les 
plus antiques, dans les pays roumains, ont depuis longtemps appelé 
l'attention des folkloristes,, et l'abondance des matériaux réunis est 
telle, qu'on attendrait des conclusions intéressantes de leur coordi- 
nation. Malheureusement, de toutes les provinces roumaines, la Va- 
lachie est celle qui a été le moins étudiée à ce point de vue. Les 
recherches du P. Marian ont porté surtout sur la Bukovine, le N. de 
la Moldavie et la Transylvanie *. C'est encore en Moldavie et en 



1. Marianu. Nascerea la Romani, in-8°, 440 p., Bucarest. 1892. — Nunta la 
Romani, id., 856 p., 1890. — Inmormintirea la Romani, id., 593 p., 1892. — Serbâ- 
torile la Romani, I, Cârnilegile, 290 p., 1898 ; II, Parasemile. 310 p., 1899. — Des- 
cântece populare. Suceava, 1886, etc., etc. 



— 266 — 

Bukovine que la revue folkloriste de Iasi « Seddtôrea, » recueille 
la plupart des matériaux qu'elle publie. Les chansons, hore, doine, 
dictons et formulettes, ont été réunies surtout en Transylvanie \ 
Il faut ajouter que ces informations ont été rassemblées, en gé- 
néral, par des collectionneurs, à qui était étrangère la préoccupation 
de localiser les coutumes et les types littéraires. Il en résulte une 
confusion qui rend bien difficile l'interprétation des faits. 

IY 

Il y a intérêt à s'attacher surtout aux usages relatifs aux grands 
événements de la vie. Prenons comme exemple la noce. C'est de 
beaucoup la cérémonie la plus intéressante, celle où la nature gaie 
du paysan roumain se manifeste le plus. C'est d'ailleurs celle que 
nous connaissons le mieux, tant par des observations personnelles, 
que par une enquête faite dans différentes parties <de la Yalachie 2 . 

Dans tous les pays roumains, la noce est célébrée après une série 
de préliminaires, dont les plus remarquables sont la demande en 
mariage (impefirea), et la convocation (chiemarea). La demande 
en mariage est, généralement, faite en Yalachie, non par le jeune 
homme lui-même et ses parents (Caracal), mais par des amis choisis 
parmi les plus riches du village (fruntasi), et qu'on appelle petitori 
ou cautatori de casa. Les petitori se rendent à la maison de la jeune 
fille, portant la plosea pleine de vin ou de tuica, sans laquelle ne 
s'accomplit aucun acte important, et, après toute une série de salu- 
tations, dont les formules sont fixées, font leur demande, en offrant 
à boire aux parents, qui, s'ils refusent, doivent remplir la plosea. 
La convocation à la noce est faite aussi partout par deux ou trois 
jeunes gens, tantôt seuls, tantôt accompagnés du mari (Muscel), 
et, parfois, d'un lâutar (Caracal), qui parcourent le village, por- 

1. Ar. Marinescu. Poesia poporalâ Colinde Pesta, 1859, Bucarest, 1861. — Ban- 
cila. Colindele Crâciunului, Sibii, 1875. — Pompiliu. Balade populari, Iasi, 1870. 
— Jarnik et Barsanc. Doine si strigaturi din Ardeal, Bucarest, 1885.— Barsescu. 
O mie doine strigaturi si chiuturi, Brasov, 1892, etc. 

2. J'ai reçu des notices sur les usages nuptiaux de M. Popuscu-Voetesci, pour 
Voelesci el Petrimanu, de M. Brezulescu pour Novaci, de M. A. Eliade pour les 
environs de Calafai (publié in Revista Roniàna, 1901, n 0B 38-39). Je leur adresse mes 
plus vifs remerciements. En outre, j'ai recueilli des renseignements utiles dans 
les dictionnaires géographiques départementaux de Bràila, Muscel, Teleorman, 
Mehedin|i, Dolj, et j'ai utilisé les monographies de Marianu (op. cit.) et Elexa 
Sevastos. Nunta la Bomâni, Studiu etnograficu comparativ, Bucarest, 1889. 



— 267 — 

teurs d'une plosea ; quiconque accepte d'en boire est considéré 
comme invité. Les fiançailles (logodna), donnent lieu à des cérémo- 
nies assez variables, mais sont toujours accompagnées de l'échange 
de présents et d'une feuille de dot (foia de zestre). 

La noce se fait généralement un dimanche, en dehors des grandes 
périodes de jeûne. Le vendredi et le mercredi sont de mauvais jours. 
La veille, on se réunit pour préparer le brad, le sapin orné de bande- 
roles de papier, couronné d'une croix attachée avec un brin de soie 
rouge et d'une fleur de busuioc, qui doit jouer un rôle important dans 
la noce. Le brad est confectionné tantôt chez la fiancée (Muscel), 
tantôt chez le nasul, ou témoin du marié (Novaci). Mais on le voit 
partout, aussi bien en Olténie qu'en Munténie. Ici, on le plante 
devant la maison de la fiancée ou le fixe au faîte du toit (Mehe- 
dint/i) ; là, on le confie à un jeune homme ayant encore ses père et 
mère, qui doit le porter tout le temps de la noce, et ne s'en séparera 
pas même pour danser (Novaci, Voetesci, Muscel, etc.) ; mais, tou- 
jours nous le retrouvons comme un symbole obligé, dont la signifi- 
cation échappe à ceux qui y attachent le plus d'importance. 

C'est encore la veille du mariage que les jeunes filles, réunies chez 
la fiancée, préparent, en Olténie (Novaci), le bouquet de la mariée 
[rnâtàusul), et la cocarde fleurie du marié (peana ginerului). La 
soirée se termine par une fête qu'on appelle fcdelesul, et où la 
mariée entend retentir à son oreille des chants d'adieux, tantôt iro- 
niques, tantôt attendris, comme celui-ci : 

Allons, fiancée, dis adieu — au père, à la mère, — aux frères, aux sœurs — 
au jardin avec ses fleurs! — Allons, fiancée, dis adieu — au bouquet de busuioc 

— aux jeunes gens, à la danse! ■ — ... Feuille verte d'églantier — Mère, prends 
bien soin de moi — de ce soir jusqu'à demain matin — car ensuite je vais m'en 
aller. — ...Adieu, mère chérie — tu ne boiras plus de l'eau fraîche — apportée 
par ma main 1. 

Le dimanche matin, le cortège de la noce se réunit chez le marié. 
Tout le village est là, les uns à cheval, les autres en voiture. A un 
signal, la cavalcade s'ébranle au milieu des cris, des coups de fusil 
et de pistolet tirés en l'air, et se précipite au galop vers la maison 

I. latf, zoghio, ziua bunâ — de la tatà, de la marna — de la fra^i, de la surori, 

— de la gràdina eu flori — I-ati, zoghio, diua bunâ, — de la fir de busuioc, — 
de la fecion,de la joc — ...Foie verde mâràcine, — Grijestemë, maicâ, bine — din 
ia sarâ, pânâ mâne, — C'apoi më duc de la tine. — ...l)iua bunâ maica mea; — 
Apa rece n'ai mai bea — adusâ de màna mea. — Oiî a cité bien des chants 
analogues. Nous avons préféré donner celui-ci particulièrement naïf et inédit 
(communiqué par M. Brezulescu de Novaci). 



— 268 — 

de la mariée. Alors commencent à se dérouler une série d'épisodes 
traditionnels qui varient notablement, suivant la région, mais dont 
le thème est toujours le simulacre d'une attaque pour enlever la 
mariée. Le plus souvent, le cortège s'arrête à quelques mètres de la 
maison et envoie trois ambassadeurs (vomicei), qui, portant la 
ploçca parée d'un mouchoir brodé, pénètrent dans la cour. Là s'en- 
gage un dialogue traditionnel en vers assonances, pleins d'emphase 
puérile et de naïvetés curieuses. C'est une des nombreuses oratiune 
qui accompagnent tous les actes de la vie sociale chez le paysan 
roumain. Les variantes en sont nombreuses, mais le thème est tou- 
joués le même : c'est le jeune empereur « tînerul nostru împârat » 
(le marié), qui part pour la chasse avec son armée « ostea » (la 
noce), et rencontre une fleur, ou bien une biche, qu'il blesse et 
poursuit en vain. Souvent, après ce discours, qu'on appelle colâ- 
caria, la noce entre sans autre délai. Parfois, elle simule encore une 
véritable attaque, pénétrant dans la cour en grand tumulte, avec 
force cris et coups de pistolets (Toetesci). 

L'entrée dans la maison ne se fait cependant jamais sans une puri- 
fication préalable, soit que la mariée, accompagnée de sa nasa, 
apporte une donita pleine d'eau et en verse le contenu aux pieds des 
chevaux, soit qu'elle asperge le marié et son nasul l avec une fleur 
de busuioc trempée dans l'eau. Avant le départ pour l'église, nou- 
veau rite de purification ou de sacrifice. Sur la tête de la mariée, la 
nasa rompt un pain azime, lui en donne à manger un morceau et 
jette les autres morceaux aux quatre coins de l'horizon, avec le 
contenu d'un verre de vin (usage à peu près général). 

Au retour à la maison se place Yiertaciune. C'est encore une orâ- 
fiune, sorte de demande de pardon et de bénédiction, que la mariée, 
agenouillée sur un coussin, est censée adresser à ses parents, mais 
qui, en réalité, est récitée par un colacariu ou par un tzigane (No- 
vaci), debout derrière elle. 

Pendant le repas, c'est le nasu qui est le chef; assis an milieu, 
c'est lui qui commande aux lâutars les différents airs de circons- 
tance, c'est lui qui donne le signal de l'enlèvement, encore usité 
à peu près partout, quand deux jeunes gens vigoureux viennent 
arracher la mariée des mains de ses compagnes, avec qui elle dansait, 

1. Le Nasu joue auprès du marié le rôle d'une sorte de père spirituel, c'est d'ail- 
leurs généralement le parrain du baptême. La nasa a les mêmes fonctions auprès 
de la mariée. 



__ 269 — 

et ramènent de force à la table ; c'est lui qui, à la fin du festin, met 
le premier la main à la ceinture pour le présent de la mariée. 

La noce est prolongée souvent encore un jour ou deux par diverses 
cérémonies, comme le Rachiu miresei, usité aux environs de Buca- 
rest, oii la mariée change sa coiffure de jeune fille, la tête nue, contre 
celle de la femme (conclu, Jiobotu), tandis que ses compagnes 
chantent des chansons ironiques... 

Que penser de tout cet ensemble curieux de coutumes, conservées 
avec un soin jaloux ? Il y a là des usages antiques dont l'origine se 
perd dans les premiers âges de l'humanité, et qu'on retrouve chez 
les peuples les plus différents. Tel, le simulacre d'enlèvement. On 
remarque aussi des rites très anciens, en rapport avec des formes de 
société et des idées religieuses disparues depuis longtemps. Le sapin, 
remplaçant, en Yalachie, l'étendard (steagul) des Transylvains, est 
un symbole qui témoigne des rapports des rites du mariage avec les 
rites agraires l . L'imposition du pain et du vin sur la tête de la 
mariée, telle que nous l'avons décrite, est un rite sacrificiel; à la 
fois communiel, signifiant l'entrée de la jeune femme dans la com- 
munauté, et expiatoire, comme le prouvent les paroles de la nasa : 
« Je ne jette pas le pain et le vin, mais la misère 2 ! » 

D'autre part, il n'est pas besoin d'une grande érudition folkloris- 
tique, pour trouver, en foule, des rapprochements dont on ne doit 
pas s'exagérer la valeur. On a souvent insisté sur la conservation 
des coutumes latines chez le peuple roumain. En réalité, les usages 
matrimoniaux sont aussi riches en rites agraires à affinités slaves, 
qu'en rites juridiques à affinités gréco-latines. 

On retrouve des coutumes slaves dans les usages relatifs à la nais- 
sance (Ursitoare, fées qui viennent visiter l'enfant) 3 , aussi bien que 
dans ceux relatifs à la sépulture 4 . Mais, il ne faut pas non plus trop 
appuyer dans ce sens. Les 24 paras qu'on met dans le sein du mort 
pour paj r er les 24 douanes de l'autre monde, la pièce d'argent qu'on 

1. Cf. Mannhardt. Antike Wald und Feldkûlte, Berlin, 1877. 

2. Cf. pour des exemples analogues. H. Hubert et Mauss. Essai sur la nature et 
les fonctions du sacrifice, Année Soc, II, 1899. 

3. Mariaxu. Nascerea la Romani, p. 142. L'origine balkanique de la croyance 
aux Ursitoare Ursile paraît résulter des rapprochements établis par Saineanu avec 
des contes albanais, sudslaviques, grecs, etc. (Basmele. pp. 145-147).' Cf. Strauss. 
Die Bulgaren, p. 170. 

4. Mariaxu. Inmorminterea la Romani. — Burada. Datine poporuiui roman la 
înmorminterea, Iasi, 1882. 



- 270 - 

attache à son petit doigt, les monnaies qu'on jette dans chaque 
ruisseau rencontré pendant le transport du corps, le pomu, symbole 
de l'arbre qu'il trouvera sur son chemin dans l'autre vie, sont des 
faits qui se rattachent à un cycle d'idées aussi bien latin que slave, 
turc, ou même égyptien. 

Ce qui mérite d'être noté, c'est la ressemblance frappante de cer- 
tains usages matrimoniaux avec ceux des slaves de Bosnie l , et les 
affinités balkaniques de toutes les croyances relatives aux démons 
des maladies 2 et aux vampires. L'origine balkanique du vampi- 
risme ne fait plus de doute depuis le travail de Hock 3 . Toutes les 
précautions prises en Valachie pour que le mort ne devienne pas 
vampire se retrouvent chez les Bulgares 4 . 

Pour tirer des conclusions fermes de tous ces faits, il serait néces- 
saire de les classer, de les rattacher à plusieurs types, et de les loca- 
liser géographiquement. Malheureusement, un pareil travail serait 
rendu très difficile par la multiplicité des usages locaux, dus à la 
fidélité du Roumain aux coutumes de son village, qu'il transporte 
partout où il s'établit. C'est ainsi qu'au cœur des steppes de Mun- 
ténie, on retrouve, dans les villages de Mocani, l'étendard de la noce 
transylvaine. D'ailleurs, peut-être est-il déjà un peu tard pour que 
les faits les plus intéressants n'échappent pas à une pareille enquête. 
Aux environs des villes, bien des coutumes se perdent. Les orâtiune, 
récitées jadis de mémoire avec toutes leurs variantes, sont mainte- 
nant imprimées à Bucarest et distribuées par les colporteurs 5 ! 

De ce rapide exposé se dégage cependant quelque chose. C'est une 
idée déjà plus nette du caractère ou, du moins, des tendances d'esprit 
du paysan valaque. Il est impossible de ne pas être frappé du goût 
de la représentation, d'un certain instinct de grandeur, qui se fait 
jour dans tous les détails des cérémonies de la noce et, notamment, 
dans ces interminables orâtiune où le marié est toujours qualifié de 

1. Mitteilungen a. Bosnien u. à. Hercegovina, 1899. 

2. Voir Lûbeck. Die Krankheitsdâmonen der Balkanvôlker, Zeitschr. d. Ver. /. 
Vôlkerkunde, 1898 et 1899. — Voir notamment 1899, p. 295, où l'on trouvera la 
preuve que la fameuse danse des Calusari, souvent invoquée comme héritage latin 
chez les Roumains et représentant l'enlèvement des Sabines, est un exorcisme lié 
aux croyances relatives aux Russalka. 

3. Stefan Hock. Die Vampyrsagen uncl ihre Verwertung in der deutschen Litte- 
ratur, Forsch. zut neueren Litteraturgeschichte, Berlin, 1900, 133 p. 

4. Strauss. Die Bulgaren, pp. 188 et sqq. 

5. Un exemplaire nous en a été communiqué par M. Popescu de Voetesci. 



— 271 — 

« notre jeune empereur. » Cet instinct porte aussi à tout drama- 
tiser ; le symbole abstrait n'est pas en faveur chez le Roumain ; tout 
prend une forme concrète, s'orne et s'enjolive d'épisodes variés. Le 
simulacre d'enlèvement devient tout un drame en plusieurs actes. 
La parole y a autant de place que l'action. La prolixité des oratiune, 
les (liants, dictons, formules de salutation, qui accompagnent tous 
les actes, témoignent du goût pour la parole. Et, de fait, lorsqu'il 
veut bien sortir de son silence habituel, rien de plus loquace, je 
dirai presque de plus éloquent, qu'un paysan valaque intelligent. 

Plus d'une tendance fondamentale de l'âme roumaine, voilée en 
quelque sorte sous le masque de méfiance et d'impassibilité que des 
siècles de misère ont mis sur la face du paysan, se révèle aux jours 
de fête et de gaîté, et se laisse saisir dans les coutumes antiques si 
fidèlement conservées. 



L'étude de la littérature populaire peut être considérée comme 
capable de préciser davantage ces tendances et ces idées. C'est en 
ce sens qu'elle mérite l'attention de l'ethnologue et du géographe, 
autant que du folkloriste. Malheureusement, elle a été rarement 
envisagée au point de vue qui nous intéresse. 

Laissant de côté les collections de formulettes médicinales, des- 
cântece, oratiune l , etc., dont la valeur littéraire est nulle et l'intérêt 
psychologique très faible, on peut espérer trouver, dans les contes, 
étudiés d'une façon scientifique par Saineanu 2 , quelques indices inté- 
ressants. On est souvent frappé du peu d'ampleur de la narration ; 
les versions tziganes sont, en général, plus riches en invention ; les 
légendes cosmogoniques sont pauvres ; la plupart se retrouvent chez 
les Bulgares, les Maghiars et les Eusses, beaucoup plus développées 
et plus logiques 3 . On a remarqué aussi, avec raison, le caractère pro- 
saïque des contes roumains; l'élément fantastique et miraculeux 

1. Mariam'. Vràji, farmece, si desfàceri, Ann. Ac. Rom. (2), XV, 1893. — P. Lu- 
pascu. Mcdicina baneloru, Ann. Ac. Rom. (2), XII, 1892, etc. Voir la bibliographie 
in Saineanu. Isloria iilologiei romane. 

2. Saineanu. Basmele Bomâne, Bue., 1895 (voir pp. 190-94, la Bibliographie des 
contes publiés). Les recueils de contes les plus importants sont encore : Schott. 
Walachische Marchen, Stuttgart, 1848. — Alexandri, trad. fr. par Voinesco, Paris, 
1852. — Ispirescu. Légende sau Basmele aie Româniloru, Bue, 1872-74-76 (3 parties). 

3. Voir Strauss. Die Bulgaren. 



— 272 — 

y est réduit à sa plus simple expression l . En fait, si superstitieux 
qu'il soit, le paysan roumain est peu porté à personnifier les forces 
physiques et à s'entourer d'êtres mystérieux. La nature lui paraît 
relativement simple. La maladie seule l'effraye, et c'est pour l'expli- 
quer que sont imaginés presque tous les personnages fantastiques 
des contes et des croyances populaires. Encore, peut-on juger par 
leurs noms, le plus souvent slaves, et par des analogies faciles à 
établir, que l'origine de ces croyances est le plus souvent étrangère : 
tels, le Sburâtoriu, qui tourmente les femmes enceintes 2 , le Strigoiu 
(vampire), qui vient sucer le sang des hommes et des animaux ; tels, 
les Ver cola ci, âmes des enfants morts sans baptême 3 , les Ursife, 
femmes envoûteuses 4 ; tel encore, cet Avestitu, aile de Satan, qu'on 
retrouve chez les Serbes et en Moravie, et contre lequel on récite 
une sorte de prière racontant son combat avec saint Michel 5 . 

Le merveilleux joue, dans les contes, un rôle aussi restreint que 
dans la vie du paysan. Mais ils empruntent à la personnalité du 
narrateur un caractère dramatique que l'on ne peut soupçonner 
à la lecture. Tel vieux conteur s'anime, esquisse des gestes, roule les 
yeux, change l'expression du visage, comme un véritable acteur. 

Un fait curieux à signaler encore, est la richesse des historiettes 
satiriques, où le pope, le tzigane, le neamtu (l'étranger) et le cio- 
coiu (parvenu), sont tournés en ridicule. La même tendance se 
retrouve dans un grand nombre de formulettes et couplets asso- 
nances. Elle inspire souvent les chants de danse (hore), où fleurit 
le coq-à-l'âne et l'ironie. 

La poésie populaire 6 est surtout remarquable par l'absence d'un 
cycle épique et religieux, et par la richesse et la beauté des mani- 
festations des passions. Les grands personnages des chants popu- 
laires roumains, où se reflète la tendance naturelle à l'homme à 
célébrer des actions d'éclat, sont les haiduci, les brigands, aussi 
nombreux, jadis, en Valachie, aussi respectés du petit peuple, et 
aussi redoutés des grands, que clans les parties les plus sauvages de 
la péninsule balkanique. C'étaient, d'ailleurs, presque toujours des 

1. Saineanu. Basmele, pp. 22-23. 

2. Marianu. Nascerea la Rornâni, pp. 23 et sqq. 

3. Marianu. Nascerea la Romani, 

4. Martaxu. Vraji, farmece, p. 145. 

5. Mariant. Nascerea, pp. 26 et sqq. Cf. Hasdeu. Etymologicum Magnum, p. 2105. 

6. Voir pour la Bibliographie Saineanu. Istoria Qiologiei romane. 



— 273 - 

paysans révoltés, las de payer l'impôt et d'être battus et pillés à 
chaque saison nouvelle l . 

Les chants de fête, de nature plus ou moins religieuse (colinde), 
étudiés surtout en Transylvanie, ne prêtent à aucune remarque inté- 
ressante. Leur pauvreté est cependant un indice du manque complet 
de sentiment religieux, signalé plus d'une fois chez le paysan rou- 
main. La religion ne représente pour lui qu'un ensemble d'habi- 
tudes et de pratiques : jeûnes, présence à l'église le dimanche, 
génuflexions devant les icônes, qu'il respecte avec le même soin 
superstitieux que les anciennes coutumes et les fêtes païennes, con- 
servées encore surtout dans les régions montagneuses : fête des 
brebis, fête des loups, fête de Baba Dochia, etc. 2 . 

Ce qui a, dès longtemps, attiré l'attention des curieux de poésie 
populaire, ce sont les doine, chants passionnés et tristes, que le 
lâutar accompagne sur le violon. La haine et l'amour y trouvent 
des expressions dont la vivacité et la beauté contrastent avec l'insi- 
gnifiance des formulettes et récits soi-disant religieux. Telle doina, 
célébrant la colère concentrée du Roumain contre les envahisseurs 
étrangers, et contre le ciocoï, a, dans sa sauvagerie, une réelle 
grandeur : 

Corbeau, corbeau petit frère, pourquoi croasses-tu au soleil? As-tu faim? 
As-tu soif? ou veux-tu t'en aller dans la verte forêt? — J'ai faim, j'ai soif et 
je voudrais être dans la forêt verte. Je mangerais des cœurs, je boirais du 
sang de païen ; je mangerais des feuilles de chêne et je boirais du sang de 
Tartare ; je mangerais des ruches de miel et je boirais du sang de ciocoï 3. 

Mais c'est l'amour que la doina se plaît surtout à exprimer; 
encore sa note est-elle le plus souvent triste. La musique qui l'accom- 
pagne, avec ses fioritures donnant un cachet particulier aux mélo- 
dies, conçues en des modes anciens, est, d'habitude, langoureuse et 
plaintive. Les chants du lâutar roumain, qui traîne la voix et vibre 
d'une façon parfois énervante, n'ont rien de la nerveuse sauvagerie 
qui fait l'originalité de la musique hongroise. 



1. \ oirCRÂ.ciuNESco. Le peuple roumain d'après ses chants nationaux, chap. VII, 
et F. Eliade, op. cit., p. 25. 

2. Voir Marianu. Serbâlorite la Romani, I. Cârnilegile, spéc. pp. 112 et sqq. 

'■>. ALexandri, Poésies pop., p. 246. 

18 



274 



VI 



Sans vouloir pousser plus loin cette rapide analyse, qui nous en- 
traînerait hors du cadre d'une étude géographique, qu'il nous suffise 
d'avoir dégagé quelques-unes des tendances reflétées, aussi bien par 
la littérature, que par les usages ruraux. Si ces coutumes sont l'héri- 
tage d'un passé lointain, que la civilisation tend à effacer, si cette 
littérature paraît actuellement quelque chose de mort, les idées qu'on 
en peut dégager subsisteront encore longtemps chez une population 
qui a pris l'habitude d'une vie végétative, où l'initiative est quelque 
chose d'inconnu, et où l'instruction ne pénètre que très lentement. 
Malgré les efforts faits depuis 20 ans pour l'éducation du peuple, la 
proportion des illettrés, en Yalachie, est de 83,2 % 1 . Le paysan va- 
laque restera longtemps encore un être assez primitif, ni religieux, 
ni mystique, superstitieux devant la maladie, qui l'effraye plus que 
la nature, méfiant, dissimulé, humble, apathique en apparence, 
mais, en réalité, insouciant et prodigue, vaniteux et grand parleur, 
observateur ironique, sensible au ridicule, aussi passionné dans ses 
haines que dans son amour, et, toujours, quoiqu'on dise et qu'on 
fasse, invinciblement attaché à tout ce qui vient des ancêtres, qu'il 
s'agisse de costumes pittoresques et d'usages curieux, ou d'habi- 
tudes de vie et de procédés de culture arriérés. 

C'est ce qu'il faut bien avoir compris si l'on veut entrer en rapport 
avec lui, même et peut-être surtout, si l'on veut lui faire du bien, 
quitte à se tromper complètement de route. Quelle conception le 
paysan roumain a-t-il de la famille, de la société, de la propriété ? 
C'est ce que pourrait dire seule une étude impartiale et approfondie 
de ses mœurs et de la littérature populaire 2 . 

Il n'est pas sans intérêt de constater que l'organisation slave de 
la famille ne se retrouve que très imparfaitement chez le Yalaque. 
Dans tout le matériel folkloristique que nous avons pu consulter, 
nous n'avons à peu près rien trouvé qui rappelle la Zadrouga, telle 

1. Voici les proportions par départements. Région montagneuse, Oiténie : Mehe- 
din^i, 86 ; Gorj, 86 ; Vâlcea, 88,5. — Munténie, Arge.s, 85,(5 ; Muscel, 78 ; Dâmbovita, 
86 ; Prahova, 82,4 ; Buzeu, 85,6. — Région des plaines et collines, Oiténie : Dolj, 
84 ; Romanaji, 89,1 ; — Munténie, Oit, 90,4 ; Teleorman, 90 ; Vlasca, 92,3 ; Ilfov, 
67,5 ; lalomita, 81,5 ; Brâila, 71,4. 

2. Les chapitres de Craciunesco : Le peuple roumain d'après ses chants na- 
tionaux, sur la famille, la patrie, etc., se tiennent dans une note superficielle et 
trop visiblement apologétique. 



— 275 — 

qu'on l'observe encore en Bulgarie 1 , Qu'il en ait toujours été ainsi, 
c'est ce dont certains détails pourraient faire douter. La parenté, 
telle que l'entend le paysan roumain ((rudenia), est encore quelque 
chose de très large. On est souvent étonné d'entendre un paysan 
citer, comme ses parents (rude), presque tous les habitants de son 
village, ou même des gens du village voisin. Le sentiment de la 
communauté d'origine est encore très vif chez les immigrants tran- 
sylvains, qui viennent par bandes s'établir en Valachie, sous la con- 
duite d'un chef, et gardent longtemps un nom commun. Les tradi- 
tions populaires représentent très souvent un village comme fondé 
par un chef de famille, dont les habitants actuels sont tous plus ou 
moins les descendants 2 . 

Actuellement, il arrive que le fils récemment marié habite la 
même maison que son père, ou, du moins, la même cour fermée, sur- 
tout dans la région montagneuse ; mais, quand les enfants viennent 
en nombre, il songe à se bâtir une maison à part. La famille, au 
sens strict du mot, paraît fortement constituée. Le mariage est 
considéré, généralement, comme indissoluble; le mari seul peut le 
rompre, mais à la condition de restituer la dot de sa femme à sa 
famille 3 . Il semble que la tendance ait toujours été vers ce que 
les sociologues appellent l'exogamie. C'est souvent dans un village 
voisin qu'on va chercher femme ; les foires, les balci, sont pour 
cela d'excellentes occasions. N'existe-t-il pas encore, en Transyl- 
vanie, un Targui de fête (marché de filles) 4 . Une foule d'interdic- 
tions, considérées comme absolues, empêchent les mariages entre 
parents, rude, et l'on peut devenir rude par le seul fait d'avoir été 
ensemble parrains à un baptême, à un mariage, et même d'avoir 
été baptisés le même jour 5 . Il y a sans doute, quelque rapport entre 
ces idées et la coutume très générale de l'enlèvement réel, pratiqué 
encore une fois sur trois dans certaines régions, soit avec le consen- 
tement de la jeune fille, soit même avec l'assentiment tacite des 
parents, qui veulent éviter les frais d'une noce 6 . 

1. Jirecek. Bulgarien. Cf. J. Peisker. Die Serbische Zadruga, Zeitschr. /. Social, 
mul Wirllischaitgescltichte, VII, pp. 211-326. 

2. Voir les Dict. Géogr. clép. de la Soc. Géogr. Rom., passim, donnant les tradi- 
tions sur la fondation d'un grand nombre de villages. 

3. Marianu. Nunta la Romani, p. 782. 

4. Voir Marianu. Nunta la Romani, pp. 70-80, d'après Slavici et Reissenberger. 

5. Marianu. Nunta la Romani, p. 208. Nascerea la Romani, p. 182. 
<;. \. Elude. Nunta lâraneasca, Revista Rom., 1901, n° 38. 



— 276 — 

La condition de la femme dans la famille est encore assez humble. 
C'est à quoi font allusion les doine tristes, dont on connaît d'innom- 
brables variantes l 9 qui accompagnent le départ de la jeune mariée. 
Elle a, dans le ménage, sa large part des travaux pénibles, surtout 
dans la région des plaines de Munténie, où la population est encore 
très faible, par rapport à la production agricole. Une chanson popu- 
laire, plus d'une fois citée, la représente active et travaillant du 
matin au soir : 

« Elle balaye la maison, allume le feu, prépare à manger, apporte l'eau de 
la fontaine, toujours la quenouille en main... Elle court à grands pas, moissonne 
l'orge et le fait griller dans le chaudron... 2 » 

Vieillie de bonne heure par la maternité et le labeur, ce sera 
bientôt la baba aux traits fanés et ridés, qui tourne son fuseau d'un 
geste machinal, assise sur le seuil de la porte. Les enfants sont direc- 
tement sous sa coupe jusqu'à huit ou dix ans; mais, dès qu'ils peuvent 
travailler, ils sont beaucoup plus entre les mains du père. Lorsqu'il 
y a séparation, c'est au père qu'ils reviennent 3 . 

En somme, il reste peu de chose de l'ancienne organisation de la 
famille, comme de la propriété collective. L'esprit individualiste 
est, malgré tout, assez marqué chez le paysan, et ce trait de carac- 
tère, qui paraît vraiment fondamental, a dû contribuer à la dispa- 
rition d'usages et d'idées dus à des influences slaves. Dans l'ancien 
droit roumain, on trouve des dispositions d'après lesquelles les pa- 
rents (rude) avaient le droit de faire opposition à la vente de biens 
par la veuve ou les enfants du chef de famille, et même de les 
reprendre en désintéressant l'acheteur 4 . On a constaté qu'on ne pos- 
sède aucun testament antérieur au XV e siècle, ce qui donne à peu 
près la date à partir de laquelle les anciennes propriétés collectives, 
régies par l'ancêtre ou le frère aîné, ont commencé à s'émietter 5 . 

Le paysan valaque actuel a un vif sentiment de la propriété indi- 
viduelle et des distinctions sociales. Il reconnaît, dans le village, 
des frunta§i et des caudasi, riches et pauvres (mot à mot : premiers 
et derniers), qui ont leur place assignée dans toute cérémonie. D'un 

1. Voir Marianu. Nunta la Romani, pp. 586-599. 

2. Cité et traduit par Craciunesco. Le peuple roumain d'après ses chants na- 
tionaux. 

3. Marianu. Nunta la Romani, p. 782. 

4. Nadejde. Din dreptul roman vecin, Bue, 1898, pp. 140-141. 

5. Nadejde, op. cit., p. 144. 



— 277 — 

long passé de misères et d'oppression, il a gardé une sorte de respect 
mêlé de méfiance pour tout ce qui est administration ou paraît 
toucher au pouvoir central. C'est ce qui rend si difficile la tâche 
des juges de paix et médecins de canton, chargés de veiller à l'exé- 
cution des ordonnances sur l'hygiène de l'habitation, qui se sentent 
écoutés, mais non obéis. C'est ce qui rend presque impossible à 
l'étranger ou au citadin la pénétration du caractère de l'homme des 
champs. 

Ce tableau de l'état d'esprit du paysan valaque n'est qu'une esquisse 
qui demanderait plus d'une retouche. Avec les progrès de la circu- 
lation, l'éveil de l'industrie, dans certaines régions privilégiées, le 
développement de la vie urbaine, qui déteint sur les alentours des 
grandes villes, les anciennes différences locales s'efïacent. Les con- 
trastes s'accentuent, entre les pays où se conservent encore les usages 
et les idées naturelles, et ceux où l'on voit se modifier le caractère 
du campagnard, de plus en plus pénétré de civilisation. Le paysan 
dp la région des collines de Prahova, ne ressemble plus guère à 
rOltéan des collines de Gorj. Il est d'autant plus curieux et néces- 
saire d'étudier actuellement les mœurs originales du paysan valaque. 
D'ailleurs, la connaissance n'en saurait être étrangère à qui veut 
bien comprendre les conditions 'passées et présentes de l'activité 
économique. 



— 278 



CHAPITRE XIX 

La Vie économique de la Valachie. 
L'Agriculture. 



I. L'élevage. — II. La culture des céréales, blé, maïs, orge. — III. Autres 
cultures, cultures industrielles, vigne, prunes. — IV. Les forêts. 



Si la Yalacliie est, de tous les pays roumains, celui où la vie éco- 
nomique semble être le plus intense, c'est encore vers l'exploitation 
de la terre que cette activité est presque exclusivement tournée. Les 
destinées troublées de ce pays ne sont pas seules responsables de cet 
état de choses, conséquence forcée de la position géographique de 
la Yalachie, de la nature de son sol et de son climat, autant que des 
habitudes invétérées de la race qui la peuple. 

Par son climat continental, qui n'est pas cependant exempt d'in- 
fluences méditerranéennes, par ses riches forêts, qui, après des siècles 
de dévastation, couvrent encore 23 % de la surface totale 1 , par son 
sol, formé, dans toute la région des plaines de Munténie, d'un man- 
teau épais de loess, et de limons loessoïdes dans toutes les grandes 
vallées, la Valachie est un de ces pays qui marquent la transition 
du domaine forestier de l'Europe centrale et septentrionale au 
monde des steppes et de la végétation méditerranéenne. De l'Ukraine 
à la Bulgarie, de la Gralicie à la, Flandre, le loess ou des limons argilo- 
sableux d'aspect analogue, y couvrent de grandes étendues, offrant 
un sol fertile, chaud et sec, naturellement peuplé de graminées, et 
prêt à accueillir les céréales. Ces pays découverts, d'accès facile, 

I. Notice sur les forêts du royaume de Roumanie. Total des départements 
valaques : 15,772 h. 



— 279 — 

sans être complètement dépourvus de bois, paraissent avoir été des 
premiers occupés en Europe x ; l'activité humaine s'y est d'abord 
manifestée et s'y manifeste encore surtout comme une activité 
rurale. 

Les trouvailles préhistoriques faites en Valachie ne laissent aucun 
doute sur l'ancienneté des établissements humains 2 , et témoignent 
de relations avec des pays agricoles 3 . Par ses montagnes aux pâtu- 
rages d'accès relativement facile, ses plaines steppiques desséchées 
en été, la Valachie se rattache, d'autre part, au cercle des contrées 
méditerranéennes, où l'élevage et la transhumance sont des habi- 
tudes invétérées. Les plus anciens documents que nous possédions 
sur les habitants de ce pays nous les montrent comme des pasteurs 
semi-nomades 4 . L'élevage et la culture du sol, pratiquée à peu près 
comme l'entend encore maintenant l'Arabe, telles furent, sans doute, 
les premières formes de l'activité humaine en Valachie. Il est pro- 
bable que l'agriculture proprement dite s'est développée sous l'in- 
fluence des colons gréco-romains, venus d'Asie-Mineure, de Grèce, 
d'Illyrie, de Pannonie, et est devenue en faveur pendant les quelques 
siècles de tranquillité assurés par l'empire bulgaro-roumain des 
Assans. On a remarqué que bon nombre des mots du vocabulaire du 
laboureur sont slaves. 

Le lent peuplement des plaines de loess a, de plus en plus, fait de 
la culture du sol une nécessité et un usage général. On assiste encore 
actuellement à la transformation de Yungurean, berger transhu- 
mant, en un laboureur modèle, lorsqu'il s'établit dans un village 
neuf du Bârâgan ou du Buzeu. 



L'élevage est cependant resté, même actuellement, une forme 
très importante de l'activité rurale. Le nombre des propriétaires 
de bétail en Valachie représente les deux tiers du chiffre des chefs 

1. Voir Gradman. Das mitteleuropâische Landschaftbild nach seiner geschicht- 
liohen Entwickelung, Geogr. Zeitschr., 1901, pp. 361 et sqq.; cf. Penck. Deutschland, 
p. 441, 

2. Trouvailles de l'âge de pierre à Scverin, Vodastra, Petrosita, Hunia marc, 
r.rai'jva, Calafat, Calomfiresci, etc. Vodastra est la station la plus importante. 
Voir Tocilescu. Dacia mainte de Romani, pp. 780-793, résumant Bolliac. 

3. Du moins les objets de bronze, voir Tocilescu, op. cit., pp. 848 et sqq. 
-t. Voir Tomaschek. Die allen Tnraker, loc. cit., pp. 111 et sqq. 



— 280 — 

de famille, clans les communes rurales, et chaque propriétaire pos- 
sède, en moyenne, plus de 11 têtes de bétail, dont 1 cheval, 2 a 
3 bœufs, 6 moutons et 2 porcs 1 . Le nombre des mulets et des chèvres 
est insignifiant. L'apiculture qui, d'après de nombreux témoi- 
gnages 2 , était, jadis, une des gloires de la Valachie, paraît avoir 
beaucoup baissé, puisqu'on ne compte pas, en moyenne, plus de 
2 ruches pour 10 familles. 

Ce changement n'est pas le seul qu'on ait à enregistrer au détri- 
ment du pays. Il est certain que la population chevaline a, dans les 
deux derniers siècles, très notablement perdu, tant en nombre qu'en 
qualité. Lorsqu'on voit, attelé à la caruja du paysan valaque, un de 
ces petits chevaux maigres, au trot mou, incapables d'un effort 
sérieux, on a peine à comprendre comment les principautés danu- 
biennes ont pu être pendant longtemps la réserve où puisaient à la 
fois la Turquie, l'Autriche, la Pologne et même la Prusse 3 . Bien 
que la Yalachie ait moins eu à souffrir que la Moldavie de cette 
exportation en masse des meilleurs producteurs, il est certain qu'elle 
doit, en grande partie, à ce véritable pillage, organisé plutôt que 
limité par les Phanariotes 4 , la dégénérescence d'une race chevaline 
jadis renommée. Actuellement, par un retour singulier, c'est de 
Hongrie et de Transylvanie que viennent les rares chevaux de haute 
taille et de musculature solide, qu'on rencontre en Yalachie, en 
dehors des haras. 



1. Tous les calculs relatifs au bétail sont faits d'après les données du Recen- 
sement général du bétail au mois de décembre 1900 (publ. Min. de l'Agric. serv. 
de statist. gén., Bue, 1001). Nos évaluations sont établies d'après un procédé tout 
différent de celui employé par Engelbrfxht (Die Landbauzonen der aussertro- 
pischen Gebieten). En évaluant comme il le fait le nombre do têtes de chaque 
espèce de bétail par rapport au chiffre du bétail à cornes, on ne donne aucun 
renseignement sur la richesse de la réerion et peut confondre sous la même 
teinte des pays d'élevage intense et des pays pauvres m bétail. Si l'on évalue le 
nombre de têtes de bétail par chef de famille ou mieux par propriétaire de bétail, 
on indique en même temps que la richesse absolue en bétail, la proportion de 
chaque espèce dans l'ensemble du troupeau. On peut éliminer l'influence pertur- 
batrice des centres urbains, en limitant les évaluations à la population rurale, 
qui comprend à peu près tous les propriétaires de bétail. 

2. Voir Dan. Din toponimia românesca, loc. cit. Le département de Mehedinli a 
encore pour emblème une abeille, celui de Vlasca une ruche. 

3. Voir Filip. Les animaux domestiques de la Roumanie, Bue. 1900. 

4. Fitjp cite d'après Raicevici une anecdote caractéristique : Le prince Moruzzi 
défend de sortir des chevaux de Moldavie et fait dire sous main aux maquignons 
qu'ils peuvent continuer en payant un ducat par tête. 



— 281 — 

L'espèce bovine semble avoir passé par les mêmes vicissitudes; 
il n'est pas jusqu'aux pores qui n'aient été, jadis, exportés en grande 
quantité en Hongrie. Actuellement, la Yalacliie est devenue sur- 
tout un pays de moutons, élevés pour la laine, dont le prix varie 
entre 1 franc et 1 fr. 40 le kilogramme, tandis que la paire de mou- 
tons non engraissés coûte 20 à 25 francs l . 

La proportion des différentes espèces de bétail varie cependant 
avec les conditions de la propriété et les procédés d'élevage, dans 
les différentes régions naturelles, si tranchées, de ce pays. Les statis- 
tiques, établies par départements, ne nous permettent malheureu- 
sement pas de mettre en lumière ces contrastes de façon suffisam- 
ment nette (v. figure 38 et tableau I). 

Dans la montagne et la zone la plus élevée des collines, le nombre 
des chevaux est très faible, particulièrement en Olténie. La race est 
d'ailleurs petite, ne dépassant pas l m 25 à l m 30, la tête un peu forte, 
avec une crinière abondante, les oreilles petites et très mobiles, l'en- 
colure courte, la poitrine large, le dos droit 2 . Incapables d'un effort 
décisif en plaine, on est étonné de voir l'endurance qu'ils montrent 
en montagne, gravissant les pentes les plus raides sous le poids des 
sacs chargés de farine de maïs ou des paquets de çindrele. Leur 
prudence et leur sûreté de pied, dans les passages difficiles, sont 
bien connues. C'est un luxe encore dans toute cette région que de 
posséder un cheval; ce sont les bœufs qui sont la bête de trait par- 
excellence. Au contraire, la famille la plus pauvre a sa vache, ses 
deux ou trois moutons, qu'on envoie aux pâturages communaux. 

Presque toutes les communes situées au pied de la montagne pos- 
sèdent de grandes prairies à la limite de la forêt. C'est là qu'on mène 
les moutons; les vaches vont paître dans les clairières et sur les 
pentes déboisées ; en hiver on les ramène au village. 

La race bovine est aussi remarquable, par ses caractères particu- 
liers, que la race chevaline. Ce sont encore des bêtes de taille trapue 
et ramassée. La tête ne dépasse pas 46 centimètres de longueur, le 
chanfrein est droit ; l'œil, rond, est intelligent ; les cornes sont assez 
longues et généralement en couronne. Peu vigoureuses, ce sont les 
meilleures vaches laitières de la Valachie. 

1. Filip, op. cit., p. 225. 

2. Tous les détails descriptifs sur les différentes races de bétail sont empruntés 
à Filip. 



— 282 — 

Les moutons eux-mêmes appartiennent à un type spécial, qu'on 
appelle tourcana ou bârsana, du nom de Bârsa, en Transylvanie, 
race de taille variable, à laine de qualité inférieure, longue et rude, 
à queue courte et parfois gonflée de graisse, assez rustique pour vivre 
à la belle étoile, été comme hiver, et donnant un lait savoureux, 
quoique peu abondant. 

Dans toute la région des collines, il n'est pas de maison où l'on 
n'engraisse un ou plusieurs porcs ; c'est le seul animal dont le paysan 
mange communément la viande, fraîche ou conservée. La race est 
tout à fait primitive, avec un profil presque droit, des oreilles dressées 
et une sorte de brosse hérissée en crinière sur l'échiné, qui rappellent 
le sanglier. En Olténie, particulièrement, ces bêtes, à demi-sauvages, 
peuplent les rues des petits hameaux, grouillant autour des maisons, 
pêle-mêle avec une multitude de poules. 

L'élevage, et les échanges qu'il amène, sont la principale source 
du mouvement commercial dans la région des collines. Les foires, 
jadis très nombreuses et très fréquentées dans ces pays relativement 
plus calmes que ceux voisins du Danube, ont beaucoup baissé, mais 
celles qui subsistent sont de grands marchés à bestiaux. Cârbunesti 
est la foire où l'on achète, en Olténie, les meilleurs petits chevaux 
de montagne. Târgu Jiu est un marché de porcs renommé, qui exporte 
de 2 à 4,000 têtes par an en Hongrie 1 . A Buzeu, on vendait, depuis 
les temps les plus reculés, la laine tondue à l'entrée de l'été 2 ; c'est 
maintenant, surtout, un marché de gros bétail. De même, le grand 
bâlciu de Rîureni, célèbre dans toute l'Olténie, n'est plus guère 
qu'un obor, une foire à bestiaux, accompagnée toujours des indis- 
pensables cabarets et boutiques de frivolités, où le paysan est invité 
à vider sa bourse, remplie par une bonne vente. Ces foires sont diffé- 
rentes de celles des pays voisins du Danube, où l'on s'amuse peut- 
être moins et traite des affaires plus importantes. 

C'est que les conditions de l'élevage ne sont pas les mêmes. Domes- 
tique et communal au voisinage de la montagne, il devient de plus 
en plus le fait des grands propriétaires dans la région des basses 
collines et dans la zone des plaines, surtout en Munténie. Le Bâ- 
râgan et la Terrasse du Buzeu contiennent des domaines de plus 
de 20,000 hectares, où l'élevage est pratiqué en grand déjà depuis 

1. Munit ofpc. m Robin-Staicovici. Statistique roumaine, p. 78. 

2. Iorgulescu. Dict. Géogr. Dép. Buzeu. Article Buzeu, la meilleure et la plus 
complète monographie historique qu'on possède d'une ville roumaine. 



283 — 



Figure 08. 

Répartition des ani- 
maux domestiques en 
Yalachie (communes 
urbaines exclues) : 

B Chevaux. 

G Race bovine (y compris les 

buffles). 
I) Moutons. 
E Porcs. 

1 moins de une tête par pro- 

priétaire de bétail. 

2 plus de une tête. 

3 plus de deux têtes. 

4 plus de trois têtes. 

5 plus de cinq têtes. 

6 plus de sept têtes. 

7 plus de dix têtes. 

La carte A donne l'hydro- 
graphie, les traits essen- 
tiels du relief, la haute 
montagne étant marquée 
par un grisé vertical, la ré- 
gion des plaines par un 
pointillé, la zone des col- 
lines d'Olténie et Munténie 
réservée en blanc, de façon 
à apprécier la situation de 
chaque département, 

Noms des départements : I. 
Mehedinfi — II. Gorj — III. 
Vâlcea — IV. Arges — V. 
Muscel — VI. Dàmbovila 
- VII. Prahova — VIII. 
tïnzeu — IX. Râmnicu Sâ- 
rat — X. Brârta — XI. Ja- 
lomita — XII. llfov — XIII. 
\ lasca — XIV. Teleorman 
- XV. Oltu — XVI. Roma- 
natf — XVII. Dolj. 




— 284 — 

quelque temps. C'est ce qui explique la forte proportion de la popu- 
lation chevaline, bovine et surtout ovine dans les départements de 
Braila et Jalomita (v. fig. 38). C'est là qu'on a pu songer à recons- 
tituer, par des haras bien organisés, la race chevaline. On en trouve 
d'ailleurs les éléments avec ces chevaux de Jalomita, en grande 
partie amenés par les immigrants transylvains, et qui, par la taille 
et le port, ressemblent aux chevaux hongrois. Hauts de l m 50 à l m 60, 
la tête plus longue, les formes plus fines que chez le cheval de mon- 
tagne, ce sont des bêtes peu gracieuses, mais très robustes, excel- 
lentes, tant pour le trait, que pour la selle. 

C'est encore dans les plaines de Munténie, et particulièrement 
sur le Baragan, qu'on trouve le type le plus pur de la race des bœufs 
de Jalomita, aussi différents de la race moldave que de la race 
montagnarde, et très voisins de la race transylvaine, dont ils ont les 
grandes cornes en forme de lyre, la haute stature, le garot saillant, 
le pelage gris clair. Toujours en plein air, ce sont des animaux rus- 
tiques et durs à la tâche. Pour les gros ouvrages, on leur préfère 
cependant encore, dans la campagne, les buffles, presque aussi nom- 
breux que les bœufs en Bulgarie l , et assez répandus dans toute la 
région steppique de la Munténie voisine du Danube 2 . 

A part cette région, qui semble être la réserve pastorale de la 
Valachie, le gros bétail est sensiblement moins nombreux dans la 
zone basse que dans la zone montagneuse, et, en général, en Mun- 
ténie qu'en Olténie. La même remarque s'applique aux moutons et 
aux porcs, qui appartiennent d'ailleurs, eux aussi, à des races spé- 
ciales. Le mouton, tigaïa, du Baragan, appelé aussi mocanesc, à 
cause de son maître, le mocan, berger transylvain immigré, est une 
bête plus lourde et de taille plus grande que le mouton tourcana. 
Sa laine est notablement plus fine, mais dégénère, quand on cherche 
à l'acclimater dans les districts montagneux. Il supporte cependant 
un séjour de quelques mois dans les pâturages alpins ; la plus grande 
partie des moutons des départements de Jalomita et Braila paissent, 
l'été, dans les monts du Buzeu, de même que ceux des départements 
de Teleorman et Vlasca viennent des monts de Fogarash et du Bu- 
cegiu. La position des deux maxima (fig. 38 D) indique, par elle- 

1. Voir Engelbrecht. Die Landbauzonen der aussertropischen Gebieten, t. III, 
pi. 52. 

2. Département de Jalomita, 4,700 têtes; Ilfov, 13,300; Romanati, 3,700: Teleor- 
man, 3,300; Vlasca, 5,800. 



— 285 — 

même, le tracé des grands chemins de transhumance dont nous 
avons déjà parlé. 

Les marchés de toute cette région pastorale de la basse Yalachie 
sont parfois de vieilles cités maintenant déchues, comme Urziceni, 
capitale du département de Jalomi^a jusqu'en 1832. Mais, de plus 
en plus, la première place revient à ceux qui se tiennent sur le bord 
du Danube. La foire à bestiaux de Calarasi est une des plus impor- 
tantes de toute la Yalachie. Elle ne le cède, pour la valeur des trafics, 
qu'à celle du Târgu Mosilor, à Bucarest. 

II 

L'élevage tend à prendre de jour en jour plus d'importance, mais 
ses progrès sont limités, dans une certaine mesure, par ceux de 
l'agriculture, qui lui dispute les espaces jadis incultes clés steppes 
voisines du Danube. Si, depuis longtemps, la Yalachie est un pays 
agricole, le grand essor pris par la culture des céréales ne date pas 
de plus d'une vingtaine d'années. La tranquillité, enfin assurée au 
pays, l'établissement des voies ferrées, permettant la concentration 
rapide des produits, ont contribué à stimuler l'activité ; on a défriché 
et mis en culture des terres vierges, et obtenu, pendant quelques 
années, une série de récoltes superbes, qui ont mis la Yalachie, avec 
la Moldavie, au premier rang des pays exportateurs de grains et de 
farines 1 . 

Des études techniques ont montré la qualité supérieure des blés 
de Yalachie, employés dans les grandes minoteries de Yienne et de 
Buda-Pest, pour faire les mélanges connus sous le nom de farine 
hongroise 2 . Aussi, est-ce surtout à développer la surface cultivée 
en blé que s'appliquent les grands propriétaires. Actuellement, elle 
représente, en Yalachie, 1,193,770 hectares, soit 15 % de l'ensemble 
du pays, 39 % de la surface cultivée en céréales. Le maïs est ense- 
mencé sur 1,464,750 hectares, soit 19 % de l'ensemble du pays, 48 % 
de la surface occupée par les céréales. 

1. Die Weizenproduction in Rumânien, Wiener Landwirtschaitliche Zeitung, 
1899. — Cornu Munteanu. Etude sur les céréales de Roumanie, Bue, 1900, spécial. 
pp. 56-57 et 142-143 (analyses). 

2. D'après Cornu Munteanu {op. cit., pp. 113 et 150), la Roumanie, en 189G, don- 
nait en blé 1/2 de la production de la Hongrie et de l'Italie, les 2/3 de celle de 
l'Allemagne, 1/4 de plus que l'Angleterre ; en maïs le double de la France, les 3/4 
de l'Italie, les 2/3 de l'Autriche-Hongrie. 



— 286 — 

Ces deux cultures, qui sont la base de toute l'économie rurale, sont 
réparties de façon assez inégale dans les différentes régions natu- 
relles, et la prédominance de Tune ou de l'autre est due, tant aux 
caractères physiques du sol et du climat, qu'aux conditions de la 
propriété. Malgré l'insuffisance des statistiques officielles par dépar- 
tements, on peut se rendre compte de la prédominance du maïs dans 
les régions montagneuses, et du blé dans la zone des plaines (fig. 39 
et tableau II) 1 . 

Le maïs, qu'on sème au printemps surtout, est une céréale parfai- 
tement adaptée au climat de la région des collines de Valachie, plus 
pluvieux et moins sec que celui de la basse Munténie. De fortes 
chaleurs d'été lui sont moins nécessaires que d'abondantes pluies de 
printemps et un sol frais jusqu'à l'entrée de l'automne. Sa culture 
exigeant relativement peu de soins, et d'un rendement assez cons- 
tant, convient à un pays de petits propriétaires où chacun a sa vache, 
son jardin et son champ. Les grands domaines sont rares dans la 
haute Yalachie, habitée depuis plus longtemps que les plaines step- 
piques de Munténie; le paysan, qui tâche toujours de vivre du seul 
produit de ses mains, préférera, même dans la plaine, le maïs, qui 
lui donne la mamaliga, base de sa nourriture, et sert à engraisser le 
porc et les poules. A peu près tout le maïs produit en Yalachie est 
consommé sur place, tandis qu'une forte proportion du blé est 
exporté. 

Le blé est une céréale dont les exigences sont différentes de celles 
du maïs. Les sols secs et chauds lui conviennent par-dessus tout. 
Les années pluvieuses, qui donnent les meilleures récoltes de maïs, 
sont les mauvaises années pour le blé. La culture exige plus de 
soins et donne des résultats plus rémunérateurs, mais expose à de 
véritables désastres, quand les grands froids arrivent avant que la 
germination des semences d'automne soit assez avancée 2 . Aussi le 
blé est-il la céréale préférée des grands propriétaires, et les raisons 
économiques s'ajoutent aux raisons physiques pour en faire la cul- 
ture la plus répandue dans toute la région de caractère steppique, 
qui s'étend sur la basse Olténie et sur la plus grande partie de la 



1. La proportion des surfaces ensemencées en blé et en maïs est à peu près 
la même dans les départements de plaine, mais il faut compter que la valeur du 
blé est beaucoup plus grande pour une même surface cultivée et pour une pro- 
duction égale. 

2. Cornu Munteanu, op. cit. 



- 287 — 




□ stni]3K3/S5 



Figure 39 

Culture des céréales en Valachie : 

A Sur 100 hectares de la surface totale, combien sont cultivés en céréales. 

B Sur 100 hectares cultivés en céréales, combien sont ensemences en blé. 

C Combien en maïs. 
1 moins de 10 % — 2, 10 à 20 — 3, 20 à 30 — 4, 30 à 40 — 5, 40 à 50 — 6, 50 à 70 — 

7, plus de 70. 
Pour les noms des départements et leur part à chaque zone naturelle, voir 

figure 38. 



— 288 — 

Mimténie. Dans le Bârâgan et sur la terrasse du Buzeu, la valeur 
de la terre était à peu près nulle il y a quelque vingt ans. Tel, qui 
possédait des mille hectares de friche, s'est trouve d'un coup enrichi, 
du jour où Ton y a mis la charrue. Des pâturages communaux, 
achetés à vil pris par un spéculateur avisé, sont devenus d'excel- 
lentes terres à blé. Dans toute cette région, on connaît et commence 
à appliquer les derniers perfectionnements de la culture moderne. 
A l'époque des moissons, le ronflement des batteuses est, avec le 
croassement des bandes de corbeaux, le seul bruit qui trouble ces 
solitudes. Dans le Bârâgan, on a des semeuses mécaniques, des 
trieuses de grains. On sulfate les semences, on herse, au printemps, 
les blés d'automne. A peu près partout, même les paysans se servent 
de charrues à labour profond et de machines à battre, s'associant 
à plusieurs pour en louer une l . 

La culture du blé est encore très répandue en Olténie, jusque 
dans la région des basses collines de Dolj et d'Amaradia (Ilomanati 
49 %, Dolj 43,5 %); le caractère subméditerranéen du climat, avec 
ses sécheresses précoces, en est la principale raison. Dans les allu- 
vions anciennes consolidées de la terrasse danubienne, les récoltes 
sont excellentes. Quelques-uns des grands domaines de l'Etat sont 
établis là ; on y met en pratique les perfectionnements connus dans 
la basse Munténie. La qualité des grains de l'Olténie paraît supé- 
rieure à celle des grains de la Munténie en général. 

Il est curieux de voir combien l'opposition est marquée, à tous les 
points de vue, entre les pays de maïs et les pays de blé. Ici, petite 
propriété, petite agriculture de procédés assez arriérés, population 
relativement très dense, établie depuis longtemps dans la région, 
disséminée en une foule de petits hameaux ; chacun a sa maison- 
nette, entourée d'un petit champ, où il sème et récolte le maïs, avec 
un jardinet qui lui donne les oignons, poivrons et autres légumes 
nécessaires à sa nourriture. Là, de grands domaines où l'on applique 
les procédés de la culture moderne, une population assez clairsemée, 
généralement groupée en gros villages, dont bon nombre sont de 
création récente et peuplés d'étrangers mocani dans le Bârâgan, 
Bulgares dans le Teleorman et sur la terrasse danubienne d'Olténie ; 
beaucoup moins de culture maraîchère, une activité tournée presque 
entièrement vers les travaux des champs qui se rapportent à la cul- 
ture du blé. 
2. Cornu Munteanu, spéc. pp. 22-23. 



— 280 — 

Dans les pays de maïs, on a pins de bras qn'il n'en fant pour les 
labeurs ; chaque cultivateur n'a pas, en moyenne, plus de 3 à 6 hec- 
tares à travailler (fi g. 40). Semailles et récoltes sont des opérations 
relativement peu absorbantes. Dans la région des collines d'Olténie 
et de Munténie, on peut semer encore le maïs, à la fois au prin- 
temps (mars-avril), et à l'automne (septembre-octobre), le blé et 
l'orge en juin. Mais, dans les districts les plus montueux, on ne fait 
pas de semailles d'automne. Aussi voit-on fleurir, avec le jardinage, 
l'élevage domestique, l'exploitation des forêts, et certaines cultures 
plus délicates, associées 
à une véritable indus- 
trie rudimentaire : la 
vigne, qui choisit les 
coteaux les mieux ex- 
posés , les pruniers , 
qu'on trouve à peu près 
partout , donnant la 
tuica, cette eau-de-vie 
grossière, plus répandue 
que le vin. Dans les pays 
à blé, on a défriché et 
mis en culture, surtout 
depuis quelque temps, 
une surface de terrain hors de proportion avec l'accroissement de la 
population; chaque cultivateur doit travailler de 7 à 20 hectares 
(fig. 40). Dans le Bârâgan, on manque de bras, malgré l'emploi des 
machines, les années de bonne récolte. Aussi la population agricole 
n'a-t-elle guère d'autre occupation que les semences et la moisson. 
( )n sème le blé à l'automne, généralement à partir du début de sep- 
tembre, après récolte du maïs, suivie d'un labour superficiel. Le maïs, 
semé au printemps, exige un labour plus profond, qui prépare le 
sol. Lorsqu'on sème le blé sur jachère, il faut deux ou trois labours 
au mois de juin, juillet et septembre. Pour le blé, la moisson com- 
mence fin juin ou au début de juillet. Parfois, on sème des maïs 
d'automne au milieu de septembre 1 . Dans ces régions, l'élevage, 
lorsqu'il subsiste, est le fait d'une population à part : ce sont les 
mocani qui sont les grands pasteurs du Bârâgan. 




□ *E3 aED 4§ s 



Figure 40. 
Rapport des surfaces cultivées avec le nombre des 
travailleurs, d'après Crainiceanu. 1, 4 hectares 
par cultivateur ; 2, 6 hectares ; 3, 8 hectares ; 4, 
10 hectares ; 5, 13 hectares ; 6, 20 hectares. 



1. Cornu Munteanu, op. cit. 



19 



— 290 — 

Enfin, ce qui différencie le pins peut-être la région du maïs de la 
région du blé, c'est que la première est, par excellence, le pays auto- 
nome, qui se suffit à lui-même, où les cultures alimentaires pour- 
voient aux besoins de la population, où le commerce est local et la 
circulation relativement peu active ; tandis que la seconde est le pays 
producteur, qui prétend exporter, et s'organise de plus en plus en 
vue de cette nouvelle destinée, pays de circulation active où l'agri- 
culture prend la proportion d'une sorte d'industrie avec des marchés 
internationaux qui concentrent les produits du sol amenés par che- 
min de fer ou par la voie du Danube, mais aussi pays où les crises 
économiques se font sentir plus fort qu'ailleurs, car tout dépend de 
la récolte du blé, les autres cultures ne suffisant pas, même quand 
elles rendent au mieux, pour couvrir les frais d'exploitation, ni pour 
assurer la subsistance de la population. 

Les statistiques, qui donnent des valeurs globales pour toute la 
Roumanie, ne nous permettent pas d'évaluer exactement la part de 
la Yalachie dans l'exportation des céréales, qui est le principal élé- 
ment du commerce pour les pays danubiens. Mais, si l'on songe que 
les surfaces ensemencées en céréales, en Yalachie, représentent 68 % 
de l'étendue totale de ces cultures en Roumanie, on ne peut douter 
que la Yalachie n'ait la première place pour l'exportation comme pour 
la production. L'importance des ports danubiens, où se concentrent 
les céréales, le trafic des voies ferrées qui y aboutissent (v. fig. 46), 
en sont des indices certains. Un fait significatif est le développement 
rapide de Brâila, qui tend à dépasser Galati. De grandes minoteries 
y transforment une partie du blé en farine. Le commerce d'exporta- 
tion ne peut que gagner à l'extension de cette industrie, la propor- 
tion des farines exportées est encore très faible 1 . C'est l'Angleterre 
qui, de tous les pays, importe le plus de blés roumains, soit direc- 
tement, soit en passant par les ports belges, \ient ensuite l'Alle- 
magne et l'Autriche-Hongrie, qui se sert des blés roumains pour 
élever le prix des farines élaborées dans les grandes minoteries de 
Buda-Pest. Le maïs est surtout destiné à l'Allemagne et à la Hongrie. 

A côté du blé et du maïs, les autres cultures alimentaires sont, 
en Yalachie, sans importance notable. Le sarrasin, qui pourrait 
rendre de grands services dans la montagne, est presque inconnu, de 
même que la pomme de terre ; le paysan lui préfère les haricots, qui 

1. Cornu Munteanu, op. cit., p. 29. 



— 291 — 

jouent un grand rôle dans son alimentation. L'avoine est encore rela- 
tivement peu cultivée, sauf dans les pays d'élevage du cheval (col- 
lines d'Arges et Prahova et plaines du Buzeu) 1 . C'est aussi dans 
la région des plaines de Munténie que l'orge joue seulement un 
rôle important 2 . Elle y représente, comme en Dobrudja, une cul- 
ture maigre, plus ancienne que le maïs, introduit en Valachie au 
X VII e siècle, et antérieure à la grande extension de la culture du blé. 

III 

Les cultures industrielles ne tiennent pas encore une grande place 
en Yalachie. Le lin, qui fournit la matière de l'industrie textile, en 
grande partie domestique, est cultivé à peu près partout en quantité 
peu considérable, de même que le chanvre. Le colza, qui donne une 
huile utilisée chez le paysan, est très répandu, surtout dans la région 
des basses collines et des plaines. 

Le tabac, dont la vente est monopole de l'Etat, est cultivé dans 
les mêmes conditions qu'en France, sous le contrôle de l'Adminis- 
tration, et seulement dans les départements d'Ilfov, Vlasca, Dâm- 
bovita, Jalomita et Romanati. Il donne un produit de valeur mar- 
chande moyenne, moins abondant, mais plus fin, à la lisière de la 
région des collines, où on le cultive sur des pentes abritées et tournées 
au midi, que clans la région des plaines 3 . 

Dans ces dernières années, la culture de la betterave sucrière, favo- 
risée par un tarif de primes, a beaucoup gagné en Roumanie, mais 
la Yalachie n'a guère pris part à ce mouvement. 

Les seules cultures industrielles qui jouent un rôle important dans 
l'économie rurale sont, en même temps, des cultures alimentaires; 
ce sont la vigne et le prunier. 

Le climat continental extrême de la Yalachie, avec ses hivers où 
le thermomètre s'abaisse au-dessous de 0° pendant 116 jours, et ses 

1. Départements : Arges 12 %, Prahova 11 %, Brâila, Jalomita et Ilfov 8 % de 
la surface ensemencée en céréales. 

2. Voir tableau II. On peut juger de l'extension de la culture de l'orge par la 
ligure 40. Elle est localisée surtout dans les départements où le maïs et le blé ne 
représentent ni l'un ni l'autre plus de 40 % de la surface totale ensemencée en 
céréales. 

3. Les monopoles de l'Etat, Exposition de 1900, I, Tabacs, p. 33. Voir tableau 
de la production à l'hectare et du revenu par hectare, tableau V. C'est le dépar- 
tement de Jalomita qui donne le plus fort rendement (près de 900 kilog), mais c'est 

• qui produit les variétés les plus chères (0 fr. 60 le kilo-). 



— 292 — 

étés brûlants et secs, la place dans la catégorie des pays qui sont à 
proximité de la limite de la vigne, mais où, dans des conditions favo- 
rables de sol et d'exposition, le vignoble peut s'étendre et donner les 
meilleurs produits. L'Olténie, montueuse et douée d'un climat à 
teinte plus méridionale, les coteaux de la vallée de l'Oltu, les 
abrupts des collines d'Arges, entre Pitesci et Gaiesci, et des collines 
du Buzeu, de Buzeu à Focsani, ont toujours été les lieux d'élection 
de cette culture. C'est là qu'elle donnait les meilleurs résultats pour 
l'abondance et la qualité des produits. Les crus de Dragasani sont 
encore, avec les Cotnari de Moldavie, les plus renommés. 

Mais, dans les dernières années du XIX e siècle, la culture de la 
vigne a pris, en Yalachie, comme dans beaucoup de pays de vins, 
une extension considérable. On planta les ceps un peu partout ; bien- 
tôt il n'y eut, en dehors des plaines steppiques de la basse Munténie, 
plus guère de région où presque chaque commune n'eût ses vignes. 

En 25 ans, la Valachie avait augmenté d'un tiers la surface du 
vignoble et triplé la production grâce à l'amélioration des procédés 
de culture et de vinification encore très primitifs 1 . Il est permis de 
penser qu'elle fournissait une bonne part de l'exportation qui, pour 
toute la Roumanie, s'élevait à plus de un million de francs. 

L'invasion du phylloxéra vint arrêter cet essor. C'est en 1884 que 
l'insecte faisait son apparition en Roumanie, mais ses principaux 
ravages, en Yalachie, ne datent que de 1890 environ. De 1893 à 1898, 
la production a été réduite à un sixième. Les départements de Dolj, 
Prahova, Mehedinti, Romanati, sont ceux qui eurent le plus à souffrir 
(v. tableau III et fig. 41) 2 . Les vignobles de la terrasse diluviale 

1. Etendue cultivée en 1865 : 00,527 hectares; en 1802, 70,842. Production : 
301,054 hectol. et 1,031,004 liectol. (chiffres par départements, d'après Crupenski. 
Asupra agricultura României, Bue, 1805). 

2. Les chiffres relatifs aux vignes doivent être maniés avec la plus grande cir- 
conspection. Entre les évaluations provisoires pour 1898 (Monit. offic, 1809) et les 
chiffres considérés comme définitifs pour la même année, donnés par la Carte 
statistique agricole de la Roumanie de Coucou, Bue, 1900, on constate les diver- 
gences extraordinaires. Elles sont encore plus grandes avec les chiffres pour 1800 
que donne la Carta viticola a României (Nicoleano. La lutte contre le phylloxéra 
en Roumanie, Bue, 1000). Les chiffres des évaluations provisoires et de la Carte 
statistique agricole, se rapporten! tantôt à tout l'ensemble des vignes phylloxérées 
et indemnes, tantôt seulement aux vignes indemnes. 11 en résulte qu'on ne peut 
comparer les rendements à l'hectare, ce qui eut pourtant été intéressant. La Carta 
viticola distinguant nettement les vignes phylloxérées et indemnes, nous avons 
adopté ses évaluations dans le tableau 111. 



— 293 — 

d'Olténie ont été presque entièrement détruits. Dans le département 
de Prahova, les vignobles producteurs, qui couvraient 5,690 hectares, 
tombaient, en 1898, à 200 hectares 




$SSS§$ Régions de vignobles 
'&*%&' Régions phvlloxérées 
Pépinières de vignes américaines 



Figure 41. 

Régions de vignoble et régions phvlloxérées en Valachie, d'après ia Caria viticola. 
Les régions phvlloxérées représentent à peu près les centres principaux de la 
viticulture avant le phylloxéra. 



Après un premier moment de désarroi, la lutte contre le fléau fut 
organisée. Un service viticole fut créé, qui a apporté tous ses soins 
à étudier les meilleurs procédés d'extinction des foyers et de recons- 
titution des vignobles 1 . 

On n'a pas tardé à reconnaître la nécessité de procéder à peu près 
partout à une reconstitution totale, à l'aide de plants américains et, 
de préférence, avec des hybrides de Riparia et Rupestris 2 . Des pépi- 
nières, établies par le service viticole, produisent les pieds-mères 
distribués aux cultivateurs. 

Tous ces efforts sont loin encore d'avoir produit les résultats 
cherchés. A la fin de 1898, les vignobles reconstitués en Yalachie ne 



1. Voir G. Nicoleano. La lutte contre le phylloxéra en Roumanie, Bue, 1900. 

2. Nicoleano, op. cit., p. 58. On recommande particulièrement : Riparia Gloire 
de Montpellier : Bip. Grand Glabre; Hip. Tomenteux ; Rupestris Martin; Rup. 
Monticola, etc. 



— 294 

représentaient pas pins de 947 hectares 1 . On a, d'antre part, essayé 
de planter des vignes indigènes dans les sables mouvants dn Danube 
en Olténie, mais, si ces plants résistent victoriensement an phyl- 
loxéra, ils ne donnent qn'nne production dérisoire, sans doute à 
cause de l'aridité des sables, presque exclusivement siliceux 2 . 

En somme, la viticulture roumaine est loin encore d'être sortie 
de la crise déterminée par l'invasion du phylloxéra. Faut-il attribuer 
à cet état de choses l'importance de plus en plus grande prise par la 
consommation de la tuica f 

Cette grossière eau-de-vie de prunes tend à devenir la boisson du 
paysan, une sorte de boisson nationale, à laquelle on tient d'autant 
plus qu'elle est plus malsaine. La seule nouvelle, répandue dans les 
campagnes, qu'on songeait à un impôt sur la l;uica, n'a-t-elle pas 
suffi pour amener des troubles qui ont dû être réprimés par la force 
armée ? 

Le climat de la Yalachie se prête admirablement à la culture du 
prunier. Dans la région des collines surtout, et jusque sur les pentes 
extérieures de la montagne, lorsqu'elles sont bien exposées, il vient 
presque sans soins, et ses branches ploient, à l'automne, sous la 
charge des fruits. Comme la vigne, il fuit les plaines sans abris de 
la basse Munténie. C'est la région des collines de Munténie qui reste 
le principal centre de production (fig. 42) 3 . Au mois d'août, on 
rencontre partout, au détour des chemins, la charrette pleine jus- 
qu'aux bords de fruits noirs et odorants, qui se dirige vers le village 
au pas lent d'un couple de bœufs. Il n'est guère de hameau où l'œil 
ne soit frappé par le spectacle des grandes cuves, hautes de 3 à 
4 mètres, souvent alignées à la porte du cabaret, où l'on laisse les 
fruits jusqu'à ce qu'ait commencé la fermentation. 

Les procédés de distillation sont malheureusement presque partout 
assez primitifs 4 , et les produits livrés à la consommation courante 



1. Nicoleano, op. cit., p. 88. Voici le détail par départements : Buzeu 216 hect.. 
Dàmbovita 61, Dolj 12, Muscel 37, Prahova 453, Râmnicu Sârat 5,44, Romanati 14, 
Vâlcea 24. 

2. Nicoleano, pp. 158-161. 

3. Même remarque que pour La vigne au sujet des chiffres donnés pour l'étendue 
des vergers par divers documents. Nous avons adopté les chiffres de la Carte sta- 
tistique agricole, en général supérieurs à ceux des évaluations pour 1898 du 
Monit. oific. 

4. Voir G. N. Nicoleano et V. S. Brézéano. Etat de l'Arboriculture en Roumanie, 
sp. pp. 18-21. 



— 295 — 

sont loin d'être ce qu'on peut appeler une boisson hygiénique. La 
culture des prunes et la fabrication de la t,uica semblent cependant 
gagner en importance, d'autant plus que la production du vin faiblit. 




!□ aEZ3 3E3 4^! 5 



Figure 42. 

Proportion de la surface de chaque département occupée par les champs de 

pruniers, calculée d'après la Carte statistique agricole de la Roumanie. 
I , moins de 0,1 % — 2, moins de 0,5 - 3, moins de 1 - 4, moins de 1,5 - 5, moins 

de 2 — 6, plus de 2. 



IV 

Le tableau de l'activité rurale, en Valachie, ne serait pas complet 
si l'on négligeait l'exploitation forestière, qui tient une grande place 
et est, sans doute, appelée à en tenir une plus grande encore dans la 
vie économique du pays. Malgré ses étendues de plaines steppiques, 
la Valachie est encore, grâce à ses hautes montagnes et à ses collines 
boisées, assez riche en forêts (23 % de la surface totale). Si l'on met 
à part la zone des plaines, où les forêts, réduites à des lambeaux 
insignifiants, sauf sur la haute et basse terrasse d'Arges, ne repré- 
sentent pas plus de 5 % de la surface totale, on trouve que la région 
montueuse de la Valachie est un des pays les plus boisés d'Europe, 
les forêts y couvrant 34 % de la superficie 1 . 

En général, l'Olténie est, et a toujours été, plus boisée que la 
Munténie (v. Carte botanique et forestière). Mais, de toute la zone 
des collines de Valachie, la partie de beaucoup la plus boisée est la 

1. Le calcul de la proportion des forêts dans chaque région naturelle nous a été 
rendu possible par la publication de la Harta yâdurilor du Service des forêts au 
l/200,000 a . 



— 296 — 

région élevée et profondément déchiquetée des collines d'Arges 
(46 %) et de Jalomita-Dâmbovi|a (35,5 %). Il est remarquable que 
les dépressions subkarpatiques forment une zone découverte (16 %). 
Leurs terrasses limoneuses ont été de bonne heure défrichées et sont 
encore un des coins de la Yalachie où la population est le plus dense. 
Il en est de même de la riche région des collines de Prahova-Te- 
leajna et du Buzeu (16 % et 20 %). La haute montagne est encore, 
malgré la dévastation des pâtres et des bûcherons, couverte d'un 
manteau imposant de forêts séculaires (74%). Si, partout où les 
habitations remontent assez haut, on voit les hautes futaies se trans- 
former en prés-bois (col de Bran, Predeal, etc.), on trouve encore, 
sur les pentes des Fogarash, ou dans le fond de vallées retirées, 
comme celle du Lotru, près de Vidra, de véritables forêts vierges, 
où la hache n'a jamais retenti, où la marche est rendue presque 
impossible au milieu des troncs géants, tombés les uns sur les autres, 
et pourrissant sur place. 

La nature des forêts et leur état de conservation varient d'une 
région à l'autre, avec les circonstances physiques, les conditions de 
la propriété, les moyens de communication. Moins que partout ail- 
leurs, on ne saurait envisager en bloc le domaine forestier. 

Dans la région des plaines, les forêts de chêne n'ont jamais été 
très étendues, mais nous avons déjà eu l'occasion de montrer que 
certaines parties en avaient pu être, jadis, plus boisées. Actuelle- 
ment, les surfaces forestières sont des taillis bas de Quercus pubes- 
cens et Q. conferta. Les seuls qui présentent quelque étendue appar- 
tiennent à l'Etat, dont la part est ici plus grande que partout 
ailleurs, surtout en Olténie 1 . C'est l'Etat qui fait les frais des plan- 
tations d'acacias, destinées à fixer les dunes de la terrasse danu- 
bienne, à abriter et assainir les villages du Baragan. Les taillis de 
chêne pédoncule, dans le fond des vallées humides (Jiu, Oltu, Vedea, 
Arges, Talomij;a) ont seuls quelque valeur pour l'exploitation. 

La région des collines a dû être jadis une vaste forêt de chênes 
mêlés de hêtres et de bouleaux, dans les parties les plus élevées, et 
conserve encore en bien des endroits ce caractère, en dehors des 

1. Olténie : Etat 45 %, particuliers 33 %, communes 13 %, domaines de la cou- 
ronne 7 %. 

Munlénie : Etat 32 %, particuliers 52 %, communes 8 %, domaines de la cou- 
innnes 8 %. 

Calculs d'après la Harta pâdurilor, type B. 



— 297 — 

vallées. C'est là qu'on trouve les espèces de chêne qui ont le plus de 
valeur, surtout le Stejar (Quercus sessiliûora), qui forme de véri- 
tables futaies 1 . L'Etat roumain, héritier des immenses domaines des 
couvents, après la sécularisation de 18G3, possède encore une pro- 
portion assez forte du massif forestier, surtout en Munténie, 44 % 
(communes, 8,5; particuliers, 46,5). Le déboisement a, malheureu- 
sement, pris, depuis longtemps déjà, des proportions telles, dans la 
région du Buzeu et de la Prahova, qu'on peut se demander s'il n'est 
pas déjà trop tard pour enrayer le mal. 

La situation est presque aussi compromise dans la haute mon- 
tagne, qui, avec ses futaies séculaires de hêtres, ses belles forêts de 
sapins et d'épicéas, est la région forestière la plus riche en essences 
d'une haute valeur, mais où l'Etat, seul propriétaire conscient de 
son véritable intérêt, ne possède que 23 % de la surface boisée (parti- 
culiers, 73 % ; communes, 3 %). 

Tous ceux qui ont parlé de la situation économique de la Valachie, 
ont dénoncé l'exploitation barbare des forêts de montagne. Jusqu'en 
1840, il n'y avait aucune règle. Chacun coupait où et comme il vou- 
lait. Les plus avisés laissaient quelques arbres élevés pour le repeu- 
plement naturel. Le paysan respectait naturellement de préférence 
le hêtre, de valeur commerciale moindre que le sapin. C'est sans 
doute là une des raisons de la disparition des conifères, en dehors 
de la zone élevée 2 . La loi forestière de 1881 a soumis au régime 
forestier les forêts de l'Etat, des communes, des établissements pu- 
blics, et celles des particuliers situées en montagne. Malheureuse- 
ment, le personnel manque pour surveiller l'application des règle- 
ments 3 . 

Actuellement, les forêts communales sont bien moins nombreuses 
qu'autrefois ; la plupart ont été achetées par des particuliers, et l'on 
ne saurait le regretter, lorsqu'on voit la manière dont sont traitées 
les parcelles qui en subsistent, soit clans les monts du Lotru, soit 
dans les monts du Buzeu (v. pi. Gr). A part quelques grands proprié- 
taires, qui possèdent des forêts entières, l'Etat, l'administration des 
domaines de la Couronne, et celle des hôpitaux de Bucarest, sont 
seuls à exploiter systématiquement sous le contrôle d'agents fores- 

1. Vasilescu. Die Fortswirthschaftlichen Verhâltnisse Rumâniens. 

2. Vasilescu, op. cit. 

3. Notice sur les forêts du royaume de Roumanie, Bue, 1900 (Ministère de 
V Agriculture, service des Forêts). 



- - 298 — 

tiers. Dans l'ensemble, il n'y a pas, clans toute la Yalaehie, plus de 
15 % des forêts, soumis au régime forestier, qui soit réellement amé- 
nagé et exploité, et, dans la montagne, la proportion paraît tomber 
à 12 % l . 

Une des raisons qui empêchent l'exploitation de prendre plus 
d'extension, est l'insuffisance des voies de transport. Les rivières de 
montagne permettent le flottage, pour les bois coupés, sur les ver- 
sants de la vallée. L'Arges est employé pour le flottage des arbres 
abattus dans les Fogarash. L'Oltu est la voie d'eau principale suivie 
par les sapins et épicéas abattus dans les monts du Lotru, surtout 
autour de Yoineasa et Ciunget, et transportés sur le Lotru jusqu'à 
son embouchure, où on les forme en radeaux. De grandes scieries 
les débitent à Râmnic et Slatina. Les pentes boisées assez écartées 
d'un thalweg important, sont difficilement exploitables sans l'instal- 
lation de voies de vidange, canaux, lançoirs, funiculaires ou chemins 
de fer. Jusqu'à présent, on ne signale que deux petits chemins de fer 
en Valaehie, à Azuga (haute Prahova) et Musa (Buzeu) 2 . La Ya- 
lachie a donc beaucoup à faire encore pour tirer parti de ses richesses 
forestières. 

Il n'est d'ailleurs pas une branche de l'activité rurale au sujet de 
laquelle on ne puisse faire une remarque analogue. L'élevage est, 
nous l'avons vu, dans une situation moins bonne qu'on ne devrait 
s'y attendre. La fertilité proverbiale du sol de la Yalachie, célébrée 
par tous les auteurs qui l'ont décrite, est loin de trouver son expres- 
sion dans la moyenne des récoltes. On évalue, pour la période 1893- 
1897, le rendement moyen de l'hectare de froment à 13 hectolitres 7, 
celui du maïs à 22 hectolitres 3 . Cette production très faible est 
obtenue sans engrais, et souvent avec des procédés de culture pri- 
mitifs, sur un sol qui, parfois, est ensemencé plusieurs années de 
suite en céréales, ou même en blé. Les terres vierges du Baragan ont 
pu supporter quelque temps ce traitement, mais bientôt l'appauvris- 
sement se fait sentir, et, dans un pays agricole, de mauvaises récoltes 
succédant à une série de bonnes années, amènent une crise écono- 
mique. 

1. Notice sur les forêts, d'après la carte n° 24. 

2. Notice sur les forêts. 

3. Données calculées pour L'ensemble de la Roumanie. — Cornu Munteanu. Les 
céréales de Roumanie, pp. 24 et 150. 



299 — 

Ces raisons font une nécessité pour la Yalachie, comme pour toute 
la Roumanie, de perfectionner les procédés de culture et d'accorder 
chaque jour plus d'importance à des formes d'activité économique 
un peu négligées : l'élevage, l'exploitation des forêts, et, enfin, l'in- 
dustrie, qui, malgré l'absence de richesses minérales, comme la 
houille et le fer, peut trouver des éléments dans un pays de popu- 
lation assez dense, riche en chutes d'eau, et possédant en abondance 
le pétrole. 



— 300 



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— 302 — 



TABLEAU III 



Étendues cultivées en Vigne avant et après le Phylloxéra 

1865 et 1892 d'après Crupenski (Asupra agricultura Românieï), 1899 d'après 
la Carta viticola de Nicoleanu. 



DEPARTEMENTS 



Mehedinti 

Gorj 

Vâlcea 

Argeç 

Muscel 

Dânibovita 

Prahova 

Buzeu 

Hâmnicu-Sâra 

Brada 

Jalomijii 

Ilfov 

Vlaçca 

Teleorman.... 

OU 

Romana(i 

Dolj 



1865 


1872 


6.717 


10.511 


2.880 


4.509 


4.194 


8.484 


992 


704 


1.616 


1.658 


1.516 


1.530 


9 169 


2.158 


6.746 


4.392 


3.505 


9.124 


496 


692 


409 


777 


2.805 


4.033 


3.185 


3.285 


4.979 


7.699 


2.802 


2 859 


4 527 


8.897 


5.009 


15.540 



Vignes 
indemnes. 


4.136,5 
7.360,5 

8.824 


1.023,7 

1.250,1 

539,5 

192,3 

1.535 


8.553,3 


683,7 


892,5 


4.264,5 
6.101,9 
9.315,2 


3.463 


8.246 


9.113,3 



1899 

Vignes 
phjlloxérées. 



11.765,5 
68 

824,5 
33 

651,9 
1.905 
13.393,7 
13.515,7 
3.034,7 
48,3 
0,75 
435 
22,5 
4 
261 
1.304 
9.663,7 



TOTAL 



15.912 

7.428,5 
9.648,5 
1.056,7 
1.902 
2.444,5 
13.586 
15.050,7 
11.588 
732 
893,2 
4.699,5 
6.124,5 
9.319,2 
3.724 
9.550 
18.777 



CHAPITRE XX 

La Vie économique de la Valachie. — L'Industrie. 



I. L'industrie spontanée. — II. Commencements de la grande industrie. 
Richesses minières. Le sel. — III. Le pétrole. — IV. L'industrie dans la 
montagne et les grandes villes. 



Une contrée où la population augmente incessamment, qui compte 
une dizaine de villes de plus de 30,000 habitants, dont une atteint 
presque le chiffre de 300,000, ne saurait rester longtemps exclusive- 
ment agricole. La Yalacliie offre ce spectacle toujours curieux d'un 
pays qui traverse la période critique où le commerce et la grande 
industrie s'éveillent. Celui qui pénètre maintenant en Roumanie 
par le col de Predeal ne reconnaît plus la sauvage vallée de la Pra- 
hova, où la descente vertigineuse du train vous emportait sans arrêt 
entre les forêts de sapins et les escarpements pittoresques des Kar- 
pates. Au confluent de deux torrents se dressent les hautes cheminées 
des usines, plus loin la rivière endiguée se précipite en une chute 
utilisée pour éclairer à l'électricité la coquette ville de Sinaïa. Les 
environs de Câmpina, de Baicoiu réservent de nouvelles surprises à 
qui ne les a pas visités depuis une vingtaine d'années. Les vallons 
verdoyants et frais sont convertis en enfers par les exploitations du 
pétrole. On y circule au milieu des tambours des puits d'essai et des 
hautes cheminées des sondes, dans un sol défoncé, noir et puant. 
L'aspect nouveau des ports danubiens, devenus de grandes villes à 
l'aspect occidental comme Brâila, les transformations de Bucarest, 
partout des faits significatifs montrent un pays où s'organise l'acti- 
vité économique. Il faut revenir à la campagne, y retrouver les cos- 
tumes paysans tissés et brodés par les femmes, la boutique de l'au- 



— 304 — 

bergiste épicier, et l'échoppe du tzigane cordonnier ou forgeron, pour 
reconnaître quelle est la situation véritable de la Valachie. C'est celle 
d'un pays qui tend à passer du régime de l'industrie locale à celui 
de la grande industrie. 



Il n'est pas de contrée, si primitive soit-elle, où l'industrie soit 
inconnue, mais elle y prend des formes spéciales en rapport avec les 
besoins plus modestes des habitants et avec la circulation plus diffi- 
cile des produits. Limitée aux métiers manuels qui procurent les 
objets d'usage courant, elle est généralement domestique, corporative 
ou même spéciale à une caste semi-nomade. Telle était l'industrie 
en Valachie, il y a quelques années, et telle on la trouve encore 
presque partout en dehors des centres urbains. 

L'industrie domestique est pratiquée surtout par les femmes. Ce 
sont elles qui confectionnent la plupart des pièces de leur costume. 
C'est à la maison qu'est tissée et cousue la chemise en toile de coton 
ou de lin ; les chemises de cérémonie aux larges manches et au 
col brodé sont confectionnées avec amour' pendant les longues veillées, 
par les jeunes filles et surtout par les fiancées. La marama, le fichu 
brodé dont la paysanne s'enveloppe la tête est aussi un produit de 
l'industrie domestique, de même que le jupon de laine (fusta), et le 
tablier noir à bandes rouges (fota, opreg) qui en tient lieu dans les 
régions montueuses 1 . 

Les pièces du costume qui ne sont pas fabriquées à la maison sont 
achetées chez des paysans qui habitent le village ou bien au bourg le 
plus voisin où se tient tous les huit jours un marché. Il n'est guère 
de commune qui n'ait son cojocar, fabricant de cojocs, de gilets en 
peau de mouton (pieptar) et de caciule. Il n'est pas besoin d'être grand 
clerc pour tailler la feuille de cuir qui, recourbée et munie de lacets, 
forme Yopinca chaussure ordinaire du campagnard. Dans les bourgs, 
les marchands de cojoc, de câciula, de mintean sont généralement 
des paysans qui fabriquent ou font fabriquer sous leurs yeux à peu 
près tout. A Novaci, l'aubergiste qui est le grand personnage de cette 
petite sous-préfecture, utilise la force motrice du Gilortu pour ac- 
tionner des métiers à tisser. 

1. Manolescu. Igiena tëranului, pp. 196, 228-230. 



E. de Martonne. — La Valachie. 



Planche K. 




XXI. — Ancienne exploitation du sel à Slânic. 
Puils de 130 mètres de profondeur. Plis des couches de sel. Stalactites le long des parois. 



— 305 — 

Cette initiative n'a rien de si extraordinaire, si l'on songe que le 
paysan montagnard est habitué à tirer parti de la force vive des eaux 
pour la meunerie et la scierie. Au voisinage de la montagne, les 
moulins et les scieries sont presque aussi nombreux que les auberges. 
Il n'est pas de villageois, ayant sa maison au bord de la rivière et 
ayant mis de côté quelques écus, qui n'en profite pour confectionner 
un canal en bois, porté sur des poutres branlantes et suintant de 
tous côtés, dont la chute d'eau met en mouvement la roue de sa ma- 
chine primitive. Le seul département de Prahova compte d'après des 
statistiques très incomplètes, 226 moulins à eau, 392 fabricants de 
nndrele (lattes qui servent à couvrir les toits l ). 

De même la tuica est fabriquée à peu près par tout le monde. 
D'après les mêmes statistiques, il y aurait 788 distilleries dans le 
département de Prahova, 297 dans celui d'Arges. La mise de fonds 
est peu considérable, le débit assuré dans un cercle très restreint, qui 
souvent ne dépasse pas le village ou même la famille. 

On conçoit aisément que dans un pareil état de choses, les usten- 
siles du ménage soient presque tous de fabrication domestique. La 
terre à poterie ne manque nulle part, et elle suffit à confectionner 
les vases simples usités pour la préparation des aliments, le trans- 
port et la conservation des liquides. Les formes en ont quelque chose 
d'archaïque, et telle paysanne au profil régulier, portant sur sa tête 
la « cana », apparaît au détour du chemin comme une figure antique. 
La plupart des ustensiles sont en bois, surtout dans la région mon- 
tueuse et boisée. C'est de là que vient le nom du menuisier hamband, 
fabricant de la grande huche en bois de hêtre, qui pare la maison 
du dealen un peu aisé. Par contre, c'est surtout dans la plaine que 
la vannerie est en honneur. Les grands roseaux qui peuplent la 
Balta et les dépressions marécageuses de la steppe, servent à confec- 
tionner paniers, vans, nattes et paillassons. 

La plupart de ces objets sortent souvent des mains mêmes de leur 
propriétaire. Dans les grands villages, on les achète à des artisans, 
Ivâ ne cessent pas pour cela de cultiver leur petit champ. Il en est 
de fabrication plus délicate qu'on se procure au bâlcni, à la foire 
voisine. Ceux-là sont l'œuvre de véritables spécialistes, qui tiennent 



1. Robin et Staïcovici. Recueil de statistique roumaine, pp. 104-105, d'après les 
rapports préfectoraux pour 1896-97, qui « diffèrent extrêmement entre eux. On n'en 
peut tirer rien d'homogène. Certains... ne traitent pas de l'industrie. » 

20 



- - 306 — 

boutique et atelier, ou d'ouvriers qui forment une sorte de caste à 
part. 

C'est encore un des caractères curieux de l'industrie rurale spon- 
tanée en Valachie. Ceux qui s'y adonnent exclusivement sont en 
quelque sorte en dehors de la société. Le plus souvent ce sont des 
tziganes, à demi nomades. Le chaudronnier qui confectionne et 
répare la câldare, le chaudron en cuivre indispensable pour cuire la 
mamaliga, ambition de tout jeune ménage; le charron qui remet en 
état la câruta souvent disloquée par les cahots ; le forgeron qui ferre 
les chevaux et les vaches de labour sont presque tous des bohémiens. 
Le paysan construit lui-même sa maison sur le modèle de la maison 
voisine mais là où la pierre est mise en usage pour édifier une école, 
une auberge, ou pour faire le rez-de-chaussée de la maison d'un 
riche villageois, c'est le tzigane qui sera le maçon. On retrouve à 
Bucarest dans les quartiers extérieurs, ces équipes au teint bronzé, 
les pieds nus, vêtus de haillons, les femmes gâchant et transportant 
le mortier, une vieille pipe au coin de la bouche. 

II 

Pour avoir une idée assez exacte des conditions économiques de la 
Valachie il y a trente ans, il suffirait d'arrêter ici ce tableau de son 
activité industrielle. Les changements importants survenus depuis 
n'en ont cependant pas encore fait disparaître les traits essentiels. 

Si l'on considère comme une loi que le développement de la grande 
industrie est lié à la présence de richesses minières, on devra avouer 
que la Valachie n'est pas naturellement destinée à devenir une région 
industrielle. 

Les voyageurs qui traversaient au siècle dernier les provinces 
danubiennes parlent souvent des richesses du sol : l'or, l'argent, le 
cuivre, s'y trouveraient en abondance l . En réalité, l'or était recuelli 
par les tziganes dans les alluvions des torrents descendant des Kar- 
pates. Comme dans les Alpes, comme en Bohême, cette exploitation 
primitive a dû cesser à peu près complètement. La terrasse d'allu- 
vions aurifères de Gremenea et Candesti 2 , les minéraux de la région 

1. Notamment De Baver. Mémoires sur la Valachie, Francfort, 1778. — De- 
midoff. Voyage du prince D... en 1837, Paris, 1840, etc. Voir ces divers témoignages 
réunis par Lahovari. 011 ul, pp. 11 et sqq. 

2. Popovici-IIatzeg. Etude géologique des environs de Sinaïa, p. 199. 



— 307 — 

de l'Oltu et du Lotru, qui traités chimiquement ont donné une teneur 
en or assez importante 1 , permettront-ils de reprendre l'exploitation ? 
c'est ce dont il est permis de douter. Le fer et le cuivre ont certai- 
nement été extraits autrefois des calcaires secondaires traversés 
de filons minéralisés, comme le prouvent les noms de Baïa de fer, 
Baïa de Arama, et les traces d'exploitation encore visibles à cette 
dernière localité. 

L'anthracite de Schéla dans les monts du Yulcan 2 , les lignites de 
Margineanca (dép. Dâmbovij;a) qui donnent plus de 10.000 tonnes 
par an, celles de Filipesci de P a dure (Prahova), de Brândusu et 
Piscu eu Braz 3 , paraissent être des combustibles d'une réelle valeur, 
mais s'il est possible qu'on découvre de nouveaux gisements de 
lignite tertiaire, il est peu vraisemblable qu'on trouve jamais de quoi 
soutenir l'industrie locale sans l'apport de houilles étrangères. 

Il en est un peu de même pour les matériaux de construction. A 
part les belles carrières de grès de Gura Yâi, découvertes par Hun- 
tinger en 1881 4 et les lentilles de calcaire cristallin de la vallée de 
l'Oltu 5 , on ne trouve guère en Valachie de roches assez bien litées 
et assez solides pour se prêter à une exploitation systématique. Le 
paysan cependant attaque un peu partout le sol. Il n'est pas de lit de 
torrent d'où l'on ne tire ou n'ait tiré des cailloux et du sable, pas 
d'escarpement rocheux qui n'ait fourni quelques mauvais moellons. 
Chacun ouvre et abandonne l'exploitation suivant ses besoins 6 et 
malgré la loi de 1895 qui a cherché à réglementer les conditions 
d'extraction, il est encore difficile de se rendre compte exactement 
de l'état des choses. 

Les monts du Bucegiu où les calcaires secondaires affleurent lar- 
gement et où la population s'avance plus loin que partout ailleurs 
à l'intérieur de la montagne, abondent en fours à chaux et en petites 

1. C. Alimanesteanu. Le sous-sol de la Roumanie, pp. 20-21. 

2. L. Mrazec. Ueber die Anthracitbildungen des S. Abhanges der Sûdkarpaten, 
Ak. Wiss. Wien, 19 déc. 1895. — A. de Saligny. Sur l'anthracite de Skéla. 

3. Alimanesteanu. Combustibili minerali în România, 1896. — Puscaru et Filiti. 
Statistica industriel minière clin tara afarâ de cariere, Serviciul Minelor, Bue, 
1899. 

4. Slatistica carierelor din tara, Bull. Min. Agric. Supplément, 1898, p. 22. 

5. Ces lentilles ont été découvertes et mises en exploitation tout récemment lors 
de la construction de la voie ferrée, encore inachevée. 

6. Statistica carierelor, p. 21. 



— 808 — 

carrières, dont les produits sont utilisés dans la commune même on 
dans la ville voisine et dont les ouvriers sont des paysans qui s'é- 
chappent au moment de la moisson 1 . Dans toute la Valachie c'est de 
Dobrodgea qu'on fait venir la pierre à bâtir pour les grandes cons- 
tructions. Pour les ponts du défilé de Lainici on amenait de Transyl- 
vanie les blocs de trachyte traînés sur des chars à bœufs. 

Les sources minérales, qui abondent dans les Karpates, sont 
encore une ressource matérielle dont a beaucoup parlé récemment. 
Les sources chaudes et sulfureuses de Bivolari et Grura Sireului 
(Buzeu) les eaux de Câciulata, de Govora, Slanic, Sârata, Munteoru, 
ont été justement vantées 2 . Mais à part le grand hôtel (le Calima- 
nesci, près Râmnicu-Vâlcea, qui regorge de monde pendant les mois 
d'été, on n'a jusqu'à présent bien peu fait pour tirer de ces sources 
ce qu'elles pourraient donner. 

En réalité, les seules vraies et solides richesses du sous-sol de la 
Yalachie sont le sel et le pétrole. 

L'exploitation du sel date de très loin. Nul doute que les Romains, 
qui exploitaient le sel de Vizakna près Hermannstadt, connaissaient 
quelques-uns des gisements de Valachie. Les plus anciens récits de 
voyage et les documents d'archives parlent des revenus des mines de 
sel 3 . Les razzias des Turcs avaient aussi souvent comme point ter- 
minus les salines d'Ocna, que la foire de Rîureni 4 . 

Le sel se trouve un peu partout dans la région des collines de 
Munténie. Ses conditions de gisement ont été étudiées récemment 
avec le plus grand soin 5 . On a reconnu que, loin d'être limité à 
l'helvétien comme on le croyait 6 , le sel se rencontre aussi bien dans 
l'oligocène que dans le miocène. La zone large de 30 à 40 kilomètres, 
le long de laquelle se répartissent les affleurements, est la fin de 

1. D'après les rapports préfectoraux, le département de Prahova compte 361 fouis 
à chaux, 12 fabriques de ciment hydraulique (Robin et Staïcovici, op. cil., p. 104). 
D'après la Statistica carierelor (pp. 97-08), le département de Muscel compte 3 car- 
rières de calcaire classées, dont les produits sont utilisés dans la commune même. 

2. Alimanesteanu. Le sous-sol de la Roumanie, pp. 10-20. Les sources minérales 
ont à peu près partout été relevées exactement dans les dictionnaires géographiques 
départementaux de la Soc. Géogr. Roum. 

3. Alimanesteanu. Le sous-sol de la Roumanie, cf. Bull. Soc. Inginerilor, 1808. 

4. Lauovari. Oltul, Bul. Soc. Geogr. Rom., XII, 1801. 

5. L. Mrazec et J. Teisseyre. Le sel de Roumanie, Monopoles de VEtat, Bue, 1000. 
Article reproduit avec quelques additions, plusieurs figures et une carte in Monit. 
des Intérêts pétrolières roumains, 1002. 

6. Sabba Stefanescu. Etude sur les terrains tertiaires de Roumanie. 



— 309 




— 310 — 

cette longue bande salifère qui commence en Galicie et se poursuit 
à travers la Moldavie en longeant le pied des Karpates. Le sel se 
présente, tantôt en couches minces irréguiières, tantôt en lentilles 
énormes, souvent déplacées par des dislocations tectoniques. Ces 
massifs puissants, d'une épaisseur qui va jusqu'à 300 mètres et plus, 
sont seuls exploités actuellement à Slanic, Doftana et Ocnele Mari, 
l'extraction et le commerce du sel étant en Roumanie monopole de 
l'Etat. 

D'après les analyses de M. Istrati l , la pureté de ce sel défierait 
toute comparaison, le chlorure de sodium y représente de 98 à 99,9 
du poids total. Le gypse et l'anhydrite y sont très rares. Les couches 
compactes à grain fin blanc, gris ou noirâtre, sont plissées en plis 
serrés recoupés par des failles, et traversées d'ondulations orthogo- 
nales (fig 43). Ces dislocations sont sans relation avec la tectonique 
des formations encaissantes, et se manifestent surtout dans les mas- 
sifs anticlinaux 2 . 

L'exploitation se faisait d'abord au moyen de puits qui s'enfoncent 
jusqu'au cœur du massif et d'où rayonnent des galeries (v. pi. K). 
A Ocna, on y a substitué un couloir de dégagement horizontal de 
près de 1 kilomètre, débouchant dans une vallée. Le treuil à vapeur 
a remplacé partout l'antique manège à chevaux ; les machines à 
couper le sel, mues par l'air comprimé débitent des blocs cubiques 
réguliers de 60 kilog. L'électricité illuminant les grandes salles étin- 
celantes donne un aspect fantastique à ce monde souterrain. 

Le produit de l'extraction des trois salines de Valachie est en 
moyenne de 80,000 tonnes, dont la plus grande partie est con- 
sommée en Roumanie, et dont un tiers environ est exporté au prix 
de 35 à 40 francs la tonne en Bulgarie et en Serbie, et de 40 francs 
en Russie. Nul doute que la production pourrait être plus considé- 
rable. L'exploitation du sel ne contribue en tout cas aucunement à 
former une population industrielle, car l'Etat y emploie comme 
ouvriers les condamnés au bagne. 



1. Istrati. Le sel des salines de Roumanie. 

2. Sur tout ceci, voir Mrazec et Teisseyre, op. cit. 



— 311 — 

III 

Il en est autrement du pétrole, qui, depuis plusieurs années surtout 
a contribué à éveiller dans toute une partie de la Valachie, une véri- 
table fièvre chez une population jusque-là si insouciante de tout ce 
qui ne touchait pas à l'agriculture . 

Avant d'avoir aperçu les cheminées des sondes, entendu les siffle- 
ments des machines et senti l'odeur caractéristique des puits d'extrac- 
tion, on peut aisément s'apercevoir qu'on est arrivé dans une région 
pétrolifère. Les conditions de la vie rurale sont changées. Tout est 
plus cher : guides, chevaux, provisions, logement, coûtent le triple 
ou le quadruple. Et ici, il n'est point question de discuter. Le paysan 
regarde l'étranger avec méfiance, et en attendant de lui vendre peut- 
être son champ, ne songe qu'à lui faire tout payer le plus cher pos- 
sible ; il sait qu'on ne lui refusera rien, que l'ingénieur ne regarde 
pas à l'argent, tient à se faire des amis de tout le monde. Dans les 
villages voisins d'exploitations régulières, on trouve une population 
hétéroclite, où il y a des Juifs, des Italiens terrassiers, des ouvriers 
et contremaîtres Polonais ou Allemands ; même des paysans que 
l'appât du gain a décidé à abandonner leur champ, les uns pour une 
saison seulement, les autres pour plus longtemps *. 

La statistique des puits de pétrole montre qu'un grand nombre 
appartiennent encore à des paysans qui les exploitent pour leur 
propre compte. Ce sont les moins bien tenus, et les moins productifs. 
Leurs propriétaires n'ont généralement pas de registres, et l'on ne 
peut savoir qu'approximativement ce qu'ils en tirent. Il en est qui 
raffinent eux-mêmes le pétrole et écoulent un produit nauséabond et 
dangereux dans les villages voisins, sans aucun contrôle possible. 
L'ingénieur qui se présente pour obtenir des renseignements est 
regardé comme un espion, accueilli avec méfiance et obséquiosité. 
La transformation brusque d'une population agricole en une popu- 
lation industrielle n'est pas le fait le moins curieux qu'offre la situa- 
tion économique actuelle de la Valachie. 

La zone du pétrole est à peu près la même que la zone salifère, 
c'est la région des collines tertiaires de Munténie, spécialement à 
l'E. de la Prahova. La carte des centres d'exploitations actuels, 
dessine à peu près deux zones, l'une au contact des hautes Karpates 

1. Statistica industriel minière din tara, Serviciul minelor, Bue, 1899. 

La Société Steaua Româna a créé une école de maîtres sondeurs pour les paysans 
roumains, qui promettait de donner de bon résultat. Il n'a pas malheureusement 
été donné suite à cette tentative. 



— 312 — 

et de la région des collines avec la région de Câmpina-Vâleni et les 
exploitations moins importantes du Buzeu, l'autre au contact de la 
région des collines et de la terrasse diluviale, avec Baicoiu et Glo- 
deni. La première était connue déjà depuis longtemps, on y signalait 
dès le début du siècle des sources de pétrole. En 1835, un puits foré 
à Pacure^i (Prahova) donnait 23 tonnes par an 1 . Mais c'est seu- 
lement depuis trente ans que les recherches géologiques de Fuchs, 
Sarassiii, Coquand et autres, ont précisé un peu les conditions du 
gisement 2 et c'est dans les dernières années que l'exploitation s'est 
élevée jusqu'à faire de la Yalachie un des premiers pays producteurs 
de pétrole. 

Si les études scientifiques n'ont pas résolu la question si contro- 
versée de l'origine du pétrole, elles n'ont révélé aucun fait suscep- 
tible de rendre un regain de vogue à la théorie généralement aban- 
donnée maintenant de l'origine interne. Elles ont montré que les 
horizons pétrolifères existent dans presque toutes les couches ter- 
tiaires, mais particulièrement dans le néogène, où la relation du 
pétrole avec le sel est frappante. Leur richesse qui va généralement 
en augmentant avec la profondeur est aussi plus grande dans les 
régions fortement disloquées, si bien qu'il est souvent impossible de 
savoir à quelle profondeur on retrouvera un horizon dont on a reconnu 
la richesse. La région de Baicoi a révélé à cet égard des faits éton- 
nants. En général c'est dans les anticlinaux que sont localisées les 
venues pétrolifères les plus abondantes mais les plis néogènes sont 
presque toujours renversés, souvent étirés, parfois complètement 
laminés 3 . 

Il est très difficile de prévoir l'avenir d'un puits. Les rendements 
sont généralement faibles, comparés aux autres régions pétroli- 
fères, mais les poches paraissent innombrables. La présence de 
sources n'est pas toujours un signe de la richesse d'une région ; 
elles avertissent souvent au contraire de l' épuisement d'une poche 
voisine de la surface. Les puits jaillissants sont relativement rares. 
On en a eu pourtant des exemples fameux : telle la sonde n° 12 
de la Steaua Româna à Câmpina, dont l'éruption dura plusieurs 

1. F. Hue. Au pays du pétrole, p. 126. 

2. La bibliographie du pétrole, jusqu'à 1880, se trouve très complète dans Gouli- 
chambaroff. Versuch einer allgemeinen Bibliographie der Petroleum Industrie, 
1 er Teil., St Petersburg, 1883. Pour être renseigné rapidement, voir Jaccard. Le 
pétrole, l'asphalte et le bitume, in-8°, 202 p., Paris, 1805. En ce qui touche la Rou- 
manie, Tietze. (/aftrb. K. K. Geo}. 11. /t., 1883, p. 381) et Suess. La face de la terre, 
t. I, renseignent suffisamment la période des recherches scientifiques s'étendant 
autour de 1870-1880. 

3. L. Mrazec. Distribution géologique des zones pétrolifères en Roumanie. Monit. 
d. Intêr. pélrolii. Roum., 1002. 



— 313 — 

semaines, formant un lac de pétrole de plusieurs hectares, et secouant 
au souffle du vent son panache de fumée à une hauteur de plus 
de 50 mètres. Pendant 39 jours, la production fut de 7 wagons 
par vingt -quatre heures. Ce ne sont pas toujours là les puits les 
plus productifs, ils s'épuisent rapidement. On compte que la durée 
moyenne d'une sonde est de quatre à cinq ans. 




Figure 44. — Exploitations de pétrole à Bustenari près Baicoi 
(Dessin d'après une photographie). 
Puits de recherche avec le soufflet (F) qui aère le puits, le miroir (M) qui renvoie 
la lumière à l'intérieur. H : hârdae, tonneau servant à remonter le pétrole. Dans 
le fond on voit une cheminée de sonde. 

Le mode d'exploitation est resté encore en bien des endroits très 
primitif. On commence par creuser des puits de recherche en grand 
nombre. Chaque puits, d'un diamètre de l m 50 est creusé par un 
seul ouvrier. Yêtu d'une chemise de toile grossière, coiffé d'un casque 
en fer-blanc pour protéger sa tête contre la chute des pierres, 
l'homme, muni d'une pelle et d'une pioche, descend à cheval sur le 
seau qui sert à remonter les déblais, et dont la corde s'enroule sim- 
plement sur un tambour en bois. A partir de 15 mètres de profondeur, 
l'air est rendu irrespirable par les émanations de gaz. L'aération est 
fournie par un grand soufflet mu par un homme et placé à l'orifice 
(foale) la lumière est renvoyée par un miroir (v. fig. 44). Après 
deux heures de travail, l'ouvrier remonte noir et puant. Quand le 
pétrole commence à arriver, sa situation peut devenir dangereuse. 



314 




Figure 45. — Exploitation de pétrole à Bustenari près Baicoi 

(Dessin d'après une photographie). 

On voit Yecna, tambour mû par un cheval autour duquel s'enroule 

la corde du puits. 



Beaucoup de puits restés entre les mains de paysans n'ont pas d'ins- 
tallation pins perfectionnée. On les pousse jusqu'à 200 mètres sans 
boiser plus de la moitié ; l'ouverture est carrée, ayant de 1 mètre à 
l m 20 de large. Le pétrole est ramené à la surface dans de petits ton- 
neaux [Jvïrdae) contenant de 25 à 100 litres, ou dans des sacs en peau 
de même contenance. La corde s'enroule autour d'un tambour (ecna) 
mû par un cheval (fig. 45). Lorsqu'il y a ensablement, inondation, 
ou que la pocbe paraît tarie, on creuse à côté. Le grand nombre des 
poclies productives favorise beaucoup cette exploitation de détail. 
D'après la statistique minière, le nombre des exploitations est en 
Valachie de 132, le nombre des puits productifs de 554 et celui des 
sondes productives de 28. Le rendement en pétrole brut monte à 
124,010,933 kilog. I , ce qui donne environ 94,000 kilog. par exploi- 
tation et 21,260 kilog. par puits ou sonde productifs. Si Ton fait 
entrer en ligne de compte les puits et sondes improductifs, on voit que 
le rendement moyen d'un puits ou sonde n'est que de 11,230 kilog. 

1. Voir Puscaru et Gr. Filiti. Statistica industriel minière din tara, Bue, 1890. 
C'est à cette publication officielle que sont empruntés (parfois avec des inexacti- 
tudes) les chiffres qu'on trouvera dans Coucou. Sur les pétroles roumains, Paris, 
1900 (Congrès du pétrole-, et Crémer. Notice sur l'exploitation des pétroles rou- 
mains, Paris, 1900 (Expos. Univ.). Voici le détail par départements (A puits pro 
ductifs, A' puits improductifs, B sondes productives, B' improductives) : Dâmbovita 
A 107, A' 35, B et B' ; Prahova A 360, A' 434, B 24, B' 37 ; Buzeu A 87, A' 3, B 4, 
B' 10. 



— 315 — 

Les déboires causés par les puits stériles ou vite épuisés seraient 
plus facilement supportés par de gros capitaux que par de petites 
fortunes. Déjà quelques symptômes font prévoir une crise économique 
comme résultat de la fièvre du pétrole 1 m Les grandes sociétés, en 
majeure partie constituées avec des capitaux étrangers surtout an- 
glais et hollandais, tendent de plus en plus à accaparer tous les 
terrains pétrolifères. C'est d'ailleurs à elles qu'on doit les exploita- 
tions bien installées telles qu'on peut en voir à Câmpina, avec réser- 
voirs, conduites, sondes, pompes à vapeur. On emploie généralement 
le système d'extraction canadien, mais des tentatives heureuses ont 
été faites aussi pour appliquer le système de l'air comprimé. 

Les voies ferrées de Ploiesti-Predeal et Ploiesti-Slanic sont pour 
beaucoup dans l'activité qui règne autour des vallées de la Prahova 
et du Teleajen. La stagnation de la région du Buzeu est due surtout 
à l'absence d'un chemin de fer. Le transport est en effet la grande 
difficulté pour les exploiteurs de pétrole. Quelques sociétés ont 
des conduites amenant le pétrole en gare 2 , mais les prix de trans- 
port par voie ferrée jusqu'à Bucarest et jusqu'aux ports danubiens 
sont encore trop élevés, les wagons-citernes trop peu nombreux. Tant 
qu'on n'aura pas construit la pipeline projetée aboutissant à Galaji 
ou Constanta, on risquera de voir se reproduire des crises comme 
celle de 1899 où la pléthore et le manque de débouché firent tomber 
le prix du pétrole brut en chantier à fr. 90 les 100 kilog. 3 . 

Pour pallier dans une certaine mesure à ces inconvénients, les 
raffineries tendent à s'établir le plus près possible du centre d'exploi- 
tation. Mais si l'on peut avoir des usines bien outillées et donnant 
de bons produits, à Bucarest, Ploiesti, Buzeu, on ne peut que déplorer 
la multiplication des petites raffineries qui livrent des pétroles dan- 
gereux et mal épurés. Pour 132 exploitations produisant 124 millions 
de kilogs en Valachie, il y a 59 raffineries qui livrent par an 
84 millions de kilogs de pétrole 4 . On estime que plus de 50 devraient 
être fermées 5 ; circonstance d'autant plus fâcheuse que le pétrole 

1. Voir Moniteur des intérêts pétrolières roumains, passim. 

2. D'après Coucou (Sur les pétroles roumains), il y aurait en 1898 environ 
100 km de pipeline dans toute la Roumanie. 

3. Alimanesteanu. Le sous-sol de la Roumanie, p. 13. 
1. Slatistica industriei minière. 

5. Alimanesteanu, op. cit. 



__ 31G — 

roumain est d'après des analyses comparatives un des plus riches en 
matières éclairantes. Il donne 81 % d'huile lampante dont 61 % 
de première qualité l . 

Un emploi nouveau du pétrole comme combustible, a été inauguré 
récemment et semble appelé à un grand avenir. Les résidus de la 
distillation fournissent une matière ininflammable au-dessous de 
100° et qui, projetée à l'aide de pulvérisateurs sur les lignites brûlés 
dans des chaudières spéciales, leur donne une puissance calorifique 
égale ou même supérieure à celle du Cardifï. Cette combinaison 
permet d'utiliser les lignites valaques et réalise une économie de 
plus de 20 % 2 . 

La plus grande partie du pétrole raffiné est consommé en Rou- 
manie. La part des exportations est encore assez faible sauf pour les 
benzines qui gagnent l'Allemagne et la Suisse par la voie du Danube. 
C'est aussi la même voie que suit le pétrole brut transporté dans des 
tanks, bateaux spéciaux hermétiquement clos, pour être raffiné en 
Allemagne 3 . 

Si, avec une richesse en principes utiles très supérieure à celle des 
pétroles américains, et un prix inférieur même à celui des pétroles 
de Pensylvanie 4 , les pétroles roumains tiennent encore peu de place 
sur le marché international ; la cause en est certainement dans le 
défaut d'organisation de la production, et dans l'insuffisance des 
débouchés. 

1. Les pétroles du Canada no donnenl que 69 % (1" qualité 50), ceux de Pensyl- 
vanie (37 % (l rc qualité 47), ceux do Bucovine H % (1" qualité 25), ceux du Caucase 
59 % (1" qualité 40), Crémer, op. cit., p. 5. 

2. Y. Le pétrole comme combustible, Monit. des intérêts pétrolières roumains, 
1901, pp. 1040-1044; cf. Crémer. Notice sur l'exploitation des pétroles roumains, 
pp. 8-9. 

3. On ne peut avoir de chiffres pour la Valachie. Mais sa part est certainement 
prépondérante dans l'exportation des pétroles bruts, évaluée pour 1900-1901 à 
'.').1?1 tonnes, comme dans celle des benzines et du pétrole lampant, 26.513 
tonnes [Monit. des intérêts pétrolifères roumains). Ces relations avec l'Allemagne 
par le Danube expliquent l'émotion suscitée par les projets d'interdicton de la 
circulation <\\\ pétrole brut sur le Danube, élaborés à Vienne, dans le but de pro- 
téger Le pétrole de Galicie [Monit. des Infér. pétrol., n° 45). 

4. Prix du gallon (2 kg. 941 gr.) : Pensylvanie 15 centimes, Galicie 25 c, Rou- 
manie 12 c. L/2. Seul le pétrole de Russie esl meilleur marché (5 c), mais 'sa situa- 
lion commerciale n'esl pas beaucoup meilleure que celle du pétrole roumain 
[Mon. des Intérêts pétrolifères roumains, 1902, p. 137, d'après The petroleum in- 
duslruil and technical Review, 



— air — 



IV 



Quel que soit l'état de l'industrie du pétrole en Valachie, la pro- 
duction est telle qu'on peut prévoir un développement de plus en 
plus grand de l'activité économique dans un pays jusqu'à présent 
étranger à tout ce qui n'était pas culture du sol. Les changements 
qui en sont la conséquence, sont géographiquement limités à la région 
des collines entre le Buzeu et la Dâmbovita. Le retentissement s'en 
fait cependant sentir plus loin et l'activité éveillée de Ploiesti à 
Uâmpina a gagné les populations de la haute Prahova. 

La force vive des eaux commence à être ici l'objet d'une exploi- 
tation sj-stématique. Déjà à Sinaïa, la sauvage Prahova est canalisée 
et donne de l'électricité, dont une partie sert à éclairer la ville, et dont 
la plus grande partie est transportée à plus de 30 kilomètres pour 
activer les machines des sondes à pétrole de la Steaua Roman a à 
Bustenari. Plus haut, dans un site pittoresque où l'homme n'avait 
jamais songé à s'établir avant le commencement de ce siècle, se 
trouve un des centres industriels les plus importants de la Valachie. 

Une verrerie fondée en 1880, occupe 250 ouvriers ; une fabrique 
de draps a construit, à côté de ses vastes bâtiments, tout un village 
composé de maisonnettes régulières qui abritent ses 400 travailleurs. 
Un peu plus loin, 70 ouvriers sont employés à une fabrique de ciment 
hydraulique. Ur_e grande fromagerie, une fabrique de saucissons ont 
pu s'établir à côté. Si la plupart des verriers sont allemands, la moitié 
des ouvriers drapiers sont roumains l . 

Cet éveil de l'activité industrielle en pleine montagne est assez 
significatif. Eloignée des pays houillers, la Valachie a dans ses mon- 
tagnes la source inépuisable d'énergie des chutes d'eau. Si la voie 
ferrée de la Prahova a permis à tant d'industries de se transporter 
au cœur d'une région déserte il y a cinquante ans, il semble qu'on 
doive attendre beaucoup de l'achèvement de la voie en cours d'exé- 
cution le long de la fertile vallée de l'Oltu et de la construction de 
la voie projetée le long du Buzeu. 

En attendant la réalisation de ces espérances, l'industrie propre- 
ment dite est limitée en Valachie, en dehors de la région pétrolifère, 
aux seules grandes villes. Des agglomérations urbaines comme Bu- 
carest (290,000 habitants), Ploiesti (42,000), Brâila (58,000), ne 

1. Marele Dictionar Geografic al României, article Azuga. 



— 318 — 

peuvent subsister, même dans le pays le plus primitif, sans appeler la 
grande industrie. Elles ont trop de besoins inconnus aux agglomé- 
rations rurales. Pour les satisfaire l'étranger peut bien envoyer 
quelque temps ses meubles, ses confections, ses boissons spiritueuses, 
ses livres, ses papiers, sa bijouterie ; mais bientôt il ne suffit plus aux 
demandes. L'idée vient d'ailleurs naturellement à quelques commer- 
çants de fabriquer pour leur compte et sur place les objets qu'on fait 
venir de loin, dans l'espérance de réaliser un bon bénéfice, tout en les 
cédant à meilleur 1 compte que leurs concurrents. On fait d'abord venir 
des ouvriers étrangers, mais peu à peu les besoins augmentent, le 
mouvement gagne la population indigène. Ainsi s'organise insensi- 
blement tout un mouvement industriel. 

A Bucarest, Craïova, Ploiesti, on compte maintenant de grandes 
papeteries, des tanneries, des forges et ateliers de machines agricoles, 
d'importantes fabriques de meubles, des usines de produits chi- 
miques, etc. Les deux tiers au moins des capitaux engagés sont 
étrangers 1 . 

Les boissons spiritueuses qu'exigent les grandes villes sont de plus 
en plus fabriquées sur place. A Bucarest, les trois fabriques de Bra- 
gidir et Oppler fournissent près de trois millions de litres 2 . L'in- 
dustrie s'empare aussi des produits du sol comme les céréales, qui 
sont livrées à meilleur compte à l'exportation dans les ports danu- 
biens, transformés en farines. A Brâi.a, Gaiati, des moulins perfec- 
tionnés employant 1,358 ouvriers, donnent 125 wagons de 
10,000 kilog. de farine 3 . 

Tel est le mouvement de l'industrie naissante en Valachie. A la 
petite industrie locale, domestique et corporative, qui subsiste dans 
la plus grande partie du pays tend à se substituer, ou plutôt à se 
surajouter, la grande industrie moderne qui se porte vers la région 
minière et montagneuse et se localise dans la plaine autour des 
grandes villes. 



1. Robin et Staïcovici. Recueil de statistique roumaine, pp. 92-94, d'après Bull. 
Min. Dom. IV, Av. 1803. 

2. Robin et Staïcovici, op. cit., p. 97. 

3. Robin et Staïcovici, p. 91. 



CHAPITRE XXI 

Les Villes de la Valachie. 



I. Position des villes en Valachie. Les villes karpatiques. — II. Les villes danu- 
biennes, les villes-carrefour de la plaine. — III. Caractère des villes valaques : 
la vieille ville orientale, Craïova ; la ville moderne, Brâila ; types de tran- 
sition Ploiesci : Bucarest. 



Dans toute contrée où la civilisation a atteint un niveau assez 
élevé, l'étude clés villes peut être considérée comme le couronnement 
et le résumé de l'analyse des conditions géographiques. Organismes 
compliqués et délicats, dont l'existence dépend des faits physiques, 
autant que des faits politiques, de l'histoire du sol autant que de 
celle des hommes, elles sont l'expression la plus élevée de la vie 
économique. Leur position, leur importance, leurs aspects, sont la 
conséquence et comme le signe des caractères les plus essentiels du 
pays. 

La Yalachie, dont la surface est de 77,000 kilomètres carrés, et la 
population, de 3,800,000 âmes, compte 15 villes de plus de 10,000 ha- 
bitants, 6 de plus de 20,000, 5 de plus de 40,000, une de près de 
300,000 (Bucarest, 282,071). La proportion de la population urbaine, 
en ne comptant que les villes de plus de 10,000 habitants, n'est que 
de 19 %. Peu de petites villes, mais, en revanche, un nombre de 
grandes villes très supérieur à tout ce que l'on rencontre dans la 
péninsule balkanique, telle est la caractéristique de la Yalachie ; 
et l'on peut y voir le reflet fidèle de la nature d'un pays où la vie 
urbaine est de date récente, où la population est encore presque 
exclusivement agricole, mais où l'activité économique s'éveille, s'or- 
ganise, et se développe, en quelques points, avec une remarquable 
rapidité. 



320 — 



Le groupement des villes valaques est assez net. La plupart sont 
alignées sur deux files longeant le Danube et le bord extérieur des 
Karpates ; les villes de plaine, qui sont d'ailleurs les plus impor- 
tantes, apparaissent isolées, comme Craïova et Bucarest. On recon- 
naît facilement, dans cette disposition, l'influence de la voie com- 
merciale du Danube et des routes transkarpatiques. Si l'on veut 
serrer de plus près l'analyse, en essayant de trouver la raison de 
la position de chaque ville, on s'apercevra que la Yalachie n'est 
pas de ces pays où les causes physiques déterminent seules l'empla- 
cement des centres urbains. 

A la vérité, le seul cas où le relief dicte, d'une façon indiscutable, 
le choix d'un emplacement, est celui où la ville est d'abord un refuge, 
un oppidum, ou se groupe autour d'une citadelle. Si le type de la 
ville-forte et de la ville- citadelle est fréquent, en bien des pays, on 
n'en connaît aucun exemple en Yalachie. Ce pays, si souvent par- 
couru par les armées ennemies, n'a pas cherché à se défendre par des 
fortifications. Au temps où la civilisation féodale couvrait l'Europe 
occidentale de burgs, la Yalachie, très peu peuplée, était parcourue 
par des bandes nomades. D'ailleurs, les positions fortes naturelles 
y manquaient. La rive danubienne est plate ; à l'intérieur, les éperons 
détachés par l'érosion des collines tertiaires, sont formés de couches 
trop meubles, pour qu'on puisse y asseoir en sécurité un château. 
Ce n'est que dans la montagne qu'on montre encore, perchées sur des 
rocs inaccessibles, des ruines qu'on appelle Cetatea lui Tepes, Cetatea 
N eamtului, etc. Ces nids d'aigles ne pouvaient grouper autour d'eux 
aucune population. 

Les villes valaques appartiennent à un type tout différent. On les 
trouve, en général, là où la population est le plus dense. Ce sont des 
villes-marchés ou des villes-carrefours, qui doivent leur naissance 
à l'établissement d'une foire, ou au commerce, qui tend toujours à 
se localise]* au croi sèment des grandes routes. Les unes et les autres 
dépendent, avant tout, de la position des voies de communication. 
Or le relief du sol de la Yalachie, avec ses vastes plaines s'étendant 
de l'E. à l'O., et ses larges vallées N.-S. découpant la masse des 
collines tertiaires, permet la circulation aussi bien dans le sens 
longitudinal que dans le sens transversal. Les seuls obstacles qu'elle 



— 321 — 

y oppose sont le Danube et les Karpates. C'est là que les conditions 
physiques reprennent leur empire, et qu'on voit la ville s'établir au 
point où le passage du fleuve est le plus aisé, à l'endroit où la péné- 
tration dans la montagne offre le moins de difficulté. C'est même là 
que les centres urbains seront le plus nombreux, car, partout ailleurs, 
aucune loi naturelle ne commande le groupement de la population 
à un endroit plutôt qu'à un autre. 

La situation des villes de la bordure karpatique justifie ces 
remarques. Elles commandent une vallée traversant la chaîne de part 
en part, comme Târgu Jiu, à l'issue de la percée du Jiu, Râmnicu 
Valcea, à celle de l'Oltu, Buzeu, à celle du Buzeu; ou marquent le 
débouché d'une vallée qui conduit à un col fréquenté, tels Pitesci et 
( ampullung, sur la route du col de Bran vers Kronstadt, tel Ploiesti, 
occupant le carrefour des routes de la Prahova, par Predeal, et du 
ïeleajen, par le Bratos. Placées au contact de régions naturelles 
d'aspect et de ressources variées, elles sont aussi des villes-marchés, 
où, de temps immémorial, se concentre le commerce local en rapport 
avec l'agriculture et l'industrie domestique. 

Ces villes sont les plus anciennes de la Yalachie. Pâmnicu-Saxat 
date du XV e siècle x ; Buzeu existait déjà, comme ville et comme 
marché, sous Alexandre Bassarab 2 . C'est dans de vieilles villes épis- 
copales, comme Râmnic, dix fois pillée par les Turcs, ou d'antiques 
cités commerçantes, comme Câmpullung, première capitale de la 
principauté valaque, et restée longtemps une sorte de petite 
république autonome 3 ; c'est dans ces anciennes métropoles, dont 
quelques-unes sont déchues au rang de village, comme Curtea de 
Arges, que sont tous les souvenirs artistiques et historiques d'un 
pays tant de fois ravagé 4 . C'est là que s'est développée et que se 
conserve encore le mieux cette activité commerciale, particulière 
aux pays agricoles, et qui se manifeste par les marchés (târg) et les 
grandes foires (balciu). 

Le grand balciu de Baureni, près de Râmnic, celui de Dragaica, 
aux portes de Buzeu, dont parlaient déjà les chrisov des Bassa- 



1. G. Danescu. Dict. Géogr. Jud. Râmnicu-Sârat, p. 420. 

2. Iorgulescu. Dict. Géogr. Jud. Buzeu, article Buzeu (excellente notice his- 
torique). 

3. Voir plus haut, chap. XI. 

4. Eglise de Curlea de Arges, de Câmpullung, etc. 

21 



— 322 — 

raba ', ont été long-temps célèbres. C'étaient de véritables marchés 
internationaux, où le pays voisin venait s'approvisionner pour une 
année de tout et 4 que L'industrie locale ne pouvait produire. Les 
marchands allemands de Transylvanie, connus encore sous le nom 
de Lipscani, parce qu'ils étaient censés venir du fond de la tara 
nemfesca, de Leipzig, les juifs polonais et les Saxons de Kronstadt, 
en étaient les principaux pourvoyeurs. Le spectacle du bâldu, qui 
se tient encore à Biureni au 8 septembre, et met en effervescence 
tous les environs, jusqu'à Horezu et Bàbeni, ne rappelle que de loin 
l'ancienne importance de cette foire, où l'on trouvait à la fois les 
outils et les objets de fer importés de Transylvanie, les costumes 
paysans de Kronstadt, les peaux travaillées, les chevaux de race et 
les vaches hongroises, à côté des modes et confections de Vienne. 
En dix jours, on y faisait pour plus de 500,000 francs d'affaires 2 . 

Après la ruine des petits boyards campagnards et la spoliation des 
couvents, qui étaient les meilleurs clients du bdlciu, le dévelop- 
pement des chemins de fer est en train de porter le dernier coup aux 
grandes foires, qui ne subsistent guère que comme marchés de che- 
vaux et de bêtes à cornes. Mais l'activité commerciale éveillée ne 
s'est pas endormie. Le magasin a remplacé le bazar, la maison la 
tente mobile. Sans doute, tous les anciens centres n'ont pas eu la 
même fortune ; les marchés, plus nombreux ici que partout ailleurs, 
à cause de la difficulté des communications dans une région mon- 
tueuse et boisée, n'ont donné naissance à une ville importante, qu'au- 
tant qu'ils occupaient un carrefour ou commandaient un passage 
menant à une cité d'au delà des Karpates. 

. On ne saurait trop insister sur l'influence exercée sur le dévelop- 
pement de la Yalachie par de vieilles villes comme Kronstadt, où la 
race germanique a créé, depuis des siècles, un foyer d'activité indus- 
trielle et commerciale. L'antique renommée de Brasov (Kronstadt), 
célèbre jusqu'au fond de la Bulgarie 3 , vit encore dans le souvenir 
du paysan valaque, pour' lequel les Brasovenie sont préférables aux 
produits de l'industrie nationale. Elle explique l'importance de pas- 
sages comme les cols de Bran et de Predeal, et l'établissement néces- 
saire de viUes à leur débouché. 

1. Dictionnaire dép. Buzeu, article Buzeu. 

2. I. Lahovary. Ollul, \oc. cit. 

3. Jirecek. Das Fùrstentum Bulgarien, pp. 210-220. 



— 323 — 

Plus ancienne est encore la route de l'Oltu. C'est par là que passait 
la soûle voie romaine transversale qu'on connaisse bien en Yalachie l . 
Nulle part les traces de la civilisation romaine ne sont plus nom- 
breuses que le long de cette route, qui menait à Apulum et aux 
mines de sel de Yizakna. Ce n'est pas seulement près de Grovora, 
Râmnic, Calimanesci, qu'on trouve des ruines permettant de loca- 
liser Pons-Aluti et Rusidava; c'est au cœur même de la montagne, 
à Cozia, Brezoiu, Racovita, qu'on rencontre les restes de camps et 
de thermes. La voie de l'Oltu reste, dans la suite, la grande voie 
de pénétration en Transylvanie. Hermannstadt prend la place 
d' Apulum et appelle la fondation de Râmnic, de l'autre côté des 
Karpates, comme Kronstadt celle de Ploiesti et Târgoviste. Le pre- 
mier soin des Autrichiens, mis en possession de l'Olténie par le 
traité de 1715, est de construire, en 1717, une route de la Tour Rouge 
à Calimanesci. Cette route est, pendant tout le XYIII 6 siècle, le 
théâtre de luttes avec les Turcs, qui s'avancent souvent jusqu'à 
Cozia 2 . Dès qu'elle cesse d'être un chemin d'invasion, elle redevient 
une voie commerciale. C'est par là qu'entrent tous les produits de 
l'industrie de Sibiu (Hermanndstadt), aussi renommée en Olténie 
que Brasov en Munténie ; par là qu'arrivent au marché de Râmnic 
les vaches et les chevaux de race hongroise. 

Quand la voie ferrée, en cours de construction, aura rejoint Cali- 
manesci à Boij;a, on peut prédire à Râmnic, actuellement encore 
petite ville de 7,317 habitants, un essor aussi rapide que celui de 
Ploiesti, devenue, en quelques années, grâce à la ligne internatio- 
nale de Predeal, et au développement industriel de la région de 
la Prahova, la première ville de la Munténie, après Bucarest et 
Brâila (42,687 habitants). 

Turnu Severinu est encore une de ces villes commandant une très 
ancienne voie à travers les Karpates, mais c'est déjà aussi une ville 
danubienne. Remplissant la double condition d'être la clef d'un 
défilé et d'occuper la place où le passage du grand fleuve est le plus 
facile, la position de Turnu Severinu est peut-être la seule que la 
nature ait marqué d'une manière précise et indiscutable. Plus bas, 
le fleuve commence à s'étaler et à se peupler d'îles ; dès Ostrovo, 

1. Voir Schuhhard. Wâlle und Chausseen in S.-O. Dacien, Archeol. u. Epigraph. 
Mitteil. Wien, 1886. Cf. Diction, géogr. Jud. Vâlcea, pp. 499 et sqq. et passim. 

2. Lahovary. Oltul, loc. cit. 



— 324 — 

son lit tend à se déplace]', ensablé par les éboulis de la falaise de 
Hinova ; vers l'amont, le courant furieux qui se brise sur les récifs 
des Portes de Fer, rend à peu près impossibles les travaux prélimi- 
naires à l'établissement d'un pont, ainsi que le passage en barque. 
Les ruines du pont de Trajan, dont on voit encore aujourd'hui aux 
basses eaux les pylônes, témoignent de l'importance attachée par 
les Romains à cette position, maîtresse à la fois de la route du Danube 
et de la grande voie, vers Ulpia Trajana (Hatzeg), et Apulum (Klau- 
senburg), la plus fréquentée de toute la Dacie l . Plus tard, Severinu 
reste, pendant longtemps, la métropole de l'Olténie, disputée entre 
les Hongrois et les Bans roumains. La descente de la civilisation et 
de la puissance politique vers la plaine, vers Strehaïa et Craïova, 
a ralenti, sans l'arrêter, le développement de cette ville, encore une 
des plus vivantes de l'Olténie (18,626 habitants). 

II 

La grande voie du Danube a donné naissance à toute une série de 
villes-ports. La vallée offre une suite d'élargissements où s'étalent 
des lacs ou marécages, traces d'anciens bras, et d'étranglements où 
le courant fluvial baigne à la fois la haute falaise bulgare et la 
berge des terrasses valaques. Ces étranglements sont uniformément 
occupés par deux villes qui se font face, rappelant la disposition des 
villes danubiennes en Hongrie 2 . A Yiddin correspond Calafat, à 
liahova Bechet, à Nicopoli Turnu Mâgurele, à Sistovo Zimnicea, 
à Rusciuc Griurgiu, à Turtucaïa Oltenita, à Silistra Calarasi. 

Si les plus florissantes sont celles de la rive roumaine, les plus 
anciennes sont celles de la rive bulgare et serbe. La voie romaine 
ne pouvait suivre la rive gauche, souvent plate et marécageuse ; là, 
comme en amont des Portes de Fer 3 , elle s'élevait sur les hautes 
croupes de la rive droite, d'où l'on domine au loin la plaine, et ses 
principales étapes étaient les ports de la rive bulgare : Bononia 
(Yiddin), Augustae (Rahova , ?), Novae (Sistov), Pristal (Pusciuc). 

C'est lorsque la navigation sur le bas Danube a commencé à se 
développer, que des établissements ont été créés sur la rive valaque. 
Plusieurs des cités commerçantes fondées ainsi, peut-être par les 

1. GOtz. Vei'kehi\s\ve,ye ini Dienste des Welthandels, p. 305. 

2. Voir Peters. Die Donau 

3. Gôtz. Verkehrswege. 



— 325 — 

Vénitiens l , ont disparu. Telle cette mystérieuse « Nedeia cctdtc », 
dont parlent les contes populaires 2 , et que la légende représente 
détruite par un cataclysme naturel 3 . Celles qui ont subsisté sont 
toutes en rapport avec une ville de la rive droite. Le développement 
pris par quelques-unes, comme Turnu Mâgurele (8,6G8 habitants), 
Giurgiu (13,977 habitants), Calarasi (11,024 habitants), date sur- 
tout de ce siècle. Il est dû à l'activité de plus en plus grande de la 
circulation sur le bas Danube, à partir de la fondation de la Com- 
pagnie de Navigation, à l'établissement des chemins de fer en Va- 
lachie, et à l'essor pris par la grande culture des céréales dans la 
région des plaines de Munténie. Calarasi a surtout profité de la mise 
en valeur des steppes du Bârâgan. Griurgiu doit beaucoup au voisi- 
nage de Bucarest. La preuve en est donnée par le tonnage relati- 
vement élevé de la circulation des marchandises de Griurgiu à la 
gare de Filaret (v. fig. 45). 

Au contraire, certaines villes ont souffert de tentatives maladroites 
pour créer artificiellement, à peu de distance du Danube, une ville 
de plaine. C'est ainsi qu'Alexandria, fondée en 1833, a nui au déve- 
loppement de Turnu Mâgurele, et l'incertitude du résultat de la 
lutte entre ces centres urbains est sensible dans les fluctuations de 
l'administration préfectorale, transportée tour à tour de l'un à l'autre 
pendant les cinquante dernières années. 

Brâila est, de toutes les villes danubiennes, celle dont la fortune 
a été la plus éclatante, malgré le voisinage de Galati. Placée à 
l'endroit où les bras du Danube, qui s'égarent dans la Balta, se réu- 
nissent pour la dernière fois en un courant puissant, large de plus 
de un kilomètre, profond de 20 mètres, le port de Brâila était 
destiné à être le point terminus de la grande navigation sur le 
Danube, et les luttes qui l'ont maintes fois ensanglanté, témoignent 
de l'importance qu'on a, de tout temps, attaché à cette position. Le 
XIX e siècle a vu Brâila se transformer en une ville moderne, régu- 
lière, propre, peuplée pour un tiers d'étrangers. Les voies ferrées, 
qui sillonnent la région des plaines du Buzeu, y amènent les céréales, 
portant à 1,000,000 de tonnes le trafic de la ligne Fâurei-Brâila 
(v. fig. 46). Les lourdes péniches, qui descendent le Danube en 



1. Hasdeu. Etymologicuui magnum, t. IV, introduction, p. CXXXV1I. 

2. Notamment le conte du Fils du chasseur. Saineanu. Basmele, pp. U30-331. 

3. Dict. Geogr. Jud. Dolju. 



— 326 — 

longues files, traînées par de petits remorqueurs, y déchargent leurs 
grains, embarqués, pour l'exportation, sur de grands navires, livrés 
aux minoteries, ou emmagasinés dans les élévateurs. En comptant 
son faubourg d'Islazu, la population de Br'ila atteint presque 
70,000 habitants, dépassant même sa rivale, Galati, qui reste plus 
spécialement l'entrepôt du commerce de la Moldavie. 

La position et l'importance relative des villes danubiennes s'ex- 
plique aussi facilement que celle des villes subkarpatiques. Il n'en 
est pas de même pour les villes de plaine, comme Craïova et Buca- 
rest, dont la fortune a éclipsé les anciennes métropoles : Târgoviste, 
lvâmnic, Câmpullung, Severinu. 

Ici, la nature semble indifférente au choix de l'emplacement d'une 
cité. Tout dépend des routes que suit le commerce, par suite d'habi- 
tudes invétérées dont la raison n'est pas toujours aisée à découvrir. 
Longtemps, il semble avoir évité les plaines steppiques de la basse 
Munténie, ce terrible désert des Grètes réTwv k-.-nuia., dont parlent 
déjà les Grecs 1 , qui attira, dès les premiers siècles de notre ère, les 
barbares nomades, et resta longtemps une solitude parcourue par 
les bandes des Petchénègues et des Coumans. En Munténie, ]es 
seules traces romaines connues sont dans la région des collines et 
sur le bord du Danube 2 . On considère comme probable l'existence 
d'une voie partant de Flamânda pour gagner Rosiori de Vede 
(Sorium), et, de là, aboutir à la région des collines de Dâmbovita 3 . 
La route de la vallée de l'Oltu est mieux connue, et c'était certai- 
nement la grande voie de la Valachie. La route de Severin, par les 
vallées du liu et du Motru, et la route du Yulcan. sont plus problé- 
matiques. Ce qui semble certain, c'est que la circulation se faisait 
beaucoup plus dans le sens transversal, du N. au S., que dans le 
sens longitudinal, de l'E. à l'O. 

L'ébauche du réseau de routes, que l'on trouve au XIX e siècle, 
et dont les voies ferrées actuelles ont suivi à peu près exactement 
le tracé, date de plus tard. Il a trouvé des points d'attache forcés 
dans les villes danubiennes d'une part, et les marchés de la bordure 
karpatique de l'autre. La première route, allant de l'O. à l'E., en 
partant de Severin, ne pouvait suivre un autre chemin pour tra- 

1. Pausanias, I, ( J, 5. — Strabon, VII, 3, 14. 

2. Camp de Zimnicea, Poteries de Rosiori de Vede (Boliiac in Tocilescu, op. cit.). 
Briques avec inscriptions de Drajna de sus. 

3. Tocilescu. Istoria Romàna. 



— 327 — 

verser la zone montueuse de l'Olténie, que la vallée du Mot ru, et elle 
avait avantage à longer le rebord du plateau tertiaire pour venir 
passer l'Oltu en face de Slatina. Slatina et Craïova devenaient ainsi 
des étapes forcées, carrefours des routes de l'Oltu et du Yulcan avec 
la giande route de Severin. Si la tradition qui montre la capitale de 
L'Olténie se déplaçant successivement de Severin à Strehaïa et de 
Strenaïa à Craïova est exacte, on doit penser que la route du Motru 
est la plus ancienne voie longitudinale en Yalachie. 

Les routes E.-O., en Munténie, se sont développées plus tard. Dans 
ces grandes plaines, le cheval ou la charrette suivent à leur loisir la 
piste tracée. On voit encore maintenant le paysan du Bâragan ou 
du Buzeu éviter, comme à plaisir, la grande route tracée avec soin 
et bordée de fossés, pour conduire sa càruta par une piste qui la 
longe dans le champ voisin. Les raisons de la position et de la fortune 
de Bucarest sont difficiles à trouver. C'est la seule grande ville de 
toute la région des plaines de Munténie; située à la lisière du Bâ- 
ragan, dans un endroit malsain, elle est complètement en dehors du 
réseau des routes naturelles qui s'infléchissaient vers le N. pour 
gagner la région toujours assez peuplée des collines tertiaires collées 
à la haute montagne. 

On ne doit cependant pas oublier que Bucarest occupe le centre 
d'une région relativement très peuplée. De Târgoviste à Giurgiu et 
Oltenita, s'étend une zone où l'hydrographie paraît avoir été, de 
tout temps, plus riche, et qui offre encore un réseau de vallées anas- 
tomosées, multipliant les points d'eau, dans une région aride partout 
ailleurs. C'est par là que devait descendre forcément une population 
venant de la montagne, et c'est là qu'elle devait s'établir d'abord, 
soit qu'elle descendît par la vallée de l'Arges, par celle de la Dâm- 
bovifa, de la Jalomita ou de la Prahova, qui toutes semblent con- 
verger vers cette sorte de Mésopotamie valaque* Il y a là, non pas 
une route, mais une zone de mouvement des populations, qui, d'ail- 
leurs, représente le chemin le plus court des passages danubiens de 
Calarasi et Giurgiu aux cols les plus fréquentés des Karpates. Bu- 
carest est une de ces villes de plaine qui naissent, sans qu'aucune 
raison naturelle détermine d'une façon précise leur emplacement, 
au sein d'un groupe de populations assez dense, r>ar la fusion d'un 
certain nombre de petits villages très rapprochés. Qu'un homme 
d'Etat en fasse sa capitale, le mouvement de concentration s'ac- 
centue ; les voies de commerce sont attirées par la métropole ; elles 



— 32S — 

s'accommodent facilement d'un changement de direction dans un 
pays où la nature ne leur impose aucune loi. Bientôt se révèlent des 
avantages qu'on ne pouvait soupçonner dans la position de la nou- 
velle ville, qui continue à croître indéfiniment. 




Figure 46. — Circulation commerciale sur les voies terrées en Valachie. Chaque 
tronçon de ligne est représenté par une bande dont la largeur est proportionnelle 
au tonnage. Les flèches indiquent le sens du courant principal. La partie de la 
bande grisée représente le tonnage des marchandises allant vers Bucarest. Sur 
les lignes peu importantes, on a renoncé à cette distinction. 

D'après la statistique des chemins de fer roumains pour 1897. 

Bucarest se trouve admirablement placée pour être le centre de 
la région de culture des céréales. La statistique des chemins de fer 
nous la montre drainant tous les produits du sol jusqu'à Ciulnita 
sur la ligne du Bârâgan, jusqu'à laurei sur la ligne de Brâila, 
jusqu'à Slatina sur la ligne de Severinu. Elle est le point de con- 
centration le plus commode des produits de la région pétrolifère et 
industrielle de la Prahova. Le trafic de la ligne Ploiesti-Bucarest, 
qui dépasse 1 million de tonnes, en est un témoignage l . La presque 
totalité des produits manufacturés que l'Occident importe en Va- 



1. Dare de Seamâ asupra exploatarea càilor ferate romane pe anul, 1897, Bue. 
1898, 



— 329 — 

lachie, les produits de l'industrie allemande venant de Tienne et 
Kronstadt surtout, entrent par Predeal et sont dirigés, par voie 
ferrée, sur Bucarest, qui en garde la plus grande partie. 

Craïova et Braila sont les seules villes de Yalachie qui partagent 
avec Bucarest ce privilège d'attirer la circulation commerciale sur 
une vaste étendue. L'une draine toute la région agricole du Buzeu, 
l'autre manifeste encore son indépendance comme métropole de 
l'Olténie, en se chargeant de concentrer les produits de l'industrie 
étrangère, qui entrent par Yârciorova, et en provoquant un mou- 
vement d'afflux vers son marché jusqu'au delà de l'Oltu (flg. 46). 

Nul doute que la fortune de Bucarest ne soit due surtout à sa 
situation politique. Résidence d'été des princes de Munténie au 
XIV e siècle, devenue seulement au XVII e siècle le siège perma- 
nent du gouvernement 1 , elle augmente dès lors rapidement. Sous 
les Phanariotes, elle devient une ville à moitié grecque et prend 
définitivement le rang d'une véritable place de commerce interna- 
tional, en même temps que d'une métropole intellectuelle et poli- 
tique 2 . Dès lors, nulle hésitation n'était possible sur la position de 
la capitale future d'un état roumain. Le nom de Bucarest, nouvelle 
Athènes, siège de l'hétairie, était connu dans toute l'Europe, alors 
qu'on ignorait Craïova, marché commercial aux mains d'Allemands, 
venus surtout d'Autriche ou de Bohême. A partir de l'union des 
deux principautés, la population de Bucarest a augmenté avec une 
étonnante rapidité, montant de 122,000 habitants (1860), à 221,000 
(1872), 232,000 (1894) et 290,000 (1899). 

Ce sont donc bien des circonstances historiques qui ont mis en 
lumière les avantages de la situation de Bucarest, mais on doit 
reconnaître que ces avantages sont réels. Si -la position des villes 
de plaine n'est pas, en Yalachie, marquée d'une façon précise par 
la nature, elles n'échappent cependant pas à la loi qui veut qu'une 
grande ville soit en relation avec les grandes routes commerciales. 



1. Sur l'histoire de Bucarest. Voir Berendei. Revislu Româna, 1861.— J. Monnier, 
article Bucarest dans la Grande Encyclopédie. 

2. Sur le mouvement intellectuel à Bucarest sous les Phanarioles. Voir Urechia. 
Istoria scoalelor.— P, Elude. De l'influence française en Roumanie, livre II, en. I. 



330 — 



III 



Par leur caractère, leur physionomie, tout autant que par leur 
position, les villes sont un sujet d'études géographiques, et si on les 
a rarement envisagées à ce point de vue jusqu'à présent 1 , l'exemple 
de la Yalaehie peut montrer combien l'aspect et la vie des centres 
urbains reflète fidèlement l'état économique d'un pays. 

Rien de plus semblable en apparence que deux petites villes, et 
la plupart des villes de Yalaehie ne dépassent guère, par le chiffre 
de leur population, la moyenne de nos villes de province. Mais l'uni- 
formité apparente qui règne dans un pays de vieille civilisation, ne 
se retrouve pas dans un pays neuf, en pleine période d'éveil et de 
développement économique. Le promeneur le plus indifférent ne 
manquera pas d'être frappé par les contrastes entre une ville ayant 
gardé, comme Craïova, son cachet de vieille cité roumaine, avec son 
dédale de rues tortueuses, ses jardins, ses maisonnettes, ses palis- 
sades en bois; et une ville moderne, comme Bràila, avec ses avenues 
régulières, ses boulevards parcourus par les tramways électriques, 
ses hautes maisons se suivant sans interruption, ses larges places et 
ses grands hôtels. 

On trouve, en Yalaehie, plusieurs types de ville, dont la locali- 
sation est assez nettement en rapport avec les conditions géogra- 
phiques et historiques. Un caractère commun à la plupart des villes 
orientales est leur grande étendue. Les maisons, au lieu de se serrer 
l'une contre l'autre et de s'aligner sur le bord des rues, sont dis- 
posées irrégulièrement, chacune ayant son jardin. C'est le type de 
la vieille ville roumaine tel qu'on le retrouve encore à peu près 
partout en Olténie, et dont Craïova, malgré le chiffre élevé de sa 
population, offre encore un excellent exemple. Ses 45,438 habitants 
sont répartis sur une surface d'environ 600 hectares, ce qui ne donne 
pas plus de 80 habitants à l'hectare. 

Yue de loin, rien de plus riant qu'une pareille agglomération 
urbaine. Les clochers des églises surgissent d'un fouillis d'arbres où 
brillent les toits des maisons souvent encore recouvertes en lattes 
et même, dans les quartiers extérieurs, en chaume. C'est en grand 
l'aspect du village roumain; le rapprochement des maisons y est à 
peine plus marqué. De près, l'aspect est moins engageant. L'étendue 
anormale de la ville rend difficile la surveillance municipale et trop 

1. Voir les excellentes réflexions de Otto Schluter. Bemerkimgen zur Siede- 
lungsgeographie, Geogr. Zeitschr., 1800, pp. 05 et sqq. 



— 331 — 

coûteux les travaux de voirie. En dehors des quartiers centraux, où 
l'on trouve une ou deux rues bâties à l'européenne, avec maisons 
continues à plusieurs étages, et, de l'avenue qui mène à la gare, les 
voies, souvent bordées de palissades branlantes, derrière lesquelles 
se cachent les maisons au milieu des jardins, sont des cloaques dignes 
d'un village. On a peine à se reconnaître et à découvrir les édifices 
publics les plus importants clans un dédale de rues tortueuses, sans 
places, sans rien qui puisse guider. 

Les vieilles habitudes orientales se perpétuent même dans une 
ville active, commerçante et intellectuelle, comme Craïova, qui pos- 
sède des fabriques, une usine électrique utilisant la force d'eaux 
artésiennes impotables, se fait honneur de bâtiments comme son 
monumental Palais de Justice, son Lycée, et d'institutions comme 
l'Ecole de Guerre et l'Ecole d'Arts et Métiers. Les maisons particu- 
lières, construites récemment, sont encore de petits hôtels, souvent 
très coquets, mais isolés au milieu de leur jardin. 

Des villes à prétentions modernes, comme Turnu Severinu, gardent 
encore ce cachet ancien, qui marque la date de leur période princi- 
pale de développement. En dehors du boulevard, peuplé de belles 
maisons, qui longe le Danube, de la place dominée par le Palais 
municipal, et de la grande rue commerçante aux maisons basses et 
souvent peu propres, la vieille ville danubienne n'offre encore, malgré 
la régularité du tracé de ses rues, que l'apparence d'un grand village. 

Il y a cependant, en Yalachie, de véritables villes modernes. Leur 
situation géographique, leur histoire, leur population, la nature de 
leur activité, les séparent, aussi nettement que leur aspect, de tout 
ce que l'on voit ailleurs dans l'Orient latin. Ces villes, dont Braila 
est le type le plus accompli, sont toutes des villes danubiennes, dont 
le développement date des vingt ou trente dernières années, et coïn- 
cide avec l'établissement du réseau des voies ferrées, l'essor pris par 
la culture en grand des céréales, et l'organisation de la navigation 
internationale sur le Danube. Ce ne sont pas seulement des marchés 
locaux; le commerce européen y fait escale; là se traitent tous les 
grands achats de blé, niaïs^ bois. Le commerce est, d'ailleurs, en 
majeure partie aux mains d'étrangers. A Bràila, on compte plus 
de 5,000 Grecs, 7,000 Juifs, près de 1,000 Allemands ; la population 
étrangère forme plus du tiers de la population totale. Dans les rues, 
l'anglais, l'allemand, le grec frappent l'oreille. 

L'activité du mouvement économique, l'abondance des capitaux, 
permettent tous les embellissements, les appellent même, pour 



— 332 



retenir et attirer le commerce ; la présence constante d'étrangers 
qui apportent des habitudes occidentales, tout concourt à forcer les 
villes danubiennes à dépouiller l'aspect de la ville orientale. On est 
étonné, en débarquant à Calarasi, Calafat, Griurgiu, de voir de 
grandes avenues larges, régulièrement percées, des places et carre- 
fours spacieux, des jardins bien disposés. On trouve là le cadre d'une 
grande ville moderne ; s'il n'est pas partout également rempli, si les 
échoppes misérables, qui coudoient les hautes maisons et les hôtels, 
donnent parfois l'impression d'une poussée trop rapide et d'un déve- 
loppement quelque peu artificiel, du moins a-t-on partout la sen- 
sation de quelque chose de nouveau pour le pays valaque. 

L'aspect de ces villes est un indice sûr de l'importance commer- 
ciale du port qui est leur raison d'être. A Giurgiu, Calarasi, Braira, 
les quartiers entièrement bâtis à la mode occidentale, avec des mai- 
sons à plusieurs étages en façade sur la rue, occupent une étendue 
considérable. La proportion de la surface bâtie et de la surface 
habitée, qui était infime dans des villes comme Craïova, s'élève de 
façon notable. Les 58,392 habitants de Brâila n'occupent que 57 hec- 
tares, ce qui donne plus 
de 1,000 habitants à l'hec- 
tare. La proportion de la 
surface bâtie à l'euro- 
péenne à la surface bâtie 
à l'orientale est de 0,216 
(v. fig. 47). C'est, à la vé- 
rité, la seule ville de la 
Yalachie qui, avec ses 
belles avenues et son 
réseau régulier de rues 
rayonnant autour du port 
comme centre, donne réel- 
lement l'impression d'une 
cité moderne, plus mo- 
derne même, dans l'en- 
semble, que Bucarest. 

La capitale du royaume 
de Roumanie appartient 
encore à un type de ville 
intermédiaire entre la 
vieille ville roumaine et 




Figure 47. — Plan île Brada, d'après la carie 
topographique au l/5u,000 e de l'état major 
roumain, échelle : 1 /75,000 e . — 1, rues et par- 
lies de rues bâties à l'européenne; 2, rues 
bâties a l'orientale (maisons disséminées 
représentées schématiquement); 3, voies ferrées. 



— 333 — 

la ville danubienne à aspect occidental. Ce type est surtout réalisé par 
des villes comme Ploiesti, Buzeu, Râmnicu Sarat, situées à la limile 
de la région des collines et des plaines de Munténie ; centres de 
commerce déjà anciens, et dont le développement, paralysé par les 
troubles et les guerres du commencement du siècle, a repris avec une 
nouvelle vigueur depuis une quarantaine d'années. Ces villes ont 
profité à la fois des progrès de l'agriculture, de l'établissement des 
voies ferrées, de l'essor pris par l'exploitation des richesses miné- 
rales et de l'éveil de l'industrie dans la région Prahova-Buzeu. Leur 
aspect témoigne d'un eiïort de rénovation encore impuissant à trans- 
former complètement la vieille cité. Les quartiers extérieurs pré- 
sentent seuls, parfois, un réseau régulier de rues parallèles et perpen- 
diculaires, où s'égrènent des maisons espacées. De la gare, située 
généralement très loin, on arrive, par une longue avenue plantée 
d'arbres, bordée de jardins, et, en approchant de la ville, décorée de 
quelques édifices publics tout neufs. Plusieurs places et rues bâties 
à la mode occidentale, un grand terrain vague, où se tient la foire 
à bestiaux forment le centre de la cité, autour duquel s'étalent et 
se ramifient une foule de ruelles tortueuses, bordées de jardins, de 
petits hôtels et de maisonnettes. Dans une grande ville comme 
Ploiesti (fig. 48), la surface bâtie est encore dans une très faible pro- 
portion ; on ne compte pas plus de 450 habitants à l'hectare, et le 
rapport de la surface bâtie à l'européenne à la surface bâtie à la 
mode orientale est de 0,026. 

Malgré sa population de près de 300,000 âmes, malgré l'air de 
grande ville occidentale que donnent à certains quartiers les cons- 
tructions modernes et les magasins, c'est encore à ce type de ville 
qu'appartient Bucarest. Ce n'est pas, en effet, une de ces cités neuves, 
qui datent de la seconde moitié du siècle ; les habitudes anciennes et 
les souvenirs du passé y sont trop incrustés pour qu'elle ait pu se 
métamorphoser déjà entièrement. L'accroissement en a été aussi trop 
rapide, depuis 50 ans, pour se faire sans un peu de désordre. 

Xée de la fusion de plusieurs gros villages, Bucarest continue à 
s'agrandir par le même procédé. Toute une auréole de bourgs de 
plusieurs milliers d'habitants l'entoure, prêts à se fondre avec la 
capitale, mais en gardant leur aspect de groupements ruraux. Au 
fur et à mesure que disparaissent, à l'intérieur de la ville, les terrains 
vagues, où l'Oltéan allait dormir au soleil, et où le tzigane allumait 



— 334 — 

son feu, on en voit de nouveaux apparaître à la périphérie. Les habi- 
tudes du Roumain, qui aime à avoir sa petite maison et son jardin, 
empêchent d'ailleurs la transformation de la ville. Les rues les plus 
aristocratiques sont encore des voies tortueuses, bordées de jardins et 
de petits hôtels, bâtis souvent avec une recherche voisine du mauvais 
goût, tantôt en retrait, tantôt en avance sur l'alignement. Le long 
des grands boulevards, percés depuis peu, on trouve bien de hautes 
maisons qui donnent l'illusion d'une grande ville occidentale, mais, 
dès qu'on s'éloigne du centre, reparaissent les jardins, et les maisons 
récemment construites redeviennent la villa coquette ou prétentieuse 
entourée de son petit parc. Plus loin, on s'arrêtera, étonné, devant de 
misérables cabanes qui ne dépareraient pas un catun perdu au cœur 
du Bàrâgan. 




!m(,i re 48. — Plan de Ploiesli, d'après la carte topographique au 1 /50,000 e ; 
échelle, 1/75, 000 e . Mêmes signes que pour la figure \1. 



Toutes ces raisons expliquent suffisamment le caractère original 
d'une capitale comme Bucarest. Suivant le quartier parcouru, on 
peut en remporter l'impression d'une véritable ville moderne ou d'un 



— 335 — 

gros village. Le voyageur venant d'Orient s'y arrête avec plaisir, les 
boulevards, la lumière électrique, les tramways, les grands hôtels, les 
calés luxueux, les librairies, où s'étalent les livres et les journaux 
français, l'élégance des costumes, lui donnent la première impression 
de civilisation occidentale. Pour celui qui arrive de Tienne, c'est 
déjà l'Orient qui se révèle, avec le désordre des constructions, les 
baraques sordides coudoyant les coquettes villas, les magasins aux 
enseignes tapageuses, balançant d'énormes cliapeaux ou des om- 
brelles fantastiques à leur devanture, avec des silhouettes pitto- 
resques, comme celle du paysan conduisant son char attelé de bœufs 
aux longues cornes, ou de YOltean, maraîcher, portant ses deux 
paniers remplis de légumes au bout d'un bâton appuyé sur l'épaule. . . 

D'après le plan exécuté par l'Institut géographique de l'Armée, 
la surface de Bucarest serait actuellement d'environ 3,000 hectares, 
ce qui donne à peine 100 habitants à l'hectare. 

D'après des évaluations faites il y a 15 ans, la surface occupée 
par les maisons était de 423 hectares, celle des places et rues 251 hec- 
tares, celle des vergers et jardins potagers 717 hectares 1 . 

C'est sur la rive gauche de la Dâmbovita, dans les quartiers com- 
merçants, qui occupent à peu près exactement l'emplacement de la 
vieille ville du XVII e siècle 2 , que les maisons sont le plus serrées. 
Là, plus de jardins ; tous les rez-de-chaussée sont occupés par des 
magasins. Les divers genres de commerce se groupent encore à la 
manière orientale. Dans telle rue sont les bacani (épiciers), presque 
tous Grecs, dans telle autre les marchands de fer, à côté les chan- 
geurs, arméniens ou juifs, plus loin les marchands de modes, alle- 
mands ou français. Dans ces rues, souvent étroites et tortueuses, le 
piéton trouve difficilement son chemin au milieu des tramways, des 
voit mes chargées, des fiacres luxueux traînés par deux chevaux frin- 
gants et conduits par le birjar, drapé dans sa robe de velours. 

Les édifices publics, où se concentre la vie administrative, intel- 
lectuelle et commerciale, sont tous groupés dans un cercle de 120 hec- 
tares environ de superficie : l'Université, sur le grand boulevard qui 
traverse la ville de l'E. à l'O., sous les noms successifs de Bulevardul 



1. Jannescu. Bucuresci, Extr. Enciclopedia Romand. La surface que nous 
donnons est pour Bucarcsl comme pour les autres villes mentionnées plus haut 
celle de l'agglomération urbaine cl non de la commune. La commune de Bucarest 
telle qu'elle est constituée actuellement a une surface de 55 kmq. 

2. Licherdopol. Bucuresli. — Monnier, article Bucarest, de la Gr. Encyclopédie. 



— 336 — 

Elisabeta, B. Universtâtei et B. Carol I ; le Palais de Justice, sur le 
quai de la Dâmbovija, en face la charmante petite église de Doamna 
Balasa; l'Eglise métropolitaine, sur son tertre isolé, près du Bule- 
vard Maria; la Banque nationale, entre les rues Carageorgevici, 
Smârdan et Lipscani, la Caisse des Dépôts, avec la nouvelle Poste 
en face; la Préfecture de Police, le Palais Royal et le théâtre Calea 
Yictoriei. Cette rue de la Victoire, autrefois Podul Mogosei, où les 
magasins luxueux, le brillant éclairage, la "société élég-ante qui se 
promène à la tin de F après-midi, font oublier le tracé irrégulier et 
l'étroitesse de la voie, a toujours été l'artère principale de Bucarest. 
C'est là que circulaient à grand fracas les voitures des boyards, écla- 
boussant les passants, et ébranlant les poutres placées en travers qui 
constituaient encore, au début du siècle, le pavage primitif 1 . 

L'image que présente le Bucarest actuel est sans doute quelque 
chose de transitoire ; on peut cependant croire qu'elle ne changera 
pas sensiblement pendant encore un bon nombre d'années. Dans les 
cinquante dernières années, tous les grands changements se sont 
accomplis, les rues ont été pavées, de grands boulevards percés, des 
lignes de tramways établies, les édifices publics ont été presque tous 
reconstruits. On ne reconnaît plus le Bucarest que nous décrivent les 
voyageurs du début du siècle 2 , avec ses 127 églises et ses 80 mahale, 
groupes de maisons perdues dans les vergers et séparées par des ter- 
rains vagues, avec ses rues commerçantes sans trottoirs, cloaques de 
boue en hiver et chemins poussiéreux en été. L'état actuel semble 
être un état d'équilibre et correspond assez bien à la situation écono- 
mique du pays. 

La vie de Bucarest a déjà les caractères de la vie des grandes 
villes. La population y croît moins par excès des naissances sur les 
décès que par immigration. La moyenne des naissances, de 1893 à 
1897, est de 37 % , et celle des décès, pour la même période, est de 
29 % 3 . La proportion des étrangers est de près de un tiers (96,374 
sur 282,071, soit exactement 34 %), parmi lesquels 43,000 juifs 



1. Monnier, ail. cit. 

2. On en trouvera des extraits caractéristiques dans Ltciierdopol. Bucuresli. 

3. Ann. Statislic al Orasului Bue. pe amd 1897, Bue, 1899. Voici les moyennes 
de mortalité par périodes de 5 ans : 1867-71, 36,98 ; 72-76. 36,5 ; 77-81, 35,3 ; 82-86, 
26,7 ; 87-91, 29-1 ; 92-96, 30,75 ; 97, 27,1 (p. 213). 



— 337 — 

(15 %), 36,827 catholiques et protestants (Allemands, Autrichiens, 
Italiens, Français) 1 . 

Pour nourrir, chauffer, habiller les 300,000 habitants de la capi- 
tale, dont une bonne partie ont des besoins de luxe inconnus à la 
campagne et dans les petites villes, presque toute la Yalachie est 
mise à contribution. Bucarest réclame près de 2 millions de kilo- 
grammes de farine de luxe, 38 millions de kilogrammes de farine 
ordinaire, donnant 50 millions de kilogrammes de pain, sans compter 
le maïs, encore très répandu chez tous les artisans et dans les quar- 
tiers extérieurs. La consommation en viande de boucherie s'élève à 
16 millions de kilogrammes, celle du poisson frais à 210,000 kilo- 
grammes. Le peuple, qui se nourrit encore volontiers de poisson fumé 
ou salé, en absorbe 564,000 kilogrammes. Il faut à la capitale 2 mil- 
lions de décalitres de vin, 421,000 décalitres de liqueurs et 651,000 dé- 
calitres de bière, qu'elle fabrique d'ailleurs en grande partie elle- 
même. Pour se chauffer et mettre en mouvement les machines de 
ses usines, elle demande 22 millions de kilogrammes de charbon, 
827,000 stères de bois ; pour s'éclairer, elle consomme près de 5 mil- 
lions de kilogrammes de pétrole 2 . Les prix de tous les objets de con- 
sommation ont notablement augmenté dans les dernières années et 
atteint des valeurs inconnues à la province 3 . 

Le mouvement de la circulation sur les voies de tramways (14 mil- 
lions de voyageurs en 1897) et dans les gares (1,800,000 voyageurs) 4 , 
prouve une activité peu commune en Yalachie. La fréquentation des 
écoles primaires, plus élevée que partout ailleurs (13,528 inscrits sur 
19,556 enfants en âge de fréquenter l'école) 5 , la prospérité des éta- 
blissements secondaires, lycées et écoles privées, ainsi que de l'Uni- 
versité, montrent une population avide de s'instruire. 



1. Hecinsimintul gênerai al populatiunei României Rezultate provisori, Bue, 
1900, pp. 41-44. 
-. Ami. Stalislic al Orasului, Bue, np. 464-65. 

3. Voici quelques prix. La farine ordinaire varie de fr. 25 à fr. 31 le kilog. 
Farine de maïs fr. 12 à fr. 17. Beurre 3 fr. 30 à 2 fr. 90 le kilog. Fromage de 
brebis fr. 85 à 1 fr. 05. Œufs, le cent 7 fr. 40 à 3 fr. 60. Poulets, la paire 2 fr. 60 
à 3 fr. 14. Ann. Stat., pp. 450-51. 

4. Ann. Statistic, p. 503. 

5. Ann. Statistic, pp. 537 et sqq. 

22 



— 338 — 

Avec ses airs de grande ville, qui n'a cependant pas perdu entiè- 
rement son cachet oriental, Bucarest est une métropole dont l'attrac- 
tion se fait sentir au loin, au delà même des frontières de la Yalachie. 
C'est encore un centre intellectuel qui attire les étudiants de Serbie, 
de Bulgarie et de Macédoine. C'est une ville industrielle qui com- 
mence à suffire en partie à ses besoins • c'est une place de commerce 
où sont engagés de gros capitaux, en majeure partie étrangers. Ses 
caractères résument assez bien ceux d'une région en voie de dévelop- 
pement rapide et ouverte aux influences occidentales plus qu'aucun 
des pays balkaniques voisins. 



CONCLUSION 



Si l'étude détaillée d'une province naturelle telle que la Valachie 
comporte une conclusion, il semble bien que ce soit une interpréta- 
tion géographique des faits les plus saillants de son histoire et de 
son évolution économique, une vue plus nette de ses tendances et 
de ses rapports avec les pays voisins. 

L'individualité géographique de la Yalachie résulte de l'étude 
de son climat et de sa végétation, aussi bien que de son relief, et 
se manifeste dans les efforts, souvent couronnés de succès et défini- 
tivement victorieux dans les temps modernes, pour se constituer en 
unité politique. Mais elle ne doit pas faire oublier les contrastes 
locaux que présentent ses différentes parties et les affinités natu- 
relles qu'elle a toujours eues avec certains pays voisins, car c'est là 
qu'on peut trouver la raison profonde de plus d'un fait curieux de 
son histoire. 

Par son climat et sa végétation, la Yalachie est une région de tran- 
sition entre le monde méditerranéen et le monde continental de 
l'Europe orientale. Par son relief plus montueux à l'O., plus plat en 
général à l'E., elle se rattache d'un côté au Banat et à l'axe monta- 
gneux de la péninsule balkanique, de l'autre à la Moldavie, et aux 
plaines steppiques de la Eussie méridionale. Si le relief et l'hydro- 
graphie la peuvent distinguer de la Bulgarie prébalkanique, on doit 
cependant reconnaître qu'elle a plus d'un trait commun avec cette 
région. L'histoire nous apprend que les deux provinces se sont 
éveillées ensemble à la civilisation latine sous le sceptre d'empereurs 
bulgaro-roumains. L'étude des mœurs populaires, de l'économie 
rurale, de la langue, du droit coutumier, révèle chaque jour des 
détails caractéristiques qui prouvent la communauté d'origine de la 
civilisation de part et d'autre du Danube. 

22* 



— 340 — 

Les contrastes entre la Valachie orientale qu'aucune barrière 
physique ne sépare de la Moldavie, et la Valachie occidentale, qui, 
malgré les Karpates, a les affinités les plus évidentes avec le Banat, 
sont marqués par les termes connus dans toute l'Europe de grande 
et petite Valachie, et par les désignations populaires de Munténie 
et Olténic, dont le sens primitif très clair a été obscurci dans la 
littérature roumaine par l'aversion des Roumains pour le nom de 
Valachie. Ils ont leur corollaire dans les destinées longtemps 
différentes de ces deux pays, l'un fortement occupé par les Romains, 
et colonisé en même temps que le Banat ; l'autre plus négligé, aban- 
donné probablement à peu près complètement par la population 
romanisée au moment des invasions et resté, avec ses steppes inha- 
bitées, livré aux hordes barbares pendant plusieurs siècles. L'Ol- 
ténie, peuplée de Roumains depuis un temps reculé, siège du premier 
état valaque dont Severin était la capitale (XI e siècle), centre de la 
résistance à l'invasion tartare (XIII e siècle), reste toujours un peu 
à part de la Munténie et n'oublie jamais ses relations avec le Banat. 
Les Hongrois réussissent presque à mettre la main dessus 
(XIII e siècle) et dans ses luttes avec les Turcs, l'Autriche la leur 
arrache pour l'annexer aux pays banatiques (XVIII e siècle). La 
Munténie livrée longtemps aux barbares, et où l'élément roumain 
venu de Transylvanie s'implante d'abord dans la montagne, au voi- 
sinage des cols de la région de la Prahova, tend toujours à s'agrandir 
vers l'E., du côté de la Moldavie, et des luttes incessantes se pro- 
duisent vers la frontière indécise de ces deux provinces. 

L'évolution historique a fini par faire ressortir les affinités de 
la Munténie et de l'Olténie entre elles, plus grandes, malgré tout, 
que celles qu'elles peuvent avoir avec aucun des pays voisins. La 
Valachie, devenue déjà depuis quelque temps une unité politique 
assez stable, a vu dans la dernière moitié du XIX e siècle, son sort 
changer encore une fois par l'union avec la Moldavie. De cette fusion 
de deux provinces, que rapprochaient la géographie physique autant 
que l'ethnographie, est née la principauté de Roumanie, bientôt 
changée en royaume et agrandie de la Dobrodgea. Si la Valachie 
y a perdu son individualité politique, sa situation économique, maté- 
rielle et morale y a tellement gagné qu'elle est devenue presque un 
pays nouveau. 

Tous les progrès accomplis ailleurs en plus d'un siècle ont été en 
grande partie réalisés ici en vingt ou trente ans. Cette brusque 



— 341 

poussée de sève, due à une tranquillité inconnue depuis longtemps, 
autant qu'aux ressources jusque-là inutilisées du sol et des hommes, 
n'a pas été sans quelque désordre et n'a pas toujours donné les 
meilleurs résultats ; elle ne pouvait manquer d'opérer souvent des 
changements plus superficiels que profonds. On ne saurait pourtant 
s'empêcher d'admirer sa vigueur et d'y voir une confirmation écla- 
tante de ce principe général de la géographie politique, d'après 
lequel toute augmentation de territoire augmente la valeur de 
chaque partie du sol, en rendant plus étroits les liens de l'homme 
avec lui. 

La Yalachie est actuellement de toutes les provinces balkaniques, 
celle où le réseau des voies de communication, et particulièrement 
des chemins de fer, est le plus développé, celle qui compte le plus 
de grandes villes, la seule qui puisse en citer une de plus de 
200,000 âmes. L'aspect moderne des ports danubiens, le caractère 
occidental des quartiers centraux de Bucarest, frappent le voyageur 
venant de Turquie ou de Bulgarie, qui se voit déjà aux portes de la 
vieille Europe. Si la campagne lui réserve quelques surprises, on ne 
peut cependant oublier quels progrès y ont été réalisés. Les plaines 
eteppiques du Bârâgan et du Buzeu, à peu près complètement 
désertes il y a cinquante ans, se peuplent de jour en jour et deviennent 
des terres livrées à la grande culture. On y voit disparaître les 
misérables habitations de troglodytes creusées dans le limon ; cer- 
tains villages construits depuis peu y ont assez bon air. Si les efforts 
tentés pour améliorer la condition du paysan, n'ont pas toujours 
donné ce qu'on en attendait, on ne peut nier qu'une amélioration 
sensible ait été réalisée. L'instruction primaire diminue de plus en 
plus le nombre des illettrés. 

Partie d'un tout politique plus vaste, la Yalachie voit son sort 
économique lié à celui des provinces auxquelles elles se rattache, 
aux conditions d'échange avec les pays voisins, communes à tout 
l'ensemble du pays. Elle reste un pays agricole, de plus en plus 
porté à se faire exportateur de céréales ; mais des expériences dou- 
loureuses commencent à faire comprendre la nécessité de revenir 
à des formes d'exploitation rurale un peu négligées : l'élevage et la 
culture forestière. Grâce aux richesses du sous-sol en sel et en pétrole, 
l'industrie s'éveille avec l'aide des capitaux étrangers. 

Non seulement la Yalachie a gagné à entrer dans un tout politique 
plus vaste, mais elle semble être devenue la tête de cet organisme 



— 342 — 

plus puissant. Il est facile d'en trouver quelques raisons. Plus 
étendue et plus peuplée que la Moldavie ou la Dobrodgea, elle est 
aussi plus roumaine dans l'ensemble ; la race y est plus pure, et 
l'indépendance politique y a été plus tôt réalisée. Plus viable en 
tout sens, grâce à la grande étendue de plaines qui sollicitent la 
circulation de l'E. à l'O., et à ses vallées qui sont des routes natu- 
relles du N. au S., la Yalachie est la véritable maîtresse du bas Da- 
nube, et a toujours été un carrefour important des chemins d'Orient. 
C'est à cette position qu'elle a dû pendant longtemps son sort misé- 
rable, disputée entre les puissances rivales qui l'entouraient et sans 
cesse foulée aux pieds par les armées ennemies ; c'est aussi à cette 
position qu'elle doit une partie de son développement actuel, surtout 
celui de ses grandes villes, et en particulier de Bucarest, capitale de 
la Valachie ancienne et du royaume actuel de Roumanie. 



PIN 



Appendice A 



BIBLIOGRAPHIE 

des principaux Travaux concernant la Yalachie 



N. B. — Cette liste bibliographique ne prétend aucunement être complète. On a cherché au con- 
traire à éliminer tout ce qui ne présente qu'un intérêt secondaire. Toutes Tes fois qu'il existe un 
livre récent ec bieu fait, offrant un bon résumé de tous les travaux antérieurs, on s'est dispensé de 
les énumérer. C'est ainsi que la section Géographie Botanique s'est trouvée allégée, grâce â la 
publication des livres de Pax et Grecescu, de même que la section Géologique grâce aux ouvrages de 
S. Stefanescu et Popovici-Hatzeg. 

Les ouvrages qui peuvent servir à s'orienter dans l'étude de la Valachie sont précédés d'un asté- 
risque. Ceux qui renferment une bibliographie sont marqués d'une croix. 



PERIODIQUES CITÉS ET ABREVIATIONS QUI LES DESIGNENT 

An. Acad. Rom. — Analele Academiei Romane. Bucuresci. 

Aun. Instit. Mètéor. de Roum. — Annales de l'Institut météorologique de Roumanie publiés par 
Stefan C. Hepites. Bucarest-Paris (en Roumain et Français). 

Ann. Mus. Geol. Bucarest. — Annuarul Museului de Géologie. Buciu*esti (en Roumain et Français). 

An. Biur. Geol. — Anuarulu Biuroului Geologicu. Bucuresci. 

Arch. d. Se. phys. et nat. — Archives des Sciences physiques et naturelles. Genève. 

Archeol. Epigr. Mitt. — Archeologisch-Epigraphische Mitteilungen. AVien. 

Bul. Soc. Geogr. Rom. — Societatea Geografica românà Buletin. Bucure^ti. 

Bull. Soc. Géol. de Fr. — Bulletin de la Société géologique de France. Paris. 

Bul. Soc. Ingin Bucarest. — Buletinul societatii inginerilor si industriasilor de mine. Bucuresci. 

Bull. Soc. Se. phys. de Bicarest. — Bulletin de la Société des Sciences physiques de Bucarest 

Bul. Soc. d. Se. de Bucarest. — Bulletin de la Société des Sciences de Bucarest (suite du pério- 
dique précédent). 

Bull. Soc. Se. de l'Ouest. — Bulletin de la Société scieutilique et médicale de l'Ouest. Rennes. 

C. R. Acad. d. Se. de Paris. — Comptes rendus des Séances de l'Académie des Sciences. Paris. 

Denkschr. d.K. Akad. d. Wiss. Wien.— Denkschriften der K. Akademie der Wissenschaften in Wien. 



— 344 — 

Jahrb. d. K. K. Geol. Reichsanstalt . — Jahrbuch der K. K. Geologischen Reichsanstalt Wien . 

Jahrb. d. Ungar Karpathenver. — Jahrbuch des Ungarischen Karpathenvereins. 

Jarhesber. d. K. Ungar. Geol. Anstalt. — Jahresberichte der Kôniglichen Uiigarischen Geolo- 
gischeu Anstalt. Budapest. 

Mathem. Naturiviss. Ber. aus. Ungarn. — Matheruatische und Naturwissenschaftliche Berichte 
aus Ungarn. Budapest. 

Meteor. Zeitsch. — Meteorologische Zeitschrift. Wien. 

Min. Agric. Bal. Statist. — Ministerul Agriculturei, Industriel, Comerciului £i domenilor. Buletinul 
Statistic. Bucuresci. 

Mltt. aus. d. Jarb. d. K. Ungar. Geol. Anstalt. — Mitteilungen aus dera Jahrbuch der Kôni- 
glichen Ungarischen Geologischen Anstalt. Budapest. 

Neues Jahrb. f. Miner. Geol. und. Paleont. — Neues Jahrbuch fur Minéralogie Géologie und 
Paléontologie. Stuttgart. 

Sitzungsber. d. K. Akad. d. Wtes. Wien. — Sitzungsberichte der Kaiserlichen Akademie der 
Wissenschaften in Wien. 

Schr. d. Ver. f. Verbr. natunviss. Kenntn. Wien. — Schriften des Vereins fur Verbreitung 
naturwissenschaftlichcr Kenntnisse in Wien. 

Ver. d. Ges. fur Erdkunde zu Berlin. — Verhandlungen der Gesellschaft f ur Erdkunde zu Berlin. 
Verh. d. Zool. Bot. Ver. Wien. — Verhandlungen des zoologischen und botanischen Vereins in Wien. 
Verh. u. Mitt. d. Siebeng'drg. Ver. f. Naturwis. Hermannstadt. — Verhandlungen und Mit- 
teilungen des Siebenbùrgischen Vereins fur Naturwissenschaften. Hermannstadt. 
Zeitschr. d. Ges. f. Erdk. zu Berlin. — Zeitschrift der Gesellschaft fur Erdkunde zu Berlin. 
Zeitschr. d. D. Geol. Ges. — Zeitschrift der Deutschen Geologischen Gesellschaft. Berlin. 



I. — Généralités. 

N. B. — Sous cette rubrique sont compris quelques récits de voyage présentant un intérêt géogra- 
phique rétrospectif. La grande masse des récits de caractère anecdotique a été complètement laissée 
de côté. On a cru également devoir négliger deux catégories d'ouvrages : les grandes collections 
géographiques où la Roumanie n'a pas été étudiée par un auteur spécial et les ouvrages de vulgari- 
sation plus ou moins apologétique qui abondent. 

1. — AURELIAN (P.-S.) ET 0D0BESC0 (A.-l.). Notice sur la Roumanie 
industrielle et commerciale, principalement au point de vue de son 
économie rurale, Paris, 1867. 

2. — DE B*** (GÉNÉRAL OE BAUER). Mémoires historiques et géographiques 

sur la Valachie, Francfort, 1778. 

3. — BENGER. Rum'ànien im Jahre 1900, gr. in-S°, vu -f 304 p., 14 pi., 1 carte, 
Stuttgart, 1900. 

4. — BERGNER (RUD.)» Rumànien, eine Darstellung des Landes und der 

Leute, in-8°, Breslau, 1887. 

5. — DEMIDOFF (A.)» Voyage dans la Russie méridionale et la Crimée par 
la Hongrie, la Valachie et la Moldavie, exécuté en 1837, Paris, 1840. 



— 345 — 

6. — JANNESCU (G.)» Studii de Geografîe militarà, vol. 1. Oltenia si Banatul 
eu o introducere geograficà, in-12, 258 p., 2 e édition, Bucarest, 1894. 

7. — LANGERON (A. OE). Journal des campagnes faites au service de la 
Russie (1790-1812), in HURMUZAKI. Doc. privitoare la istoria Romdnilor. Supl. i, 
vol. m. 

8. — ' LEHMAN N (P.)* Das Kônigreich Rumânien {Kirchoff's Lânderkunde von 
Europa, II Teil, 2 U Hàlfte, pp. 1-61. 

9.— f * MARTONNE (E. DE). La Roumanie: Géographie physique, Géologie, 
Climat, Biogéographie, Géographie économique, Géographie politique 

(Extr. Grande Encyclopédie t. XXVII, 72 p.). 

10. — OBEDENARE. La Roumanie économique, d'après les données les 
plus récentes, in-8°, Paris, 1876, carte. 

11. — t PAYER (HUGO). Bibliotheca Carpatica collegit (Jahrb. d. Ungar, 
Karpaihenver. 1, 1874, pp. 153-209) 2 e édition sous le titre : Bibliotheca Carpatica, im 
Auftrage des Ungarischen Karpathenvereines zusammengestellt von HUGO 

PAYER, Iglo, 1880. 

12. — RAICEVICH (I.-S-). Voyage en Valachie et en Moldavie traduit de 
l'italien par M. M. LEJEUNE, Paris, 1822. 

13. — ROMENHÔLLER (C-G.). La Roumanie, in-8°, 256 p., 2 cartes, Rotterdam, 
1898. 

14. — Societatea geograficà romand. Dictionnaires géographiques départementaux : 

Dictionar geografîe al Judetului Buzeu, de B. JORGULESCU, Bucarest, 
1892; 

D. G. al Judefului Gorju, de I.-V. NÀSTUREL, Bucarest, 1892; 

D. G. al Judetului Ilfov, de C. ALESSANDRESCU, Bucarest, 1892; 

D. G. al Judetului Muscel, de C. ALESSANDRESCU, Bucarest, 1893; 

D. G. al Judetului Mehedinti, de N.-D. SPINEANU, Bucarest, 1894; 

D. G. al Judetului Brâila, de J. DELESCU, D. OPREA si N.-Th. VÂLCU, 
Bucarest, 1894 ; 

D. G. al Judetului Jalomita, de JON PROVIANU, Bucarest, 1897; 

D. G. al Judetului Prahova, de P. BRATESCU, J. MORUZI si C. ALESSAN- 
DRESCU, Târgoviste, 1897. 

D. G. al Judetului Teleorman, de P. GEORGESCU, Bucarest, 1897; 

D. G. al Judetului Dolju, de A. CUMBARY, M. MAN01L, M. CANIANU si 
A. CANDREA, Bucarest 1896. 

23 



— 346 — 

15. — Societatea geograftcâ romand : Marele Dictionar Geografic al Româ- 
niei, alcâtuit si prelucrat dupa Dicfionarele partiale de Judeje, de G.-J. LAHO- 
VARY, C.-I. BRATIANU si G.-G. TOCILESCU, in-4°, en cours de publication depuis 1898. 

16. — UBICINI. Provinces d'origines roumaines in Provinces danubiennes 
et roumaines (collect. l'Univers pittoresque), in-8°, Paris, 1856. 



IL — Climat et Hydrographie. 

Voir pour tout ce qui touche au climat la collection des Annales de l'Institut météorologique de 
Roumanie publiées par Stefan C. Hepites, depuis 1884. Chaque volume comprend 4 parties : A Rap- 
port sur les travaux de l'Institut ; B Mémoires (en français et en roumain) ; C Observations météoro- 
logiques de Bucarest-Filaret ; D Observations météorologiques faites dans les différentes stations du 
Royaume. — Voir aussi le Buletinul lunaral observafiunilor meteorologice din România, publicat. 
de Stefan C. Hepites depuis 1891, qui donne pour chaque mois une étude sur la marche des différents 
éléments climatiques avec des détails sur la végétation, et le régime des eaux pour toutes les princi- 
pales stations. 

1*7. — CHIRU (C»)» Canalisarea rîurilor si irigatiuni (Bul. Soc. Geogr. Rom., 
1893, XIV, pp. 1-320, carte). 

18. — SCHWEIGER-LERCHENFELD (A. FR. von). Die Donau als Vôlkerweg 
Schiffartsstrasse und Reiseroute (8° VIII + 949 p. Wien 1896). 

19. — HEPITES (ST.). Epocele inghetului Dunârei {Bul. Soc. Geogr. Rom., 1882). 

20. Durée de Péclairement du soleil à Bucarest [Ann. Instit. Météor. 

de Roum., 1895, XI, B, pp. 49-58). (Cf. Dauer des Sonnenscheins in Bukarest, 

Meteor. Zeitschr., 1896, p. 116). 

21. Marche diurne des éléments climatologiques à Bucarest 

{Ann. Instit. Météor. de Roum. 1895, XI B, pp. 59-60, 1 pi.). 

22. Le climat de Sinaïa {Ann. Instit. Météor. de Roum., 1895, XI B, 

pp. 165-180). 

23. La pluie à Bucarest dans les dernières 32 années {Ann. Instit. 

Météor. de Roum., X1I1 B, pp. 3-8). 

24. Le vent à Bucarest et la cause du Crivetz {Ann. Inst. Météor. de 

Roum., 1897, XIII B, pp. 9-24, 2 pi.). 

25. Climat de Bràila {Ann. Instit. Météor. de Roum., 1898, XIV B, 

pp. 47-136, 1 pi.). 

26. * Album climatologique de Roumanie, in-4°, Bucarest, 1900. 

27. * Régime pluviométrique de Roumanie, in-4°, 74 p., 5 pi., 

Bucarest, 1900. 



— 347 — 

28. — LORENZ VON LIBURNAU. Die Donau ihre Strômungen und Ablage- 
rungen (8°, VIII + 123 p. Wien 1890). 

29. Donaustudien (Mitt. d. Geogr. Ges. Wien im, p. 211; 1893, p. 394; 

1895, supplément) v. spéc 1 : 1. Die Verteilung de Niederschlâge; II. Die Kubische 
Niedersehlagsmengen (von TRABERT) ; IV. Die Stromgeschwindigkeit von 
Passau bis Galatz (Wien 1895). 

30. — MARTONNE (E. DE). Un cas particulier de la marche diurne de la 
température en haute montagne (Bull. Soc. Se. de l'Ouest, IX, 1900, 10 p.). 

31. La crue du Jiu au mois d'août 1900 (Ann. Instit. Météor. de Roum., 

1900). 

32. — PENCK (A.). Die Donau (Schr. d. Ver. f. Verbr. naturwiss. Kenntn. Wien 
1891), 101 p., 2 tableaux. 

33. — TITU (JOAN). Desvoltarea vege^atiunei in Remania in cursul anilor 
1887-1895 (Ann. Instit. Météor., 1895, XI B, pp. 155-164). 



III. — Relief du sol et Géologie. 

Outre les publications concernant la Valachie, on trouvera ici mentionnés un certain nombre de 
travaux se rapportant à des régions situées en dehors de la Valachie, mais dont la connaissance 
est nécessaire à l'intelligence de la structure de ce pays. 

34. — ADDA (KOL. VGN). Geologische Verhàltnisse von Kornia, Mehadika 
und Pervova im Krasso-Szôrényer comitate (Jahresber. d. K. JJngar. Geol. 
Anstalt fur 1894. pp. 104-128). 

35. — ALIMANESTEANU (C ). Comunicare asupra sondagiului din Bârâgan, 

in-8°, 52 p., Bucarest, 1895. (Extr. But. Soc. Politechnice Bue.). 

36. Sondagiul din Bâràgan, (Màrculesti) (Extr. Bul. Soc. Geogr, Rom,, 

1896, 30 p., 2 pi.). 

37. -— ANASTASIU (V.). Contribution à Pétude géologique de la Dobrodgea 
(Roumanie). — Terrains secondaires, 8°, 131 p., carte 1/800,000% Paris 1898. 

38. — COBÂLCESCU. Studii geologice asupra unor târmuri tertiare din 
unele parti aie României, Bucarest, 1883. 

39. — C0QUÂND (H.). Sur les gîtes de pétrole de la Valachie et de la 
Moldavie et sur l'âge des terrains qui les contiennent (Bull. Soc. Géol. de 2<¥. 
(2), XXIV, p. 505-570). 

40. — DRAGHICEANU (M.). Avutia mineralà a judetului Mehedinti (Bul. Soc. 
Geog. Rom., 1883, carte). 



— 348 — 

41. — DRAGHICEANU (M.). Mehedintf studii geologice, technice si agro- 
nomice eu privire particularâ asupra mineralelor utile, Bucarest, 1885. 

42. Coup d'œil sommaire sur l'hydrologie de la plaine roumaine, 

Bucarest, 1895. 

43. Les tremblements de terre de la Roumanie et des pays 

environnants. Contribution à la théorie tectonique, in-8°, 84 p., 2 cartes, 
Bucarest, 1896. 

44. — HAUER (R. VON) UNO STACHE (&.). Géologie Siebenburgens, in-8% 

Wien, 1863, carte. 

45. — HAUER (R. VON). Geologische Uebersichtskarte der Oesterreis chien 
Ungarischen Monarchie Bl. VIII, Siebenburgen {Jahrb. d. K. K. Geol. 
Reichsanslalt, 1873, pp. 71-116). 

46. — INKEY (BELA VON). Geotektonische Skizze der Westlichen Hâlfte 
des Ungarisch-Rumànischen Grenzgebirges (Foldtani Kozlony, XIV, 1884, 
pp. 116-121). 

47. *Die Transsylvanischen Alpen vom Rotenturmpass bis 

zum Eisernen Tor [Mathem. Naturwiss. Ber. aus Ungarn, IX, 1892, pp. 20-53). 

48. — LEHMANN (P.). Die physischen Verhàltnisse des Burzenlandes 

(Verh. d. Ges. fur Erdk. zu Berlin, 1882, pp. 182-190). 

49. Das Thaï von Petroseny (Verh. d. Ges. fur Erdk. zu Berlin, 1884). 

50. * Die Sûdkarpaten zwischen Retiezat und Kônigstein (Zeilschr. 

d. Ges. fur Erdk. zu Berlin, 1885). 

51. Beobachtungen ûber Tektonik und Gletscherspuren im 

Fogarascher Hochgebirge (Zeitschr. d. D. Geol. Ges., 1881, p. 115). 

52. — LICHERDOPOL (J.-P.). Bucurestii, in-12, 191 p., Bucarest, 1899 (sp. § 2 
et § 3, pp. 7-20). 

53. — MARTONNE (E. DE). Sur l'histoire de la vallée du Jiu {CR. Acad. d. 
Se. de Paris, 4 déc. 1899). 

54. f * Recherches sur la période glaciaire dans les Karpates méri- 
dionales (Bull. Soc. d. Se. de Bucarest, IX, 1900, 60 p., 7 fig., 4 pi.) (Cf. Contri- 
bution à l'étude de la période glaciaire dans les Karpates méridionales 

(Bull. Soc. Géol. de Fr. (3), XXVIII, 1900, pp. 275-319, 3 fig.). 

55. Le levé topographique des cirques de Gâuri et Gâlcescu 

(massif du Paringu) (Bull. Soc. Ingin. Bucarest. IV, 1900, 42 p., 2 fig., carte 
1/10,000°). 



— 349 — 

56. — MARTONNE (E. DE). Nouvelles observations sur la période glaciaire 
dans les Karpates méridionales (CR. Acad. d. Se. de Paris, 11 févr. 1901). 

57. Sur les mouvements du sol et la formation des vallées en 

Valachie (CR. Acad. d. Se. de Paris, 6 mai 1901). 

58. -— MRAZEC (L). Feuille Vârciorova— Turnu Severinu (Ex. Bull. Soc 
Se. phys. de Bucarest, 1895, 3 p.). 

59. Considérations sur la zone centrale des Carpathes roumains 

(Ex. Bull. Soc. Se. phys. de Bucarest, 1895, 12 p.). Cf. Ueber die Anthracitbil- 
dungen des S. Abhanges der Sùdkarpathen (Akadem. Anzeiger, 1895, n" 27, 
4 p.). 

60. Note sur la géologie de la partie S. du haut plateau de Me- 

hedinti (Ex. Bull. Soc. d. Se. phys. de Bucarest, 1896, 8 p.). 

61. ■ : — Essai d'une classification des roches cristallines de la zone 

centrale des Carpathes roumains (Ex. Arch. d. Se. phys. et nat., 1897, 5 p.). 

62. Partea de E. a muntilor Vulcan. Dare de seamà asupra 

cercetàrilor geologice din vara 1897, in 8°, 39 p., 1 planche, Bucarest, 1898. 

63. Note sur une marne à efflorescences salines de Scàpëu (Ex. 

Bull. Soc. d. Se. de Bucarest, VII, 1898, 5 p.). 

64. si G.-M. MURGOCI. Muntii Lotrului. Dare de seamà asupra 

cercetàrilor geologice din vara 1897, in-8°, 32 p., 1 pi., Bucarest, 1898. 

65. f * Quelques remarques sur le cours des rivières en Valachie 

(Ann. Mus. Geol. Bue. (1896), Bucarest, 1898, 55 p., 1 pi.). 

66. Contributions à l'histoire de la vallée du Jiu (Ex. Bull. Soc. d. 

Se. de Bucarest, VII, 1899, 12 p. 2 pi.). 

67. et L. TEISSEYRE. f * Aperçu géologique sur les formations sali- 

fères et les gisements de sel en Roumanie, in Roumanie, les Monopoles 
de l'Etat Exposition universelle, Paris 1900, Bucarest, 1900, in-4°, pp. 87-110). Publié 
sous le même titre avec nombreuses additions, des notes bibliographiques, des figures et 
une carte dans le Moniteur des Intérêts pêtrolifères roumains, II, 1902. 

68. — MURGOCI (G.-M-). Calcare si fenomene de erosiune in Carpatii 
meridionalï românï (Bull. Soc d. Se. de Bucarest, VII, 1898, pp. 84-113). 

69. Masivul Parîngu. Dare de seamà asupra cercetàrilor geolo- 
gice din vara 1897, Bucarest, 1898, in-8°, 33 p., 1 pi. 

70. Contributions à l'étude pétrographique de la zone centrale 

des Carpathes méridionales. IV. Les Serpentines d'Urde, Muntin et Gâuri 
(Massif du Parîngu) (Ann. Mus. Geol. Bue. 1898, Bucarest, 1898, 69 p., 1 carte). 



— 350 — 

71. — MURGOCI (G.-M.). Grupul superior al cristalinului în Masivul 
Parîngu. Dare de seamâ de cercetâri geologice vara 1898 {Bull. Soc. Ingin., 
III, 1899, 28 p., 2 pi.). 

72. — PET ERS (K.). Ueber die geographische Gliederung der unteren 
Donau {Sitzungsber, d. K. Akad. d. Wiss. Wien, 28 avril 1865). 

73. Grundlinien zur Géographie und Géologie der Dobrudscha 

(Denkschr. d. K. Akad. d. Wis. Wien, XXVII, 1867, carte géol. l/420,000 e ). 

74. # Die Donau und ihr Gebiet eine geologische Skizze, in-12, 

Leipzig, 1876. 

75. — f * POPOVICl-HATZEG (V.)« Etude géologique des environs de Câm- 
pullung et de Sinaïa (Roumanie), in-8°, 220 p., carte géologique iy200,000 e , Paris, 
1898. 

76. — PRIMiCS (&•)• D i Q geologisehen Verhâltnisse der Fogarascher 
Alpen und des benachbarten rumânischen Gebirges (Mitt. aus d. Jahrb. d. K. 
Ungar. Geol. Anstalt, 1884. IV, pp. 283-315, carte géol. et pi.). 

77. — REDLICH (A.). Geologische Studien in Rumânien {Jahrb. K. K. Geol. 
Reichsanstalt fur 1896, pp. 77-83 et pp. 492-502). 

78. Geologische Studien im Gebiet des Oit und Oltetzthales 

{Jahrb. K. K. Geol. Reichsanstalt 1899, p. 4). 

79. — REHMAN (A.)» Géographie de l'ancien domaine polonais, tome I. 
Les Karpates (en Polonais), Lemberg, 1895, 657 p. (Analyse détaillée par EUGEN V. 
RÔMER, in Mitt. d. K. K. Geogr. Ges. in Wien, 1896, pp. 251-299). 

80. — SCHAFARZIR (P.). Daten zur Géologie des Cserna Thaïes. Bericht 
iiber die geologische Detailaufnahme im Jahr 1899 {Jahresber. d. K. Ungar. 
Geol. Anstalt. fur 1889, 1891, pp. 142-155). 

81. Die geologisehen Verhâltnisse der Umgebung von Borlova 

und Pojâna Môrul [Jahresber. d. K. Ungar. Geol. Anstalt fur 1891, pp. 119-156). 

82. Ueber die geologisehen Verhâltnisse der S.- Wlichen Umge- 
bung von Klopotiva und Malomvicz {Jahresber. d. K. Ungar. Geol. Anstalt fur 
1898, Budapest, 1901, pp. 124-155). 

83. — SIMIONESCU (J.). Ueber die Géologie des Quellgebietes der Dâm- 
bovicioara (Rumânien) {Jahrb. d. K. K. Geol. Anstalt. 1898, pp. 9-52). 

84. — STEFÂNESCU (GR.)« Curs elementar de géologie, Bucarest, 1890. 

85. Le chameau fossile de Roumanie (Ann. Mus. de Geol. Bue. 
1894), 1895. 



— . 351 — 

86. — STEFÂNESCU (GR). Relation sommaire sur la structure géologique 
dans les Judeje de Tutova, Fâlciu, Covurlui, Ialomita et Ilfov (Ann. Mus. de 
Geol. Bue. (1895), 1898. 

87. — STEFÂNESCU (SABBA). Mémoire relatif à la Géologie du Judef de 
Mehedinti (Ann. Biur. Geol. 1882-83, Bucarest, 1888, pp. 150-315). 

88. Mémoire relatif à la Géologie du Judet de Dolju (Ann. Biur. 

Geol. 1882-83, Bucarest, 1889, pp. 318-459). 

89. f * Etude sur les terrains tertiaires de Roumanie. Contribution 

à l'étude stratigraphique, in-4°, 178 p., carte geol. 1/1,000,000, Lille, 1897. 

90. — SUESS (ED.). La face de la terre, trad. fr., tome I, pp. 630-650. 

91. — TOULA (FR.). Ueber den Durchbruch der Donau durch das Banater 
Gebirge (Schr. d. Ver. f. Verbreit. Naturwiss. Kenntn. Wien, XXXIII, 1896, pp. 237-296, 
5 pi., carte). 

92. Eine geologische Reise in die Transsylvanischen Alpen 

Rumàniens. Vorlaufige Mitteilungen aus dem Tagebuch (Neues Jahrb. f. Miner. 
Geol. und Palaeont., 1897, I, pp. 142-188 et pp. 221-255). 

93. Eine geologische Reise in die Transsylvanischen Alpen 

Rumàniens (Schr. d. Ver. f. Verbreit. Naturwiss. Kenntn. Wien, XXXVII, 1897, 
pp. 226-263). 



IV. — Géographie botanique. 

94. — t BRANDZA (D.). Prodromul florei romane sâu enumeratiunea plan- 
telor pânâ astà-di cunoscute in Moldova si Valachia, in-8° LXXXIV -f- 568 pp., 
Bucarest, 1879-1883. 

95. Despre vegetatiunea României si exploratorii ei, eu date 

asupra climei si regiunilor botanice (Acad. Rom., 11 Àpr., 1880, pp. 304-388). 

96. — * GRECESCU (D-). Conspectul florei României, in-8°, 837 p., Bucarest, 1898. 

97. — KANITZ. Plantas Romaniae hucusque cognitas, etc. 

98. — K0TSCHY (TH.). Beitrâge zur Kenntniss des Alpenlandes in Sie- 
benburgen (Verh. d. Zool. Bot. Ver. Wien, III, pp. 57, 131, 271). 

99. — CZIHAK (J.). und SZAR0 (J.). Heil-und Nahrungsmittel, Farbstoffe, 
Nutz und Hausgeràthe, welche Ost-Romanen, Moldauer und Walachen 
aus dem Pflanzenreiche gewinnen, Flora 1863. 

ÎOO. — f * PAX (F.). Grundzuge der Pflanzenverbreitung in den Karpa- 
then, in-8<>, VIII + 269 pp., 9 fig., 3 pi., Leipzig, 



— 352 — 

101. — SCHUR (F.). Botanische Excursion auf den Fogarascher Alpen 

(Verh u. Mitt. d. Siebenburg. Ver f. naturwiss. Hermannstadt, II, pp. 167-176; III, pp. 
84-93). 

102. — SIMONKAY (!.•)• Enumeratio Florae Transylvaniae, Budapest, 



V. — • Géographie zoologique. 

103. — ALLEON (A.)* Mémoire sur les Oiseaux observés par le comte 
A. Alléon dans la Dobroudja et la Bulgarie, Constantinople, 1884. 

104. — ALMÂSY (G- von). Ornithologische Recognoscirung der Rumànis- 
chen Dobrudscha (Ex. Aquila, Budapest, 1898, in-4°, 207 p., 1 carte, 14 pi.) 

105. — BUJOR (P.). Contribution à l'étude de la faune des lacs salés de 
Roumanie (Ann. Se. de VUniv. de Jassy, I, 1900, pp. 149 et sqq.). 

106. — CARADJA (V.). Zuzamenstellung der bisher in Rumànien beobach- 
teten Microlepidopteren, Iris, 



107. — JAQUET (D.). Faune de la Roumanie {Bull. Soc. d. Se. de Bucarest, 
t. VI, VII, VIII, IX, passim. 

Isopodes, par A. DOLFUS, t. VI, p. 539. 

Ueber enige Chilopoden un Diplopoden, par C. VERHOEF, t. VI, pp. 370 

et sqq. 

Die Macrolepidopteren Rumàniens, par Ed. FLECK, t. VIII, pp. 682-773; 
t. IX, pp. 37-142. 

Arachnides, par PAV1S, t. VII, pp. 274-282. 

Lépidoptères, par BLACHIER ; Curculionides, par STURLIN ; Coléoptères, 

par PONCY, t. VIII, pp. 365-391. 

Hémiptères-Hétéroptères, par A.-L. MONTANDON, t. VII, pp. 56-58. 

Etc., etc. 

108. — • LICHERDOPOL (!.). Bucurestii, in-12, Bucarest, 1889, pp. 41-79. 

109. Fauna malacologica a Bucurestilor si imprejurilor sale (Bull. 

Soc. d. Se. de Bucarest). 

110. — MARSiaU (Cornes V.). Danubius Pannonico-Mysicus, in-f°, 6 vol. 
(spéc. vol. V). Amstelodami, 17. 



— 353 



VI. — Géographie humaine. — Ethnographie. 

111. — ALEXANDRI (A.)* Ballades et chants populaires de la Roumanie, 

Paris, 1858. 

112. — ARION. De la situation économique et sociale du paysan en 
Roumanie, in-8% Paris, 1895. 

113. — f* CRÂINICEANU (D.-G.). Igiena tàranului roman. Locuinta, încal- 
tàmintea, si îmbràcàmintea. Alimentatiunea în diferite regiuni al tàrei si 
în diferite timpuri aie anului, in-8°, 348 p., 9 pi., éd. Acad. Rom., Bucarest, 1895. 

114. — CRATi UNESCO (l.). Le peuple roumain d'après ses chants natio- 
naux, in-8°, 329 p., Paris, 1874. 

115. — CRUPENSKi. MiscareapopulatiuneiRomâniei [Min. Agric. But. Statist., 
1895, in-4°, 47 p., 4 pi.). 

116. — CIHAC (A. DE). Dictionnaire d'étymologie daco-romane, 2 e partie, 
Francfort, 1879. 

117. — DAN. Din toponimia românésca Convorb. Hier., XXX, 1896, pp. 306 
et 499. 

118. — - DENSUSANU (NIC.). Monumente pentru istoria terei Fàgârasului 
culese si adnotate de — in-8°, Bucarest, 1885. 

119. — DIEFENBACH. Vôlkerkunde Ost-Europas I, 4 Die Rumànen, pp. 

221-318, Darmstadt, 1880. 

120. — DISSESCO. Origines du droit roumain, trad. fr. par J. LAST, in-8°, 
71 p., Paris, 1899. 

121. — f ELIADE (P.). De l'influence française sur l'esprit public en Rou- 
manie. T. I. Les Origines. Etude sur l'état de la société roumaine à l'époque 
des règnes phanariotes, in-8°, 436 p., Paris, 1898. 

122. — FELIX (l.). Geografia medicalà a României (But. Soc. Geogr. Rom., 
XVIII, 3, 1897, pp. 15-109). 

123. — - HASDEU (B.-P.). Histoire critique des Roumains, trad. fr. par F. DAME. 

124. Etymologicum Magnum, éd. Acad. Roum., in-4° en cours de publi- 
cation (3 volumes parus). 

125. Negru Vodâ. Un secol si jumatate din inceputurile Sta- 

tului terei românesci. Etymologicum Magnum. Introduction au tome IV, in-4°, 
CCLXXXIII p., Bucarest, 1898. 



— 354 — 

126. — ISPIRESCU. Légende seu basmele Românilor... adunate din gura 
poporului, I, Bucarest, 1872 ; II, Bucarest, 1876 (traduction ail. KREMN1TZ, Rumà- 
nische Màrchen, Leipzig, 1882). 

127. — JIRECEK* Das Fûrstenthum Bulgarien, seine Bodengestaltung , 
Bevolkerung, etc, in-4°, 573 p., Wien, 1891. 

128. — JUNG. Rômer und Romanen in Donaulàndern, Insbrùck, 1877. 

129. — LUPASCU (P.). Medicina babelor {Ann. Acad. Rom. (2), XII, 1892). 

130 — # MANOLESCU* Igiena téranului. Locuinja, iluminatul si incâldi- 
tul ei, îmbracâmintea, incâl^âmintea, alimentatiunea téranului in diferite 
regiuni aie tàrei, si in diferite timpuri aie anului, in 8°, 363 pp., 171 fig. 

131. — MAR1ANU (S.-F.) Ornitologia popularâ românâ, Cernaufi, 1883. 

132. Descântece populare, Suceava, 1886. 

133. Nunta la Romani, in-8°, 856 p. (Ed. Acad. Roum., Bucarest, 1890). 

134. Nascerea la Romani, in-8°, 440 p. (Ed. Acad. Roum., Bucarest, 1892). 

135. Inmormintarea la Romani, in-8°, 593 p. (Ed. Acad. Roum., 

Bucarest, 1892). 

136. Serbâtorile la Romani. Studiu Ethnografic : I. Cârnilegile, 

in-8°, Bucarest, 1898, 290 p. ; II. Parasemile, in-8°, Bucarest, 1899, 310 p. 

137. — MARINESCU. Poesia poporalâ. Colinde, Bucarest, 1861. 

138. — f * MIKLOSICH (F.). Ueber die Mundarten und Wanderungen der 
Zigeuner Europa's, XII parties, in Denhschr. d. K. Akad. d. Wiss. Wien, 1872 
à 1880. 

139. Ueber die Wanderungen der Rumânen in den Dalmatischen 

Alpen und den Karpathen (Benkschr. d. K. Aliad. d. Wiss. Wien, 1880, XXX, 
pp. 1-66). 

140. — MURRAY. The Doinas, Londres, 1854. 

141. — NÂ0EJDE. Din dreptul roman vecin, 8°, 153 p., Bucarest, 1898. 

142. — f * 0NCIU (D.)» Originele principatelor romane, in-12, 252 p., 
Bucarest, 1899. 

143. — PAPAD0P0L-CALIMAH (A.). Dunârea in literaturâ si traditiuni (Ann. 
Acad. Rom. (2), VII, pp. 309-377). 

144. — PHILIPPIDE (A.-L.)- Caracterul, proprietatea, sifamilia dupa poesia 
popularâ Iasi, 1881. 



— 355 — 

145. — PIC. Ueber die Abstammung derRumânen, Leipzig, 1880. 

146. Die Rumânischen Gesetze in ihrem Nexus mit dem byzan- 

tinischen und slavischen Recht. Prag., 1886. 

147. — RÔSSLER. Românische Studien. Untersuchungen zur âlteren 
Geschichte Rumâniens, in-8°, Leipzig, 1871. 

148. — f * SAINENU (J.). Istoria filologieï Romane, in-12, 455 p., Bucarest, 1892. 

149. f Basmele Romane in comparafiune eu legendele antice cla- 

sice si in legâturâ eu basmele poporelorû invecinate si aie tuturorù popo- 
reloru romanice, etc., in-8°, 1144 p. (Ed. Âcad. Roum., Bucarest, 1895). 

150. — SCHOTT (GO- Walachische Mârchen, in-8°, Stuttgard, 1848. 

151. — SEVASTOS (ELENA). Nunta la Romani studiu ethnograficu compa- 
rativu, in-8°, Bucarest, 1889 (Ed. Acad. Roum.). 

152. — SCHUCHHARDT. Wâlle und Chausseen in S.-O. Dacien (Archeol. 
Epigr. MM. IX, 1886, p. 202-232, taf. 6). 

153. — STRAUSZ (AD.). Die Bulgaren, Ethnographische Studien, in-8°, 
477 p., Leipzig, 1898. 

154. — SULZER (F.). Geschichte des Transalpinischen Daciens, 3 vol. 

155. — * TAMM. Ueber den Ursprung der Rumânen. Ein Beitrag zur 
Ethnographie Sûd-Ost Europa's, in-8°, 150 p., Bonn., 1891. 

156. — f *T0CILESCU. Dacia înainte de Romani. I, Geografîa antica a 
Daciei; II, Etnografia Daciei, Bue, 1880. 

157 » — T0MASCHEK. Die alten Thraker, eine ethnologische Untersuchung 
Sitzungsber. d. h Ah. d. Wiss. Wïen. Philos. Histor. Kl. I, Uebersicht der Stâmme, 
t. CXXVIII, 1893; II, Die Sprachreste, t. CXXX, 1894. 

158. Urkundenbuch zur Geschichte Siebenbûrgens. Fontes Rerum 
Austriacarum, 2 e Abth., t. XV. 

159. — WEiGAND. Die A-Romûneno Ethnographisch-philologisch-histo- 
rische Untersuchungen, 2 vol., Leipzig, 1894-1895, in-8°, 383-334 pp. 

160. — WEISSBACH. Die Schâdelform der Rumânen {Denkschr. d. k. Akad. 
d. Wiss. Wien, 



— 356 — 

161. — XENOPOL. Teoria lui Rôssler, studiu asupra stàruintei Românilor 
in Dacia Traianà, Iasi, 1884. 

162. Istoria Românilor din Dacia Traianà, 5 vol,, in-8°, Bucarest, 

1888-1892. 

163. Histoire des Roumains, 2 vol., Paris, 1895. 



VII. — Géographie économique. 



164. — ALESANDRINI (N.-A.). Statistica României de la unirea principa- 
telor pânà in presentu, lucratà dupa date oficiale, 2 vol., in-8°, 442, 426 p.. 
Iasi, 1895- 



165. — AUMANESTEANU. Le sous-soi de la Roumanie (Extr. Literatura si 
Arta Rom., in-4°, 25 p., Bucarest, 1900). 

166. Combustibiliï minerali în România, Bucarest, 1896. 

1 67. — Primaria Comunei Bucuresci Anuarul statistic al orasului Bucuresci 

(depuis 1894-1896, in-8° planches et figures, Bucarest). 

168. — f*ANTIPA (GR.)* Studii asupra pescarilor din România, in-8°, 
80 p., Bucarest, 1895. 

169. *Legea pescuitului, si rezultatele ce le-a dat, in-8°, 46 p., 

Bucarest, 1899. 

170. — BENNETT (6.). Report on the Petroleum Industry in Roumania, 

Foreign Office Miscellaneous Séries, n° 411, Londres, 1896. 

171. — * Câile ferate Romane. Dare de Seamà statistica asupra exploatàrei 
câilor ferate Romane pe anul 1897 eu date comparative pe mai multi 
ani, in-4°, 201 p., 16 pi., Bucarest, 1898. 

172. — * COUCOU (M.). Carte statistique agricole de la Roumanie d'après 
les données du Service central de Statistique, Bucarest, 1900. 

173. Sur les pétroles de Roumanie, in-8°, 25 p., Paris, 1900. 

174. — CRUPENSKI (C-E.) si TURBURI (&R.-G.)» Asupra agriculturei româ- 
niei studiu statistic (Extr. Bull. Min. Agnc, in-4°, 185 p., Bucarest, 1895). 

175. — DRUTZU (D.) Der Weinbau Rumàniens, Dissert., Halle, 1889. 

176. — *FILIP (N.)- Les animaux domestiques de la Roumanie, in-4°, 
250 p., 51 fig., Bucarest, 1900. 



— 357 — 

177. — FREITA&. Asupra oviculturei si productiunei lanei in România 

(Bull. Min. Agric, Bucarest, 1895). 

178. — f GOULICHAMBAROFF (ST.). Versuch einer allgemeinen Biblio- 
graphie der Petroleum-Industrie, 1 er Teil., in-4°, XVI -+- 348 p., Saint-Péters- 
burg, 1883. 

179. — HUE (F.). Au pays du Pétrole, Paris, 1885. 

180. — ISTRAT1 (C-l.). Sarea din sarnitele României. — Le sel des 
salines de Roumanie (roumain et français), in-4°, 100 p., Bucarest, 1894. 

181. — LAHOVAM (fi»-|.)« Oltul (Extr. Bul. Soc. Geogr. Rom. XII, 1891, 39 p.). 

182. — MRAZEC (L.). Distribution géologique des zones pétrolifères en 
Roumanie, Extr. Monit. d. Inter. pétrolif. roum., 1902, n° 48. 

183. — *MUNTEANU (CORNU) ET ROMAN (C). Recherches sur les céréales 
roumaines : les blés et leurs farines, le maïs et l'orge, in-8°, 227 p., 
Bucarest, 1900. 

184. Le sol arable de la Roumanie. Étude sur sa composition 

mécanique et chimique, Bucarest, 1900. 

185. — NIC0LEAN0 (G.-N.). Notice sur la viticulture en Roumanie, 

Paris, 1889. 

186. * La lutte contre le phylloxéra en Roumanie, in-8°, 169 p., 

carte, Bucarest, 1900. 

187. et BREZEAN0 (V.-S). État de l'arboriculture en Roumanie 

{Min. de V 'Agric, Service viticole), Bucarest, 1900, in-8°, 210 p. [Prunier, pp. 11-33]. 

188. — * Ministère de l'Agriculture, Service des Forets. — Harta pâdurilor, 
carte des Forêts, l/200,000 e , type A, Aratarea speciilor prédominante, type B, pe catégorie 
de proprietari. 

189. — * Ministère de l'Agriculture, Service des Forêts. — Notice sur les 
forêts du royaume de Roumanie, in-8°, 60 p., 24 cartes, Bucarest, 190C. 

190. — * Moniteur des intérêts pétrolifères roumains, Revue bimensuelle 
depuis 1899; Directeur MANCAS. 

191. — *PUSCARIU (V.) si FILITI (GR.). Statistica industriel minière din 
tara (afara de cariere) de la 1 Julie 1897, 30 Junie 1898 (Serviciul Minelor. 
Minist. Agric), in-8°, 79 p., Bucarest, 1899. 

192. — ROBIN (F.) et STAICOVICI (CHR.-D.). Statistica Românà. Recueil de 
statistique roumaine (en roumain et français), in-8°, 185 p., Bucarest, 



— 358 — 

193. — * Roumanie. — Les Monopoles de PÉtat (Exposition Universelle 
1900, in-4% 175 p.) : 

I. Tabacs, p. 1-83. 

II. Sel (par MM. L. MRAZEC et L. TEISSEYRE), pp. 85412. 

194. — * Ministère de l' Agriculture . — Statistica Carier eior din ^ara, in-4% 
210 pages, Bucarest, 1898. 

195. — VASILESCU (M.)« Die forstwirtschaftlichen Verhàltnisse Rumà- 
niens und die Wirthschaft im Hochgebirge [Dissert, Munich, in-8°, 20 p., Franc- 
furt-s.-M., 1894). 



VIII. — Cartographie. 



A. — Cartes topographiques. 

196. — f BRATIANU (C.-|.)« Notite despre lucrârile cari au avut de scop 
descrierea geometrica a României. (Extr. Ann. Ac. Rom., série 2, tome XXII 
in-4°, 40 p., 12 pi., Bucarest, 1900.) 

197. — JANNESCU (G.)« Harta României, 1/1,200,000% Bucarest, 1898. 

198. — Charta României tiparit in stabilimentulu artisticu allu lui 

C. SZATÏÏMARY, l/57,600 e , Bucarest. (Carte levée par l'état-major autrichien, sous la 
direction du maréchal-général de FLIGELY en 1855-57) . 

Eaux en bleu ; lettre, routes et relief en hachures en noir ; fabriques en rouge ; vergers 
vert foncé; prés et champs, vert pâle; forêts, bistre clair; vignes, jaune ocre. Actuel- 
lement très rare. 

199. — Militàr Geographisches Institut Wien. — Spezialkarte der Œsterrei- 
schich-Ungarischen Monarchie, in Masstab, l/75,000 e . 

Feuilles contenant une partie du territoire de la Yalachie (dans les éditions anté- 
rieures à 1900) : Zone 24 col. XXVII, XXVIII, XXIX, XXX, XXXII, XXXIII, XXXIV, — 
Zone 23 col. XXVIII, XXIX, XXX, XXXI, XXXII, XXXIII, XXXIV, — Zone 25 col. 
XXVII, — Zone 26 col. XXVII, — Zone 27 col. XXVI, XXVII. 

200. Uebersichtskarte von Central-Europea, l/750,000 e . 

Feuilles D 4, E 4, F 4. 

201. Generalkarte von Central-Europa, 1/300,000°. 

Feuilles N 9 (Hermannstadt). — O 9 (Kronstadt), — P 9 (Galatz), — M 10 (Orsova), 
- N 10 (Craïova), — O 10 (Bucarest), - P 10 (Siîistria), - N 11 (Viddin), - 
O 11 (Ruscuk). 



— 359 — 

202. — Statut Majorul General al Armateï. Institutul Geografic Harta României, 

l/50,000 e , en cours de publication. 

Les feuilles parues (toute la basse Munténie jusqu'à Bucarest) sont les unes en trois couleurs 
(réduction héliographique des minutes au l/20,000 e , forêts teintées en verb, eaux en bleu), les autres 
en sept couleurs (gravure d'après les minutes : eau en bleu, courbes de niveau en bistre, fabriques 
et routes en rouge, forêts en vert clair, vergers en vert foncé, vignes en Jaune ocre, chemina de fer 
et lettre en noir). 

203. Harta României, l/200,000 e en cours de publication. 

Feuilles parues en 1900 : Buzeu 5 E ; Galati 5 F ; Urziceni 6 E ; Hârsova 6 F ; 
Calarasi 7 F. 

B. — Cartes géologigues. 

204. — TOULA (FR.j. Geologische Uebersichtskarte der Balkan Halbinsel, 

l/2,500,000 e (Peterm. Mitt., 1882, taf. 16). 

205. — DRAGHICEANU (M). Carta geologica a Judetului Mehedinti, 

1/450,000', Bucarest, 1882 (Bull. Soc. Gêogr. Rom.). 

206. Geologische Uebersichtskarte des Kônigreiches Rumânien, 

l/800,000 e (Jahrb. d. X. X. Geol. Reichsanstall, XL, 1890, taf. 3). 

207. — PRIMICS- Geologische Uebersichtskarte der Fogarascher Alpen, 

1 /300,000 e (v. n°76). 

208. — PQPOVIC! HATZEG- Carte géologique des environs de Sinaïa. 

1/200,000* (v. n° 75). 

209. — MURGOCI (G- M •) Harta geologica a muntilor Urde, Muntin si 
Gàuri l/50,000 e (v. n° 70). 

210. Schita geologica a masivului Parîngu l/200,000 e (v. u° 71). 

211. — Harta geologica generalà a României lucratà de Membri 
Biuroului géologie, sub directiunea dlui GRIGGRIE STEFÂNESCU, 1/172,800, 
Bucarest, en cours de publication. 

212. — Carte géologique internationale de l'Europe, 1 : 1/500,000% 
Berlin, feuille 32. 



360 - 



Appendice B 



OBSERVATIONS SUR LES CARTES 



I. — La Valachie et l'arc karpatique méridional. 

Cette carte est destinée à montrer les traits principaux de la struc- 
ture physique de la Yalachie et de Tare karpatique méridional et à 
donner en même temps une nomenclature de toutes les localités 
importantes, représentées par des signes en rapport avec leur popu- 
lation. Elle porte les noms de toutes les régions naturelles distinguées 
dans la description de la Yalachie et prises comme base des calculs 
de densité de population et d'extension des forêts. 

Le réseau hydrographique et les chemins de fer ont été dessinés 
d'après la Harta României au l/l,200,000 e de Gr. Jannescu, com- 
plétée, particulièrement dans la Munténie orientale, par la Harta 
României au 1/200,000° de l'Institut militaire géographique rou- 
main. 

Les noms des localités en Roumanie ont été inscrits conformément 
à l'orthographe des cartes roumaines. Le choix en a été fait pour la 
Yalachie en se guidant sur le chiffre de leur population d'après le 
recensement de 1899, dont les feuilles originales de dépouillement 
ont été obligeamment mises à notre disposition par le Service de la 
statistique générale dirigé par M. Colescu. 

Les courbes hypsométriques ont été tracées, sur le territoire rou- 
main, en schématisant les courbes des feuilles topographiques au 
1/50,000° parues et en utilisant les cotes portées sur la carte au 
l/200,000 e de l'Institut militaire géographique roumain déjà citée. 
Dans les régions pour lesquelles ces deux cartes manquent encore, 
nous avons eu recours au l/300,000 e autrichien et aux feuilles de 
frontière au l/75,000 e contenant une partie de territoire roumain. 
Nous avons utilisé un certain nombre de mesures d'altitudes per- 
sonnelles. En territoire hongrois nous avons suivi la carte publiée 



— 361 — 

sous le titre roliydro graphisclies Tableau der Karpathen l/750,000 e 
par l'Institut géographique militaire de Vienne, et pour les régions 
situées hors du cadre de cette carte nous avons utilisé les feuilles de 
la carte autrichienne au l/75,000 e . 

Le figuré par courbes et teintes a été préféré à tout autre mode de 
représentation du relief. Notons que pour lui donner toute sa valeur 
il est nécessaire d'interpréter dans une certaine mesure les documents 
fournis par les cartes à grande échelle et de généraliser le tracé des 
courbes conformément à l'échelle de la carte. On s'est constamment 
inspiré de ce principe. La figuration des surfaces supérieures à 
2,000 mètres a été combinée de façon à rappeler l'allure des sommets 
des Karpates et la présence des cirques. 



II. — Carte géologique. 

Cette carte doit être considérée comme une sorte de carton de la 
carte précédente. On aurait préféré — si cette combinaison n'avait 
présenté quelques inconvénients au point de vue de la clarté — la 
dessiner à la même échelle et la superposer en calque sur la carte 
hypsométrique. 

Elle représente schématiquement les traits principaux de la géo- 
logie de la Yalachie et des régions voisines, en négligeant tout ce qui 
n'est pas important pour l'interprétation du relief et en essayant de 
distinguer les dépôts de caractère lithologique différent. C'est ainsi 
qu'on a réuni sous un seul figuré tous les calcaires secondaires, dont 
l'âge est d'ailleurs souvent indéterminé. On a, au contraire, distingué 
la formation de Schéla, malgré sa faible extension, en raison de son 
importance pour l'histoire des Karpates, et on a essayé de limiter 
approximativement les différents faciès du flysch, qui ont une 
influence spéciale sur le relief. 

Le fond de la carte a été donné par la Carte géologique interna- 
tionale de V Europe (feuille 32), la Carte géologique de la Hongrie 
au 1/1,000,000* et la Geologische TJ ebersichtskarte des Kônigreichs 
Rumàniens de M. Draghiceanu. On s'est efforcé de tenir largement 
compte des cartes et profils publiés récemment par MM. Mrazec et 
M. Murgoci, Popovici-Hatzeg, S. Stefanescu, etc. (v. la Biblio- 
graphie). Les tracés dans la Moldavie méridionale et la Munténie 
orientale sont dus, pour les Karpates roumaines, à l'obligeance de 

M. Mrazec. 

24 



362 



III. — Carte des pluies. 

Cette carte a pour base le mémoire de M. S. Hepites, Régime plu- 
viométrique de Roumanie, Bue, 1900. 

Nous avons utilisé tous les chiffres portés sur la carte jointe à ce 
travail et qui représentent des moyennes de 15 années (1884-1898). 
Mais nous avons modifié assez souvent le tracé des courbes pour que 
notre carte puisse être considérée comme autre cliose qu'une repro- 
duction de la carte de Hepites. 

Ces modifications ont eu pour but de mettre en évidence l'influence 
du relief sur la pluviosité, sensible déjà dans un certain nombre de 
cas sur la carte de Hepites. Les données qui nous ont guidé dans ce 
travail délicat d'interprétation géographique sont les suivantes : 

La connaissance de la direction des vents pluvieux (v. chap. II), 
l'analogie avec des cas semblables, où l'expérience a maintes fois 
vérifié la loi que les dépressions sont le siège de minima pluviomé- 
triques, enfin des observations répétées pendant nos excursions et 
nos séjours parfois assez prolongés en montagne. Le minimum qui 
s'étale dans notre carte sur la vallée du Lotru et la dépression cen- 
trale des Fogarash, a été figuré ainsi malgré l'absence de toute station 
pluviométrique dans cette région. 

En l'absence d'un travail d'ensemble récent sur les pluies en 
Hongrie, on s'est servi pour la partie de l'arc karpatique extérieure 
à la Yalachie des chiffres de la carte des pluies, publiée dans le 
Physikalischer Atlas de Chavanne. Malgré l'inconvénient qu'il y a 
à utiliser pour une même carte des moyennes pluviométriques ne se 
rapportant pas à la même période, nous avons préféré agir ainsi 
plutôt que de présenter l'image toujours déplaisante de courbes 
hyétométriques s'arrêtant à une frontière politique. On doit consi- 
dérer le figuré en territoire hongrois ainsi qu'en Bulgarie et Serbie, 
comme une indication schématique de points de comparaison. 



IV. — Carte botanique et forestière. 

La rédaction de cette carte a été inspirée par les principes sui- 
vants : 

1° La carte botanique la plus intéressante pour le géographe est 
celle qui donne l'extension des formations végétales plutôt que les 



— 363 — 

limites noristiques, principe qui ressort nettement d'nn livre tel que 
celui de ScJiimper (Pflanzengeographie auf physiologischer Grund- 
lage) ; 

2° Les formations végétales sont souvent assez bien caractérisées 
par une ou deux espèces arborescentes qui y prédominent. En sorte 
qu'une carte botanique et forestière est en même temps une carte 
botanique vraiment géographique, ainsi que l'a montré Flahaut 
(Essai d'une carte botanique et forestière de la France Ann. de 
Géogr., 1897, pp. 289-312). 

Au lieu de distinguer des zones caractérisées par tel ou tel arbre, 
on a jugé préférable de donner l'extension réelle des forêts, en dis- 
tinguant par un figuré spécial chaque essence prédominante. La 
publication de la Harta pâdurilor au l/200,000 e nous a rendu possible 
ce travail. On saisit facilement l'avantage d'un pareil mode de repré- 
sentation. En même temps qu'il indique l'extension des grandes zones 
botaniques, il permet d'apprécier l'état actuel du paysage végétal, 
transformé par les défrichements, dans les différentes régions. Dans 
chaque zone il distingue au moins deux types de station et d'asso- 
ciations végétales caractéristiques : forêts et espaces découverts, qui 
peuvent comprendre les stations de prairies, les champs cultivés, etc. 

L'extension de la région steppique ressort au premier coup d'œil 
de l'examen d'une pareille carte. On en a d'ailleurs marqué la limite 
par un trait fort ; et l'on voit que la situation et l'extension en sont 
tout autre qu'on ne pouvait le reconnaître jusqu'à présent, d'après 
les cartes existantes. En avant de la zone steppique, nous avons dis- 
tingué une zone de steppe de transition, assez large en Olténie, moins 
étendue en Munténie et caractérisée par la présence de bois encore 
assez importants, dans les plis de terrain, les vallées et les endroits 
en général peu humides. 

Un certain nombre de formations végétales spéciales ont été en 
outre distinguées : les formations de saules si caractéristiques pour 
le Danube et les vallées humides de la plaine, — les formations de 
roseaux — enfin les formations halophiles des vallées et lacs salés, 
soit dans la région steppique, soit dans certains points (très limités) 
de la zone des collines. On ne doit pas oublier, que pour rendre sen- 
sible la présence de cette dernière formation on a dû presque toujours 
la représenter comme bien plus étendue qu'elle n'est en réalité. 

Notons enfin que l'extension des forêts et la distinction des essences 
ne peuvent être considérées comme exactes qu'en territoire roumain. 



— 364 — 

Pour le versant hongrois des Karpates, nous nous sommes servi du 
l/300,000 e autrichien, et avons utilisé les indications de Pax, 
Lehmann, ainsi que quelques observations personnelles. Nous avons 
préféré quelques inexactitudes à une image incomplète, arrêtant le 
figuré juste à la frontière politique. 



V. — Carte de la densité de la population. 

(Carton : Mode de groupement de la population). 

Cette carte a été établie, ainsi que le carton qui y est joint, d'après 
un principe dont l'application ne semble pas avoir jamais été tentée 
systématiquement. 

Ce principe consiste à substituer aux provinces administratives, 
base de tous les calculs de densité de population, des provinces natu- 
relles, dont on doit fixer les limites aussi exactement que possible. 

Sur ce principe, les raisons qui nous ont conduit à l'adopter et 
l'application que nous en avons faite, nous nous proposons de revenir 
ailleurs. Il suffira d'indiquer ici les matériaux qui ont servi à l'éta- 
blissement de ces cartes. 

1° La Harta României au l/200,000 e . Pour la partie de la Valachie 
non encore publiée, la Harta padunlor au l/2Q0,000 e , dont le fond 
n'est qu'une reproduction du l/300,000 e autrichien. Les feuilles 
parues du l/50,000 e roumain ont été utilisées pour préciser un cer- 
tain nombre de détails. 

2° Les feuilles originales du recensement de décembre 1899, 
donnant la population commune par commune. Ces documents iné- 
dits ont été mis obligeamment à notre disposition par M. Colescu, 
directeur du Service de la statistique générale au ministère de l'Agri- 
culture à Bucarest. 

3° Nous avons en outre utilisé YIndicator officiai al comunelor 
urbane si rurale publié par le ministère de l'Intérieur roumain, pour 
déterminer le nombre des catune de chaque commune et les repérer 
autant que possible sur la carte, opération indispensable, toutes les 
fois que le territoire d'une commune s'étend sur deux régions natu- 
relles différentes. 

4° Les dictionnaires géographiques départementaux publiés par 
la Société de géographie roumaine nous ont servi souvent à repérer 



— 365 — 

des communes dont le nom a changé depuis la rédaction du 1/300,000° 
autrichien, ou qui manquaient complètement sur cette carte comme 
sur la Harta pâdurilor. 

La carte de la densité de la population montre bien les deux 
grandes zones de maximum le long du pied de la montagne (maxi- 
mum principal dans les collines de Munténie) et le long du Danube, 
et les deux zones de minima : haute montagne et plaine steppique. 
Elle indique en outre la bande de forte densité traversant la Mun- 
ténie, suivant le cours de l'Arges et en général le surpeuplement des 
grandes vallées. 

Le carton exprime par la population moyenne du câtun (c'est-à- 
dire du hameau, subdivision officielle de la commune comunâ) l'état 
d'agglomération ou de dispersion de la population ; donnée du plus 
haut intérêt, que devraient toujours offrir, à notre avis, les études 
anthropogéographiques. On voit que les plaines sèches représentent 
les régions où la population est le plus agglomérée. 

Le tableau ci- joint donne les valeurs numériques des calculs. On 
a pu, grâce à la Harta pâdurilor, calculer la proportion des forêts, 
mais aucun document n'a permis de faire pareil calcul pour l'exten- 
sion des cultures. 



366 — 




Hautes Karpates 

Monts du Buzeu 

Vallée Buzeu-Bâsca 

Vallée Prahova 

Entre Prahova et Buzeu... 

A l'E. du Buzeu 

Monts du Bucegiu 

Monts de Fogarash 

Bassin Brezoiu-Titesti 

Monts de Fogarash 

Monts du Lotru 

Monts du Paringu 

Monts du Vulcan 

Monts de la Cerna 

Zone des collines 

Collines de Munténie 

Collines de Râmnic 

Talus subkarpatique 

Collines de Bâmnic s. str... 
Collines du Buzeu 

Talus subkarpatique 

Vallée du Buzeu 

Au N. du Buzeu 

Au S. du Buzeu 

Collines de Prahova-Teleajna 

Vallée Prahova 

Vallée Teleajna 

Entre Prahova et Teleajna. 

A l'E. de Prahova 

A l'E. de Teleajna 

Collines de Ploiesti 



Superficie 
kilom. 


0,0 


Pro- 
portion 

des 
forêts. 

0/0 


Population 


0/0 


2 


3 


4 


5 


6 


8.659,4 


11,1 


74 


41.409 


1,3 


2.047,8 


2,6 


75 


18.737 


0,6 


55,3 






7.382 




42,5 






6.871 




1.290,8 






4.484 




649,2 











950,5 


1,2 


70 


6.865 


0,2 


2.202,8 


2,9 




10.123 


0,2 


140,0 




25 


7.646 




2.062,8 




81 


2.477 




1.458,6 


1,8 


87 


1.771 


0,04 


590,8 


0,7 


61 








747,7 


0,9 


87 


2.100 


0,05 


681,2 


0,8 


48 


1.813 


0,04 


23.825,9 


30,7 


21 


1.314.200 


43 


10.616,1 


13 


28,5 


672.020 


24,9 


1.180,6 


1,5 


32,9 


53.707 


1,4 


402 ; 2 






34.629 




778,4 






19.078 




2.165,0 


2.7 


20,7 


157.157 


4.1 


414,4 






46.013 




119, 6 






20.720 




845 






38.318 




414,4 






46.013 




907,6 


1,2 


17,2 


92.660 


2,4 


52 






19.303 




82,4 






21.036 




430, 1 






26.243 




178,6 






7.546 




166,1 






19.432 




653,4 


0,8 


20 


47.099 


1,2 



Densité 
de la 

popula- 
tion. 

7 



4,7 

9 
133,5 
161,7 

3,6 



7 

4,6 
54,6 

1,2 

1,1 



2,8 

2,6 

55,1 

63,2 

45,6 

86,1 

24,5 

72,1 

111,1 

173,3 

39,5 

111,1 

102,2 

371,2 

267,3 

61,2 

42,1 

117,5 

72 



367 — 



RÉGION 



Collines de Jalomi\a-Dâmbovita..., 

Vallée de Jalomita 

A l'E. de Jalomita 

A l'O. de Jalomita 

Hautes collines d'Arges 

Dépressions subkarpatiques 

Hautes collines s. str 

Talus des collines d'Arges 

Basses collines de Vedea 



Collines d'Olténie 



Dépressions subkarpatiques d'Olténie.. 

Terrasses subkarpatiques 

Dépressions subkarpatiques 

Hautes collines de Vâlcea 

Val d'Oltu 

Hautes collines s. str 

Haut plateau de Mehedinti 

Basses collines d'Amaradia-Oltetu. 

Hautes collines de Goriu 

Basses collines de Doljn 



Superficie 0,0 
kilom 



1.486,3 

86,8 
494,9 
904,6 

3.006,5 
141,8 

2.644,5 
220, 2 

1.216,9 



13.209,6 



Zone des plaines 



Plaines de Munténie. 



Haute terrasse du Buzeu.... 

N'allée du Râmnic 

N'allée du Buzeu 

Au N. du Râmnic 

Entre Râmnic et Buzeu... 

Au S. du Buzeu 

Basse terrasse du Buzeu... 

N'ai de Buzeu 

Val de Jalomita 

Entre Buzeu et Jalomita. 

Au N. du Buzeu 



1.308,9 

244,0 

1.064,9 

3.299,3 

608,3 

2.691,0 

741,4 

1.808,0 

2.186,0 

3.866,0 

35.973,5 



31.240,1 



,165, 
60, 
126, 
413, 
700, 

.865, 

.909, 
215, 
535, 

.349, 
809, 



1,9 



3,8 



1,6 



17,4 



Pro- 
portion 

des 
forêts. 

0/0 



Population 0/0 



36,5 



46,5 



25 



18,3 



1,7 


16 




8 




17,0 


4,2 






9 




29,9 


0,9 


22 


2,3 


18 


2,8 


25 


4,9 


8,8 


46,5 




40,3 


6,5 


4,0 


1,5 


7,6 


3,6 



82.393 
20.744 
25.637 
38.997 

188.154 
15.222 

120.984 
52.130 
50.850 

652.180 

96.061 
21.018 
75.043 

168.066 
35.058 

131.691 
14.985 
97.421 
96.462 

179.185 

1.428.572 
1.185.934 

103.190 
16.482 
14.715 
10.140 
11.343 
60.680 

165.000 
17.052 
63.112 
71.742 
13.094 



2,1 



4,9 



1,3 



21,3 



2,5 



4,4 



0,4 
2,5 
2,5 
4,6 



39 



Densité 
delà 

popula- 
tion. 
7 



W 



4,3 



55,4 

239 

52 

43,2 

60,0 
107 

45 
236,9 

41,7 



Popula- 
tion 
moyenne 
du Catun 



SI 



49,3 

73,4 
86,2 
70,4 
50,9 
57,6 
48,9 
20,2 
53,8 
44,1 
46,3 

39,6 

38,1 

32,5 

268,7 

116,7 

24,5 

16,2 

26,9 

29,8 

79,3 

117,9 

16,5 

16,2 



— 368 — 



RÉGION 



Bamgan 

Val de Mostistea 

A l'E. de Mostistea 

A l'O. de Mostistea 

Haute terrasse de Jalomila... 

Basse terrasse d'Arges 

Haute terrasse d'Arges 

Basse terrasse de Teleorihan 
Haute terrasse de Vedea 



Plaines d'Olténie. . . 

Val d'Oltu 

Partie supérieure. 
— inférieure 
Terrasse d'Olténie... 



Vallée Danubienne 

Bassin de Severinu 

Terrasse danubienne d'Olténie 

Vallée danubienne, section supé- 



rieure 

Section moyenne 

Section inférieure 

Balta 

Terrasse danubienne. 



Superficie 0/0 
kllom 
2 



4.260,6 

155,0 

3.161,0 

944,0 
2.852,7 
1.812,1 
3.184,4 
4.817,0 
5 257,7 

4.713,6 

931,6 

499,2 

439,4 

3.782,0 

9.115,4 

131,6 

3.276,8 

1.411,8 
1.569,5 

2.725,7 
1.635,7 
1.090,0 



5,4 



3,6 

2,3 
4,1 

6,2 
6,7 

6,1 
1,2 



11,7 

0,02 
4,3 

1,8 

2,0 
3,5 
10 
1,4 



Pro- 
portion 



forêts. 
0/0 



13 

7 

11,2 

9 

5,2 
10 



8,7 

2 

4 

6,6 
12 



RECAPITULATION 



Population 0/0 



45.358 

19.904 

18.381 

7.073 

153.846 

97.608 

234.631 

149.749 

238.552 

240.589 

97.785 

51 .409 

46.376 

142.804 

268.688 

12.418 
110.280 

93.807 
88.639 
65.544 


65.544 



1,2 



4,0 

2,5 
6,1 
3,9 
6,2 

7,9 
2,3 



3,9 

8,8 

0,03 

2,9 

2,4 

2,3 

1,7 


1,7 



Densité 
delà 

popula- 
tion. 
7 



10,3 

128,4 

5,8 

7,0 

54,0 

53,8 

73,8 

31,0 

45,4 

53,2 

105,1 

104,5 

105,6 

37,8 

29,2 

94,0 
33,6 

66,4 
56,5 
24,0 

58,3 



Hautes Karpates 
Munténie 



Collines de Munténie. 
Plaine de Munténie.... 



Olténie. 



Collines d'Olténie. 
Plaine d'Olténie. .. 



Vallée Danubienne, 
Toute la Valachie . 



8.659,4 


11,1 


74 


41.409 


1,3 


4,7 


41.856,2 


54,0 


12,2 


1.857.954 


60,5 


44,2 


10.616,1 


13,0 


28,5 


672.020 


21,9 


63,2 


31.240,1 


40,3 


6,5 


1.185.934 


39 


38,1 


17.923,2 


23,1 


15,6 


892.769 


29,2 


49,6 


13.209,6 


17,4 


18,3 


652.180 


21,3 


49,3 


4.713,6 


6,1 


5,2 


240.589 


7,9 


53,2 


9.115,4 


11,7 


8,7 


268.688 


8,8 


29,2 


77.554,2 


99,9 


23 


3.061.020 


99,8 


39,5 



TABLE DES PLANCHES ET FIGURES 



N. B. — Les photographies reproduites ont toutes été prises par l'auteur à l'exception des n os XV, 
XVI (communiquées par M. Antipa), XVII, XVIII, XX (communiquées par M. A. N.) et XXI 
(cliché prêté par M. Mrazec). 

Pages. 

Planche A. — I. Cirques de Galcescu et Gauri vus de Coasta Benghei (Massif 

du Paringu 64 

II. Lacul Paseiï. Lac glaciaire entouré de roches moutonnées, 
sur le bord du Caldarea Dracului, cirque latéral de Gal- 
cescu (Massif du Paringu) 64 

Planche B. — III. Lacul Galcescu. Lac glaciaire typique, cirque de Galcescu 

(Massif du Paringu) 74 

IV. Lacul Galcescu. Vu du haut des escarpements de Stâncile 

Lacului. On voit la ceinture de roches moutonnées 74 

Planche C. — V. Escarpement des conglomérats sur le flanc E. du Bucegiu.. 80 

— VI. Podu Dâmbovitei. Bassin d'effondrement dans la zone 

calcaire des environs de Rucâr. Au fond on voit la sortie 

du canon de la Dâmbovicioara 80 

Planche D. — VIL Limite de la Forêt de Sapins à Balota (Monts du Lotru)... 96 

— VIII. Vallée du Sireu (Monts du Buzeuj. Dévastation de la 

forêt. Au fond Fe[ele Sireului. Escarpements de Flysch 
cénomanien 96 

Planche D'.— VIII'. La vallée de l'Oltu dans le bassin de Brezoiu-Titesti. 
Relief caractéristique des grès du flysch. Cônes de déjection 
et terrasses. Mode de dispersion des habitations dans la 
région montagneuse 102 

Planche E. — IX. Stîna de Mohoru (Paringu) et ses bergers 106 

— X. Stîna de Lespezile (Monts de Fogarash) 106 

Planche F. — XL Dolines avec lacs à \Ponoare (Haut plateau de Mehedint,i)... 160 

— XII. Relief caractéristique des collines tertiaires au voisinage 

de la montagne. Une Rîpa de la vallée de l'Arges près 
Curtea de Arges 160 



— 370 — 

Pages. 

Planche G. — XIII. Balta Alba Lac de steppe (Terrasse du Buzeuj 190 

XIV. Végétation steppique, près de Balta Alba (Carduus 
acantlioides, Eryngium, Allliaea, etc.) 190 

Planche II. — XV. Une mcinsoare (barrage pour prendre le poisson) sur un 

canal de la Balta 228 

— XVI. Galati. Retour de la pêche. A droite péniches à blé et 

vapeurs 228 

Planche I. — XVII. Kula, haute maison en brique, répandue dans tout le 

Nord de la péninsule des Balkans 251 

XVIII. Maison de paysan à Bumbesci (Olténie). Type des 

maisons de la zone montueuse de la Valachie 251 

Planche J. — XIX. Costumes de paysannes, Curtea de Arges 256 

XX. Maison du village de Bumbesci (Olténie). Type des habi- 
tations de la zone montueuse de la Valachie. Cour fermée 
avec portail. A droite, la maison d'habitation ; à gauche, 
étable et grenier. Au fond le jardin 256 

Planche K. — XXI. Ancienne exploitation du sel à Slânic. Puits de 130 mètres 
de profondeur. Plis des couches de sel. Stalactites le long 
des parois 304 



1. Itinéraires de l'auteur en Valachie et Transylvanie x 

2. Profils Nord-Sud de la Valachie 2 

3. Réseau hydrographique de la Valachie et de la Bulgarie 5 

4. Profils Est-Ouest menés à travers la Valachie et la Bulgarie 7 

5. Courbe hypsographique de la Valachie 10 

6. Rose des vents de Bucarest 18 

7. Rose pluviométrique de Bucarest 18 

8. Type de temps caractéristique du Crive| (4 janvier 1893) 19 

9. Type de temps caractéristique de l'Austru (19 mars 1893) 21 

10. Esquisse tectonique de l'arc karpatique méridional 51 

11. Principaux foyers séismiques en Valachie, d'après Draghiceanu... 01 

12. Panorama pris du haut de Mândra (Paringu), dessin d'après 

nature ^ 

13. Schéma de l'évolution du réseau hydrographique du Jiu et du 

Strell du miocène à l'époque actuelle 66 

14. Vue de la chaîne karpatique prise du Sesul Ungurilor, près Her- 

mannstadt. Dessin d'après nature 69 

15. Carte de la région des sources du Lotru (Massif du Paringu) 

montrant la disposition des cirques et l'allure des sommets... 72 



— 371 — 



Figure 16. Un des cirques de Capra (monts de Fogarash). Dessin d'après 

une photographie 73 

— 17. Augmentation des précipitations avec l'altitude 82 

— 18. Plantes caractéristiques des Karpates méridionales (d'après Pax). 91 

— 10. Limite de la forêt dans les Karpates valaques, suivant l'expo- 

sition 95 

— 20. Courbe représentative de la diminution de la population avec les 

altitudes croissantes 104 

— 21. Vue de l'intérieur d'une stîna (Cârbunele dans le Paringu). Dessin 

d'après nature 108 

— 22. Voies de transhumance en Valachie 11G 

— 23. Panorama des monts de Fogarash pris de l'Orsu (monts du Lotru). 

Dessin d'après nature et d'après des photographies 123 

— 24. Panorama des monts de Fogarash. Dessin d'après une photo- 

graphie prise du sommet de Musâtoia 125 

— 25. La plate-forme bordière des Karpates dans les monts du Vulcan. 

Vue prise de Govornita près Tismana. Dessin d'après une pho- 
tographie 132 

— 2G. Dépression subkarpatique de Horezu. Vue prise de la route de 

Vâideni au Balota. Dessin d'après une photographie 141 

— 27. Vue des dépressions subkarpatiques prise de Dealu Pâcruiei. 

Dessin d'après une photographie 142 

— 28. Schéma montrant l'extension des terrasses dans les vallées 

d'Olténie 154 

— 29. Vue perspective de la vallée de Teleajna, prise du Clabucetu et 

montrant la double terrasse caractéristique des vallées de la 
zone des collines. Dessin d'après nature 170 

— 30. Stades de déplacement du lit du Danube. D'après la carte au 

1/57, 600 e et nos levés aux basses eaux de septembre 1899 200 

— 31. La plaine de Flamânda. D'après la carte au 1/57, 600 e 201 

— 32. Transformation des boucles abandonnées en lagunes clans la 

Balta. D'après la carte au l/50,000 e 205 

— 33. Régime des rivières valaques 211 

— 34. Niveau de l'Oltu à Slatina et de la Jalomila à Cosereni pendant 

les mois de juin, juillet et août 1901 212 

— 35. Régime du bas Danube 218 

— 36. Répartition par département des maisons en terre et des maisons 

en bois, d'après Crainiceanu 252 

— 37. Plan d'une maison de paysan valaque 253 

— 38. Répartition des animaux domestiques en Valachie (communes 

urbaines exclues) 283 

— 39. Culture des céréales en Valachie 287 



— 372 — 

Pages 
Figure 40. Rapport des surfaces cultivées avec le nombre des travailleurs, 

d'après Crainiceanu 289 

— 41. Régions de vignoble et régions phylloxérées en Valachie, d'après 

la Caria viticola 203 

— 42. Proportion de la surface de chaque département occupée par les 

champs de pruniers, calculée d'après la Carte statistique 
agricole de la Roumanie 295 

— 43. Intérieur de la saline de Doftana. Plissements du massif de sel... 309 

— 44. Exploitation de pétrole à Bustenari prés Baicoi (Dessin d'après 

une photographie) 313 

— 45. Exploitation de pétrole à Bustenari près Baicoi (Dessin d'après 

une photographie) 314 

— 46. Circulation commerciale sur les voies ferrées en Valachie 328 

— 47. Plan de Brâila, d'après la carte topographique au 1/50,000' de 

l'état-major roumain, échelle : 1/75,000' 332 

— 48. Plan de Ploiesti, d'après la carte topographique au l/50,000 e , 

échelle : 1/75,000° '. 334 



TABLE DES MATIÈRES 



Préface Page vu 

Remerciements — XVII 

Avis au lecteur — xix 

CHAPITRE I er 

L'INDIVIDUALITÉ DE LA VALACHIE. — LE RELIEF DU SOL 

Pages. 

I. — La Valachie, région naturelle, ses limites. Caractères géné- 
raux du relief. Analogies avec la Moldavie; indécision de la frontière 
politique. Affinités avec la Bulgarie prébalkanique; destinées long- 
temps communes de la Bulgarie et de la Valachie 1 

II. — Contrastes dans la disposition du réseau hydrographique 
en Valachie et en Bulgarie. Le réseau hydrographique bulgare est 
parvenu à un degré d'évolution plus avancé. Rapport avec l'histoire 
géologique. Caractères du réseau hydrographique moldave ; ses dif- 
férences avec le réseau hydrographique valaque. Conséquences sur les 
voies de communication. Rapport avec l'histoire géologique 4 

III. — Hypsométrie de la Valachie. Grande extension des plaines. 
Différences avec le plateau bulgare. La faille danubienne, limite de 
ces deux régions. Grand développement des collines en Moldavie. 
L'abrupt longé par le Siret de Bârlad à Galati, limite naturelle de la 
Moldavie et de la Valachie 9 

Individualité de la Valachie au point de vue du relief 11 

CHAPITRE II 

L'INDIVIDUALITÉ DE LA VALACHIE. — CLIMAT ET BIOGÉOGRAPHIE 

I. La température. — Extrêmes absolus et moyens. Caractère con- 
tinental. Comparaison avec la Bulgarie, la Transylvanie, la Mol- 
davie, la Russie méridionale. Nébulosité. Limpidité du ciel donnant 
au climat un cachet plus méridional 13 

IL Les précipitations. — Régime continental. Causes des séche- 
resses, l'évaporation, nature des pluies d'été. Périodes sèches, leur 
étendue. Originalité du régime pluviométrique valaque 16 

III. Les vents et les types de temps. — Le crivet et Vaustru, leur 
influence sur les précipitations et la température. Leurs causes. 
Type de temps qui détermine le crivet : anticyclone russe et cyclone 
méditerranéen. L'austru résulte du passage des cyclones par la Hon- 
grie. Le vent du S.-E., caractéristique générale du climat valaque... 17 



— 374 — 

Pages. 

IV. La vie végétale. — Formations végétales de la région des col- 
lines, leur analogie avec celles de l'Europe centrale. Proportion des 
espèces méditerranéennes. Formations végétales des plaines, leur 
analogie avec les steppes russes. Espèces méditerranéennes. La Vala- 
chie en dehors mais près de la limite du monde méditerranéen. La 
région dacique et la place qu'elle y occupe 21 

V. La vie animale. — Insuffisance des données sur la géographie 
zoologique de la Valachie. Les macrolépidoptères. Les mollusques. 
Reptiles. Mammifères 24 

CHAPITRE III 

LES DIVISIONS DE LA VALACHIE 

I. Premier essai de division naturelle : montagnes, collines, plaines. 
— Description de la route Predeal Bucarest et de la route Petroseny 
Craïova. Ce qu'elles enseignent. Accord général pour diviser la Vala- 
chie en trois zones 27 

IL Difficultés pour préciser V extension de ces zones. — Transition 
insensible des collines aux plaines. Apparente disparition de la zone 
des collines dans la Valachie orientale. Transition insensible de la 
haute montagne aux collines dans la région du Buzeu. Points où la 
séparation est nette entre la montagne et les collines. Les dépressions 
subkarpatiques d'Olténie, à quelle zone les rattacher 1 Le haut plateau 
de Mehedinti, même difficulté 31 

III. Division populaire de la Valachie en Olténie et Munténie. — 
Affinités de l'Olténie avec le Banat. Rôle historique de l'Olténie. 
Originalité de sa population. Craïova et son importance. Rapports 
avec les faits physiques : étendue des plaines et des collines 
en Olténie et Munténie. Caractères différents des limites entre mon- 
tagne, collines et plaines. Particularités du réseau hydrographique. 
Différences de climat ; régime des pluies, sécheresses et chaleurs d'été 
en Olténie. Caractère plus méridional du climat de l'Olténie, consé- 
quences sur la végétation, la faune, l'économie rurale. Cause des con- 
trastes climatiques : le régime des vents, position de l'Olténie et de 

la Munténie par rapport aux grands centres d'action de l'atmosphère. 34 

IV. Conclusion. — Avantages et inconvénients de la division en 
Oiténie et Munténie. Elle s'applique surtout à la région non monta- 
gneuse. Les Karpates et leur influence sur la Valachie au point de vue 
physique et historique. Ils méritent une place à part. Même obser- 
vation pour la vallée danubienne 41 

CHAPITRE IV 

L'ARC RARPATIQUE. — LE RELIEF ET LA TECTONIQUE 

Le problème de l'origine des Karpates valaques lié à celui du rac- 
cordement avec les Balkans. Suess et Inkey 45 



— 375 — 

Pages. 

I. Caractéristique du relief des Karpates valaques. — Altitudes 
maxiraa. Prédominance des formes de montagne moyenne au-dessous 
de 2,000 mètres. Différences avec les Karpates septentrionales pour 
l'hypsométrie et la constitution géologique 46 

II. Les orientations principales . — Directions E.-O. entre la Dâm- 
bovita et le Jiu, leur rapport avec la tectonique ; Primics et Inkey. 
Le Retiezat et son importance selon Inkey. Passage à la direction 
N.-S. dans les monts de la Cerna, rapport avec la tectonique, la ligne 
de fracture Karan Sebes-Orsova. Les orientations dans la région sédi- 
mentaire à TE. de la Dâmbovila. Directions N.-S. et E.-O. Dis- 
locations de la région du Buzeu. Nécessité de rechercher l'âge des 
soulèvements 48 

III. Esquisse de Vhistoire de la chaîne. — Période primaire. Forma- 
tion de Schéla, sa position dans les synclinaux. Ancienneté des disloca- 
tions principales dans la région comprise entre l'Oltu et les Portes 
de Fer. Période secondaire. Les reliefs primaires réduits à l'état de 
pénéplaine. Les calcaires secondaires. Absence du Trias. Transgres- 
sions et régressions dans la région de la Prahova. Le cénomanien, date 
du soulèvement définitif de l'arc karpatique, orientation probable de 
la chaîne à cette époque. Le flysch, son extension, sa tectonique. Sou- 
lèvement de la région moldave, affaissement de l'Olténie. Série de 
mouvements de bascule pendant tout le tertiaire. Le sarmatien, 
époque décisive : formation de la faille du Danube et des failles limi- 
tatrices du rebord valaque des Karpates. Derniers mouvements du 

sol en Munténie 53 

Conclusion. — Désaccord plus apparent que réel des conceptions 
de Suess et Inkey. Importance des mouvements récents de soulève- 
ment et d'affaissement. Les tremblements de terre et leurs deux prin- 
cipaux foyers 59 



CHAPITRE V 

L'AEC KARPATIQUE. — LE RELIEF ET L'ÉROSION 

I. Les vallées longitudinales. — Elles sont peu développées et ne 
forment pas des systèmes comme dans les Alpes. Possibilité d'un état 
de choses différent à l'époque primaire : le système Cerna, Jiu, Lotru, 
son rapport avec la tectonique 62 

IL Les vallées transversales. — Obscurité de leur histoire. Le cas 
du Jiu. Enseignements à tirer de l'étude du seuil de Merisor et du 
bassin de Petroseny. Le Jiu antépliocène tributaire du Maros. 
Ancienneté de la vallée transversale du Jiu, état de choses avant le 
miocène 64 

III. Les vallées transversales (suite). — Le cas de l'Oltu. Hypothèse 
de Inkey, l'Oltu tributaire du Maros. Voie qu'il aurait suivie, lieu 
probable de la capture. Cas du Buzeu. Vallées transversales dues à 
l'érosion activée par l'affaissement de la basse Valachie; terrasses 
anciennes et récentes. Activité de l'érosion à l'heure actuelle 67 



— 376 — 

Pages 
IV. Action des anciens glaciers. — Description des cirques et de 
l'aspect des sommets dans le Paringu, généralité du phénomène dans 
tous les massifs élevés. Existence indiscutable d'une période glaciaire 
dans les Karpates valaques, son rôle dans la formation des cirques. 
Extension des anciens glaciers. Double période glaciaire. Abaisse- 
ment de la limite des neiges vers l'O. La forme des crêtes déterminée 
par l'action glaciaire. Contraste entre les massifs où la glaciation a 
été plus intense sur un versant et ceux où elle a été également intense 
sur les deux versants 70 



CHAPITRE VI 

LE CLIMAT DES KARPATES 

I. La température. — Evaluation approximative de la diminution 
avec l'altitude. Position de l'isotherme 0°. Limite des neiges éter- 
nelles. L'enneigement dans les Fogarash et le Paringu. La fonte des 
neiges. L'été et l'hiver à Sinaïa. La montagne moins excessive que la 
plaine. Observations thermométriques à 2,000 mètres 78 

II. Les précipitations. — Particularités de la haute montagne. Eva- 
luation approximative de l'augmentation des précipitations avec 
l'altitude. Maxima sur les pentes tournées à l'Est. Hypothèse sur 
l'altitude de la zone des précipitations maximum. Régime des pluies 
en montagne, différences avec la plaine. Variation diurne de la plu- 
viosité, son rapport avec les vents 81 

III. Le vent et les types de temps en montagne. — Idées du paysan. 
La réalité. Régime des très fortes pressions. Régime des pressions 
assez fortes. Vent de montagne et de vallée, périodicité de la nébulo- 
sité. Cas où une dépression barométrique s'approche, contrastes de 
nébulosité sur les deux versants. Régime des pressions moyennes : 
a) cas où le gradient est faible, b) cas où le gradient est fort. Régime 

des basses pressions 84 



CHAPITRE VII 

LA VIE VÉGÉTALE ET ANIMALE DANS LES KARPATES 

Les principales zones de végétation dans les Karpates 88 

I. La zone de la foret. — A. Zone inférieure ou zone du hêtre. 
Espèces arborescentes principales. Flore du sous-bois, sa pauvreté. 
Flore des clairières, sa richesse. B. Zone supérieure ou zone du sapin. 
Premières plantes alpines. Prédominance des conifères sur le ver- 
sant N. Leur recul au profit du hêtre; causes physiques, interven- 
tion de l'homme. Influence du sol sur la flore de la zone subalpine... 89 

II. La zone de la limite de la forêt. — Intérêt que présente son 
étude. Valeur relativement basse de sa hauteur moyenne. Contraste 
entre les versants N. et S., E. et O. expliqué par l'influence des 
précipitations et des vents. Comparaison avec les Alpes. Causes 



— 377 - 

Pages, 
générales de rabaissement de la limite de la forêt dans les Karpates. 
Types divers de limite de la forêt; limite de la forêt de hêtre, les 
hêtres buissonnants; limite de la forêt de sapins, les prés bois, le 
Pinus mughus et le genévrier nain, les sapins tapis, les aulnes. La 
végétation herbacée à la limite de la forêt 93 

III. La zone alpine. — Rhododendrons et bruyères alpines. Prairies 
alpines, richesse de leur flore. Formations des pentes rocheuses. For- 
mations marécageuses. Végétation des sommets calcaires. Formations 
nivales de la zone supérieure. Intérêt de l'étude systématique de la 
flore alpine des Karpates. Les espèces endémiques. Les coupures 
transversales, limites florales importantes 98 

IV. La Faune des Karpates. — Les papillons, abaissement de la 
limite des espèces de montagne. Insuffisance de nos connaissances 
sur la faune karpatique en général. Le chamois de plus en plus rare, 
le porc sauvage, les loups. L'ours. Le monde des oiseaux. Les fauves. 
Sauvagerie des hautes Karpates 101 

CHAPITRE VIII 

LA VIE HUMAINE DANS LES KARPATES VALAQUES 

I. Les habitations permanentes. — Faible population des Karpates 
valaques. Limite des habitations permanentes. Densité élevée de la 
population dans certaines vallées. Absence de grandes vallées longi- 
tudinales très peuplées. Raisons du surpeuplement des vallées de 
l'Oltu, de Prahova et du Buzeu. Position qu'y prennent les villages : 
cônes de déjection et terrasses diluviales. Position des villages dans 
la région calcaire des monts du Bucegiu 103 

IL La vie pastorale. L'habitation. — Aspect et situation de la zone 
des bergeries. La Stîna, son abord, sa construction, son mobilier. 
Uobor. La strunga. Divers types de Stîne 107 

III. La vie pastorale. Les bergers. — Conditions d'exploitation des 
pâturages alpestres. Costume des ciobani hommes et femmes, c'est 
le costume transylvain. La vie du cioban. La coliba. Sentiment de la 
nature chez le berger roumain. Ses distractions : le fluier, la hora, 
les visites. Conservation des usages locaux, usages matrimoniaux. 
Les rapports avec la plaine. Commerce des fromages. Population 
ovine et bovine de la haute montagne. Les propriétaires transylvains. 

La numaratoarea 110 

IV. La vie pastorale. La transhumance. — Date de l'arrivée des 
troupeaux en montagne. Le départ pour la Balta, les chemins de 
transhumance. Conditions géographiques du phénomène, son ancien- 
neté dans le N. de la péninsule des Balkans et chez les Roumains, 
témoignages historiques. Importance de la transhumance pour expli- 
quer le peuplement de la Valachie et la question de l'origine des 
Roumains 1 14 

25 



— 378 - 
CHAPITRE IX 

LES DIVISIONS NATURELLES DES KARPATES VALAQUES 

Pages. 

I. Les deux grandes régions des Karpates valaques. La région 
cristalline ou des Alpes de Transylvanie, la région du flysch. Leurs 
caractères distinctifs : tectonique et relief, nature des vallées, des 
passages, distribution de la population. Leur limite, difficultés 
qu'offre la région entre Dâmbovita et Prahova. La Dâmbovita et le 

col de Bran 119 

II. Les monts de Fogarash. Caractères généraux du relief. Les deux 
chaines. Caractère alpin de la chaîne du Negoiu dû à l'extension gla- 
ciaire; son rôle de barrière. La vie pastorale. La chaîne du Cozia. 
Massif de Jeseru. Les gorges des rivières traversant la chaîne du 
Cozia. Pourquoi la dépression centrale n'est pas peuplée. Le bassin 

de Titesci 122 

III. Le massif du Paringu. Son aspect général. Contraste des deux 
versants, l'extension glaciaire. Les cols, la route de Papusa. Causes 

de l'individualité du massif du Paringu, elles sont tectoniques 127 

IV. Les monts du Lotru. — Leur relief et son rapport avec la tec- 
tonique. Simplicité de la structure générale. L'exploitation fores- 
tière. Caractère original de la population, ancienneté des établis- 
sements roumains dans la vallée du Lotru 129 

V. Les monts du Vulcan. — Le Jiu, séparation naturelle. Origi- 
nalité de la structure des monts du Vulcan. La pénéplaine cristal- 
line. Les massifs calcaires. La plate-forme bordière des Karpates de 
Tismana à Huncu, son importance pour la géographie humaine. Les 
cols, la route du Vulcan 131 

VI. Les monts de la Cerna. — Différence avec les monts du Vulcan, 
changement d'orientation, extension de plus en plus grande des mas- 
sifs calcaires secondaires : Piatra Closanilor, Oslia. La vallée de la 
Cerna. La chaîne du Godeanu. Affinités avec le Banat 132 

VIL Les monts du Bucegiu. — Caractère ouvert, variété d'aspects. 
La région de Karst de la Dâmbovita, canons, dolines, richesse de la 
flore. Les crêtes calcaires Piatra Craiului. Le massif du Bucegiu, les 
escarpements des conglomérats, les cirques glaciaires, la vallée de 
Jalomita. Le massif cristallin du Leota. Les monts du Bucegiu, ré- 
gion de transition au point de vue géographique et géologique, région 
de passage. Les cols, les grandes routes et le peuplement de la mon- 
tagne 134 

VIII. Les monts du Buzeu. — Les hauts sommets, leur aspect dif- 
férent suivant le côté d'où on les aborde. Monotonie du relief. Les 
vallées, leur rapport avec la tectonique. Caractère des vallées trans- 
versales, voies de passage et de peuplement. La vie pastorale, richesse 
des pâturages 138 



— 379 — 

CHAPITRE X 

l'olténie 

Pages. 

I. La zone des dépressions subkarpatiques. — Vues diverses des 
dépressions subkarpatiques de Novaci, Vaideni, Tismana. Leur 
origine tectonique. Leur âge, leur action sur l'érosion dans les Kar- 
pates ; l'alluvionnenient et les terrasses. Leur climat (minimum plu- 
viométrique) ; leur hydrographie, les crues, exemple du Jiu. Carac- 
tères de l'exploitation du sol, agricole, pastorale et forestière. Forte 
densité de la population, son mode de groupement ; pas de grandes 
ville; ; les foires. Contrastes entre les différentes dépressions subkar- 
patiques : la dépression de Târgu Jiu, les terrasses subkarpatiques 
à l'E. du Jiu. Centres d'attraction de ces différentes sous-régions... 140 

IL Le haut plateau de Mehedinti. — Vue générale du haut des 
monts de la Cerna. Rapport du relief avec la géologie. L'érosion. 
Contraste entre la partie N. et la partie S. Les régions calcaires. 
Rudesse du climat. Pauvreté du pays, faible densité de la population. 147 

III. Les collines d'Olténie. — Double aspect de la région : vallées 
riches et peuplées, plateau couvert de forêts. Histoire géologique et 
ses conséquences sur le relief. Les terrasses des grandes vallées, leur 
extension, leur origine, leur âge probable ; leur importance géogra- 
phique. Subdivisions des collines d'Olténie. A) Les hautes collines : 
relief, végétation, climat, groupement de la population, les marchés. 
B) Les basses collines. Transition à la terrasse diluviale. Contrastes 

de part et d'autre du Jiu. Importance de Craïova 150 

IV. La terrasse diluviale d'Olténie. — Contrastes frappants avec la 
zone des collines, quoique moins marqués qu'en Munténie. La vallée 
du Jiu. La plaine à l'O. du Jiu, son caractère à part, dunes, lacs, 
végétation steppique. Groupement de la population en très gros 
villages 155 

V. Le val d'Oltu. — Comment il se rattache à l'Olténie. Carac- 
tère différent des deux flancs de la vallée. Ancienneté des établis- 
sements humains. Importance de Râmnic, Dragasani. Différences 
entre la haute et la basse vallée. La double terrasse et son influence 
sur le groupement de la population. Harmonie et originalité de l'Ol- 
ténie 157 



CHAPITRE XI 

LES COLLINES DE MUNTÉNIE 

Contrastes du relief, du climat, de la végétation, de la géographie 
humaine dans les collines et la plaine de Munténie 160 

I. Les collines de Munténie à l'O. de la Dâmbovi\a. — Caractère de 
transition entre l'Olténie et la Munténie. Les hautes collines d'Arges, 
relief mouvementé, son rapport avec la géologie, communications 

25* 



— 380 — 

difficiles. Les Ripe et les terrasses des vallées. Climat très pluvieux. 
Population condensée dans les vallées. Dernière ébauche des dépres- 
sions subkarpatiques : Corbeni, Câmpullung ; importance de cette 
ville, son ancienneté, ses relations avec la Transylvanie. Pitesci. 
Talus surpeuplé de Pitesci à Gâiesci, causes de ce groupement de la 
population. Les basses collines de Vedea, transition entre les collines 
et la terrasse diluviale 161 

II. Les collines de Muntênie à VE. de la Dâmbovita. — Leur variété 
d'aspects. Vallées surpeuplées. Soudure de plus en plus intime avec 
la haute montagne. Collines de Jalomil a- Dâmbovita . Caractères 
nouveaux du relief et de la tectonique. Surpeuplement de la vallée 

de Jalomita, origine de sa population 166 

III. Les collines de Muntênie à VE. de la Dâmbovita (suite) : Col- 
lines de Prahova-T eleajna. — Importance de la tectonique et des 
richesses du sous-sol. Les vallées surpeuplées : la Teleajna, ses ter- 
rasses, groupement de la population, caractère agricole. La Prahova, 
ses terrasses ; les dislocations tectoniques. Le pétrole, Câmpina. 
Vallée du Slânic, végétation halophile. Le sel. Les collines de PloieUi. 
Ilots tertiaires et terrasse diluviale. Causes de cette structure : l'affais- 
sement, complexité de la tectonique. Baicoiu et le pétrole. Groupement 

de la population. Attraction de Ploiesti 168 

IV. Les collines de Muntênie à VE. de la Dâmbovi[a (suite) : Col- 
lines du Buzeu. — Structure physique déterminée par les plissements. 
Le talus bordier de la terrasse diluviale, lieu de concentration de la 
population. Vallée du Niscovu. Vallée du Buzeu. Déboisement et 
érosion torrentielle, glissements, formations de lacs. Le sel. Les col- 
lines de Râmnic. Population moins dense. Caractère différent du 
talus qui domine la terrasse diluviale 174 

CHAPITRE XII 

LA PLAINE DE MUNTENIE 

I. Caractères généraux. — Monotonie générale ; contrastes locaux 
dans la répartition de la population et l'aspect physique. La plaine 
valaque en réalité est une terrasse de cailloutis et de limon. Age qua- 
ternaire de ces dépôts, leur substratum. Origine karpatique des gra- 
viers. Le loess, sa répartition, son origine en Valachie, son âge inter- 
glaciaire. Changements de climat à l'époque quaternaire et leurs 
conséquences sur l'évolution du réseau hydrographique ; explication 
des vallées mortes. L'eau souterraine dans la terrasse diluviale 176 

IL La Haute Terrasse. — La Haute Terrasse d'Arges, région la 
plus arrosée et la plus peuplée de toute la plaine valaque. Pente du 
sol ; bifurcations des vallées, leur origine, leur importance pour le 
groupement de la population. La Haute Terrasse de Jalomi'a. Sens 
de la pente, les vallées, la population. La Haute Terrasse de Vedea, 
moins peuplée, pourquoi ; les vallées et le plateau (câmpu). Les 
centres urbains de la Haute Terrasse 183 



— 381 — 

Pages. 

III. La Basse Terrasse. — Le Teleorman en est la partie la plus 
élevée et la moins sèche. Déboisement. Culture des céréales. Groupe- 
ment de la population en gros villages. La Basse Terrasse d'Arges, 
caractères analogues du peuplement. Le Bnragan, raisons de l'exten- 
sion de la steppe, grande épaisseur de loess, profondeur de la nappe 
aquifère. Climat, végétation, faune de la steppe. Changements ac- 
complis depuis quelques années. Villages de la terrasse. La Mosti^tea, 

Le val de Jalomita 185 

IV. Tja Terrasse du Buzeu. — Caractères de l'hydrographie. Les 
lacs de steppe, leur répartition, leurs particularités, végétation halo- 
phile ; Lacul Sarat. Origine de la salure de ces lacs en rapport avec 
le climat de la période du loess. Haute et basse terrasse, contrastes 
de peuplement, profondeur de la nappe aquifère. Vallées du Buzeu 

et du Râmnic. Affaissement et tremblements de terre 189 

Causes de la suprématie de la Munténie sur l'Olténie 192 

CHAPITRE XIII 

LA VALLÉE DANUBIENNE 

Majesté du grand fleuve. Son impression sur le peuple 193 

I. Formation du bassin danubien inférieur. — Evolution des mers 
tertiaires, le géosynclinal précurseur de la vallée danubienne, sa posi- 
tion. La faille danubienne, son âge, son emplacement. Formation du 
fleuve après le dessèchement du lac pliocène. Cause du coude vers le 
N"., rôle de la Dobrodgea, son soulèvement récent. Affaissement de la 

plaine valaque 194 

IL Le problème des Portes de Fer. — L'importance du Danube 
valaque date de la percée des Portes de Fer ; âge de cet événement. 
Première séparation des mers valaque et pannonique. Le lac de 
l'Alfôld. La Cerna agent de la capture. Rôle possible joué par les 
massifs calcaires 196 

III. Formation de la vallée actuelle. Section supérieure. — Vigueur 
de l'érosion à la sortie des Portes de Fer. La falaise de Hinova. Dé- 
blaiement d'une vallée très large par déplacements du lit. Exemples 
actuels, la plaine de Flâmanda. La terrasse danubienne d'Olténie... 198 

IV. Formation de la vallée actuelle. Section moyenne. — Ancien 
chenal du Danube, recul vers le S., ses causes. Influence de la période 
steppique. Etat actuel d'équilibre entre l'érosion et l'alluvionnement. 

Les lacs latéraux, les barres à l'embouchure des fleuves 202 

V. La vallée actuelle. Section inférieure. — Ralentissement du cou- 
rant. Etendue du lit d'inondation. La Balta. Alluvionnement intense; 
sort des rivières affluentes. Bras morts et lacs, leur évolution. Resser- 
rement du lit fluvial à Hârsova et Brâila 204 



— 382 — 
CHAPITRE XIV 

LE EÉGIME DU BAS DANUBE ET DE SES AFFLUENTS 

Pages. 

I. — Caractère imposant des variations de débit du grand fleuve. 
Son origine lointaine, nécessité de connaître son régime avant qu'il 
n'entre en Valachie. Le fleuve alpin à Vienne. Le fleuve de climat 
continental à Orsova : double minimum d'hiver et d'automne 207 

II. Le régime des rivières valaques. — Observations hydrologiques 
en Roumanie. Les affluents valaques du Danube, nature, pente, profil 
de leurs vallées, régime des pluies; irrégularité du débit. Basses eaux 
d'hiver et d'automne. Hautes eaux de printemps. Exemples des 
sautes brusques pendant les mois d'été. Caractères particuliers de 
certaines rivières : le Jiu, influence du Gilortu et du Motru sur les 
crues à Craïova. Brusquerie des crues à Târgu Jiu, exemple du mois 
d'août 1900. Nature spéciale et régime de la basse Jalomita. Exemple 
semblable du Buzeu. Les vallées steppiques. Cas de l'Arge.ç 209 

III. Formation du régime du bas Danube. — Le débit des rivières 
valaques, évaluations exagérées de Chiru. Calcul approximatif de 
l'augmentation de débit du Danube de Orsova à Braila. Influence 
des rivières valaques sur le régime du bas Danube sensible moins 
dans les crues que dans la date et la valeur des minima. Disparition 
du minimum d'hiver à Braila. Origine alpine et hongroise des hautes 
eaux. Marche des crues, leur retard dans le cours inférieur. Les 
basses eaux. Les prises du Danube, durée moyenne, date ; les débâcles. 
Caractère continental du bas Danube 215 

CHAPITRE XV 

LA VIE SUR LE DANUBE 

I. La vie végétale. — Différences entre la section supérieure et le 
cours inférieur. Les saulaies en amont de Calarasi. Fixation des îles 
sableuses. Vigueur des saules de la Balta, les racines aériennes. For- 
mations de roseaux, différentes espèces, leur utilisation par les 
riverains. Autres plantes aquatiques 222 

II. La vie animale. — Sa richesse dans la Balta. Les poissons. 
Caractère oriental de la faune ichtyologique du bas Danube. Silures, 
sandres, esturgeons. Migrations des poissons. Le monde des oiseaux, 
variété extraordinaire d'espèces et de types. Espèces communes, 
espèces spéciales. Migrations des oiseaux, comment elles changent 
l'aspect de la Balta , 225 

III. L'homme. — La pêche attire l'homme depuis la plus haute 
antiquité sur les bords du Danube, témoignages historiques. Mesures 
législatives récentes en Roumanie pour préserver la faune aquatique. 
Procédés de pêche encore usités : inchisoare, pêche au filet. La pêche 



— 383 — 

Pages. 
de l'esturgeon. Habitations des pêcheurs. L'agriculture dans la Balta. 
Position des villages, forte densité de la population dans la vallée 
danubienne. Influence de la circulation commerciale. Influences occi- 
dentales 228 

CHAPITRE XVI 

ETHNOGRAPHIE DE LA VALACHIE 

I. Les éléments étrangers. — Ils sont en très faible proportion. Les 
Juifs, habitants des villes, commerçants, plus nombreux au voisi- 
nage de la Moldavie. Les Grecs, moins nombreux qu'au commence- 
ment du siècle, citadins et marchands, leur rôle important. Alle- 
mands, Italiens, Bulgares jardiniers. Mélange de population le long 
du Danube. Les Tziganes, leur origine; nomades et sédentaires 233 

IL La population roumaine. Son origine. — Idée de l'origine pure- 
ment romaine maintenant abandonnée. Obscurité de la question. 
Point de vue anthropologique, types physiques divers, manque de 
données précises. Point de vue historique, richesse encombrante de 
la bibliographie. La théorie de Rôssler et l'école transylvaine. Polé- 
miques et études critiques récentes. Conciliation possible des rôsslé- 
riens et des autochtonistes 234 

III. La question de l'origine des Roumains au point de vue géo- 
graphique. — Comment elle peut s'éclairer par l'étude de la répar- 
tition actuelle de l'élément roumain et de ses conditions de vie. 
Antiquité de la vie pastorale chez les Roumains. Les Karpates et les 
Balkans, voie de propagation des Roumains. Persistance de l'élé- 
ment roumain en Olténie, point de départ du peuplement de la 
Valachie. Nature de la race roumaine : le fond Dace ; les colons 
gréco-romains ; les influences slaves sensibles dans la toponymie, les 
mœurs, la langue, le droit coutumier ; les influences tartarofinnoises. 
Caractère original du Roumain de Valachie 242 

CHAPITRE XVII 

LA VIE RURALE EN VALACHIE, LE VILLAGE 

I. Mode de groupement des habitations. — Aspect riant du village 
valaque, en réalité très malsain. Le groupement en hameaux (câtun), 
le plus ancien, le plus général chez les Roumains, sa localisation dans 
la région des collines d'Olténie et Munténie. Le groupement en gros 
village (sat), raisons de sa localisation dans la région de la terrasse 
diluviale. Les Tîrle du B^ra^nn, restes d'un ancien état de choses. 
Exceptions à ces règles dans les régions surpeuplées 246 

II. La maison roumaine. — ■ L'habitation roumaine typique dans 
la région montueuse, maison, cour, grenier, etc. Simplification dans 
la plaine. Divers types de construction. La maison en bois, sa répar- 
tition. La maison en terre, sa répartition. Disposition de l'intérieur 
de la maison. Les habitations souterraines ou bordei, leur ancienneté, 



— 384 — 

Pages, 
leurs raisons d'être, leur disparition. Maisons en briques, la maison 
forteresse (kula), sa répartition dans le N. de la péninsule balkanique. 250 

III. La vie du village. — La routine du paysan, monotonie de sa 
vie. Engourdissement de l'initiative, due à des habitudes de misère. 
Rares réunions. Les distinctions sociales dans le village : frunta&i et 
caudasi. Les fonctionnaires. Le ciïrciumar (aubergiste) véritable 
grand personnage 255 

CHAPITRE XVIII 

LA VIE RURALE. — LE PAYSAN 

I. La vie matérielle du paysan. — Le costume. Goût des couleurs 
voyantes. Y a-t-il une costume national roumain 1 Nécessité de classer 
les types et d'en étudier la répartition. Costumes de la région mon- 
tagneuse et spécialement d'Olténie. Leur originalité. Costumes de 
la région basse et spécialement des plaines de Munténie, influences 
serbes et bulgares. 258 

IL La vie matérielle du paysan (suite). — Situation sociale du 
paysan dans le passé et le présent. Le mobilier. La nourriture : la 
mamaliga, très peu de viande. Etonnante vitalité de la population 
rurale, mais dégénérescence de la race. La femme associée aux tra- 
vaux pénibles. Caractéristique du tempérament du travailleur rou- 
main 261 

III. La vie morale du paysan. Comment l'étudier? — Les jours de 
fête révèlent un fond de gaieté et d'insouciance. Méfiance et apathie 
apparente en temps ordinaire. Intérêt de l'étude des fêtes accompa- 
gnant les grands actes de la vie sociale. Richesse du matériel folklo- 
ristiq 1 e. Son insuffisance 261 

IV. La vie morale du paysan. — Usages matrimoniaux. La de- 
mande (impe'irea), la convocation (chemarea), le brad, le fedelesu. 
Le jour de la noce. Attaque de la maison de la mariée. Col^caria. 
lartnciunea. Le repas, l'enlèvement simulé. Rachiul miresei. Signi- 
fication symbolique de quelques usages, leur antiquité. Rapproche- 
ments faciles. Usages relatifs à la naissance et à la sépulture. Le 
vampyrisme. Desiderata d'une étude géographique des questions de 
folklore. Leur difficulté. Tendances communes chez le paysan rou- 
main : goût de la représentation, instinct dramatique et oratoire... 266 

V. Jja vie morale du paysan. La littérature populaire. — Les 
contes. Manque d'imagination, peu de merveilleux. Personnification 
des maladies. Goût satirique. La poésie populaire. Absence d'un 
cycle épique et religieux. Les chansons de haiducs. Les colinde. Pas 
de sentiment religieux. Les doine, originalité et richesse d'expression 

des passions : haine et amour 271 

VI. Conclusion. — Esquisse du caractère du paysan valaque. Con- 
ception de la famille ; influences slaves (Rudenia et Zadruga), leur 
disparition progressive. Conception de la prooriété, disparition de 
la propriété co^ective. Esprit individualiste du paysan. Respect et 
méfiance pour l'autorité 274 



— 385 — 
CHAPITRE XIX 

LA VIE ÉCONOMIQUE DE LA VALACHIE. — AGRICULTURE 

Pages. 

Pourquoi l'agriculture est encore la forme principale de l'activité 
économique. Climat et végétation naturelle de la Valachie. L'éle- 
vage précède l'agriculture proprement dite 278 

I. L'élevage. — Son importance. Décadence des races chevalines et 
bovines. L'élevage dans la zone montagneuse. Ilaces spéciales de che- 
vaux, bœufs, moutons, porcs. Conditions de la pâture et de la pro- 
priété. Les foires. L'élevage dans la région des plaines. Conditions 
de la propriété. Races chevalines, bovines. Les buffles. Les moutons. 
Les marchés 279 

IL La culture des céréales. — Récent essor de la culture en grand 
des céréales. Qualité du blé et du maïs. Le maïs domine dans la 
zone montagneuse, le blé dans la région des plaines. Raisons géo- 
graphiques et économiques. La grande culture dans le Bârïîgan et 
la Terrasse du Buzeu. Opposition des pays à maïs et des pays à blé 
à tous les points de vue : conditions de la propriété, groupement de 
la population, cultures associées, dates et régime des travaux des 
champs, commerce et échanges. L'exportation du blé. Autres cultures 
alimentaires, l'orge 285 

III. Ijes autres cultures. — Cultures industrielles : lin, colza, tabac, 
betterave. — La vigne, conditions physiques qu'elle rencontre. Posi- 
tion des régions de vignobles. Ravages du phylloxéra. Lente reconsti- 
tution. — Les prunes. Climat favorable à la culture du prunier. 
Principal centre de production : les collines de Munténie. La tuica 
gagne sur le vin 291 

IV. Les forêts. — Etendue du domaine forestier en Valachie. Pro- 
portion des forêts dans les diverses régions naturelles. Forêts de la 
région des plaines, leur composition, conditions de la propriété. 
Forêts des collines, leur composition, déboisement. La montagne, 
exploitation barbare des forêts, lois forestières. Conditions de la 
propriété et de l'exploitation à l'heure actuelle. Manque de voies de 
transport, le flottage 295 

Progrès accomplis et à accomplir pour améliorer la situation agri- 
cole de la Valachie 298 

Tableaux 300 

CHAPITRE XX 

LA VIE ÉCONOMIQUE DE LA VALACHIE. — L'INDUSTRIE 

Changements provoqués par la naissance de Findustrie 303 

I. L'industrie spontanée. — L'industrie domestique ; le costume. 
Petites industries liées à l'utilisation des eaux, moulins, scieries. La 
tuica. Les industries de l'ameublement à la campagne, poterie, menui- 
serie. L'industrie de caste, les Tziganes forgerons, maçons 304 



— 386 — 

Pages. 

II. Commencements de la grande industrie. — Peu de richesses 
minières en Valachie. Les anciennes exploitations d'or, de fer, de 
cuivre. Anthracites, lignites ; pierres de construction. Sources miné- 
rales. Le sel ; position des gisements, pureté du sel, mode d'exploi- 
tation commerce du sel 306 

III. G ommencements de la grande industrie. Le pétrole. — La fièvre 
du pétrole. Conséquences économiques et sociales. Position des ter- 
rains pétrolifères, théories et faits. Les sources jaillissantes. Procédés 
d'exploitation très primitifs en général. Les grandes exploitations. 
Importance des voies ferrées pour le développement de l'industrie 
du pétrole. Pipeline projetée ; crises économiques résultant de l'in- 
suffisance des débouchés. Les raffineries, leur installation défectueuse, 
leur production. L'utilisation des résidus de distillation comme 
combustible. Consommation et exportation du pétrole 311 

IV. La grande industrie dans la montagne et dans les villes. — Acti- 
vité industrielle dans la vallée de la Prahova. Développement pro- 
bable des régions montagneuses. Les industries liées aux grandes 
villes. Meubles, boissons &piritueuses, minoterie 317 

CHAPITRE XXI 

LES VILLES DE LA VALACHIE 

Importance de l'étude des villes, spécialement en Valachie 319 

I. Position des villes en Valachie. I^es villes karpatiques. — Traits 
généraux du groupement des villes en Valachie. Pas de ville-fort. 
Villes-carrefours et villes-marchés. Les villes karpatiques en rapport 
avec les cols et voies de passage. Foires de Râmnic, Rîureni, Buzeu. 
Relations avec la Transylvanie : Kronstadt et les routes de Bran et 
Predeal, Hermanstadt et la route de l'Oltu. Turnu Severinu, ville 
karpatique et danubienne, son rôle historique 320 

IL Les villes danubiennes et les villes de plaine. — Les doubles 
villes-ponts sur le Danube. Ancienneté des villes de la rive droite, 
causes de l'essor récent des villes valaques. Position fausse d'Alexan- 
dria. Brâila importance de sa position, son développement au 
XIX e siècle. Les villes de plaine, leur caractère de ville-carrefour. 
Le réseau des voies de communication à l'époque romaine, circulation 
N.-S. Ebauche postérieure des voies E.-O. Position de Craïova. 
Position de Bucarest dans la zone la plus peuplée de la terrasse dilu- 
viale. Ses avantages comme centre de circulation commerciale (les 
voies ferrées). Sa fortune due à des circonstances politiques 324 

III. Caractère des villes valaques. — Leur diversité d'aspect. La 
vieille ville orientale : Craïova, grande étendue, dissémination des 
maisons, conséquences. Turnu Severinu. — La ville moderne: Brâila et 
les ports danubiens. Population cosmopolite, caractère commercial, 
développement récent. Groupement des maisons, concentration. — 
Type intermédiaire : Ploiesti, Buzeu. Bucarest, rapide développe- 



— 387 — 

Tages. 
ment, modernisation incomplète, contrastes, dispersion de ïa popu- 
lation. Quartiers commerçants, quartiers modernes. Principales ar- 
tères, groupement des édifices. Vie économique de Bucarest, caractère 
de grande ville 330 

CONCLUSION 

Individualité géographique de la Valachie, ses affinités avec le 
Banat, la Bulgarie, la Moldavie ; conséquences sur son histoire. 
Union des principautés et ses résultats heureux ; loi de la géographie 
politique. liaisons de la suprématie de la Valachie dans le royaume 
de Roumanie 339 

Appendice A. — BIBLIOGRAPHIE 

I. Généralités, p. 344. — IL Climat et hydrologie, p. 346. — III. Relief 
du sol et géologie, p. 347. — IV. Géographie botanique, p. 351. — 
V. Géographie zoologique, p. 352. — VI. Géographie humaine. Ethno- 
graphie, p. 353. — VIL Géographie économique, p. 356. — VIII. Car- 
tographie, p. 358. 

Appendice B. — OBSERVATIONS SUR LES CARTES 

I. La Valachie et l'arc karpatique méridional, p. 360. — IL Carte 
géologique, p. 361. — III. Carte pluviométrique, p. 362. — IV. Carte 
botanique et forestière, p. 362. — V. Densité de la population calculée 
par régions naturelles, p. 364. 



IMP. OBERTHUR, RENNES (194-02) 



ERRATA 



P. 49, 3 e alinéa, ligne 8, au lieu de une bande de gneiss orientés du N.-E. 

lire — — orientée du — 

P. 53, ligne 9, au lieu de avec le surmatique 

lire — sarmatique. 

P. 68, note 1, ligne 2, au lieu de Berlin 1883 

lire — 1885 

P. 80, 4 e alinéa, dern. ligne, au lieu de et de l'air peut-être en haute montagne 

lire — peut être — — 

P. 245, 2 e alinéa, ligne 5, au lieu de inscriptions de pays gréco-romains 

lire — , de pays — 

P. 324, ligne 8, au lieu de et de la grande voie, vers Ulpia Trajana, 

et Apulum 

lire et de la grande voie vers Ulpia Trajana 
et Apulum 

P. 325, ligne 15, au lieu de v. fig. 45 

lire — 46 

P. 336, ligne 6, au lieu de en face ; la préfecture 

lire en face, la préfecture 

P. 348, n° 46, ligne 2, au lieu de Foldtani Kozlony 

lire Boldlani K'ozïôny 

P. 352, n° 106, au lieu de Microlepidopteren 

lire Macrolepidopteren 

P. 352, n° 107, ligne 4, au lieu de un Diplopoden 

lire und Diplopoden 

P. 352, id. ligne 9, au lieu de Sturlin 

lire Stierlin 



SUPPLEMENT A L'ERRATA 



Chapitre I, paragraphe III, page 9, ligne 10, 

au lieu de : 500 mètres (487 m.), 
lire : 300 mètres (257 m.). 




P = Permien et Verrucano du Banat. 

p = Formation de Schéla (carbonifère ?) 

fx 2 = Schistes cristallins gr. supérieur. 

u ' = Schistes cristallins gr. inférieur. 

7 = Granit. 

a> = Roches éruptives récentes. 

) comme il a été marqué par erreur. 



E.de Martonne. LA VALACHIE 





^^.^»-^ v /\% 



LÉGENDE 

J Forêt de hêtres 
~J Forêt de chênes mêlés dehêtre3,bouleaux,etc 
JjForêt de conifères :';.' Plantations d'acacias 

&|f RI II Forêt de saules 1^ Formations de roseaux 

r^^ Formations alpines *$► Formations salines 
< — *— x — Limite Nord de la steppe de transition 
™ *■ ' Limite Nord de la steppe 



E . cl e M arto rme . LA VALAC HIE 



DENSITÉ DE LA POPULATION 
EN VALAC HIE 

calculée par Régions naturelles 

par EMMANUEL DE MARTONNE 

Echelle i! 2.500.000? 





y"^ 



/H I 
/ 



— J. 



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